L’automne et le début de l’hiver sont des périodes stratégiques pour entretenir vos arbres fruitiers et préparer leur floraison printanière. Que vous cultiviez vos sujets en pleine terre ou en pot, la réussite de la saison à venir dépend de la rigueur apportée à leur mise en repos. Un sol riche et vivant est indispensable pour un rendement fruitier optimal, et comprendre la nature et ses mécanismes permet d’adopter des pratiques respectueuses et efficaces.

La gestion des fruitiers en pot : l'importance de l'isolation
Deux choses surtout nuisent aux plantes cultivées en pot l’hiver. D’abord, le froid pénètre beaucoup plus loin en pot qu’il ne le fait en pleine terre, littéralement de part en part. Ainsi, les racines qui auraient normalement été bien abritées du froid sous la terre sont exposées à ses pires effets. Aussi, la terre en pot tend à geler et à dégeler à répétition pendant l’hiver, ce qui est tout aussi nuisible.
La terre est en soi un isolant. Donc, plus le pot est gros, plus il contiendra de terre et mieux il sera isolé. Ainsi, pour les fruitiers arbustifs de grande taille, un pot d’au moins 45 cm serait utile. Pour les plantes plus petites, utilisez un pot proportionnel à leur taille, mais placez-le à l’intérieur d’un pot de 10 à 15 cm plus gros à l’automne, remplissant l’espace entre les deux avec des feuilles mortes ou du paillis pour créer de l’isolation.
La façon la plus logique pour les protéger est tout simplement de les enlever de leur pot à l’automne et de planter leur motte de racines en pleine terre - ou de planter le pot au complet en pleine terre ! -, recouvrant bien le haut aussi avec une couche de 15 cm de paillis. Par contre, c’est aussi la méthode la plus laborieuse, surtout pour les gros fruitiers.
L'hivernage en garage : techniques et surveillance
Un garage un tantinet chauffé convient bien pour la protection hivernale des fruitiers en pot. Attendez que leur feuillage soit tombé, puis rentrez-les à l’abri tout simplement. Aucun éclairage n’est nécessaire pour les sujets caducs.
Nous avons tous le même réflexe : une fois les géraniums, agrumes ou lauriers rentrés au frais pour l’hiver, on ferme la porte et on les oublie un peu. C’est pourtant une erreur classique qui peut ruiner vos efforts de l’année passée en quelques semaines seulement. Rassurez-vous, il suffit d’une visite de contrôle rapide pour éviter le pire et garantir une reprise vigoureuse au printemps.
La première chose à faire, c’est de descendre voir vos protégées avec une lampe de poche. Observez attentivement le feuillage et la terre. Si vous voyez des tiges très pâles, fines et allongées, votre plante s’étiole : elle cherche désespérément la lumière. En hiver, dans un local non chauffé (entre 5°C et 12°C), les besoins en eau sont minimes, mais ils ne sont pas nuls.
Le clan des "Feuillus" (agrumes, lauriers-roses) : ils ne sont qu’en semi-repos. Leurs feuilles continuent de transpirer, même à 10°C. La motte ne doit jamais sécher complètement à cœur. Le clan des "Bois nus" : eux dorment vraiment. Un filet d’eau une fois par mois suffit à peine, juste pour que le terreau ne devienne pas de la poussière. Toutes vos plantes ne sont pas logées à la même enseigne. Les plantes à feuilles caduques comme certains fuchsias peuvent supporter l’obscurité quasi totale. En revanche, les persistants comme les agrumes ou les lauriers-roses ont besoin d’un minimum de clarté, même en dormance.
Le nettoyage sanitaire est tout aussi crucial. Munissez-vous d’un sécateur propre et supprimez toutes les feuilles mortes ou jaunies qui traînent sur la terre ou sur les branches. Si des tiges sont devenues noires ou molles, coupez-les net au-dessus d’une partie saine. Enfin, profitez des journées douces et ensoleillées de l’hiver pour aérer votre local en grand pendant une heure.
#2 TAILLE DE FORMATION - Tutoriel
Entretien et préparation du verger en pleine terre
Avant l’hiver, un nettoyage complet du verger est indispensable. S’il s’agit d’un arbre fruitier à noyaux (cerisiers, pruniers, abricotiers, etc.), vous aurez déjà réalisé une taille d’entretien au tout début de l’automne mais pour les arbres fruitiers à pépins (pommiers, poiriers, etc.), l’hiver, période de repos végétatif, est la saison parfaite.
Lors de cette taille, vous allez à la fois nettoyer, éclaircir et rabattre votre arbre. Dans un premier temps, supprimez les branches mortes, abîmées, trop basses ou qui se croisent ainsi que les gourmands situés à la base du tronc. Délestez-le également de tous les fruits momifiés encore présents sur ses branches. Cette opération terminée, engagez l’éclaircissement de l’arbre, l’enjeu étant de permettre à l’air et à la lumière de circuler au mieux en son centre. Supprimez donc tout ce qui pousse vers l’intérieur ! Enfin, il est temps de raccourcir les branches restantes. Coupez nettement, en biais, environ 1/3 de leur longueur.
