Le mildiou est une maladie cryptogamique redoutée des jardiniers, capable de ravager les cultures de tomates en quelques jours seulement. Souvent confondu avec un champignon, le mildiou est en réalité causé par des organismes fongiformes, principalement Phytophthora infestans et Phytophthora parasitica (ou Phytophthora nicotianae pour le mildiou terrestre), qui s'attaquent à diverses plantes et légumes tels que la tomate, la pomme de terre, la laitue ou la courge. Sa propagation rapide et ses conséquences dévastatrices sur les récoltes en font un fléau majeur pour le potager.

Le Mildiou : Une Menace pour les Cultures, Pas pour la Santé Humaine
Il est important de souligner que le mildiou ne représente pas de risque pour la consommation humaine. Les tubercules de pommes de terre et les tomates issues de plantes infectées peuvent être consommés sans danger. Cependant, les fruits gravement atteints par le mildiou perdent leur saveur, peuvent devenir impropres à la consommation en raison de pourriture molle causée par des micro-organismes secondaires, ou tout simplement ne pas mûrir correctement. Si les tomates mûres sont attaquées par le mildiou, elles sont impropres à la consommation, tandis que celles légèrement touchées peuvent être consommées après avoir retiré la peau ou la partie affectée, bien qu'elles puissent manquer de saveur et être préférablement cuites (sur une tarte ou en sauce avec un peu de miel).

Identification du Mildiou de la Tomate : Symptômes et Dégâts
La reconnaissance précoce du mildiou est cruciale pour limiter sa propagation. Les symptômes varient légèrement selon le type de mildiou (aérien ou terrestre) et le stade de développement de la maladie.
Mildiou Aérien (Phytophthora infestans)
Ce type de mildiou attaque d'abord les feuilles, puis les tiges et les fruits.
- Sur les feuilles : Des taches, d'abord petites et jaunes, apparaissent. Elles deviennent ensuite brunes et sèchent rapidement. Sur la face inférieure des feuilles, un duvet grisâtre fugace peut être observé en conditions humides, correspondant aux taches vert sombre à brunes. Ces feuilles sont rapidement totalement nécrosées, noirâtres et recroquevillées sur elles-mêmes.
- Sur les tiges : De grandes taches brunes irrégulières se manifestent, évoluant en lésions chancreuses qui peuvent ceinturer entièrement les tiges. Des tronçons entiers virent au brun-noir.
- Sur les fleurs : La maladie peut provoquer des brunissements, puis la chute de nombreuses fleurs.
- Sur les fruits : Les fruits à un stade précoce ou en formation sont atteints et présentent des marbrures brunes, souvent bosselées et plus claires sur leur pourtour, très caractéristiques. Un duvet blanchâtre peut apparaître à la surface. Les fruits attaqués restent fermes. Seuls ceux partiellement attaqués arriveront à maturité, mais seule la partie non infectée pourra rougir. La pourriture molle des fruits apparaît lorsque des micro-organismes secondaires profitent de l'infection pour envahir les tissus.

Mildiou Terrestre (Phytophthora parasitica ou Phytophthora nicotianae)
Cette maladie apparaît plus tôt dans la saison que le mildiou aérien.
- Sur les jeunes plants (fonte des semis) : Le premier symptôme est un chancre brun et humide à la base de la tige lorsque la contamination a lieu dès la levée des semis. Ces lésions sont également présentes sur les racines.
- Sur les fruits en contact avec le sol : Le champignon peut également attaquer les fruits sur la face tournée vers le sol, entraînant des confusions avec les maladies de nécrose apicale (le « cul noir »). Ces fruits se marquent d'anneaux concentriques bruns (les cercles ne sont pas toujours complets), parfois recouverts d'un feutrage blanchâtre lorsque le sol est humide.
- Sur les racines de pieds adultes : Lorsque les racines sont atteintes, les feuilles jaunissent et se flétrissent, les plants touchés peuvent avoir une croissance ralentie et produire des fruits plus petits que la normale. Les fruits peuvent parfois présenter un « cul noir ».
Échelle de Gravité et Confusions Possibles
La perte de récoltes peut être totale lorsque l'attaque est précoce et détruit le plant. Les fruits atteints deviennent non consommables.
Il est crucial de bien confirmer le diagnostic, car de nombreuses attaques parasitaires ou non peuvent affecter les fruits de la tomate.
