La gestion de l'espace au sein d'une ruche est l'un des piliers fondamentaux de l'apiculture réussie. La hausse est un étage ajouté sur le corps de ruche, avec des cadres vides, agissant comme un véritable magasin à miel. Pourquoi la pose de hausses est-elle cruciale ? La hausse permet de stocker le surplus de nectar après remplissage des cadres de corps. Mal posée, elle peut bloquer la ponte de la reine ou refroidir la grappe. Bien posée, elle offre un espace dédié au miel monofloral ou polyfloral, moins de stress pour la colonie, moins de risque d’essaimage, une meilleure hygiène et une extraction facilitée. Si vous n’ajoutez pas de hausse à vos ruches, vos abeilles ne risqueront rien, mais la récolte de miel ne sera pas fameuse et faute d’espace, le couvain ne se développera pas bien.

Le bon moment pour poser la hausse
Il n’existe pas de calendrier strict à respecter, car le développement dépend de votre région, des températures, de la race d’abeille et de la flore environnante. Néanmoins, en avril-mai, lorsque les cadres de corps sont presque entièrement operculés ou occupés par les abeilles, que les butineuses rapportent un afflux continu de nectar et que la population dépasse la capacité du corps de ruche, il est temps d'intervenir. Si vous posez vos hausses trop tôt, le couvain risque le refroidissement, en particulier si les nuits sont encore fraiches. Trop tard, c'est l'essaimage assuré ou le blocage de la ponte de la reine.
Observez votre ruche : des constructions de cire blanche apparaissent entre les cadres. Pour savoir si le couvain est bien développé, comptez les cadres occupés (au moins 6), sinon utilisez la méthode du papier journal entre la hausse et le corps de ruche. Lorsque la première est à moitié remplie, cela stimule la récolte.
Stratégies de conduite : de la récolte de printemps à l'été
La conduite du rucher varie selon les objectifs de production. Certains apiculteurs préfèrent récolter le plus souvent possible pour séparer les miellées. Si j'avais agi ainsi en 2013, je n'aurais récolté que du miel figeant rapidement, au lieu du toutes fleurs d'été qui est resté liquide jusqu'au printemps. D'autres apiculteurs, ne visant pas la performance, empilent les hausses de mai à août. Cependant, il est important de bien suivre ses colonies et connaître les ressources de son environnement dans son microcosme, très varié en France.
Dès que les abeilles blanchissent le haut des cadres, elles commencent à monter. Si sur votre planche d'envol vous avez beaucoup d'abeilles, alors il faut rajouter des hausses. D'une part cela les occupe, et d'autre part cela vous prémunit des essaimages, et encore d'autre part, cela permet de mieux réguler la température en cas de forte chaleur. Cet équilibre dans le nombre de hausse est important, car la température au-dessus de 34°C permet de mieux tuer Varroa et régule l'essaimage.
Hausse ou pas ? Pose d'une hausse avec journal !
Gestion post-récolte et préparation à l'hivernage
Une question revient souvent : après avoir fini la récolte en août, faut-il remettre la hausse ou laisser que le corps ? Une option est de reposer de suite la hausse avec les cadres vidés pour laisser de l'espace, surtout si votre ruche est populeuse. Elles vont nettoyer les cadres et les réparer tout neufs. Pensez à la retirer 15 jours plus tard, même si elles ont un peu stocké et operculé. Seul risque : si vous êtes dans une zone à miellée tardive, elles peuvent remonter du miel dans la hausse.
Après ta dernière récolte d'août, il faut enlever la hausse et rapidement traiter contre le varroa. Si vous laissez la hausse, vous créez une zone froide qui risque d'être fatale en hiver. Dans la ruche en août, la population a commencé à décroître et la récolte a privé la ruche d’une part importante de ses réserves. Pour renforcer les réserves, l’apiculteur procède au nourrissement en utilisant un sirop à forte concentration en sucre. Les abeilles stockent le sirop et reconstituent les réserves dont elles auront besoin pour passer l’hiver.
Maintenance du matériel et hygiène
Une fois la récolte effectuée, l’apiculteur commencera à nettoyer ses hausses vides, les accessoires et outils pour éviter la contamination si la colonie est malade. Concernant la conservation des hausses pendant l'automne et l'hiver, le mieux est de les empiler les unes sur les autres avec une grille en dessous et au dessus. L’air circulant dans cette pile de hausses empêchera la propagation de la teigne.

Il est important de noter que depuis 2005, les apiculteurs doivent tenir un registre d’élevage où sont notées toutes les observations, les noms des produits de traitements, les numéros des lots et la date des traitements. Refuser la visite sanitaire, c'est s'exclure de la distribution des médicaments contre le Varroa via un Groupement de défense sanitaire apicole. Les médicaments sont alors à acquérir chez un vétérinaire ou chez un pharmacien qui exigera une ordonnance.
Optimisation de la colonie : techniques avancées
Pour renforcer l'activité, certains apiculteurs retirent 2 cadres de nourriture à chaque extrémité du corps. Le miel ainsi libéré est immédiatement pris en charge par la colonie. Puis, par trophallaxie, transféré d’abeilles en abeilles venant stimuler l’activité globale. Les cirières s’activeront et la reine reprendra sa ponte. Attention à bien griffer superficiellement ! Il n’est pas question de faire couler du miel, sous peine de provoquer un pillage.
Tout en maintenant le plancher dans la même direction, faites tourner le corps de 180 degrés. De cette façon, les abeilles libèreront progressivement le devant de la ruche pour laisser de l’espace de ponte à la reine. Laissez deux cellules royales au maximum. Si possible des cellules non encore operculées. Dans ce cas, vous devrez détruire les cellules royales et envisager d’introduire une reine fécondée. Savoir quand poser une hausse est une compétence clé en apiculture. Cela repose avant tout sur l’observation fine de la colonie et de son environnement. Anticiper vaut mieux que subir, et l’espace est votre meilleur allié contre l’essaimage.