Le mildiou de la vigne, causé par Plasmopara viticola, est une maladie redoutable qui représente une menace majeure pour les régions viticoles humides et tempérées. Originaire d'Amérique du Nord, cet oomycète, souvent confondu avec un champignon en raison de similitudes dans son cycle biologique, a été signalé pour la première fois en France en 1878, plus précisément dans le Bordelais en 1879. Le dérèglement climatique, avec ses épisodes extrêmes de plus en plus fréquents, intensifie sa présence et sa virulence, rendant sa maîtrise d'autant plus cruciale pour les viticulteurs.

Comprendre le Mildiou de la Vigne : Un Oomycète et non un Champignon
Il est important de noter que le mildiou n'est pas un champignon au sens strict, bien qu'il partage des similarités dans son cycle biologique avec eux. Ses cellules absorbent les nutriments présents dans les tissus végétaux (absorbotrophie) et il forme des hyphes, des filaments. Ses fructifications expulsent également des spores à maturité pour contaminer les organes de la plante. Cependant, il appartient au groupe des oomycètes, des organismes eucaryotes qui se distinguent des vrais champignons par plusieurs aspects génétiques et structurels.
Le Cycle de Vie de Plasmopara viticola : Une Menace Persistante
Le cycle de vie de Plasmopara viticola se déroule en plusieurs étapes clés, permettant sa conservation et sa propagation au fil des saisons.
Conservation hivernale et Contaminations Primaires
Le mildiou se conserve l'hiver sous forme d'œufs, appelés oospores, principalement sur les feuilles de vignes présentant le symptôme de mosaïque et tombées au sol. Ces résidus végétaux au sol constituent la principale source d'inoculum. Les œufs d'hiver restent actifs dans les sols viticoles pendant au moins cinq ans, bien que leur pouvoir infectieux diminue avec le temps. Cette longue viabilité signifie que des contaminations primaires peuvent survenir tout au long de la période végétative de la vigne.
Au printemps, la germination des œufs de mildiou est déclenchée par la présence d'eau au sol et des températures dépassant 11°C. Plus les températures grimpent, plus la germination s'accélère, pouvant se faire en seulement deux jours. À ce stade, les œufs libèrent des zoospores biflagellés qui peuvent se déplacer dans l'eau. Les pluies, en soulevant des éclaboussures de sol, transportent alors ces zoospores vers les organes humides de la vigne, amorçant la contamination. Cette période de contaminations primaires correspond au débourrement de la vigne.
Propagation et Contaminations Secondaires
D'abord, la contamination s'effectue en foyers. Ensuite, le mildiou de la vigne enchaîne très vite plusieurs cycles de reproduction asexuée jusqu'à la véraison. Il touche entièrement la parcelle. Le pathogène pénètre par les organes riches en eau et en sucre comme les jeunes feuilles et les inflorescences. Les fructifications, que l'on nomme sporangiophores, forment le duvet blanc visible sous les feuilles. Des ramifications portent les sporanges. En présence d'eau, ces sacs gonflent et libèrent les spores matures. Puis, ces spores se propagent avec le vent et les pluies, assurant les contaminations secondaires, aussi appelées repiquages.
En fin de saison, la phase de reproduction sexuée conduit au développement des œufs dans les tissus des feuilles malades, bouclant ainsi le cycle.
Les Conditions Favorables au Développement du Mildiou
Le mildiou est une maladie dont le développement est fortement lié aux conditions environnementales.
Le Rôle Crucial de l'Eau et de l'Humidité
Les contaminations primaires de mildiou ne sont possibles qu'en présence d'eau sous forme liquide. Le développement épidémique du mildiou au vignoble est essentiellement rythmé par les pluies et les humectations, par températures favorables. Les fortes pluies accélèrent sa propagation, nécessitant un programme fongicide rigoureux. Ainsi, les vignobles soumis à des pluviométries importantes sont rarement épargnés par le mildiou. La présence de zones humides et de cours d'eau accentue le risque de mildiou car le pathogène a besoin d'humidité pour se développer. Plus le sol draine lentement l'eau, plus la parcelle devient vulnérable.
