Mildiou de la tomate : Identifier, Traiter et Prévenir pour des Récoltes Abondantes

Le mildiou de la tomate est une maladie cryptogamique redoutable capable de détruire une récolte en quelques jours. Pour agir efficacement, il est primordial de bien l'identifier et de ne pas le confondre avec d'autres affections. Une intervention rapide est cruciale, car si la maladie est présente et que les conditions environnementales sont favorables, elle se propagera à une vitesse fulgurante, menaçant l'intégralité de la récolte. Cependant, il est inutile de penser que la présence du mildiou signe systématiquement la fin de toute production de tomates. Des stratégies existent pour le combattre et même pour continuer à récolter.

Taches de mildiou sur feuille de tomate

Identifier le Mildiou de la Tomate

Savoir identifier le mildiou est primordial. Cette maladie se développe sur toutes les parties du plant, des feuilles aux fruits en passant par les tiges.

Sur les feuilles

Le mildiou débute souvent à la bordure du limbe, se manifestant par le brunissement de la partie supérieure de la feuille. Il apparaît d'abord sous forme de taches humides, brunes, plus ou moins noirâtres et irrégulières, qui se développent rapidement. Sur la face inférieure des feuilles, un duvet mycélien blanc, correspondant à la sporulation du champignon, se développe. Les tissus foliaires affectés finissent par se dessécher. Sur les jeunes feuilles, on observe des plages décolorées, jaunâtres et d'aspect huileux (faciès « taches d’huile »), avant la formation du duvet blanc. Sur les feuilles âgées, l'attaque se caractérise par des taches polyédriques jaunes ou brunes délimitées par les nervures (faciès « mosaïque »), apparaissant généralement en fin de saison.

Duvet blanc de mildiou sous une feuille

Sur les tiges et pétioles

Des taches brunes à noires humides sont également observées sur les tiges et les pétioles. Des tronçons entiers peuvent virer au brun-noir.

Sur les fruits

Sur les fruits, le mildiou brunit les tomates, se manifestant par des taches brunes, souvent plus claires sur leur pourtour. Progressivement, la partie brune se marbre et prend une allure bosselée. Un duvet blanchâtre peut apparaître à sa surface. L'attaque concerne uniquement les fruits verts qui, lorsqu'ils sont touchés, présentent des bosselures et des marbrures brunes. Les tomates atteintes mûrissent difficilement. Si les fruits sont atteints de manière généralisée sur tout le plant, il peut être trop tard pour intervenir efficacement.

Ne pas confondre avec d'autres maladies

Il est crucial de ne pas confondre le mildiou avec d'autres maladies aux symptômes parfois similaires. Certains jardiniers emploient le mot « mildiou » dès que les plants de tomates présentent une maladie.

  • L'alternariose : Cette maladie se manifeste sur les feuilles avec des taches nécrotiques circulaires de 4 à 7 mm de diamètre. Les tiges et les pétioles présentent des taches brunes à grises.
  • La nécrose apicale (cul noir) : Elle touche exclusivement le bas de la tomate, autour du stigmate. C'est un symptôme qui peut ressembler à l'alternariose, mais il est situé à l'opposé du fruit. Le mildiou démarre n'importe où sur le fruit et a un aspect bien plus brun que l'alternariose et la nécrose apicale.
  • Le pied noir de la tomate : Cette maladie due à Didymella lycopersici se manifeste par une nécrose brune qui encercle la tige au niveau du collet (partie entre la tige et les racines) et remonte sur la tige. L’aspect est semblable au mildiou et il se confond facilement.

Comprendre le Mildiou : Conditions de Développement et Cycle de Vie

Le mildiou est une maladie cryptogamique, c'est-à-dire causée par des champignons. Chez la tomate, plusieurs espèces peuvent être responsables, principalement Phytophthora infestans (mildiou aérien) et Phytophthora nicotianae (mildiou terrestre).

