Michel Herbillon, un député au cœur de la controverse : entre engagement politique et affaire Raymond Sebas

Portrait de Michel Herbillon

Michel Herbillon, figure politique du Val-de-Marne, dont la carrière s'étend sur plusieurs décennies, s'est retrouvé au centre d'une vive polémique suite aux révélations de Mediapart concernant les conditions de vie de Raymond Sebas, un jardinier retrouvé mort en avril 2022. Cette affaire, qui a ébranlé l'opinion publique et suscité de nombreuses réactions indignées, met en lumière les contrastes entre les engagements affichés de l'élu et les faits reprochés.

Un parcours politique riche et une réputation de défenseur des vulnérables

Né en 1946, Michel Herbillon, après des études à Sciences Po, a d'abord entamé une carrière de cadre dans le secteur privé. Il s'est ensuite tourné vers la politique, enchaînant les mandats locaux et nationaux. Il a été maire de Maisons-Alfort de 1992 à 2017, conseiller général du Val-de-Marne de 1989 à 1998, élu à la Métropole du Grand Paris de 2017 à 2022, et député du Val-de-Marne depuis 1997. Ce long parcours témoigne d'un engagement politique constant et d'une présence significative sur la scène publique.

Au sein de l'Assemblée nationale, Michel Herbillon s'est distingué par ses prises de position en faveur de la lutte contre l'habitat indigne et la protection des personnes vulnérables. En 2010, il proposait de créer une astreinte financière pour obliger les propriétaires à réaliser des travaux dans les logements insalubres. Le 22 février 2022, soit deux mois avant le décès de Raymond Sebas, il avait déposé une proposition de loi visant à « faire reconnaître la dignité des personnes âgées dépendantes » comme une « grande cause nationale ». Ces engagements publics ont forgé une image de défenseur des droits et de la dignité, ce qui a rendu les accusations de Mediapart d'autant plus retentissantes.

Infographie: Les mandats de Michel Herbillon

L'affaire Raymond Sebas : les faits reprochés et la défense du député

L'enquête de Mediapart, publiée le dimanche 14 janvier, a révélé que Raymond Sebas, un jardinier de 76 ans surnommé « Monsieur Raymond », avait vécu pendant « plusieurs années » dans un box insalubre, sans fenêtre, appartenant à Michel Herbillon. Le septuagénaire a été retrouvé mort dans une rue de Châtenay-Malabry en avril 2022, sans famille connue. Sur son corps, les clés ouvrant le garage du député ont été retrouvées. Une source policière, qui s'était rendue sur place, a indiqué à Mediapart qu'il s'agissait d'un « box d'une dizaine de mètres carrés, sans fenêtre ». Des boissons et de la nourriture sur les étagères laissaient penser que la personne décédée y vivait. Selon des témoins interrogés par Mediapart, Raymond Sebas vivait dans ce box depuis 2008, tandis qu'un autre assure qu'il y a passé le confinement pendant la pandémie de Covid.

Face à ces accusations, Michel Herbillon a brisé le silence le lundi 15 janvier dans un communiqué publié sur son compte X, pour « rétablir la vérité des faits ». Il dénonce « un article à charge de Mediapart qui met gravement en cause [s]on honneur », qualifiant les accusations d'« infamie ». Le député nie avoir eu connaissance que Raymond Sebas vivait dans le box, affirmant qu'il l'avait acquis en 2005 pour ses parents, qui avaient besoin d'un local pour garer leur voiture. Il assure qu'il ne connaissait pas « l'emplacement exact » et qu'il n'a « jamais disposé des clés ».

Selon sa version des faits, c'est après le décès de son père en 2016 que sa mère aurait accepté de laisser le box à la disposition de « Monsieur Raymond » pour qu’il y entrepose ses outils, à la demande du gardien de la résidence. Michel Herbillon assure n'avoir eu vent de cette information qu'en 2020, quand sa mère a vendu son appartement pour entrer dans un Ehpad. Il maintient qu'« à aucun moment, ni ma mère, ni moi n'avons eu connaissance que Monsieur Raymond Sebas utilisait ce local autrement que pour y entreposer du matériel ».

Pour sa défense, il évoque une visite du box effectuée par une agence immobilière mandatée pour la vente à partir de septembre 2021, « sans me faire d'observations particulières ». Ce n'est qu'en juillet 2022, par l'intermédiaire d'une seconde agence immobilière, qu'il aurait appris le décès de Raymond Sebas et découvert « avec sidération et grande tristesse » que Raymond Sebas vivait dans ce garage. Le député Michel Herbillon, accusé d'avoir loué un box insalubre par Mediapart, nie les faits. Selon le site d'investigation, l'élu aurait loué un garage à un jardinier appelé « Monsieur Raymond », mort en 2022 dans le plus grand dénuement.

UMP - Michel Herbillon interroge le Gouvernement sur l'affaire Cahuzac

Les réactions et le débat sur l'habitat indigne

Les révélations de Mediapart ont suscité une vague d'indignation et de nombreuses réactions politiques. L'eurodéputée écologiste Karima Delli a écrit « Honte » sur X, un mot également utilisé par la présidente du groupe EELV à l'Assemblée, Cyrielle Châtelain, qui a ajouté : « Honte au député LR Michel Herbillon, propriétaire de ce box. Il ne mérite pas d’être élu de la République. » Ces réactions soulignent l'écart perçu entre les engagements publics du député et la situation de Raymond Sebas.