L'Influence de la Température
Une température douce représente le deuxième facteur le plus contaminant. Une température minimum estimée entre 10° et 11°C favorise la contamination du mildiou. La germination des œufs de mildiou est déclenchée par des températures dépassant 11°C, et plus elles grimpent, plus la germination s'accélère, pouvant se faire en seulement deux jours. La durée d'incubation, le délai entre la contamination et l'apparition des symptômes, dépend de la température et de l'humidité. Elle peut varier de 5 jours à 20 jours pour des températures plus faibles. Par exemple, avec une température de 12 °C, les symptômes seront visibles au bout de 14 jours. À une température de 16 °C, le délai se raccourcit à 8 jours. La fourchette de températures favorables se situe généralement entre 11°C et 30°C.
Symptômes et Dégâts du Mildiou sur la Vigne
Le mildiou de la vigne cible les organes en croissance et se manifeste sous différentes formes, causant des dégâts importants sur les feuilles, les rameaux et, surtout, les inflorescences et les grappes.
Sur les Feuilles et Rameaux
Dès l'éclosion des bourgeons, les jeunes feuilles présentent sur la face supérieure des décolorations d'aspect huileux, appelées "taches d'huile". Ces plages décolorées, jaunes, d'aspect huileux, sont souvent observées sur les jeunes feuilles et sont caractérisées par la formation, sur la face inférieure, d'un duvet blanc assez dense constitué de conidiophores et de conidies. Le tissu altéré brunit et se dessèche. À mesure que la maladie progresse, le tissu végétatif brunit, les feuilles atteintes par le mildiou vont peu à peu se nécroser, tomber, voire même conduire à une défoliation précoce des vignes, ou attaquer les rameaux non aoutés. En fin de saison, le faciès "mosaïque" du mildiou est plutôt observé sur les feuilles âgées, se reconnaissant par le développement de taches jaunes/rouges limitées par les nervures de la feuille.
Le mildiou dessèche les feuilles, réduisant la photosynthèse et affaiblissant la plante. Les conséquences de fortes attaques de mildiou sur feuilles sur les conditions de maturation sont connues depuis très longtemps.
Le Mildiou sur Inflorescences et Grappes : Un Impact Dévastateur
Cependant, c'est entre la floraison et la fermeture des grappes que son impact est le plus dévastateur. Le mildiou se développe sur tous les organes herbacés de la vigne, affectionnant particulièrement ceux en voie de croissance (riches en eau).
Le « Rot Gris » : Attaques Précoces sur Inflorescences
De l'apparition des inflorescences à la fin de la floraison, la rafle contaminée ressemble à une crosse, prenant une coloration rouge brunâtre et se déformant. Lors d'attaques précoces sur les inflorescences, le mildiou se manifeste sous la forme de « rot gris », causant des pertes de rendement importantes. C'est un facteur de pertes quantitatives de vendange.

Le « Rot Brun » : Attaques Tardives sur Baies Formées
Après la floraison, un feutrage blanchâtre recouvre les jeunes baies. Ensuite, les grains prennent une teinte brun-rouge à violette. Lorsque le mildiou contamine les baies formées, on parle de « rot brun ». Dans ce cas, les baies sont marquées par une dépréciation appelée « faciès coup de pouce » et vont se dessécher pendant la phase de maturation. Le mildiou sur grappes est connu pour avoir une incidence sur la quantité de vendange, le premier effet du rot brun étant une baisse de rendement.
Fréquence de traitement / Pourquoi traiter régulièrement / Attaque du mildiou / Maladie de la vigne
L'Impact Qualitatif du Mildiou sur le Vin
Historiquement, l'impact du mildiou sur la quantité de vendange était bien documenté, mais son influence sur la qualité du vin était moins mise en évidence. Des travaux récents, notamment ceux réalisés par la Chambre d'Agriculture de la Gironde (CA 33), ont cependant montré que les attaques tardives de mildiou, entraînant un faciès rot brun, modifient également de manière significative l'arôme et le goût du vin.
Incidence sur les Vins Rouges et Blancs
Des attaques tardives de mildiou altèrent la qualité et le goût du vin. La présence de rot brun à la vendange joue de façon très nette sur le goût des vins. Cela se traduit par des pertes aromatiques, une impression de dureté des tanins et de perte de gras en bouche, ainsi qu'une augmentation de l'acidité. En effet, la présence de rot brun joue sur les caractères aromatiques du vin, en renforçant les notes végétales, notamment de feuille de lierre froissée.
