La gestion de la présence du sanglier (Sus scrofa) dans les paysages agricoles et forestiers constitue un défi majeur pour les gestionnaires de territoires et les exploitants. Cette espèce, reconnue comme une espèce-ingénieur capable de stratégies d'adaptation remarquables, nécessite une approche nuancée alternant entre l'attraction contrôlée via des couverts adaptés et la protection active des cultures sensibles.
Le couvert à gibier : aménager pour mieux gérer
Le mélange sanglier pour sols acides représente une solution technique pour stabiliser les populations de gibier en leur offrant un habitat structuré. Ce couvert est composé d'une strate basse, dense et épineuse, persistante été comme hiver, dans laquelle la bête noire pourra évoluer à l’abri des regards. Il trouvera sous les pruniers myrobolans et les pommiers des fruits qui satisferont sa gourmandise. En semant ce mélange, vous reconstituerez le biotope de prédilection du sanglier en 3 à 5 ans. Notez qu’il conviendra également aux cervidés.
Ce mélange arbustif est spécifiquement conçu pour les terrains acides et supporte la rigueur hivernale ainsi que la sécheresse estivale, présentant ainsi un intérêt majeur pour le gibier. La composition type comprend 60 % de genêt à balais, 20 % de prunier myrobolan, 15 % d’ajonc et 5 % de pommier.

Mise en œuvre et implantation du couvert
Pour une implantation réussie, le conditionnement se présente généralement en boîte de 1 kg, avec une dose préconisée de 5 kg/ha, que ce soit en plein, en îlot ou en bande. La période de semis s’étend d’octobre à juin. À l’automne, la levée intervient au début du printemps, tandis qu’au printemps, la levée se fait en deux temps (printemps N et printemps N+1). Une astuce consiste à laisser tremper les graines 24 à 48 heures pour favoriser une levée rapide.
La préparation du sol doit être rigoureuse :
- Effectuer un herbicide dans l’idéal (glyphosate).
- Labourer la parcelle à semer.
- Herser au cultivateur, au canadien ou au rotovator.
La mise en œuvre du semis peut se réaliser à la volée, à l’épandeur ou au distributeur d’antilimace.
La problématique des dégâts et la protection des cultures
Face à l’augmentation régulière des attaques de sangliers, les agriculteurs ont recours à différentes solutions, comme l’a montré notre enquête conduite à l’automne 2019. Cependant, aucune ne s’est révélée satisfaisante à ce jour. Il n’existe aucun moyen permettant de se débarrasser complètement des sangliers. Dans ce contexte, beaucoup d’agriculteurs concernés par des dégâts de sangliers mettent en œuvre des barrières physiques ou des clôtures électriques pour protéger leurs parcelles.
La clôture électrifiée peut être pertinente si elle délivre une décharge d’au moins 5 000 volts pour un ampérage de 0,5 - 1 J ; en effet, elle sera dissuasive mais non dangereuse. Toutefois, ces dernières années, à cause de la sécheresse, les clôtures électriques mises en place par les chasseurs sont relativement inefficaces.
Expérimentations sur les répulsifs chimiques et sonores
Des études menées par ARVALIS ont évalué diverses stratégies dans le Sud-Ouest et en Alsace. Les notations de dégâts ont été réalisées à plusieurs dates en début de cycle de développement de la culture, à la fois dans les parcelles d’essais mais aussi dans des parcelles témoins, situées à proximité, et comparables sur le plan de la conduite culturale et de l’environnement.
L’analyse des résultats requiert beaucoup de précautions car il s’agit d’un dispositif expérimental assez fragile : l’hétérogénéité des attaques de sangliers à l’échelle d’un territoire et l’influence potentielle d’autres facteurs, notamment environnementaux, sont difficiles à contrôler.

Sur les 20 parcelles protégées à l’aide du répulsif gustatif (PNF), la moitié a été attaquée. Le répulsif sonore à ultrasons (Doxmand VR8) a été installé sur six parcelles, dont quatre ont fait l’objet d’attaques. Le répulsif olfactif (Hukinol) a été testé sur cinq parcelles, dont deux ont été attaquées. Enfin, parmi les 11 parcelles ayant reçu l’engrais aux propriétés répulsives olfactives (Terragral Evolution), deux ont été attaquées.
En résumé, la proportion de parcelles attaquées, en début de cycle de la culture de maïs, est plus faible pour les modalités avec le produit répulsif olfactif Hukinol ou l’engrais Terragral Evolution.
Perspectives techniques et médiateurs chimiques
Dans le but de multiplier les références, de nouveaux dispositifs expérimentaux ont été mis en place dans le Sud-Ouest, lorsque le maïs était au stade grains laiteux. Parmi les huit parcelles protégées à l’aide du produit Hukinol, sept n’ont pas été attaquées. Sur ces sept parcelles indemnes, quatre étaient situées à proximité de parcelles non protégées ayant subi des attaques. Les trois autres étaient des maïs isolés avec des sangliers dans les parages.
A défaut d’apporter une solution définitive, cette première année d’expérimentation a permis d’ouvrir des perspectives encourageantes. Le produit Hukinol a également permis de confirmer un certain niveau de protection sur maïs au stade grains laiteux, autre période de grande sensibilité. Il est crucial de noter que les médiateurs chimiques et substances naturelles doivent être homologués en tant que produits phytopharmaceutiques ou autorisés en tant que substance de base pour pouvoir être utilisés dans le cadre de la protection des cultures.
Chasse Au Sanglier À La Ferme – La Stratégie De Fossé Ingénieuse Des Agriculteurs
Approches innovantes et méthodes artisanales
Certains agriculteurs développent des méthodes spécifiques pour protéger leurs semis. Par exemple, l’apport dans la ligne de semis de maïs en SCV d’environ 100 kg/ha de granulés en bouchons à base de lisier de porc exploite l’odeur d’élevage que le sanglier n’apprécie pas. Ces granulés sont souvent accompagnés d’environ 20 kg de soufre élémentaire, qui se dégrade lentement à la faveur des pluies, contribuant à prolonger l’action répulsive. Ces apports participent aussi à la fertilisation du maïs et sont très efficaces pour garantir l’éloignement des sangliers durant toute la période sensible de la levée.
Parmi les autres méthodes, les effaroucheurs sonores émettent des détonations puissantes assimilables à des coups de fusil, parfois déclenchés par un détecteur de mouvement. Les barrières chimiques ou olfactives, contenant des phéromones synthétiques ou extraites de glandes de prédateurs, s'avèrent également être des outils complémentaires. Enfin, pour les jardins et potagers, des recettes maison existent, comme le mélange d’eau bouillante avec de l’ail écrasé, de l’huile essentielle de citronnelle et de menthe poivrée, bien que leur portée à l'échelle agricole reste limitée. Les répulsifs visuels sont moins utilisés mais peuvent gagner en efficacité en étant combinés à d’autres méthodes de protection.