La culture des agrumes, et particulièrement celle des citronniers, réserve parfois des surprises botaniques aux jardiniers, notamment lorsque la plante semble se transformer après un stress climatique ou une période de dépérissement. La question des rejets de porte-greffe est au cœur de ces phénomènes. Lorsqu’un citronnier perd sa ramure principale, le sujet repart souvent depuis la base, mais cette nouvelle pousse n'est pas toujours celle que l'on espère. Comprendre la dynamique entre le porte-greffe et le greffon est essentiel pour assurer la pérennité de son arbre.

La biologie du greffage : Comprendre le rôle du porte-greffe
Pour bien s’adapter au sol, au climat ou au froid, les agrumes sont presque toujours greffés sur un porte-greffe spécifique. Cette technique permet de combiner la variété fruitière recherchée avec une base racinaire plus résistante et plus vigoureuse. Les agrumes se déclinent en une multitude d'espèces qui sont pour la plupart frileuses. Si certaines sont capables d'endurer des températures de l'ordre de -10 °C, comme le citron Yuzu ou la mandarine Satsuma, la plupart gèlent aux alentours de -5 °C.
Le porte-greffe (PG) joue un rôle de "fondation". Parmi les plus courants, le Poncirus trifoliata est particulièrement reconnaissable : très résistant au froid, capable de supporter jusqu’à -25 °C, il produit de petits fruits décoratifs mais non comestibles. D'autres porte-greffes, comme le Volkameriana ou le Bigaradier, sont utilisés pour leur vigueur ou leur tolérance à certains types de sols. Cependant, ces bases racinaires possèdent leur propre patrimoine génétique et leur propre vigueur, qui peuvent reprendre le dessus si la partie greffée est affaiblie ou supprimée.
Identifier les rejets : Pourquoi mon citronnier a-t-il changé ?
Lorsqu’un épisode de froid s'abat sur un agrume, il n'est pas rare que la partie aérienne grille et sèche, tandis que la base du pied reste intacte. Il n'y a alors pas d'autre choix que de rabattre la plante au niveau où elle est encore vivante. C'est lors de cette repousse que le jardinier constate souvent un changement de profil.
Les pousses du porte-greffe se reconnaissent souvent à leur vigueur importante, à leur feuillage différent et à la présence de nombreuses épines. Elles apparaissent généralement sous le point de greffe, c’est-à-dire sous la zone où la variété cultivée a été greffée. Pour bien les identifier, il faut suivre chaque branche jusqu’à sa base. Si elle démarre sous le point de greffe, il ne s’agit plus de la variété fruitière mais bien du porte-greffe qui reprend sa croissance. Les feuilles froissées de Volkameriana, par exemple, dégagent une odeur plus proche de la citronnelle que du citron.

Les risques pour la variété cultivée
Ces rejets doivent être supprimés rapidement car le porte-greffe est naturellement plus vigoureux que la partie greffée. S’il se développe librement, il peut progressivement détourner la sève au détriment de la variété cultivée, l’affaiblir, voire finir par la faire disparaître. Si le jardinier rabat son citronnier sous le point de greffe, il supprime le greffon, et c'est le porte-greffe qui repart. Pas de chance car le Poncirus, outre ses épines acérées, se caractérise par des fruits que l'amertume rend immangeables.
Il est crucial de déterminer la cause de la mort de la partie greffée. Si le dépérissement est dû à une maladie comme la gommose ou le phytophthora, le porte-greffe lui-même peut être atteint. Dans ce cas, les racines ne se développent plus, et l'espérance de vie de l'arbre, même reparti sur le porte-greffe, sera très limitée. Un système racinaire sain est indispensable pour espérer une mise à fruit satisfaisante.
Stratégies pour donner une seconde vie à son sujet
Face à un porte-greffe qui repart vigoureusement, plusieurs options s'offrent au jardinier. Plutôt que de faire de ce rejet une simple bouture, il est préférable de s'appuyer sur le réseau racinaire déjà solide. Laisser pousser et greffer plus tard est souvent la solution la plus pertinente. Si l'on craint l'échec, il est possible de conduire le porte-greffe sur plusieurs branches en le taillant pour provoquer la ramification, puis de greffer sur l'une d'elles lorsque les greffons seront trouvés.
- La greffe différée : Il est possible de laisser le porte-greffe se développer pendant une saison pour qu'il reprenne des forces, puis d'effectuer un greffage professionnel l'année suivante.
- La sélection des rejets : En cas d'hésitation sur la nature du rejet, on peut laisser croître les branches pour observer la floraison et le feuillage. Il faut toutefois contrôler la croissance du porte-greffe pour éviter qu'il n'étouffe l'autre partie de l'arbre si le greffon original est encore présent.
- L'identification rigoureuse : Avant toute intervention, il est conseillé de comparer la morphologie des feuilles avec des bases de données spécialisées ou de consulter un expert pour confirmer la variété du porte-greffe.
🌱 Greffer un agrume facilement : citronnier, oranger, mandarinier…
Sur les agrumes, une surveillance régulière permet de repérer rapidement ces pousses indésirables et de préserver toute la vigueur de l’arbre fruitier. La culture des agrumes demande une attention particulière à la zone de greffe, véritable frontière entre la productivité souhaitée et la robustesse de la base racinaire. En cas de doute, la patience est souvent la meilleure alliée : laisser le bois se renforcer permet d'évaluer si le porte-greffe mérite d'être conservé en tant que tel ou s'il doit servir de support à une nouvelle greffe de qualité supérieure.