Un début d'altération du vin est présent dès 2 % de rot brun, mais il est peu perceptible par des dégustateurs isolés. À partir de 5 % d'intensité d'attaque, la qualité du vin se dégrade nettement et amène un début de rejet chez les dégustateurs les plus sensibles. Il est donc recommandé de ne pas dépasser ce seuil pour préserver la qualité des vins.
Stratégies de Lutte Contre le Mildiou
Face à la virulence du mildiou et à ses conséquences économiques et qualitatives, une approche de lutte intégrée est indispensable, combinant des mesures prophylactiques, la sélection variétale, l'utilisation de fongicides et les outils d'aide à la décision.
Mesures Prophylactiques et Pratiques Culturales
La première étape consiste à bloquer le foyer primaire dès l'éclosion des œufs, puis à freiner la propagation du pathogène en intervenant au début du printemps et pendant la croissance. Pour réduire la pression de la maladie, il est essentiel d'éliminer les excès d'eau et de prévenir la formation de zones humides, notamment en limitant les facteurs favorisant le développement de la maladie tels que les sols conservant l'humidité ou une fertilisation excessive.
La suppression de tous les rejets de vigne, favorables aux foyers primaires de mildiou, réduit l'inoculum. Des rognages et autres travaux en vert éliminent les jeunes feuilles très sensibles et favorisent une bonne aération au sein de la haie foliaire, limitant ainsi l'humidité propice au développement du mildiou. L'effeuillage, une mesure prophylactique annuelle, freine également la propagation du mildiou dans la parcelle.
À la plantation, il est recommandé de limiter les facteurs favorisant le développement de la maladie. Sur vigne en place, au printemps, il faut veiller à épamprer les vignes (éviter les « escaliers ») et éviter les interventions au vignoble sur végétation humectée pour limiter la réceptivité lors des projections dues aux interventions mécaniques. Une taille adaptée, le relevage de la vigne avant traitement et une fertilisation adaptée sont autant de mesures qui contribuent à prévenir le développement du mildiou.
Des équipements sont à l'étude pour ramasser et éliminer les feuilles contaminées après la vendange, et des travaux visent à identifier et mettre en œuvre certaines pratiques de travail du sol qui pourraient nuire à la conservation du mildiou.
Variétés Résistantes
Depuis 2018, quatre variétés de vigne possédant une résistance polygénique au mildiou et à l'oïdium figurent au catalogue officiel : Artaban, Floréal, Vidoc et Voltis. Ces variétés, également résistantes au botrytis pour certaines, doivent avoir des qualités gustatives correspondant à la typicité de chaque AOC, offrant une solution durable pour réduire le recours aux produits phytosanitaires.
Lutte Fongicide : Défis et Innovations
La protection phytosanitaire reste le pilier de la lutte contre le mildiou, maladie hautement contagieuse et difficile à maîtriser. Cependant, un défi majeur complique cette stratégie : la forte plasticité des souches de mildiou, qui contournent vite les modes d'action chimiques en cas d'utilisation répétée. L'enjeu principal est de gérer la résistance des souches de Plasmopara viticola aux fongicides unisites.
Programmes Fongicides et Gestion des Résistances
Dans l'élaboration des programmes fongicides, un paramètre clé entre en jeu : la plasticité des souches de mildiou. Chaque début d'année, l'Institut Technique de la Vigne et du Vin (IFV), l'Inrae, l'Anses, les Chambres d'agriculture, le Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne (CIVC) et la DGAl partagent leurs analyses sur l'évolution des résistances aux familles chimiques et leurs recommandations d'emploi. Selon ce document, tous les modes d'action chimiques, sauf les substances multisites (folpel, cuivre, dithianon) et le fosétyl aluminium, sont concernés par la résistance du mildiou.
Généralement, l'alternance des modes d'action des fongicides limite le développement de résistances de la part des bioagresseurs. Cependant, dans de nombreuses situations dégradées, il devient essentiel d'associer des fongicides unisites avec des substances multisites.
Le cuivre, appliqué préventivement avant les pluies qui vont générer des contaminations, est une solution naturelle qui inhibe le développement du mycélium de mildiou ou active les défenses de la vigne. Il n'agit pas de façon curative car le pathogène présent à l'intérieur des tissus végétaux est inaccessible pour un produit de contact. Des formulations fongicides associent de plus en plus du cuivre aux autres substances actives pour préserver l'efficacité de ces dernières.