- Alternariose et anthracnose : Provoquent également des taches sur la périphérie des fruits, mais elles sont déprimées avec un halo jaunâtre. L'alternariose provoque des taches noires avec des stries concentriques sur les feuilles, entourées d'un halo jaunâtre.
- Cladosporiose : Occasionne des taches jaunâtres sur la face supérieure des feuilles, limitées aux zones entre les nervures, donnant un aspect anguleux. À la face inférieure, les taches sont recouvertes d'un feutrage abondant vert olive à brun, très adhérent et persistant, contrairement à celui du mildiou qui est très fugace.
- Bactéries du genre Pseudomonas : Engendrent des taches de petite taille, de forme irrégulière et parsemées sur les folioles.
- Nécrose apicale ou « cul noir » : Une maladie non parasitaire (trouble physiologique) occasionnée par une mauvaise assimilation du calcium, souvent liée à une irrigation défectueuse et à des apports en eau irréguliers. C'est la cause principale des fruits tachés au jardin. La tache est toujours située du côté de la cicatrice florale à l'opposé du pédoncule, se présentant en creux (« coup de pouce »). Sur fruits verts, la tache est d'abord vert foncé, puis vire au brun pour être totalement noire sur les fruits mûrs.
Biologie du Mildiou : Conditions Favorables et Propagation
Les tissus de la tomate sont envahis par le mycélium de l'organisme pathogène. Celui-ci produit différents types de spores (organes assurant sa dissémination et sa conservation) qui peuvent hiverner dans le sol d'une année sur l'autre et sont à l'origine des contaminations primaires du début de saison.
Le mildiou est la malédiction des étés pluvieux et chauds. Les champignons ne sont actifs que lorsque l'humidité de l'air est très importante, à saturation (supérieure à 90 %), et que la température ne dépasse pas 25°C. Les températures optimales pour le mildiou aérien vont de 16 à 22°C, mais des températures allant de 10 à 25°C sont nécessaires. Au-delà de 30°C, la propagation cesse, mais le champignon n'est pas détruit, il est juste en pause. Des températures sous les 2°C stoppent également son activité.
Le développement du mildiou nécessite la présence d'eau liquide sur le feuillage pendant une assez longue durée (au moins 2 heures). Cette situation se rencontre lors de pluies orageuses du soir ou de nuit suivies le lendemain d'une hygrométrie saturée qui empêche le ressuyage du feuillage. Cette situation d'humidité persistante se rencontre également en fin d'été et à l'automne avec d'importants contrastes de températures entre le jour et la nuit, générateurs de rosées persistantes du matin. Enfin, l'arrosage par aspersion, en particulier l'irrigation de fin de journée, entraîne souvent la même situation.
Pour le mildiou terrestre, qui a des hôtes très nombreux et variés et peut rester dans le sol ou dans divers déchets végétaux durant des années, il suffit d'une humidité modérée dans le sol et des températures au-dessus de 20°C (optimales entre 24 et 30°C). Son activité est inhibée au-delà de 36°C et en-dessous de 10 à 12°C. Il arrive cependant que les plants de tomates soient contaminés suite à une période de sécheresse.
Les spores de l'organisme sont facilement transportées par le vent et peuvent parcourir plusieurs dizaines de kilomètres, propageant ainsi la maladie. L'observation attentive des plantes peut débuter dès que ces conditions sont présentes, associées à des températures fluctuant de 10 à 25 °C (avril à octobre). Elle doit être continue pour tenir compte des phases de la maladie qui n'occasionnent pas de symptômes visibles.
À partir des premières plantes atteintes, la propagation du mildiou est typique des maladies dites « à foyer » avec une dissémination rayonnante. Lorsque les conditions climatiques sont favorables, les attaques peuvent être foudroyantes. Il est de coutume de dire que la maladie se déplace « comme le feu dans la culture ». La maladie se développe le plus souvent par foyers.
Une épidémie de mildiou ravage les vignes dans le Bordelais
Stratégies de Lutte contre le Mildiou : Prévention et Traitement
Le développement du champignon est très rapide, et les attaques sont souvent identifiées trop tardivement lorsque les dégâts surviennent en abondance ; il est alors trop tard pour intervenir. La lutte suppose donc avant tout des mesures préventives dans les périodes favorables au développement du champignon (conditions humides).
Méthodes Culturales Préventives
Mieux vaut prévenir que guérir est un adage sage en jardinage. Prévenir le mildiou est non seulement plus simple que le soigner, mais cela évite également d’avoir des plants de tomate affaiblis et moins productifs.