Le Mildiou Aérien (Phytophthora infestans)

Ce champignon se développe surtout par temps doux à chaud et humide. Si ces conditions persistent, l'attaque peut être foudroyante. Les premiers symptômes apparaissent 4 à 7 jours après l'établissement de ces conditions favorables.

  • Conditions optimales : Températures comprises entre 10 et 25°C, avec un optimum entre 16 et 22°C. L'humidité est un facteur clé : les feuilles doivent être humides pendant au moins 2 heures, ou l'humidité de l'air doit être supérieure à 90%. Les pluies orageuses du soir ou de nuit suivies d'un jour chaud mais saturé d'humidité sont des conditions idéales. En automne, les journées chaudes suivies de nuits fraîches entraînant des rosées persistantes le matin sont également propices. La période à risque s'étend d'avril à octobre.
  • Inhibition : Au-delà de 30°C, la propagation cesse, mais le champignon n'est pas détruit, il est juste en pause. Des températures inférieures à 2°C stoppent également son activité.
  • Conservation hivernale : Le mildiou se conserve principalement sous forme d'oospores (œufs d'hiver) dans le sol sur les débris de pommes de terre ou les tubercules malades qui, en germant, donnent naissance à des pousses contaminées. Les spores très volatiles du champignon se retrouvent en masse dans les restes de culture, mais aussi dans le sol et dans l'air.
  • Cycle de contamination : Les oospores germent en présence d'eau libre et de températures supérieures à 11°C, émettant des zoospores qui contaminent les jeunes organes. Ces zoospores développent un réseau mycélien à l'intérieur de la plante. Une fois le substrat nutritif épuisé, le champignon émet des conidiophores portant des conidies à la face inférieure des feuilles (duvet blanc). Ces conidies se différencient à leur tour en zoospores, permettant des contaminations secondaires et la poursuite du cycle. La durée d'incubation (entre contamination et apparition des conidiophores) varie de 4 à 14 jours selon la température.

Le Mildiou Terrestre (Phytophthora nicotianae)

Ce mildiou est responsable de la fonte des semis, provoquant des lésions brunes et humides à la base des plantules et sur les racines. Il peut aussi contaminer les fruits de plants adultes en contact avec le sol, qui se marquent d'anneaux concentriques bruns, parfois recouverts d'un feutrage blanchâtre lorsque le sol est humide. Il atteint également les racines de pieds de tomates adultes, entraînant le jaunissement et le flétrissement des feuilles, une croissance ralentie et des fruits plus petits, voire un « cul noir ».

  • Conditions optimales : Humidité modérée dans le sol et des températures au-dessus de 20°C, avec un optimum entre 24 et 30°C.
  • Inhibition : Son activité est inhibée au-delà de 36°C et en dessous de 10 à 12°C.

Stratégies de Lutte Curative Contre le Mildiou

Une fois le mildiou installé, la seule solution pour le ralentir vraiment est que la température remonte. Au-delà de 30°C, le développement du champignon s’arrête et le développement de la plante reprend. Il est néanmoins très difficile de stopper la contamination une fois qu’elle a démarré. C’est possible si vous agissez rapidement et que les conditions météorologiques sont revenues au temps sec et chaud.

Élimination des parties malades

Le premier geste à faire pour traiter les tomates contre le mildiou est de supprimer les feuilles ou tiges atteintes, et de poursuivre régulièrement cette suppression. À l'aide d'un couteau ou d'un sécateur propre, passez en revue tous vos plants. Coupez chaque partie contaminée et mettez-la dans un seau. Ne laissez pas les parties malades au pied de vos plants. Cette phase nécessite un peu de temps mais est indispensable. Dans le cas où le mildiou a fait le tour de la tige et si vous avez des gourmands sains en amont, coupez la tige et laissez les gourmands prendre le relais. Vous pouvez jeter ces débris végétaux dans votre compost, car la température au cœur peut monter jusqu’à 70°C, une température suffisante pour détruire le champignon.

Comment lutter contre le mildiou de la tomate

Traitements naturels curatifs

Une fois les feuilles malades coupées, il est temps d'appliquer un traitement antifongique.