L'Importance d'une Pulvérisation de Qualité
Une pulvérisation de qualité contribue à l'efficacité du traitement et à la limitation de la dérive. La qualité de la pulvérisation s'améliore avec le déploiement sur le terrain de matériels performants possédant la mention Performance Pulvé.
Biocontrôle et Viticulture Biologique
Les produits de biocontrôle intègrent également les programmes lorsque le risque de mildiou est faible à modéré. Associés à des doses réduites de fongicides chimiques, ils contribuent simultanément à la gestion des résistances et à la réduction de l'Indicateur de Fréquence de Traitement (IFT). En viticulture biologique, si la pression mildiou est forte, la stratégie de protection fongicide s'appuie principalement sur le cuivre et certains biocontrôles homologués, et sont strictement préventives. On les retrouve sous quatre formes : le sulfate de cuivre, l'hydroxyde de cuivre, l'oxyde cuivreux et l'oxychlorure de cuivre.
Des travaux sur les extraits de sarment ont mis en évidence un intérêt de ces substances, mais leur capacité de développement "industriel" reste à évaluer.
Outils d'Aide à la Décision (OAD)
Face à des épisodes climatiques extrêmes de plus en plus fréquents et à une réglementation de plus en plus stricte concernant l'épandage de pesticides, les outils d'aide à la décision sont essentiels pour un positionnement optimal des fongicides et une gestion raisonnée de la lutte. Le raisonnement de la lutte est possible grâce au suivi de la maturation des œufs d'hiver, à la lecture des Bulletins de Santé du Végétal (BSV) et au développement des outils d'aide à la décision.
L'Outil d'Aide à la Décision (OAD) DeciTrait de l'Institut de la Vigne et du Vin (IFV) suit l'évolution, à la parcelle, des principales maladies. Movida GrapeVision modélise également le risque de développement des maladies selon les données agronomiques et météo à la parcelle. Quant au service numérique Agrigenius, il s'appuie sur des données mécanistiques, transposables dans toutes les situations. L'objectif est de protéger la fleur et la grappe jusqu'à la véraison.
Le suivi de la pression mildiou s'effectue avec des outils d'aide à la décision de plus en plus précis.
Réglementation et Innovations pour une Viticulture Durable
Dans une dynamique de protection des résidents et des environnements, les arrêtés du 25 janvier 2022 et du 14 février 2023 fixent désormais des distances de sécurité pour l'épandage de pesticides au voisinage de zones d'habitations ou d'activités. On parle de Zones de Non-Traitement (ZNT) par rapport aux points d'eau, et de distance de sécurité pour les personnes présentes au moment du traitement, les résidents ainsi que les zones d'habitations (DSPPR). Ces distances varient de 0 à 20 m selon le type de culture, la catégorie ou le classement des produits utilisés.

Face à cette réglementation toujours plus stricte, et pour répondre à une pression sociétale de plus en plus forte, le viticulteur dispose de peu de solutions plus durables pour s'affranchir de l'application des produits phytosanitaires.
Le Viti-Tunnel : Une Solution Innovante
Pour une protection des cépages contre la maladie sans utilisation de pesticides ni aucun passage de pulvérisateur, le Viti-Tunnel est une solution prometteuse. Il s'agit d'un dispositif de mise à l'abri automatique des rangs de vigne pendant les pluies, périodes lors desquelles le développement du mildiou est le plus fort (ainsi que le black-rot, un champignon bien connu du viticulteur, en expansion ces dernières années).
Viti-Tunnel autorise une réduction du recours aux produits phytosanitaires de plus de 90 % et procure une grande fiabilité de la gestion de la protection. Grâce à son système innovant unique (pilotage par OAD, logiciels et application portable), Viti-Tunnel permet une sécurisation complète de la vendange tout au long de la saison, et ce même pendant les épisodes de grêle et de gel.
Sur la quasi-totalité des parcelles, et sur les 5 campagnes de test (dont 2020, 2021 et 2023, années de très fortes pressions maladies), sans aucune utilisation de pesticide de synthèse à l'exception de doses réduites de soufre, Viti-Tunnel a permis d'éviter de nombreux passages de pulvérisateurs ainsi que les inconvénients dus au tassage des sols suite aux interventions. Cette efficacité a été atteinte dans toutes les configurations de parcelles et de conditions climatiques, qui se sont avérées être très variables et différentes d'un site à l'autre et d'une année à l'autre.
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