Arbre fruitier qui tarde à bourgeonner : Causes et solutions

La santé d’un verger est le reflet d’un équilibre subtil entre la biologie de l’arbre, les conditions pédoclimatiques et les interventions humaines. De tout temps la production de fruits a été l’un des soucis majeurs des agriculteurs qui exploitaient des vergers pâturés. En témoigne cette tradition ancienne qui voulait qu’à Noël les arbres soient décorés d’une tresse de paille afin d’assurer une bonne fructification l’année suivante. Très souvent lors de conférences données dans des Cercles horticoles ou au Centre technique horticole de Gembloux était formulée la question : « Mes arbres ne donnent pas de fruits ou très peu, ou irrégulièrement ; que dois-je faire ? ».

Schéma illustrant le cycle annuel d'un bourgeon fruitier

La physiologie du bourgeonnement : Comprendre le cycle

Le débourrement marque la fin de la période de dormance hivernale et, pour beaucoup d'entre nous, il signe l'arrivée du printemps. Les bourgeons éclosent, la nature se réveille. Le débourrement, c'est donc le développement et l'ouverture des bourgeons. Ils se forment à partir de cellules spéciales, appelées méristème, qui peuvent se transformer en n’importe quelle cellule de la plante, selon ce dont elle a besoin. Le méristème est donc la région de croissance située à l’extrémité des tiges et des racines, où les cellules se divisent et se spécialisent pour former de nouveaux organes, soit une feuille, une fleur ou une tige.

Il existe deux périodes distinctes avant le débourrement :

  1. Période de dormance au sens strict : La croissance des bourgeons est physiologiquement impossible, même si les conditions climatiques sont favorables. Cette dormance ne sera levée qu'après une période de froid prolongée.
  2. Période de quiescence : Une fois la dormance levée, la croissance débutera dès que les conditions climatiques seront favorables.

Ceci explique que de nombreux arbres et arbustes ont besoin de froid en hiver sous peine de ne jamais assister au fameux débourrement. Le processus se déroule en plusieurs étapes : gonflement, éclatement des écailles, apparition des ébauches foliaires et florales, puis déploiement des feuilles.

Les causes du retard ou de l'absence de bourgeonnement

Lorsque, malgré les beaux jours, un arbre fruitier reste silencieux, plusieurs facteurs peuvent être en cause.

Facteurs climatiques et physiologiques

Les aléas climatiques influent énormément sur le développement des végétaux. Certains fruitiers comme le pommier ont besoin de froid pour déclencher la production de leurs fleurs. Un hiver trop doux est alors capable de bloquer le cycle de production. Un manque d’eau durable au début de la reprise de la végétation peut empêcher le développement des inflorescences. Il en est de même si une longue sécheresse a eu lieu l’année précédente.

L'alternance et la vigueur

Certains arbres fruitiers comme le pommier, le poirier, l’abricotier ou encore le cerisier, sont sujets à un phénomène appelé l’alternance. Il s’agit d’une irrégularité dans la production : l’arbre fructifie beaucoup une année, puis moins voire plus du tout l’année suivante. Cela vient généralement du fait qu’une forte production de fruits réquisitionne beaucoup d’énergie. Sur une jeune plante, la production de fleurs commence lorsqu’elle passe du stade juvénile, caractérisé par une très forte croissance végétative, au stade adulte où la croissance et la production de fleurs sont en équilibre.

Maladies cryptogamiques et ravageurs

Le dépérissement au moment du débourrement peut masquer des pathologies graves. Les bourgeons secs en fin d’hiver sont souvent le signe d’une attaque de Monilia laxa qui descend dans les cellules du bois ou d’un chancre. Parfois, des trous minuscules, plus petits que des têtes d’épingles avec de légères traces de fine sciure, signalent la présence de scolytes, des insectes qui s’attaquent au bois affaibli.

Infographie comparant un bourgeon sain et un bourgeon attaqué par une maladie

Stratégies pour favoriser la fructification et le bourgeonnement

Pour hâter l’entrée en production d’un arbre ou d’un arbuste fruitier, il importe de dépasser rapidement le stade juvénile en modérant la croissance par le choix d’un sujet porte-greffe de faible vigueur et par une taille longue, moins sévère, qui donnera des réactions moins fortes qu’une taille courte.

La gestion de la taille

La taille d’un arbre fruitier n’est pas toujours aisée. Elle doit être suffisante pour aider le fruitier à se développer, sans être excessive au risque de voir la floraison compromise. Pour stimuler le bourgeonnement arrière - ce moment précieux où une nouvelle vie surgit sur un vieux tronc ou une branche nue - il est nécessaire d'ouvrir les plateaux et d'éclaircir les masses de feuilles. Le bourgeonnement arrière est un gage de vitalité : un arbre capable de produire de nouveaux bourgeons sur des parties qu’il avait désinvesties est un arbre bien cultivé.

Apports nutritifs et soins du sol

Le sol et ses constituants sont essentiels. L’azote est l’élément de base de la croissance végétale. Le phosphore, lui aussi, est essentiel. Enfin, le potassium intervient dans la défense contre les maladies. Dans le cas d’un arbre fruitier qui ne fleurit pas, nous pourrions être en présence d’une carence en phosphore. En revanche, pour un sujet adulte, celui-ci doit être capable de chercher son eau en profondeur.

Identification des bourgeons d'arbres fruitiers :-)

Interventions en cas de bourgeonnement tardif ou problématique

Lorsque les bourgeons apparaissent avant que la taille ne soit effectuée, la situation n’est pas désespérée. La taille tardive, effectuée après l’apparition des bourgeons, nécessite une approche délicate. Il est crucial de prendre en compte le type de plante. La période idéale pour une taille tardive se situe généralement entre fin février et début avril, juste avant que la montée de sève ne s’intensifie.

Si vous constatez des symptômes de maladies comme le monilia, il est conseillé de tailler plus bas, en dessous du bois atteint, pour favoriser un nouveau départ. En préventif, l’utilisation de produits à base d’oxychlorure de cuivre, appliqués abondamment sur le tronc et les branches jusqu’à ce que cela coule, est souvent recommandée par les arboriculteurs pour limiter les infections fongiques hivernales.

Le dialogue entre l'arbre et le jardinier

Le bourgeonnement arrière est moins une technique qu’un dialogue lent entre l’arbre et le cultivateur. Suivre les réponses de l’arbre saison après saison, observer les zones qui réagissent et accompagner la nouvelle pousse sans brusquer sont les clés d'un verger réussi. C’est accepter que parfois, il faudra un an, parfois deux. Chaque bourgeon qui naît loin de l’extrémité est une petite victoire malgré tout. Il marque un arbre équilibré et capable de redistribuer son énergie. Et c’est dans ces bourgeons-là que naît l’avenir de la ramification fine, de la profondeur, de l’élégance. Le travail invisible commence là. Alors on taille, mais doucement. On arrose, mais avec attention. On regarde plus qu’on ne touche. Et peu à peu, l’arbre répond, il nous offre une densité nouvelle.

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