L’hiver est également la saison de la taille de formation pour les sujets les plus jeunes. Durant les trois premières années, il s’agit de former leur charpente c’est-à-dire d’éliminer les branches indésirables pour ne garder que les plus solides. Ces branches charpentières sont alors raccourcies, pour ne conserver que 15 ou 20 cm de la pousse de l’année.
Soins, traitements et hygiène de l'écorce
La grande opération de nettoyage se termine par un brossage doux de l’écorce au niveau du tronc et des grosses branches restantes. Procédez avec une brosse nylon afin de supprimer en partie mousses et lichens, en prenant garde à ne pas abîmer l’écorce. Puis vient le temps des soins plus spécifiques. Appliquez ainsi sur les plaies les plus grosses repérées lors du nettoyage et sur les zones de coupe générées par la taille un baume ou un mastic cicatrisant.
Si ce n’est pas déjà fait et que les feuilles de votre fruitier tombent à peine, c’est également le moment de mettre de la bouillie bordelaise, efficace en prévention de l’installation de champignons. Le tronc à présent propre, débarrassé des mousses et lichens indésirables, peut recevoir son traitement hivernal : le chaulage. Cette opération permet à la fois d’éradiquer champignons et larves de parasites et d’empêcher ainsi la survenue de maladies cryptogamiques redoutables pour les fruitiers comme la cloque du pêcher, la moniliose ou encore la tavelure.
Autre traitement d’hiver des arbres fruitiers, l’huile blanche. Il s’agit d’un antiparasitaire puissant à utiliser tant en prévention qu’en traitement curatif. Le mois de décembre est idéal pour cette application. Ces traitements d’hiver ne sont toutefois pas anodins. En brossant le tronc et en traitant l’ensemble, vous ciblez sans distinction le microcosme à l’œuvre sur les arbres. Ceci peut participer à la perturbation et à l’appauvrissement de la biodiversité ainsi qu’à la destruction d’insectes auxiliaires bien utiles. Agissez avec modération.

Travail du sol et fertilisation hivernale
Après le nettoyage, il est temps de passer au travail du sol. Au pied de l’arbre, à l’aplomb des branches, la terre est ameublie pour lui permettre de respirer. Procédez avec une bêche mais n’allez toutefois pas trop en profondeur pour ne pas abîmer les racines, une quinzaine de centimètres suffiront. Arrachez lors de cette étape toutes les mauvaises herbes présentes.
C’est également à ce stade que vous pouvez procéder à quelques apports. Pour l’abricotier, par exemple, apportez sur une surface légèrement griffée du compost bien mûr et du fumier. Pour des agrumes comme le clémentinier, le citronnier ou le mandarinier, griffez le sol sous la couronne de l’arbre et épandez un peu de cendres de cheminée. Assurez-vous qu’elle pénètre bien et ne forme pas une croûte avec l’humidité. Pour le noyer, ajoutez du compost à la plantation et, pour les noyers adultes, faites un apport de poudre d’os marine en toute fin d’hiver. Le cognassier appréciera un apport de poudre d’os ou de corne broyée.
Protection contre les aléas du gel printanier
Il est nécessaire de rappeler que non seulement le froid hivernal n’est pas dangereux pour les arbres fruitiers mais qu’il leur est en plus nécessaire car il incite ceux-ci à un repos végétatif essentiel à une bonne reprise au printemps. Cependant, une fois que l’arbre fruitier souffre d’un printemps froid sévère, il provoquera des pertes incalculables.
Pour éviter les dégâts du gel tardif, plusieurs méthodes ont fait leurs preuves :
- Méthode de blanchiment : Blanchir le tronc au début du printemps peut réduire efficacement l’absorption de l’énergie solaire par le corps de l’arbre, augmenter lentement la température du corps de l’arbre et retarder la germination des bourgeons.
- Méthode d’irrigation : L’irrigation des vergers peut réduire considérablement la température du sol et retarder la germination et la floraison des arbres fruitiers.
- Méthode de la fumée : La fumée du verger peut réduire le rayonnement de la chaleur du sol, résister à l’intrusion d’air froid, augmenter la température dans le verger et améliorer le microclimat du verger.
- Méthode de couverture : Couvrez les arbres fruitiers avec un chiffon en plastique, des rideaux de paille, des nattes de roseau et un sac pour garder la chaleur du sol émise et bloquer l’invasion du froid à l’extérieur. Cette méthode convient particulièrement aux jeunes vergers ou aux espèces d’arbres nains.
- Méthode de pulvérisation : Avant la germination, la pulvérisation des branches avec une solution d’acétate de naphtalène de potassium peut inhiber la germination des boutons floraux et améliorer la résistance au froid. La pulvérisation d’une solution de dihydrogénophosphate de potassium sur les arbres fruitiers en fleurs peut améliorer la résistance au froid des étamines.
En cas de fortes gelées annoncées, protégez impérativement vos fruitiers avec un voile d’hivernage. Veillez à ce que ceux-ci n’abîment pas les bourgeons et soient suffisamment harnachés pour résister aux vents. Installez un paillage en couche épaisse au pied que vous pouvez stabiliser au sol avec du grillage. Pour les plus jeunes sujets, buttez le pied ou couvrez le point de greffe avec un manchon de paille. Ces précautions seront particulièrement primordiales dans le cas des agrumes qui ont une rusticité assez faible, la plupart d’entre eux ne résistant pas en-deçà de -5°C.