Le Mildiou de l'Impatiens : Comprendre et Gérer ce Ravageur des Jardins

Illustration d'une plante d'impatiens saine et d'une plante d'impatiens infectée par le mildiou

Le mildiou de l'impatiens est devenu une préoccupation majeure pour les producteurs et les gestionnaires d'espaces verts, ainsi que pour les jardiniers amateurs, depuis une dizaine d'années. Cette maladie, causée par l'oomycète Plasmopara obducens, a la capacité de décimer des cultures entières d'Impatiens en quelques jours, entraînant des pertes économiques considérables et une remise en question des pratiques de plantation. Face à cette menace, il est essentiel de comprendre la nature de ce pathogène, ses modes de propagation, les symptômes qu'il provoque, et les stratégies disponibles pour le gérer, allant de la prévention aux traitements, en passant par le choix de variétés résistantes et d'alternatives.

Qu'est-ce que le Mildiou de l'Impatiens ? Un Oomycète et non un Champignon

Le mildiou de l'impatiens est une maladie spécifique causée par Plasmopara obducens. Contrairement à une idée répandue, cet agent pathogène n'est pas un champignon, mais un oomycète. Ces organismes sont classés parmi les algues et sont souvent désignés comme des "faux champignons" ou pseudo-mycètes en raison de certaines similitudes morphologiques avec les champignons, mais ils appartiennent à une division taxonomique distincte. Il existe en réalité plusieurs types de mildious, chacun causé par des agents cryptogamiques différents, mais tous partagent des exigences environnementales similaires, notamment la nécessité d'eau libre pour leur développement.

Plasmopara obducens touche spécifiquement les espèces d'Impatiens, principalement Impatiens walleriana, I. balsamina et certaines espèces sauvages comme I. noli-tangere, I. pallida et I. capensis. Il est important de noter qu'aucun cas de transmission de ce pathogène via la semence n'a été rapporté, ce qui simplifie un aspect de la prévention. Les impatiens de Nouvelle-Guinée (Impatiens hawkeri) et leurs hybrides se sont avérées tolérantes à la maladie, offrant ainsi une alternative prometteuse, bien que le risque zéro n'existe pas et que des symptômes aient pu être observés dans de rares cas.

Symptômes et Progression de la Maladie : Un Dépérissement Rapide

Les symptômes du mildiou de l'impatiens sont caractéristiques et le dépérissement de la plante est généralement rapide. Un jardinier doit savoir anticiper et identifier rapidement le mildiou pour limiter la casse.

Gros plan sur une feuille d'impatiens montrant un jaunissement et un duvet blanc grisâtre au revers

Les premiers signes d'attaque apparaissent sur les jeunes feuilles sous forme de taches jaunâtres, huileuses ou brunâtres sur le dessus, souvent anguleuses et s'arrêtant aux nervures. Au revers des feuilles, un duvet blanc à grisâtre, ou un feutrage blanc ou grisâtre, se forme par temps humide. Ce duvet est en fait la sporulation de l'oomycète, signe de sa reproduction active.

Les feuilles infectées jaunissent, leurs bords s'enroulent vers la face inférieure et finissent par chuter, ne laissant qu'un bouquet de tiges dégarnies. Les plantes deviennent rabougries avec de rares boutons floraux et, sans intervention, la maladie progresse jusqu'à faire dépérir la plante en seulement quelques jours. Le plant va littéralement fondre, comme l'explique Michel Sénécal. Les plantes peuvent être infectées sans présenter de symptôme visible initialement, la maladie restant latente et se déclarant en cas de stress.

Il est essentiel de différencier le mildiou d'autres maladies comme l'oïdium ou l'anthracnose. Alors que l'anthracnose franchit aisément les nervures des feuilles, les lésions du mildiou sont souvent limitées par celles-ci. Le mildiou se différencie également du blanc (oïdium) par son besoin absolu d'eau libre pour causer les infections, ce qui n'est pas le cas de l'oïdium.

Un Voyage Autour du Monde : La Propagation du Mildiou

Le mildiou de l'impatiens fait régulièrement parler de lui depuis une dizaine d'années en Europe et en Amérique du Nord. L'infestation a déjà traversé l'Europe, les États-Unis et l'Ontario. Dernièrement, il a été détecté au Japon et à Taïwan, et il est présent en Amérique centrale, en Inde, en Chine, en Corée, en Australie et en Afrique du Sud. Outre-Atlantique, il a causé des pertes économiques considérables en production et dans les aménagements paysagers. Les premières alertes, il y a sept à huit ans en Allemagne, en Angleterre et au Canada, ont amené l'Organisation européenne pour la protection des plantes (OEPP) à inscrire le pathogène, Plasmopara obducens, sur sa liste d'alerte en 2005.

