L’histoire de l’horticulture à Lyon est une fresque vivante, un récit qui s’étend sur près de deux siècles et qui trouve son point d’ancrage dans la passion pour le végétal. Pour comprendre cette dynamique, il faut se pencher sur l’institution qui a structuré ce savoir-faire : la Société Lyonnaise d’Horticulture (SLH). Cette entité, témoin des mutations sociétales et techniques, incarne la transition entre une agriculture professionnelle pionnière et une pratique amateur contemporaine en constante quête de sens.

Aux origines d’une institution pionnière : La Société d’Horticulture Pratique du Rhône
En 1844, avec l’appui du maire de Lyon et du préfet du Rhône, fut créée la Société d’horticulture pratique du Rhône par un groupe de professionnels - horticulteurs, pépiniéristes, marchands-grainiers et fleuristes - et Nicolas Charles Seringe, directeur du Jardin des plantes de la Ville, nous explique Richard Makowski, président de la SLH, qui a succédé, en 2016, à Michel Javaux. À l’époque, la région recensait de nombreux producteurs de végétaux qui ne se limitaient pas à la multiplication mais travaillaient aussi à l’obtention, incluant rosiéristes et pépiniéristes.
Ces « producteurs-obtenteurs » organisaient fréquemment des concours d’horticulture, tous les deux ou trois mois. Cela offrait plusieurs avantages : les professionnels se connaissaient, chacun savait quelle activité exerçait l’autre. Ils permettaient aussi de faire connaître au grand public les nouvelles espèces de plantes décoratives et de lui présenter leurs créations, avec comme objectif, naturellement, des retombées commerciales. Dès la première année, une exposition est organisée et connaît un grand succès, qui est suivie de nombreuses autres les années suivantes. La Société publiait aussi un bulletin mensuel pour informer les sociétaires des manifestations réalisées et des activités à venir.
En raison des progrès techniques et industriels de l’époque, la Société d’horticulture pratique du Rhône s’est développée rapidement. En 1869, vingt-cinq ans après sa création, elle comptait l’organisation de trente-six expositions, disposait de plus de 300 adhérents, en majorité professionnels. Elle correspondait avec soixante sociétés françaises et huit étrangères. À cette époque, l’horticulture avait un réel poids économique avec un nombre de professionnels bien connus de la population, qui vivait pour 71 % en milieu rural, dont 53 % d’agriculteurs. En 2019, il en restait moins de 1,5 % vivant de l’agriculture.
La mutation du paysage horticole et le défi de la transmission
La SLH d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celle de cette époque. À l’origine, il était normal d’avoir des professionnels au sein du conseil d’administration. Les jardiniers du Jardin botanique connaissaient notre société. Ce n’est pratiquement plus le cas aujourd’hui, déplore Richard Makowski. Ce constat souligne une rupture générationnelle et sociétale majeure : le passage d’une économie de production rurale à une société urbaine de consommation et de loisirs.
Malgré ce contexte qui a découragé de nombreux adhérents, qui nous ont quittés, auquel s’ajoute le vieillissement d’une bonne partie d’entre eux, notre activité continue. Et nous nous adaptons en fonction de leurs attentes. Certains, fidèles, nous connaissent et ils apprécient les exposés en salle. Pour eux, nous organisons des réunions thématiques avec projection de PowerPoints, dans divers lieux comme le lycée horticole de Lyon-Dardilly ou le CFPH de Lyon-Ecully. Mais la préparation de ce type d’exposés prend malheureusement beaucoup de temps.
D’autres adhérents, de plus en plus nombreux, n’ont pas de jardin, seulement parfois des jardinières sur leur balcon, sans connaissances de base. Ils sont attirés par le côté pratique, tels le rempotage, le bouturage, la taille des rosiers ou autres activités de terrain. Il nous faut être de plus en plus basiques, expliquer ce qu’est une bouture, une greffe. Nombre d’entre eux ne connaissent pas la différence entre un greffon et un porte-greffe ! Ils sont surtout spectateurs et consommateurs, pas acteurs ! Il faut tenir compte de ce public et lui proposer des activités concrètes.
Bouturer un rosier pour débutants, les règles de base.
L’ancrage géographique et le renouveau des infrastructures
La propriété de la Ferme Lambert, où a été créé le Parc de la Tête d’Or, était déjà connue à l’époque de la Renaissance. Les bâtiments, plusieurs fois remaniés et où se trouvait la SLH, sont aujourd’hui dans un état de délabrement avancé, si bien qu’ils ont été classés depuis trois ans en « péril » et que la société ne peut plus y séjourner. Il nous a fallu trouver rapidement d’autres locaux pour exercer nos activités. Après trois années d’attente, liées surtout aux dispositions sanitaires mises en place pendant l’épidémie de Covid-19, la direction du service des Espaces verts va nous en attribuer de nouveaux. Il s’agit de la loge de l’ancienne conciergerie de l’entrée Tête d’Or du parc, qui deviendra donc, avant la fin de l’année 2023, les nouveaux locaux de la SLH.