  • Infusion de sauge officinale : La sauge officinale est reconnue pour ses propriétés antifongiques. Des expériences de jardiniers mettent en avant l'infusion de sauge pour un véritable effet curatif sur le mildiou de la tomate en 48 heures.
  • Bicarbonate de soude et savon noir : Mélangez 5g de bicarbonate de soude et 1 cuillère à café de savon noir dans un litre d’eau, puis pulvérisez. Le bicarbonate neutralise l’acidité d’un milieu (le mildiou se développe à un pH plutôt acide), freinant ainsi la sporulation du mildiou.
  • Huiles essentielles : De nombreuses huiles essentielles possèdent des propriétés antifongiques. Parmi celles qui donnent des résultats probants contre le mildiou, on trouve le romarin à cinéole. Les huiles essentielles n'étant pas miscibles dans l'eau, il faut les diluer dans du savon pour faire une émulsion.
  • Macérations de prêle et/ou d'ortie : L'emploi de la décoction de prêle est plutôt recommandé en préventif, mais peut être utilisée en curatif. La quantité de prêle nécessaire est de 1 kg de plante fraîche pour 10 litres d’eau, ou 150 g de plante sèche pour 10 litres d’eau. Coupez la prêle en petits bouts puis portez à ébullition, laissez à feu doux pendant 30 minutes. Le purin d'ortie est également cité. Renouvelez ce traitement tous les 5 à 6 jours.
  • Lait ou lactosérum : Le lait ou le lactosérum sont également des antifongiques efficaces, à utiliser dilués dans de l'eau.

Bouillie bordelaise (curatif limité)

Dès la fin du XIXe siècle, les vignerons et les maraîchers ont trouvé une façon de limiter les dégâts du mildiou : la bouillie bordelaise. Il s’agit d’un traitement confectionné à base d’ions de cuivres qui inhibent le développement des spores du champignon. C’est une méthode qui fait ses preuves en préventif, mais n’a pas d’effet une fois la maladie installée. Si les hyphes (racines) du champignon parviennent à “piquer” les feuilles ou les tiges et pénètrent dans les tissus de la plante, c’est trop tard. On dilue la bouillie bordelaise dans de l’eau et on la vaporise sur les plants. Elle protège la plante en la couvrant d’un voile de cuivre qui rend les feuilles bleutées. Le traitement est renouvelé à chaque pluie, sans quoi la couche protectrice est lessivée. Mais ne prenez pas ce traitement à la légère. Bien que naturel, il reste controversé pour son impact sur l’environnement. L’INRAE lui reconnaît des caractéristiques écotoxiques et phytotoxiques. Cela signifie qu’il est nocif pour la plupart des écosystèmes, que ce soit la faune ou la flore.

Prévention du Mildiou : La Clé du Succès

L’adage “Mieux vaut prévenir que guérir” est sage en de nombreuses circonstances, le jardinage et le soin des plantes ne font pas exception. Prévenir le mildiou est non seulement plus simple que le soigner, mais cela évite également d’avoir des plants de tomate affaiblis et moins productifs. La lutte contre ce champignon est avant tout préventive : en limitant son apparition au potager, vous devriez repousser au maximum le mildiou sur vos tomates et récolter des cagettes entières.

