Le Miscanthus en Saône-et-Loire : Une Plante aux Multiples Facettes pour l'Agriculture et l'Environnement

Le miscanthus, également connu sous le nom d'« herbe à éléphant » ou « roseau de Chine », est une plante herbacée vivace de la famille des graminées (ou Poacées), originaire d'Afrique et d'Asie du Sud. Récemment introduite en France, cette graminée suscite un intérêt croissant chez les agriculteurs à la recherche de diversification et de solutions bas-intrants. L'espèce cultivée pour la production de canne correspond au Miscanthus x giganteus, un hybride stérile et non invasif, qui est implanté pour une durée de 15 à 25 ans et repousse chaque année grâce aux réserves accumulées dans son rhizome.

Miscanthus x giganteus champ

La culture du miscanthus s'est progressivement imposée comme une option sérieuse dans les systèmes de production agricole. Elle offre une capacité à fournir de la biomasse avec un métabolisme exceptionnel qui lui permet de très bons rendements sans utilisation d'engrais ni recours à une mécanisation importante. En effet, cette graminée peut atteindre 4 mètres de haut sans utilisation d'engrais ni d'herbicides, avec un rendement de 10 à 20 tonnes de matière sèche par hectare. Cela en fait une culture industrielle énergétique ou de biomasse très intéressante. Le recours à la mécanisation se fait principalement à l'implantation et une fois par an pour la récolte des cannes, limitant ainsi l'utilisation de carburants pour sa production tout en préservant les sols.

Caractéristiques Botaniques et Agronomiques du Miscanthus

Le miscanthus, en tant que plante herbacée ligno-fibreuse, se développe naturellement à partir de rhizomes. L'implantation constitue la phase la plus délicate du processus, comme l'explique Caroline Wathy, responsable de la production des plants de miscanthus chez Novabiom. Effectuée au printemps, entre avril et mai, elle nécessite un matériel végétal de qualité - rhizomes ou plants in vitro - et une préparation minutieuse du sol. Les premiers mois sont déterminants pour l'installation du système racinaire, avec des rendements qui ne deviennent significatifs qu'à partir de la troisième année. Les rhizomes sont plantés à une profondeur comprise entre 5 cm et 10 cm, avec une densité de 18 000 à 20 000 pieds par hectare.

La plante nécessite des sols profonds et bien alimentés en eau. Elle est adaptée à la plupart des terres arables de plaine, mais avec une préférence pour les sols profonds, de type limono-argileux. Sensible aux fortes gelées de printemps la première année de plantation, la plante résiste mieux ensuite aux températures hivernales. Sa croissance rapide lui confère un fort pouvoir couvrant, supprimant de fait les adventices, avec pour conséquence de pouvoir se passer d'engrais et de pesticides. Le miscanthus sera productif durant une vingtaine d'années.

Miscanthus, comment le cultiver et l'utiliser : témoignages d'agriculteurs de Dordogne

Chaque année au printemps, les jeunes pousses se développent à partir des rhizomes et évoluent en tiges qui peuvent atteindre jusqu'à 4 mètres de hauteur. En juillet, les feuilles de la base de la tige commencent à se dessécher, marquant le début de la sénescence. Au cours de l'automne, le phénomène s'accentue et la plante entre complètement en sénescence. Les éléments nutritifs migrent de la partie aérienne de la plante vers le rhizome, accélérant le séchage de la tige. Les feuilles tombent au sol, et un épais couvert se développe. La récolte du miscanthus se fait généralement après la fin du cycle végétatif, de la mi-décembre à fin février, pour obtenir un produit sec avec un taux de matière sèche de 70 à 85 %. Il peut également être récolté en vert à l'automne pour la méthanisation.

Avantages Écologiques et Agronomiques du Miscanthus

D'un point de vue agronomique, le miscanthus présente plusieurs avantages notables. Son couvert végétal permanent et son important système racinaire en font un excellent outil de lutte contre l'érosion des sols. La plante montre par ailleurs une remarquable sobriété en intrants, ne nécessitant généralement aucun traitement phytosanitaire une fois bien installée. Cette culture a une fonction de dépollution des sols : les pertes d'azote par lixiviation sont faibles. En outre, son système racinaire très profond (de 3 à 5 mètres de profondeur) et sa couverture du sol permanente limitent l'érosion des sols.

Les aspects environnementaux méritent également considération. Les études récentes indiquent un potentiel de stockage de carbone évalué à 0,6 tonne par tonne de matière sèche produite. C'est aussi un habitat pour une faune diversifiée. La récolte s'effectuant en dehors des périodes de nidification, cette culture ne perturbe pas les oiseaux. C'est un véritable atout écologique, compte tenu d'une culture pouvant se passer d'intrants et qui constitue un abri hivernal pour le petit gibier.