Ce déménagement symbolise une renaissance nécessaire. La SLH, consciente de ses défis, cherche à maintenir son attractivité à travers des sections spécialisées. La Société Lyonnaise d’Horticulture regroupe actuellement 4 sections spécialisées :
- Section des bulbes, plantes vivaces, et arbustes : C’est en participant à cette section de passionnés que vous enrichirez vos connaissances sur ces plantes, dans une ambiance chaleureuse, le troisième jeudi de chaque mois, au siège de notre société ou un autre lieu précisé avec la date et le sujet traité. Un exposé, préparé par l’un des participants et agrémenté par la projection de nombreuses photos, constitue le support de la réunion ainsi que des échanges entre les adhérents. Des visites de très beaux jardins privés vous sont également proposées au cours de l’année. Animateurs : Gérald Montagneux, Michel Javaux.
- Section des plantes médicinales : Cette section existe à la société depuis janvier 1995, elle a été mise en place par le Docteur Astruc, phytothérapeute, assisté de pharmaciens et de botanistes. Plus de 230 plantes médicinales ont déjà été étudiées. Elle est ouverte à tous les adhérents. Elle permet à certains participants de s’investir dans la préparation et la présentation au groupe d’une plante étudiée à partir d’une thèse ou de recherches personnelles. Les réunions de la section ont lieu le deuxième vendredi de chaque mois dans la salle de réunion du pavillon Tête d’Or. Animatrice : Sylvie Limacher.
- Section Photo : Cette section s’adresse à tous les adeptes de la photo qui souhaitent mémoriser leurs rencontres avec le monde des plantes et des paysages qu’elles enluminent. Elle est ouverte à tous les sociétaires, photographes néophytes ou confirmés, désireux de parler photo et de voir des photos, principalement sur les plantes, les fleurs et les paysages. La section photo est aussi un lieu d’échange où chacun peut venir chaque dernier samedi matin du mois au nouveau siège de notre société situé à l’entrée Tête d’Or pour montrer ses photos, faire part de ses expériences et échanger des conseils. La section sélectionne chaque trimestre les meilleures photos qui viendront illustrer les pages de la couverture de notre revue Lyon-Horticole. Animateur : Patrick Chetaille.
- Section Art floral : Cette section est ouverte à tous mais intéresse surtout les maîtresses de maison qui souhaitent recevoir leurs hôtes avec une décoration florale personnalisée. Les styles et les différents thèmes sont expliqués et commentés par des formatrices qualifiées.
Vers une ouverture interdisciplinaire et numérique
L’adaptation de la SLH ne se limite pas à ses sections. Elle s’ouvre à des publics variés, comme en témoigne cette intervention : l’hôpital Lyon-Sud nous a demandé une formation à la botanique pour son personnel du service allergologie. Nous nous sommes aperçus que cet auditoire, pourtant choisi, de médecins et d’infirmières, avait un déficit de connaissances important en matière de botanique. L’échange inter-associatif est également primordial : nous avons reçu plus de soixante adhérents de la Société d’horticulture de Haute-Marne avec lesquels nous avons pu échanger de façon conviviale.

La SLH propose aussi des voyages, principalement en France, qui rencontrent beaucoup de succès : à peine lancée l’information, le voyage affiche complet en quelques jours. D’autres activités qui fonctionnent bien sont le groupe photo, très dynamique, et le groupe plantes médicinales, qui sollicite l’université pour obtenir les thèses présentées sur les plantes étudiées. N’oublions pas les réseaux sociaux, indispensables mais difficiles à gérer faute de compétences ou de disponibilités. Cela m’attriste ! Pour le site internet, nous sommes à peine deux, voire trois, à pouvoir nous en occuper. Il faut être sur tous les fronts ! Il faut nous adapter et faire accepter cette évolution, y compris au sein de notre bureau.
La SLH va fêter ses 180 ans en 2024. Nous avons plein d’idées mais il faut les mettre en œuvre. À commencer par l’édition d’un numéro spécial du Lyon horticole. Au Parc de la Tête d’Or, nous souhaitons organiser une grande fête de la nature en collaboration avec le Jardin botanique et d’autres associations telles que la Société française des Roses, Roses anciennes en France, et l’Ordre national de Romarin. Cette manifestation s’adressera aux parents et aux enfants, avec l’objectif de faire comprendre comment fonctionne un habitat naturel et l’interaction permanente qui existe entre la faune et la flore.
L’enjeu est désormais de transformer cette institution séculaire en un carrefour de connaissances où la rigueur botanique des anciens croise les nouvelles aspirations écologiques et esthétiques du citadin. La survie de la SLH dépend de sa capacité à rester un trait d’union entre le passé glorieux de l’horticulture lyonnaise et les besoins d’une société en quête de reconnexion avec le vivant. En intégrant les nouvelles technologies et en répondant aux besoins pratiques des néophytes, la société démontre que, loin d’être une relique, elle est un organisme vivant, capable de s’adapter à son environnement pour continuer à fleurir au cœur de Lyon.
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