Choix des variétés :
- Choisissez des variétés tolérantes ou résistantes au mildiou. Renseignez-vous auprès de votre fournisseur. Parmi les exemples cités, on trouve Previa F1, Rose de Berne, Legend, Tigarella, Handy Lady, Pyros F1, Saint-Pierre, Golden Jubilee.
- Aucune variété n'est totalement résistante. Faites vos propres tests, car certaines peuvent bien résister dans un potager mais pas dans un autre. Certaines variétés peuvent être touchées au niveau du feuillage tout en produisant des fruits qui restent sains.
- Les tomates cerises, en règle générale, sont plus robustes face aux maladies.
- Les variétés de tomates précoces sont moins susceptibles d’attraper cette maladie car elles fructifient tôt dans la saison et le mildiou est généralement assez tardif.
- Multiplier le nombre de variétés de tomates est conseillé, car chaque variété va réagir différemment au mildiou et cela peut ralentir la contamination entre les pieds.
Emplacement et espacement des plants :
- Sélectionnez pour vos tomates un emplacement bien ensoleillé et aéré.
- Évitez les plantations en situation ombragée allongeant le temps de ressuyage du feuillage après les pluies.
- Plantez avec un bon espacement entre les pieds de tomates (50 cm minimum) pour permettre à l’air et aux rayons du soleil de pénétrer dans leur feuillage et de sécher l’humidité résiduelle.
- Pensez à réaliser vos rangs de pieds de tomates dans le sens des vents dominants, pour faciliter l’aération du feuillage. Ce champignon ne peut pas se développer sur des feuilles ou fruits secs.
Gestion de l'eau :
- Arrosez au pied en évitant de mouiller le feuillage. Les arrosages par aspersion sont déconseillés.
- Ne jamais arroser par aspersion le soir pour limiter au maximum l’humidité persistante autour des tomates.
- En conditions de pluviométrie importante associée à de la chaleur, il peut être judicieux de couvrir vos pieds de tomates, par exemple avec une housse à tomates, ou avec un auvent translucide.
Entretien des plants :
- Favorisez l’aération des cultures en respectant les densités de plantation.
- Favorisez l’aération des plantes par des effeuillages réguliers lors des opérations de taille.
- Les tuteurs adaptés à la croissance des tomates sont propices à la bonne santé de vos plants. Un tuteur haut vertical ne suffit pas ; il faut également penser aux branches des pieds de tomates, dont la densité sera allégée si elles peuvent être palissées horizontalement.
- Si des feuilles touchent le sol, supprimez-les.
- Le paillage des tomates a un double rôle. Non seulement il garde le sol plus frais et réduit le besoin en arrosage, mais en plus il contribue à réduire le développement du mildiou, notamment celui du mildiou terrestre, car il évite le contact des fruits avec le sol et que les spores accèdent aux fruits ou aux feuilles grâce aux gouttes de pluie qui rebondissent sur le sol.
- Sous serre, le mildiou est bien moins fréquent. Néanmoins, il faut pour cela que la serre reste ouverte constamment afin que l’air circule (en tout cas par temps chaud et sec). Faute de quoi une condensation va se former et humidifier les feuilles de vos plants de tomates.
Rotation des cultures et hygiène :
- Évitez la proximité des pommes de terre, car il s'agit du même parasite.
- Pratiquez la rotation des cultures d'une année sur l'autre. Si vous avez eu des attaques de mildiou à traiter l’année précédente, évitez de planter vos tomates au même endroit.
- Supprimez les organes malades dès les premiers symptômes. Jetez ces débris végétaux à la poubelle ou au compost (si le compost est fait dans les règles de l’art, car la température au cœur peut monter jusqu’à 70°, détruisant le champignon). Ne surtout pas les laisser sur le sol car les spores s’y installeraient pour plusieurs années.
- Désinfectez bien les outils utilisés pour tailler des parties de plantes infectées par le mildiou.
Limiter la taille :
- Les plaies de taille forment une entrée supplémentaire pour les agents pathogènes. Limiter la taille permet donc de limiter les possibilités de contamination.
- Lorsque vous devez tailler, agissez par temps chaud et sec, en pleine journée, de façon à ce que la plaie cicatrise le plus rapidement possible. La suppression des gourmands peut être faite, mais si possible uniquement lorsque les conditions météorologiques sont favorables à la maladie.