Choix variétal stratégique

  • Variétés résistantes et tolérantes : Cette prévention commence au choix des variétés, surtout si vous avez déjà eu des attaques de mildiou de la tomate à traiter les années précédentes. Privilégiez les variétés de tomates résistantes au mildiou, sachant néanmoins qu’aucune n’est totalement résistante. Des variétés comme ‘Pyros’ ou ‘Maestria’ sont particulièrement tolérantes au mildiou. Sur ces variétés, la sélection a été faite davantage sur la résistance au champignon que sur le goût. Certaines tomates paysannes comme la ‘Rose de Berne’ ont l’avantage d’être tolérantes, tout en gardant un goût délicat. D'autres exemples incluent Previa F1, Legend, Tigarella, Handy Lady, Saint-Pierre, Golden Jubilee. Faites vos propres tests, certaines variétés peuvent bien résister dans un potager mais pas dans un autre. Certaines variétés peuvent être touchées au niveau du feuillage tout en produisant des fruits qui restent sains.
  • Diversité et précocité : Les tomates cerises, en règle générale, sont plus robustes face aux maladies. Les variétés de tomates précoces sont moins susceptibles d’attraper cette maladie car elles fructifient tôt dans la saison et le mildiou est généralement assez tardif. Des variétés excellentes comme la ‘Noire de Crimée’ produisent leurs premiers fruits fin juillet. En revanche, des variétés précoces comme la ‘Précoce de Quimper’, la ‘Stupice’ ou la ‘Précoce glacier’ peuvent vous permettre d’avoir un minimum de récolte tous les ans, se récoltant dès la fin mai sous abri. Multiplier le nombre de variétés de tomates est conseillé, car chaque variété va réagir différemment au mildiou et cela peut ralentir la contamination entre les pieds.

Optimisation de l'environnement de culture

  • Emplacement et espacement : Sélectionnez pour vos tomates un emplacement bien ensoleillé et aéré. Planter avec un bon espacement entre les pieds de tomates va permettre à l’air et aux rayons du soleil de pénétrer dans leur feuillage et de sécher l’humidité résiduelle. Pensez à réaliser vos rangs de pieds de tomates dans le sens des vents dominants, pour faciliter l’aération du feuillage. Ce champignon ne peut pas se développer sur des feuilles ou fruits secs.
  • Rotation des cultures : Si vous avez eu des attaques de mildiou à traiter l’année précédente, évitez de planter vos tomates au même endroit. Dans les exploitations maraîchères, une rotation de culture sur quatre ou cinq ans est recommandée sur la tomate. Écartez également les cultures de pommes de terre, d'aubergines, de poivrons ou encore de vigne, toutes aussi sensibles au mildiou.
  • Arrosage approprié : L'humidité est l'un des facteurs déclencheurs du champignon. Pour se développer sur les feuilles de tomates, le mildiou a besoin que celles-ci soient recouvertes d’une fine pellicule d’eau. Protéger les tomates de la pluie permet donc de diminuer drastiquement la maladie. L'arrosage doit se faire au pied des plants et jamais sur les feuilles, les arrosages par aspersion sont déconseillés. Évitez les arrosages le soir pour limiter au maximum l’humidité persistante autour des tomates. Arrosez vos plants de tomate bien au pied pour éviter de trop mouiller les feuilles. Vous pouvez, par jour de grosses chaleurs, arroser le feuillage. Cela leur fera du bien et tant que le mercure est au-dessus de 30°C, le risque de mildiou est quasiment nul.
  • Paillage : Le paillage des tomates a un double rôle. Non seulement il garde le sol plus frais et réduit donc le besoin en arrosage, mais en plus il contribue à réduire le développement du mildiou, notamment celui du mildiou terrestre. Il évite le contact des fruits avec le sol et que les spores accèdent aux fruits ou aux feuilles grâce aux gouttes de pluie qui rebondissent sur le sol. Tentez dans l’absolu de conserver votre sol paillé.