L'affaire a ravivé le débat sur l'habitat indigne et la précarité du logement en France. Elle rappelle la situation critique de nombreuses personnes confrontées à la difficulté d'accéder à un logement décent. La Fondation Abbé-Pierre pour le logement des défavorisés, dans son rapport sur l'année 2022, a très fortement épinglé la politique menée en termes d'habitat, soulignant la difficulté croissante de nombreux citoyens à accéder à un logement décent et l'absence de politiques appropriées.

Le rapport de la Fondation Abbé-Pierre dénonce également les prix du logement, devenus difficilement soutenables, pour ne pas dire inabordables, pour les ménages modestes. La facture logement est fortement alourdie par des dépenses énergétiques jugées importantes pour 82% des ménages (contre 56% en 2016), parmi lesquels beaucoup doivent choisir entre chauffer, manger et se soigner. Les constructions sont à la peine et n'atteignent jamais les objectifs fixés par le gouvernement, en raison de la réduction des capacités financières des organismes HLM, provoquée par les mesures d'économie adoptées au cours du précédent quinquennat, plus la hausse de la TVA.

En parallèle, le rapport informe des inégalités liées au genre dans l'accès et le maintien dans le logement. Les femmes, et encore plus les mères célibataires (36% vivent sous le seuil de pauvreté), sont plus souvent en situation de précarité que les hommes face au logement, tout comme les minorités LGBTQ+. Les situations de précarité matérielle, de violences conjugales et les revenus en moyenne inférieurs sont les principaux facteurs de cette vulnérabilité genrée face au logement. D'après la Fédération Nationale Solidarité Femmes, 80% des femmes victimes de violence sont hébergées dans des dispositifs non adaptés à leur situation, et 40% des femmes victimes de violences en demande d'hébergement seraient sans solution.

Graphique: Évolution des personnes sans-abri en France

Le contexte plus large de la crise du logement en France

L'affaire Raymond Sebas s'inscrit dans un contexte plus large de crise du logement en France. Ce pays compte 3,1 millions de logements vacants, c'est-à-dire dans lesquels personne n'habite. Plus de 620 personnes sont mortes dans la rue en 2022, dans la septième puissance économique mondiale. Quatre millions de personnes sont en situation de mal-logement, 14,6 millions de personnes sont fragilisées par la crise du logement et 330.000 personnes (nombre multiplié par deux en dix ans) sont sans domicile fixe, dont 400 enfants scolarisés, rien qu'à Paris.

Le gouvernement n'applique effectivement pas la loi permettant la réquisition d'immeubles, malgré 400.000 logements vacants en Île-de-France, dont 117.000 à Paris. La dernière vague de réquisitions remonte à 1997. Beaucoup de maires demandant des réquisitions ne les obtiennent pas par les préfets, qui ne réquisitionnent que les bâtiments mis à dispositions par les propriétaires… sur la base du volontariat. En outre, certaines communes préfèrent toujours payer des amendes en ne respectant pas la loi imposant 25% de logements sociaux, le tout, avec la bienveillance de l'exécutif. Le logement a même été écarté de la liste des ministères recréés lors du dernier remaniement.

Carte de France: Logements vacants par région

Le rapport du Conseil National de la Refondation, rendu il y a quelques mois, fait état d'une situation préoccupante et a annoncé des « grandes mesures à mettre en œuvre afin de renforcer l'accès de tous à un logement digne, abordable et durable ». Seulement, quand on s'y intéresse de plus près, il n'y a que très peu de raisons d'espérer un quelconque changement suite aux concertations menées avec les acteurs du logement.

Au lieu de cela, des familles entières sont déplacées des centres d'hébergement d'urgence pour laisser la place aux touristes, 2000 logements CROUS d'étudiants sont réquisitionnés le temps des épreuves pour les athlètes, et des migrants sans-abris sont déplacés en dehors de l'Île-de-France. Et, histoire de parachever leur œuvre, le gouvernement a fait adopter en douce cet été un décret pour faciliter la location de surfaces jugées impropres à l'habitation.

UMP - Michel Herbillon interroge le Gouvernement sur l'affaire Cahuzac

La loi Kasbarian et ses implications

La loi Kasbarian (Kasbarian est député Renaissance d'Eure-et-Loir, et, comme un bonheur ne vient jamais seul, est pressenti pour devenir secrétaire d'État au Logement) a donné lieu à de nombreux débats, et a été promulguée en juin dernier, avec les voix chaleureuses du RN, et validée en juillet par les « sages » du Conseil Constitutionnel. Au-delà du caractère fondamentalement populicide de cette loi, on peut légitimement penser qu'elle met en difficulté les associations qui, pour le coup, ne roulent pas sur l'or. Associations qui ont d'ailleurs été nombreuses à dénoncer ce coup de force. La fondation Abbé-Pierre rappelle le caractère abject de cette loi, se servant d'une conception détournée et faussée du droit de propriété, pour mieux piétiner le droit au logement. Les quelques squatteurs, qui font systématiquement la une des médias, ne servent qu'à nourrir un discours toujours aussi bourgeois et excluant. Si ces cas minoritaires existent réellement et peuvent, à juste titre, provoquer l'indignation et le débat, ils sont trop souvent instrumentalisés pour nous émouvoir et ainsi faire passer des lois entièrement déséquilibrées.

L'histoire de Raymond Sebas, et la controverse entourant Michel Herbillon, sont révélatrices des défis complexes et des enjeux éthiques liés au logement et à la précarité en France. Elles interrogent la responsabilité des élus et la cohérence entre les discours politiques et les réalités sociales.

tags: #michel #herbillon #jardinier