Traitements Préventifs et Curatifs
Une fois la maladie installée, il est très difficile de stopper la contamination si elle n'est pas traitée dans les plus brefs délais.
Traitements préventifs naturels :
- Purin d'ortie : Renforce les plants grâce à ses minéraux. Arrosez son pied avec du purin d'ortie durant toute sa croissance. En pulvérisation foliaire tous les 15 jours.
- Décoction de prêle : Protège les tomates de mars à octobre. L’utilisation de décoction de prêle en préventif dans les conditions favorables aux parasites (temps chaud et humide ou orageux) semble limiter les dégâts liés au champignon. Appliquez ces préparations tous les 15 jours en pulvérisation foliaire.
- Lait ou lactosérum : Sont également des antifongiques efficaces. À utiliser pour traiter préventivement les tomates contre le mildiou, dilués dans de l’eau.
- Il est conseillé de traiter ainsi vos tomates contre le mildiou une fois tous les 7 à 10 jours et d’alterner entre plusieurs fongicides.
Bouillie bordelaise (cuivre) :
- C'est la principale arme du jardinier contre le mildiou, surtout utilisée par les professionnels. C'est un mélange de sulfate de cuivre et de chaux éteinte.
- En traitement préventif, pulvérisez une solution (par exemple, 200g de sulfate et 300g de chaux dans 10L d’eau) sur et sous les feuilles tous les 15 jours, en couvrant feuilles et tiges.
- L’utilisation de bouillie bordelaise ne doit pas être renouvelée trop souvent car l’accumulation de cuivre dans le sol devient rapidement toxique. De plus, le cuivre nuit à la floraison, il est donc judicieux de veiller à ne pas pulvériser le produit sur les fleurs.
Bicarbonate de soude et savon noir (curatif léger) :
- À la moindre tache brune, agissez vite ! Coupez feuilles et tiges malades avec un sécateur propre.
- Mélangez 1L d’eau, 1 cuillère à café de bicarbonate de soude et 1 cuillère à café de savon noir. Pulvérisez cette solution.
- Le champignon est détruit par une sécheresse persistante et des températures avoisinant les 30°C. Si les conditions météorologiques sont revenues au temps sec et chaud, le traitement sera plus simple à éradiquer.
Gestion des plants infectés :
- Si un plant est complètement malade, il est malheureusement perdu.
- Les plants gravement infectés méritent un arrachage radical. Brûlez les déchets ou envoyez-les en déchetterie (ne jamais composter les plantes très malades).

| Type de Traitement | Méthode d’Application | Fréquence | Précautions |
|---|---|---|---|
| Purin d’Ortie (Préventif) | Pulvérisation foliaire sur plants | Tous les 15 jours | Utiliser en prévention, pas sur plants malades |
| Décoction de Prêle (Préventif) | Pulvérisation sur feuillage | De mars à octobre | Renforce les défenses naturelles, efficacité non démontrée à ce jour |
| Bicarbonate + Savon Noir (Curatif) | Mélanger 1L eau + 1c. bicarbonate + 1c. | Dès les symptômes | Pour infections légères, efficacité limitée sur infections avancées |
| Bouillie Bordelaise (Préventif/Curatif) | Pulvérisation sur feuilles et tiges | Tous les 15 jours | Ne pas pulvériser sur les fleurs, accumulation de cuivre toxique pour le sol, suivre les instructions du fabricant |
Les "Fausses Bonnes Idées" et Précautions
- Fils de cuivre : Transpercer les tiges par des fils de cuivre n’a jamais démontré son efficacité contre le parasite.
- Eau de Javel : L’eau de Javel n’est pas du tout la solution idéale contre le mildiou. Bien qu’elle puisse éliminer pas mal de choses, elle présente des risques pour la santé et pour l’environnement. Mieux vaut opter pour des solutions naturelles et moins agressives comme le bicarbonate de soude ou la bouillie bordelaise.
Semences et Adaptation
Réaliser vos propres semences en récupérant les graines de vos tomates préférées vous permettra d’obtenir des plants de plus en plus adaptés aux conditions dans lesquelles ils sont cultivées en termes de climat, d’exposition et de sol. Et donc des plants qui résisteront de mieux en mieux aux maladies, dont le mildiou.
Le mildiou de la tomate, ce fléau redouté par les jardiniers, peut être efficacement prévenu grâce à une combinaison de méthodes prophylactiques. La lutte contre cette maladie, préventive ou curative, demande une vigilance constante et une adaptation rapide aux conditions climatiques.