Le Québec a été frappé en 2013, et en 2014, les producteurs du Québec ont cessé de produire cette plante à cause de la très grande sensibilité de l'impatiente commune au mildiou et l'absence de traitement phytosanitaire efficace. La maladie s'est répandue de façon exponentielle, notamment dans des régions comme l'Aquitaine dès mars, puis en Île-de-France, Rhône-Alpes et Pays de la Loire. Les dépérissements en espaces verts ont forcé les gestionnaires à replanter les massifs avec d'autres espèces annuelles (géraniums, roses d'Inde…).

Les Conditions Favorables à son Développement et sa Dispersion

La maladie se propage rapidement, avec un cycle de reproduction et de réinfection en cinq à quatorze jours, ou environ 7 à 10 jours. Elle est fortement favorisée par des températures comprises entre 15 et 22 °C (l'optimum est à 24° C) et des conditions humides, ou une humidité relative élevée (> 85 %) avec de l'eau libre à la surface de la feuille (entre 3 et 5 heures). C'est pourquoi une culture précoce dans des petits pots, une irrigation par aspersion, ou une plantation en conditions pluvieuses sont également propices à l'apparition du mildiou. C'est surtout quand ces conditions sont remplies, par exemple après un orage ou quand il y a une rosée matinale qui met du temps à sécher, qu'il faut agir avec un traitement préventif.

Le mildiou de l'impatiens hiverne dans le sol et sur les résidus de culture pendant de nombreuses années sous la forme d'oospores ou d'oogones (spores sexuées), qui peuvent survivre plusieurs années, même en conditions extrêmes. Ces oogones sont les organes de survie de P. obducens (4 à 5 ans) dans le sol ou sur les débris de culture. Des impatiens plantées dans les zones infectées les années précédentes peuvent ainsi être réinfectées. Au printemps, dès que les conditions sont favorables (températures fraîches et humidité), les spores germent et développent du mycélium.

Le pathogène se dissémine ensuite sur d'autres plantes en fabriquant des zoospores (spores asexuées) dispersées par les éclaboussures d'eau. Les spores sont aussi facilement dispersées par les courants d'air et lors du déplacement des plantes, ce qui explique le pourcentage élevé de plantes affectées dans les serres et dans les aménagements paysagers. Les spores peuvent voyager par le vent sur des centaines de kilomètres, augmentant le risque de contamination à grande échelle.

Stratégies de Lutte : Prévention, Traitement et Alternatives

La lutte contre le mildiou de l'impatiens repose sur une combinaison de mesures préventives, de traitements lorsque cela est possible, et l'exploration d'alternatives.

Mesures Préventives : Anticiper et Contrôler l'Environnement

Un bon jardinier anticipe le mildiou plutôt qu'il ne le subit. La surveillance régulière, dès la réception des jeunes plants, est essentielle pour assurer une lutte efficace en identifiant rapidement les symptômes. En cas de doute, il est possible de faire diagnostiquer ses plants par un laboratoire. Les experts du réseau d'avertissements phytosanitaires du Mapaq proposent un test pour détecter des infections latentes ou non visibles : prendre trois à quatre feuilles, les laver, les éponger, les déposer dans un sac en plastique transparent, le gonfler pour le saturer d'humidité, le fermer hermétiquement et le laisser à température ambiante loin de la lumière directe, puis surveiller l'échantillon tous les jours. En cas de maladie, une poudre blanche sous la feuille devrait être visible après un à trois jours.

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Les mesures de prévention en serre et en pleine terre comprennent :

  • Vérifier l'état sanitaire des plants avant leur achat.
  • Espacer les plantes pour permettre une bonne circulation d'air et limiter l'humidité stagnante.
  • Contrôler l'humidité par ventilation-chauffage ou à l'aide d'un déshumidificateur (humidité relative inférieure à 85 %), notamment au coucher du soleil, pour éviter la condensation sur les feuilles.
  • Éviter l'arrosage par aspersion et privilégier l'irrigation par goutte-à-goutte ou subirrigation.
  • Irriguer le matin pour permettre aux plantes de bien sécher avant la nuit.
  • Nettoyer et désinfecter régulièrement les surfaces de culture, les locaux et les outils.
  • Éliminer les débris végétaux, car les oogones peuvent y survivre plusieurs années.
  • Séparer les impatiens issues de semis de celles issues de bouture, ces dernières étant plus susceptibles d'être contaminées. Mettre dans des serres différentes les impatientes-semis (semence non contaminée) et les impatientes-bouture (bouture plus à risque d'être contaminée).
  • Éviter les substrats humides en permanence.