Jean-Pierre Sarthou, agronome, souligne l'importance de la santé des sols et des plantes. Il explique que des sols en bonne santé permettent aux plantes de mieux se défendre contre les ravageurs et de mieux résister aux aléas climatiques. Il a observé que sur des parcelles avec un sol régulièrement travaillé, peu d'argile et très peu de matière organique, le blé dépensait beaucoup d'énergie pour corriger le sol, le rendant moins apte à émettre des molécules chimiques de communication (Herbivore-induced plant volatiles ou HIPV) qui attirent les auxiliaires de cultures. En revanche, sur des sols très argileux, non travaillés et enrichis en compost, les plantes étaient plus saines et les auxiliaires plus efficaces.

Pour restaurer la santé des sols et la trésorerie des agriculteurs, Jean-Pierre Sarthou propose le miscanthus comme culture industrielle et énergétique en rotation. Un procédé breveté permet d'en faire du biocarburant avec une efficience jamais égalée. Le miscanthus, grâce aux feuilles mortes retournant au sol, aux vers de terre et à la bonne valorisation économique de la plante, pourrait restaurer les sols et faire entrer de l'argent dans les fermes. Au bout de huit à dix ans, le miscanthus pourrait être déplacé sur d'autres parcelles. Si ce projet se concrétise, il serait conseillé de plafonner la culture à 15 % de la surface agricole utile (SAU) afin que tous les agriculteurs puissent en profiter.

Débouchés et Utilisations Multiples du Miscanthus

Le miscanthus, cette nouvelle plante du développement durable, est actuellement servi à plusieurs sauces. Il est traité sous forme de granulés, de poudre ou de copeaux, pour servir, dans ce cas précis, de combustible à brûler dans une chaudière adaptée.

Granulés de miscanthus

Philippe Béjot, responsable commercial à Bourgogne Pellets, explique que le miscanthus sert également au paillage horticole, en tant que paillis, ou de litière pour chevaux ou petits animaux comme les chats. Très absorbant, le miscanthus a aussi des pouvoirs d'isolant importants. Il est même incorporé dans le béton en Suisse. 100% naturel, le miscanthus est dédié à tous les usages : il est pratique et performant !

Les principales voies de valorisation actuelles concernent la production de combustibles sous forme de granulés ou de plaquettes, le paillage horticole et la litière animale. Plus spécifiquement, on retrouve les usages suivants :

  • Combustible : Le miscanthus peut fournir une énergie renouvelable sous forme de granulés ou de plaquettes pour les chaudières biomasse. L'abbaye d'Acey (39) cultive cette graminée pour alimenter sa chaudière biomasse qui dessert l'abbaye et l'entreprise « Electrolyse abbaye d'Acey ».
  • Paillage horticole : Il est très efficace pour limiter l'enherbement et l'évapotranspiration des plantes dans les jardins, vergers, vignes et massifs. Bourgogne Pellets propose à la vente du paillage horticole compressé au conditionnement, représentant 80 % de leurs débouchés.
  • Litière animale : Son pouvoir absorbant comparable à celui des copeaux de bois secs et sa résistance à l'écrasement en font une litière idéale en filière avicole, équine ou pour les animaux de compagnie, avec un taux de poussière particulièrement bas. La Société Coopérative de la Haute-Seine, spécialisée dans les travaux de déshydratation des matières premières végétales, a contractualisé pour 26 ha avec des exploitations proches, son marché principal étant la litière.
  • Matériaux de construction : Le miscanthus peut entrer dans la composition de différents matériaux de construction comme les isolants, crépis, parpaings ou même des matières plastiques. La Forêt d'Othe, société artisanale, réalise des murs « Chaux Paille » où un mélange de Miscanthus et de chaux offre de bonnes propriétés d'isolation thermique et phonique. Jean-Michel Lamidé, un agriculteur de Vorvigny, a vendu du miscanthus sur pied à un constructeur de hangars en bois de la Forêt d'Othe qui, mélangé à de la chaux, en fait des parpaings d'isolation pour les habitations.
  • Méthanisation : Bien que plus expérimentale, l'utilisation pour la méthanisation est envisagée en raison de son pouvoir méthanogène important.

La Filière Miscanthus en France, Notamment en Saône-et-Loire

Aujourd'hui, près de 11 500 hectares sont cultivés en miscanthus en France métropolitaine en 2024, et cette surface progresse de 12% par an depuis quelques années sur notre territoire. La culture est principalement implantée au nord-ouest de la Loire (Pays de Loire, Normandie, Centre-Val de Loire et Hauts-de-France). La grande majorité des exploitations ont implanté de petites surfaces en miscanthus, sans doute en lien avec une durée de présence sur une parcelle de plus de 15 ans.