Paillage au pied des plants de tomates

  • Tutorat et aération : L’utilisation de tuteurs adaptés à la croissance des tomates est propice à la bonne santé de vos plants. Un tuteur haut vertical ne suffit pas, même s’il est indispensable. Il faut également penser aux branches des pieds de tomates, dont la densité sera allégée s’ils peuvent être palissés horizontalement. Pour limiter l’humidité résiduelle sur les feuilles, l’air doit circuler. C’est pour cela que l’on tuteure généralement les tomates et qu’on les taille. Naturellement, elles ont tendance à faire un buisson rampant, pas idéal pour l’humidité. Vous pouvez attacher vos plantes avec de nombreuses astuces : bambou, tuteurs, ficelles… faites selon ce que vous avez à disposition chez vous. Il faut garder à l’esprit qu’un pied de tomate monte facilement jusqu’à 2 m de haut (voire 3, 4 m !), le tuteur doit donc être choisi en conséquence. Si des feuilles touchent le sol, supprimez-les.
  • Culture sous serre : Cultiver vos plants dans une serre permet de bénéficier facilement de l'effet curatif des fortes températures en les laissant monter. Le mildiou est bien moins fréquent sous serre. Néanmoins, il faut pour cela que la serre reste ouverte constamment afin que l’air circule (en tout cas par temps chaud et sec). Faute de quoi une condensation va se former et humidifier les feuilles de vos plants de tomates. Attention tout de même à la température sous la serre. En plein été, si l’aération n’est pas suffisante, les légumes peuvent rapidement cuire. L’installation d’un filet d’ombrage ou de blanc de Meudon permet de faire chuter la température jusqu’à 10°C sous la serre. Commencez à aérer relativement tôt dans la saison, afin d’éviter que la serre reste trop humide, surtout le matin.

Gestion des nutriments et taille

  • Fertilisation équilibrée : Les tomates font partie des gourmandes au potager. Dans l’impatience de récolter de gros fruits bien mûrs, le jardinier peut avoir tendance à suramender le sol en début de culture. Le développement de la plante sera alors en général rapide, avec beaucoup de feuillage. Lorsqu’une plante pousse avec des excès, notamment d’azote, elle pousse trop vite, trop fort. Les pieds de tomates dans cette situation deviennent plus vulnérables aux maladies et aux ravageurs. Il faut donc faire attention aux besoins des plantes et ne pas avoir la main trop lourde sur les apports fertilisants comme le sang séché par exemple.
  • Limiter la taille : Bien que les champignons responsables du mildiou aient plusieurs possibilités de pénétrer dans les tissus des végétaux, les plaies de taille forment une entrée supplémentaire. Limiter la taille permet donc de limiter les possibilités de contamination, par le mildiou et par d’autres agents pathogènes d’ailleurs. La suppression des gourmands peut être faite, mais si possible uniquement lorsque les conditions météorologiques sont favorables à la maladie. Lorsque vous devez tailler, agissez par temps chaud et sec, en pleine journée, de façon à ce que la plaie cicatrise le plus rapidement possible. La taille permet de bien aérer le plant et qu’il sèche rapidement en cas d’humidité. Cependant, lorsqu'on taille, on vient aussi blesser le plant de tomate. Il est recommandé de pratiquer la taille avec un outil tranchant et désinfecté pour éviter la propagation du mildiou entre les différents plants s’ils sont atteints. Taillez impérativement par temps sec, le matin de préférence. Si le temps est au beau fixe et que la taille est réalisée sur de toutes petites sections de tiges, la cicatrice laissée par la taille se referme en quelques heures et le risque de contamination est quasiment nul.

Traitements préventifs réguliers

  • Bouillie bordelaise : En traitement préventif, la pulvérisation de bouillie bordelaise est une option. Il est conseillé de traiter ainsi vos tomates contre le mildiou une fois tous les 7 à 10 jours et d’alterner entre plusieurs fongicides. L’utilisation de bouillie bordelaise (et autres préparations à base de cuivre) notamment ne doit pas être renouvelée trop souvent car l’accumulation de cuivre dans le sol devient rapidement toxique. De plus, le cuivre nuit à la floraison, il est donc judicieux de veiller à ne pas pulvériser le produit sur les fleurs.
  • Décoction de prêle, purin d'ortie : Le purin d'ortie, le purin de consoude ou une décoction de prêle sont autant de "potions" qui contribueront à fortifier les végétaux et à renforcer leurs défenses naturelles, notamment contre le mildiou. La prêle peut être utilisée sous forme de macération à diluer dans de l'eau. L'ortie peut également être grossièrement coupée et placée ainsi parmi le paillage.
  • Lait ou lactosérum : Ces antifongiques peuvent être utilisés préventivement, dilués dans de l'eau.
  • Fréquence des traitements : Si on veut traiter un même plan de légumes par exemple contre le mildiou, l'oidium, les pucerons, il faut se renseigner sur la nature du produit. S'il s'agit d'un produit de contact, il est recommandé d'attendre au moins 48 heures, sinon plutôt une semaine. Pour les traitements naturels comme la macération de prêle, un renouvellement tous les 5 à 6 jours est suggéré. L'alternance des modes d'action des produits est également une bonne pratique.