Traitements : Une Efficacité Limitée et des Défis

Les traitements curatifs sont malheureusement peu efficaces contre le mildiou de l'impatiens une fois la maladie bien installée. Les traitements préventifs peuvent éviter l'infection ou retarder l'expression de la maladie de quelques semaines, mais la maladie peut alors apparaître en espaces verts ou chez le particulier, contaminant durablement le sol, la confiance du client et l'image du producteur.

Le mildiou mutant facilement, les programmes de traitement nécessitent de pouvoir alterner des molécules de différentes familles pour éviter l'apparition de résistances. Au Royaume-Uni, où la maladie a explosé en 2011, des souches résistantes au métalaxyl-M (méfénoxam) utilisé seul sont apparues. Plasmopara obducens développe très rapidement des résistances aux produits utilisés, ce qui nécessiterait de varier les familles chimiques et les modes d'action, alors même que les produits autorisés sont peu nombreux.

En France, des essais sont en cours. Les spécialités commerciales homologuées (voir e-phy.agriculture.gouv.fr, usages « Cultures florales diverses - traitement des parties aériennes - mildiou » et « Toutes espèces florales - maladies diverses ») sont à base de chlorothalonil et métalaxyl-M, d'azoxystrobine, de cyazofamid, ou de mancozèbe et métalaxyl-M. Le SRAL et la Fredon d'Île-de-France ont commencé des essais en 2012, en testant Folio Gold à base de chlorothalonil (action de contact) et de méfénoxam (action systémique). Les trois applications réalisées à la fin du mois de juillet au moment de la plantation, puis mi-août et début septembre, ont assuré un bon contrôle (dose de 0,2 l/hl).

Les stations d'expérimentation Astredhor ont également entrepris des essais en 2012-2013 (et se poursuivent en 2014) sur différentes variétés d'Impatiens walleriana, avec des applications en production ou en production puis en massif, et avec des produits chimiques seuls, des phytostimulants seuls, ou des alternances de produits. Il en ressort qu'un traitement en production seul ne suffit pas à empêcher l'expression de la maladie après plantation et que les produits associant différents modes d'action semblent offrir une meilleure efficacité. Sur une variété moins sensible, un phytostimulant peut légèrement retarder la maladie.

Il est conseillé de traiter préventivement et régulièrement (trois à quatre applications) l'ensemble de la culture avec un produit homologué, en veillant à bien atteindre le dessous des feuilles, et de surveiller l'apparition de nouveaux foyers jour après jour.

Substances de base et produits de biocontrôle

Des substances de base et des produits de biocontrôle offrent des pistes prometteuses. Le cuivre est depuis longtemps connu comme un fongicide puissant contre le mildiou. Lorsque les spores du parasite se trouvent en contact avec le cuivre pendant seulement deux heures, ils perdent leur faculté germinative. Cependant, son usage est menacé en culture à très courte échéance, car le cuivre est un métal qui se stocke dans le sol à l’instar des métaux lourds. De plus, les composés cupriques se fixent assez mal sur la surface des feuilles, ce qui nécessite de renouveler les traitements après chaque épisode pluvieux qui va lessiver le produit et l’épandre dans le sol en générant une pollution durable. C'est cette persistance dans le sol qui impose une limitation légale de l’usage de la bouillie bordelaise à 4 kg par hectare et par an. Il est possible de tester l'efficacité du Trianum, stimulateur de vitalité des cultures florales à base de Trichoderma harzianum.