En Saône-et-Loire et ses environs, plusieurs acteurs se sont lancés dans la production et la valorisation du miscanthus :

  • SAS Bourgogne Pellets (filiale de Dijon-Céréales) à Aiserey : Les exploitants sont en contrat avec cette structure qui réalise l'implantation et la récolte via un prestataire. Environ 180 hectares sont contractualisés, principalement en Côte-d'Or (et quelques surfaces dans le Jura et la Haute-Marne). L'entreprise propose à la vente du paillage horticole (80 % des débouchés), des granulés pour litières (18 %) et d'autres usages (absorbant, industrie chimique).
  • Société Coopérative de la Haute-Seine à Baigneux-les-Juifs : Spécialisée dans les travaux de déshydratation des matières premières végétales, elle a contractualisé pour 26 hectares avec des exploitations proches (le statut de la coopérative limite l'approvisionnement dans un rayon de 40 km). Cette société possède une presse à granulés et son marché principal est la litière.
  • Exploitation GUELDRY à Orchamps : La famille Gueldry cultive la terre depuis des siècles. En 2010, Gérard Gueldry, le père, a planté 7 ha de miscanthus, s'inscrivant dans une logique écologique. En 2012, Alban Gueldry, le fils, a reçu le prix de l'innovation pour son projet de développement de la filière miscanthus sur la région Auvergne. En 2018, Alban a repris l'exploitation et poursuit le développement de cette culture. L'exploitation compte aujourd'hui près de 100 ha de miscanthus et fournit aussi bien le petit jardinier local qu'une clientèle originaire de pays étrangers.
  • Jean-Michel Lamidé à Vorvigny : En 2009, il s'est lancé dans la culture de miscanthus : « c'était une manière de diversifier l'assolement, avec une plante qui pousse toute seule, sur des terres pas forcément parmi les plus performantes ». Il a commencé avec 1 hectare et atteint aujourd'hui un rendement de 7 à 8 tonnes à l'hectare. Il commercialise 10 % de sa production en vente directe auprès de particuliers et vend également une partie à une entreprise spécialisée dans l'Eure, en ballots de 500 kg.

Diverti Parc Bourgogne valorise également le miscanthus à travers des expériences à la fois ludiques et pédagogiques. Le parc a pour ambition d'informer, de vulgariser et de favoriser les échanges autour de cette plante innovante auprès de ses visiteurs et partenaires.

Défis et Perspectives pour la Culture du Miscanthus

Néanmoins, plusieurs contraintes techniques et économiques doivent être prises en compte. L'investissement initial, compris entre 3 000 et 4 000 euros par hectare, représente un engagement financier important. La rentabilité ne devient effective qu'après cinq à sept années de production, ce qui nécessite une planification rigoureuse. Sur le plan économique, les débouchés commerciaux restent encore inégalement répartis géographiquement. Le coût de l'implantation est un inconvénient majeur, avec le poste principal de dépense situé au niveau des plants, avec près de 20 000 pieds plantés à l'hectare.

Malgré ces défis, le miscanthus est une plante à l'itinéraire cultural intéressant, du fait de nécessiter peu d'entretien et de charges opérationnelles. Jean-Michel Lamidé note que l'engouement pour sa culture est moindre qu'avec le chanvre et que la commercialisation du produit peine à trouver ses marques. Cependant, il reste convaincu du potentiel de cette plante, notamment pour la protection de l'eau, à quelques centaines de mètres de son champ, commence la zone de captage et rien ne dit que dans quelques années, elle ne s'étendra pas un peu plus loin.

Le Switchgrass : Une Alternative Complémentaire

En parallèle de la culture du miscanthus, s'est développée celle du Switchgrass ou Panic érigé (Panicum virgatum). C'est aussi une graminée pérenne, mais qui s'installe par semis pour une durée de 10 à 15 ans. Cette implantation demande un important travail du sol au préalable et un choix judicieux de la date de semis printanier (levée de dormance). Elle mesurera plus d'1 mètre à maturité contre plus de 2 mètres pour le miscanthus. C'est aussi une plante rustique avec un système racinaire très profond (de 3 à 5 mètres de profondeur) qui demande peu d'entretien. Toutefois, un apport annuel d'azote et de potassium-phosphore est nécessaire pour des objectifs de hauts rendements. La plante est cultivée sur 500 hectares répartis entre 90 agriculteurs.

Comparaison miscanthus et switchgrass

En définitive, l'intégration du miscanthus dans un système de production agricole demande une analyse approfondie des conditions locales et des débouchés disponibles. Cette culture trouve sa pertinence notamment dans les zones où existent déjà des filières de valorisation organisées, ou comme élément d'une stratégie d'exploitation visant spécifiquement les marchés de la bioéconomie. C'est une filière d'avenir, écologique, pratique et performante.

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