Calendrier de traitement préventif contre le mildiou

Les Autres Mildiou : Une Menace Multiforme

Le terme "mildiou" est générique, et les champignons en cause sont différents selon les végétaux. Cette section explore d'autres formes de mildiou affectant différentes cultures.

Mildiou de la Vigne (Plasmopara viticola)

Le mildiou de la vigne est provoqué par un champignon de la division des oomycètes.

  • Conservation hivernale : Il se conserve principalement sous forme d’oospores (œufs d’hiver) dans les feuilles tombées au sol. Très résistants, les œufs arrivent à maturité au printemps, en fonction de l’importance des pluies tombées entre octobre et janvier. Dès que la température devient supérieure à 11°C et en présence d’eau libre, les oospores germent, émettent des zoospores qui vont contaminer les jeunes organes de la vigne.
  • Contamination primaire et secondaire : Un filament est émis, pénètre dans la chambre sous-stomatique où il développe des suçoirs à partir desquels se forme le réseau mycélien. Quand le substrat nutritif est épuisé, le champignon émet à la face inférieure des feuilles des conidiophores, portant des conidies. La durée d’incubation varie de 4 à 14 jours selon la température, avec un optimum autour de 24°C. Les conidies se différencient en zoospores et contaminent les organes de la vigne, les cycles se succédant durant toute la phase végétative.
  • Symptômes :
    • Sur les feuilles : Sur les jeunes feuilles, des plages décolorées, jaunâtres et d’aspect huileux apparaissent sur la face supérieure (« taches d’huile »), suivies de la formation d’un duvet blanc sur la face inférieure. Puis le tissu altéré brunit et se dessèche. Sur les feuilles âgées, l’attaque se caractérise par des taches polyédriques jaunes ou brunes délimitées par les nervures (« mosaïque »).
    • Sur les grappes : Les attaques peuvent survenir dès le début de la floraison. La rafle prend une couleur brunâtre et se déforme en crosse. Les inflorescences se dessèchent et tombent. Le rot gris couvre les boutons floraux et jeunes baies d’un feutrage blanchâtre. Le rot brun fait virer les baies au brun tirant sur le rouge ou le violacé après la nouaison. Après la véraison, les baies ne sont plus réceptives.
    • Sur les sarments : Les sarments ne sont touchés que les années de forte invasion. Les jeunes rameaux se couvrent de lignes blanches. Sur les parties ligneuses, seuls les nœuds sont touchés. Cela empêche l’aoûtement (formation de liège), augmentant le risque de gel.
  • Nuisibilité : Impact sur le rendement (réduction significative à partir de 10% des grappes attaquées), sur la qualité des vins (altération des qualités organoleptiques des vins rouges à partir de 10% des grappes attaquées, avec diminution des notes de « fruits rouges », développement des notes « végétales », et plus grande astringence), et sur la santé du cep (affaiblissement de la plante, réduction des mises en réserve, mauvais aoûtement des bois, dépérissement à long terme).

Mildiou du Tournesol

  • Symptômes : Les attaques précoces peuvent provoquer une fonte de semis. Les contaminations entre le stade 2 et 4 feuilles du tournesol se traduisent par un nanisme très caractéristique. Les attaques plus tardives n’entraînent le nanisme que de la partie de la plante qui se développe après la contamination. Les feuilles présentent des taches chlorotiques avec un feutrage blanc sur leur face inférieure. Les plantes peuvent conserver une taille normale, mais le rendement est pénalisé.
  • Résistance variétale contournée : De nouvelles races de mildiou sont apparues, rendant les variétés résistantes inefficaces. Aucune variété n'est capable d’apporter une solution totale et définitive.
  • Moyens de lutte : Éviter de semer avant une période annoncée de forte pluie, soigner la préparation du sol, allonger les rotations, détruire les repousses de tournesol, soigner le désherbage. Il est interdit de cultiver deux années de suite du tournesol dans une même parcelle. Toute parcelle présentant plus de 30% de plantes touchées doit être déclarée et ne pourra plus être implantée en tournesol pendant trois ans.