Depuis quelques années sont apparus sur le marché des stimulateurs de défense des plantes qui déclenchent chez les végétaux des réactions biologiques avec le durcissement des cuticules et la sécrétion de molécules défensives avant l’arrivée des spores, mais ce n’est pas suffisant pour les cas de contamination importante ou de conditions météorologiques très défavorables. Parmi ces produits on peut citer, le bicarbonate de potassium, le bicarbonate de sodium (un peu moins efficace), le Bacillus amyloliquefasciens, la levure de bière, Saccharomyces cerevisiae. Concernant ces deux derniers microorganismes, il existe des souches sélectionnées qui possèdent une AMM (autorisation de mise sur le marché) et que l’on trouve en jardinerie. Et puis il y a le Phosphonate de potassium, lui aussi classé parmi les produits de biocontrôle, qui possède déjà une action de stimulation, et qui est en plus toxique pour le mildiou. Enfin, ce produit possède une légère action translaminaire, c’est-à-dire qu’il peut franchir la cuticule des feuilles et qu’il arrive à se déplacer d’une cellule à l’autre sur de très faibles distances. Mais ce n’est pas à proprement parler un produit systémique. Le phosphonate de potassium utilisé en alternance avec des stimulateurs de défense des plantes montre une assez bonne efficacité. Il peut aussi être associé au cuivre, ce qui permet de réduire très sensiblement les quantités de cuivre nécessaires.

Gestion des Foyers et Mesures d'Urgence

En cas de détection d'un foyer :

  • Détruire les plantes atteintes en les ensachant avant de les déplacer, ainsi que les plantes voisines (qui peuvent porter la maladie sans l'exprimer).
  • Ne pas les composter ni les déposer sur un tas de rebus végétaux afin d'éviter la propagation des spores. Les plantes infectées - et leurs voisines - doivent être jetées dans un sac en veillant à ne pas disperser les spores du mildiou.
  • Traiter les plantes saines avec un fongicide autorisé contre les oomycètes (antimildiou des cultures florales).
  • Pour limiter le développement de la maladie dans les serres, il faut assurer un dépistage rigoureux et éliminer immédiatement les plants affectés et les plants avoisinants et éviter de déplacer les plants infectés dans la serre.

Schéma du cycle de vie de Plasmopara obducens

La Question des Alternatives et des Variétés Résistantes

Le choix de cultures alternatives à l'impatiens reste encore aujourd'hui la meilleure solution pour éviter les pertes en production. Mais difficile de remplacer la plante par excellence des situations ombragées et humides ! Les impatiens des jardins (Impatiens walleriana), jusqu'alors la plante annuelle la plus populaire au monde, ont été essentiellement éliminées du marché en 2013 à cause de la propagation rapide du mildiou.

La profession (producteurs, espaces verts) s'organise face à ce défi. Les propositions d'alternatives (sources : obtenteurs, bulletins conseils…) sont le bégonia, l'impatiens de Nouvelle-Guinée (Impatiens hawkeri), Torenia, Lobelia, Browallia, Tiarella… parmi les plantes fleuries, ou encore Coleus, Dichondra, Hypoestes, Plectranthus…

L'impatiens de Nouvelle-Guinée, qui offre une forte tolérance à Plasmopara obducens en raison de leur génétique différente, est largement proposée en alternative. De même, l'hybride SunPatiens® semble moins affecté par la maladie.

L'Espoir des Variétés Résistantes : Imara® XDR et au-delà

La génétique améliorée par hybridation est la seule solution pour qu'on puisse penser de nouveau à planter des impatiens de jardin. En 2013, la Michigan State University (MSU) aux États-Unis a développé le site internet "Alternatives to Impatiens" (flor.hrt.msu.edu/IDM/index.htm), à destination des particuliers, expliquant les problèmes et présentant des alternatives.

L'espoir est né avec le développement de souches d'impatiens des jardins résistantes au mildiou. PanAmerican Seed avait annoncé le lancement d'une telle variété pour 2020. Cependant, une société concurrente, Syngenta, a devancé PanAmerican Seed avec sa nouvelle variété d'impatiens résistante au mildiou, Imara® XDR, qui est déjà sur le marché. En fait, il est possible de commander des semences ou des plantes auprès de plusieurs sources de vente par correspondance. Plusieurs jardineries vendront également des plantes d'Imara au printemps.

Photo d'une Impatiens Imara XDR florissante et saine

Ces développements offrent un grand soulagement pour les jardiniers qui ont longtemps cherché un remplacement pour cette annuelle qui fleurissait si merveilleusement et si abondamment à l’ombre. L'introduction de variétés comme Imara® XDR est un pas significatif vers la réintroduction de l'impatiens des jardins dans les aménagements paysagers et les jardins privés, tout en limitant les ravages du mildiou. Il est crucial pour les consommateurs d'être informés sur la maladie et son développement, car sans cette information, ils pourraient ne pas comprendre l'absence de leur plante préférée dans les rayons ou se plaindre après avoir vu dépérir leur massif.

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