La permaculture est souvent réduite à une simple technique de jardinage biologique ou à une méthode de culture alternative. Pourtant, pour des experts comme Joseph Chauffrey, jardinier prolixe et passeur de savoirs, elle représente bien davantage : c’est une véritable philosophie de vie. De passage à Évreux, dans l’Eure, pour partager son expérience, il souligne que la permaculture consiste avant tout à construire des environnements humains soutenables. Cette approche, qui s'applique à bien d'autres systèmes que le jardin, trouve ses racines dans une éthique profonde : prendre soin de la terre, prendre soin des hommes et partager les ressources.

Au-delà du potager : une vision systémique
Si beaucoup de néophytes entrent dans la permaculture par le jardin, Joseph Chauffrey insiste sur le fait que l’on ne peut pas parler de permaculture sans une réflexion globale sur son mode de vie. Cette discipline impose une remise en question de nos habitudes quotidiennes. Lorsqu'il a emménagé dans sa maison, tout le chauffage était électrique, ce qui, à ses yeux, n'est pas durable. L'une des premières actions entreprises avec sa compagne a été de poser un poêle à bois, plus performant.
Ce changement, bien qu'il demande un effort financier et une certaine organisation, s'inscrit dans une logique de résilience. Pour le chauffage, c’est un investissement au début. Mais si aujourd’hui le poêle à bois permet de faire une petite économie, demain cette économie sera plus grande, car le coût des énergies va augmenter dans les prochaines années. Cette vision à long terme est le propre de l'esprit permacole : anticiper les contraintes futures pour bâtir une autonomie réelle.
Comment fonctionne la double combustion d'un poêle à bois?
La mobilité comme levier de transition
L'un des aspects les plus radicaux de cette démarche concerne la mobilité. Avant, ils avaient deux voitures, aujourd'hui zéro. Cela ne signifie pas ne plus conduire, car le travail impose parfois des déplacements professionnels. Le modèle repose sur la collaboration : ils travaillent avec des voisins pour partager. Quand il en a besoin, il loue leur voiture via des plateformes en ligne ou des applis, et quand ils veulent partir en vacances, ils passent par un loueur traditionnel.
Cette organisation démontre que le choix de s'installer en milieu urbain, en l'occurrence en banlieue rouennaise, est un choix conscient. Originaire de Normandie, né au Havre et ayant vécu à Pont-Audemer, Joseph Chauffrey est un amoureux de la région. Si la question d'une maison avec un grand jardin à la campagne s'est posée, le refus de la dépendance automobile a tranché en faveur de la ville. C’était une contrainte au début, mais aujourd’hui c’est réussi.
La productivité sur petite surface : le cas du jardin urbain
La performance d'un jardin en permaculture ne se mesure pas à son étendue, mais à sa capacité de production optimisée. Sur un terrain de 150 m², le jardin de Joseph Chauffrey comprend un potager de 25 m² et une serre de 5 m². Avec des plates-bandes de fruitiers, la zone dédiée à la production de fruits et légumes atteint environ 50 m². Les résultats sont probants : cette année, il a eu plus de 400 kg de légumes. Cela permet l’autonomie complète en légumes pour deux adultes.

Les fruitiers, encore jeunes, promettent de monter en puissance dans les années à venir. La question du climat normand est souvent soulevée, mais l'expert est formel : on peut faire pousser tout, ou presque. En légumes, on peut tout avoir, sauf des légumes excessivement exigeants comme la patate douce. Il est impossible de faire pousser des bananes, mais on peut obtenir des figues, des raisins, des poivrons. L'astuce réside dans l'exploitation d'un microclimat urbain où il fait 2 ou 3 degrés de plus qu’à la campagne. Avec le changement climatique, c’est une bonne stratégie de planter maintenant des figuiers ou des vignes.
Les principes fondamentaux pour débuter
Face à ceux qui souhaitent se lancer, Joseph Chauffrey reste humble : il n'a pas de recette miracle. Cependant, il propose deux conseils de base essentiels pour éviter les erreurs de débutant. Premièrement, démarrer petit. Si on commence trop grand, on peut manquer de résultats et se décourager. Commencer petit permet de valoriser le travail accompli.
Deuxièmement, il faut prendre le temps de l’observation de son jardin. On se lance souvent sans prendre le temps de réfléchir. Observer l’ensoleillement, les vents dominants, les microclimats permet d’éviter des erreurs et donc de planter chaque arbre à l’endroit où il sera le mieux. Cette approche scientifique et patiente est le socle de toute réussite en permaculture.
La transmission comme éthique de vie
L'organisation de conférences, comme celles tenues à Évreux, notamment à l'Hôtel d’agglomération d’Évreux Portes de Normandie, répond à une logique de transmission. Joseph Chauffrey s'intéresse aux questions liées à l’écologie, l’effondrement et la transition. Il estime qu'il faut transmettre les pratiques qui marchent et donner envie aux particuliers de s’y mettre.

Son objectif est de montrer qu’il est possible de produire beaucoup dans son jardin, tout en gardant le côté esthétique. Les connaissances sont une ressource, et en permaculture, partager les ressources est un impératif éthique. C’est pour cette raison qu’il anime une douzaine de formations d’un à trois jours, pour débutants ou confirmés, et ouvre les portes de son jardin aux curieux. La permaculture n'est pas une fin en soi, mais un chemin vers une société plus cohérente, où chaque mètre carré, qu'il soit urbain ou rural, devient un espace de vie soutenable.
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