Mildiou de la Pomme de Terre (Phytophtora infestans)

Maladie redoutable provoquée par le même champignon que le mildiou aérien de la tomate. Le moindre écart dans la protection peut entraîner des chutes de rendement considérables, voire une destruction complète de la parcelle.

  • Symptômes :
    • Feuilles : Larges taches brunes huileuses auréolées de vert pâle à la face supérieure et duvet blanc sur la face inférieure. Ces taches se dessèchent ensuite en leur centre.
    • Pétioles et tiges : Taches brunes qui peuvent entraîner la destruction des jeunes plants ou la cassure des tiges des plantes adultes.
    • Tubercules : Taches brunes sur l'épiderme, et zones marbrées de couleur rouille et fibreuses à l’intérieur (pourriture sèche). Ces attaques sont la porte d’entrée à d’autres champignons ou bactéries.
  • Facteurs favorables : Succession de périodes de forte hygrométrie (> 90%) et assez chaudes (10-25°C). Les journées orageuses sont très propices.
  • Transmission : Les oospores se conservent dans le sol sur les débris de pommes de terre ou les tubercules malades. La maladie se transmet ensuite par le vent.
  • Nuisibilité : Pertes de rendement considérables (jusqu'à 70-80%, voire la totalité de la récolte). À l'origine de la grande famine de 1845-1849 en Irlande.
  • Moyens de lutte : Allonger les rotations, détruire les déchets et repousses. Choisir des variétés résistantes. Intervenir préventivement avec un fongicide efficace. Recourir rapidement à un traitement curatif si le mildiou est détecté.

Mildiou du Pois de Conserve (Peronospora pisi)

  • Symptômes : Jaunissement de la face supérieure des feuilles, duvet gris violacé sur leur face inférieure et mycélium blanc à l’intérieur de la gousse.
  • Facteurs favorables : Forte humidité et températures inférieures à 20°C. Se développe aussi sur les parcelles avec une végétation en excès.
  • Nuisibilité : La présence de grains tachés peut entraîner le refus de la récolte.
  • Moyens de lutte : Intervention préventive avec un traitement fongicide efficace à partir de 35 jours après le semis. Alterner les modes d’action des produits.

Mildiou du Melon (Pseudoperonospora cubensis)

  • Symptômes : Sur la face supérieure des feuilles, taches anguleuses et huileuses, jaune pâle puis nécrotiques, délimitées par les nervures. Sur la face inférieure, les taches huileuses prennent un aspect graisseux. Des fructifications grises à brun violacés sont parfois présentes.
  • Facteurs favorables : Hygrométries élevées et supporte également de fortes températures (35-37°C).
  • Nuisibilité : Les fruits sont rarement tachés, mais leur qualité est généralement médiocre.

Mildiou de l'Artichaut (Bremia lactucae)

  • Symptômes : Observables sur les feuilles et les bractées des capitules. Sur le feuillage, taches anguleuses, limitées par les nervures, d’abord vert clair (stade de sporulation), virant ensuite au jaune avant de se nécroser. Sur les capitules, brunissement des bractées. Les spores du champignon sont visibles sur la face inférieure des feuilles ou à l’intérieur des bractées, sous forme d’un feutrage blanc caractéristique.
  • Facteurs favorables : Conditions douces, humides et fréquemment pluvieuses, présence d’eau libre sur un feuillage particulièrement vigoureux et dense.

Ces exemples illustrent la diversité du mildiou et l'importance d'adapter les stratégies de lutte à chaque culture spécifique.

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