Le compostage est une pratique écologique et économique qui permet de transformer les déchets organiques en un amendement précieux pour le jardin. Cependant, il arrive que le compost prenne l'apparence d'une boue malodorante et peu engageante. Loin d'être une fatalité, cette situation est un signal clair d'un déséquilibre dans le processus de décomposition. Comprendre les causes de ce phénomène et appliquer les solutions appropriées est essentiel pour retrouver un compost sain, qui sent la terre fraîche et offre tous ses bienfaits à vos plantes.

Diagnostic des problèmes courants : pourquoi votre compost est-il boueux et malodorant ?
Un compost qui ressemble à de la boue et dégage de mauvaises odeurs est le symptôme de conditions de décomposition inappropriées. En 15 années de compostage, tous les types d’odeurs possibles ont été observés, et il existe toujours une solution simple et rapide. Les mauvaises odeurs de compost ne sont jamais une fatalité. Elles signalent simplement un déséquilibre que vous pouvez corriger en quelques gestes.
Excès d'humidité et manque d'aération : les coupables les plus fréquents
Après avoir diagnostiqué des centaines de composteurs défaillants, l’excès d’humidité et le manque d’aération sont les causes les plus fréquentes. Ces deux problèmes sont souvent liés : un compost trop humide manque généralement d’aération, et vice-versa.
- Le problème : un compost gorgé d’eau ne peut pas respirer. Un bon compost est humide mais sans excès. Trop humide, il va rapidement manquer d’oxygène, ce qui va défavoriser les organismes décomposeurs. Le résultat : un compost mal décomposé et, très souvent, une odeur désagréable d’œuf pourri.
- Le problème : sans oxygène, votre compost fermente au lieu de se décomposer. Sans oxygène, les micro-organismes décomposeurs meurent. Les matières sont beaucoup trop tassées, la température ne monte pas et le compost est mal décomposé. Faute d'éléments structurants solides, les épluchures, fanes et autres trognons se ramollissent et s'agglomèrent entre eux en un amas compact où l'air ne parvient pas à pénétrer. Sans oxygène, ils fermentent, ce qui provoque une décomposition incomplète et nauséabonde.
Pour un test rapide, prenez une poignée de compost et serrez-la. Si de l’eau s’écoule en filet entre vos doigts, il est trop humide.
Déséquilibre carbone/azote : une recette mal proportionnée
Un compost de qualité nécessite un équilibre harmonieux entre les matières azotées (vertes et humides) et les matières carbonées (brunes et sèches). Lorsque l'une ou l'autre de ces matières vient à manquer, la décomposition opère dans de mauvaises conditions qui, au mieux, retardent le processus de compostage, ou au pire, l'empêchent, comme c'est souvent le cas avec les déchets de cuisine.
- Excès de matières azotées (vertes) : C'est généralement dans les composteurs destinés à recevoir les déchets de cuisine que l'on rencontre ce genre de problème. Les épluchures, fanes et autres trognons, particulièrement riches en eau et en azote, entrent en putréfaction dès lors qu'ils sont mis en tas sans précautions particulières. Une trop grande proportion de matières humides, azotées, va entraîner une décomposition trop rapide et mal faite, avec un dégagement d’odeurs ammoniaquées et un compost liquide et noir peu ragoûtant. L’odeur d’ammoniac indique un excès d’azote par rapport au carbone.
- Manque de matières carbonées (brunes) : Ce qui manque à votre compost, ce sont les matières carbonées (feuilles mortes, paille, brindilles, épines de pin) dont la rigidité permet d'empêcher le tassement et de favoriser la circulation de l'air. Lorsque la proportion de matières sèches est trop grande, la décomposition ralentit, le mélange paraît sec.

Problèmes de taille des particules et de décomposition lente
Les morceaux les plus gros, qu’il s’agisse de fruits entiers ou de branches non découpées, mettent beaucoup plus de temps à se désagréger. Cela est particulièrement marqué lorsqu’il s’agit de matières très dures comme les coquilles d’huîtres ou les os. D’où un compost mal décomposé. Les particules du compost sont trop grosses ou le taux d’humidité est insuffisant, ce qui ralentit le processus de décomposition. Un compost qui stagne sans se transformer en humus peut être frustrant.
Odeurs spécifiques et ce qu'elles révèlent
Chaque odeur révèle un problème spécifique :
- Odeur d'ammoniac : Indique un excès d'azote par rapport au carbone.
- Odeur de soufre : Révèle une fermentation anaérobie sévère. En cas de senteur de soufre, il est fort possible que le substrat ne reçoive pas suffisamment d’air, ce qui a pour effet de faire pourrir les déchets organiques.
- Odeur de vinaigre ou de fermentation : Un compost trop acide peut sentir le vinaigre ou la fermentation. C'est souvent dû à un excès de matières vertes, un manque d'aération, ou un ajout excessif de matières acides (agrumes en grande quantité).
- Odeur de putréfaction : Les odeurs de putréfaction attirent mouches, rongeurs et autres nuisibles. C’est une raison supplémentaire d’agir rapidement.
Solutions immédiates pour corriger un compost boueux et malodorant
Les mauvaises odeurs se dégageant d’un compost ne sont ni agréables, ni normales. Pas de panique, à chaque problème sa solution. Dès l’arrivée des premiers symptômes, suivez les conseils !
Rétablir l'équilibre humidité/aération
Le remède à un compost trop humide : ajoutez des matières sèches telles que de la paille ou du carton à votre compost puis aérez-le en le retournant. Pour permettre une meilleure aération, n’hésitez pas à retourner régulièrement la terre. Brassez le compost afin de faire circuler l’air et ajoutez de la matière brune pour absorber le surplus d’humidité. Couvrez le composteur lors des fortes pluies. S’il pleut souvent, il peut être nécessaire de recouvrir temporairement le tas. Le remède à un manque d’oxygène : le compost doit être aéré et retourné régulièrement pour amener de l’oxygène partout. Vous utiliserez une bêche ou une fourche pour bien le mêler et passer le dessous dessus, à faire à peu près toutes les 2 semaines à 1 mois. Ne tassez pas les différentes couches de déchets, cela empêcherait la circulation de l’air.
Ajuster le rapport carbone/azote
Le remède à un déséquilibre carbone/azote : ajoutez, selon le cas, de la matière azotée, par exemple des tontes de gazon ou de la matière carbonée, par exemple des feuilles sèches ou des déchets de taille. Il est important de bien équilibrer les apports de déchets riches en azote (N) et ceux riches en carbone (C) ainsi que les déchets secs et les déchets humides. Pour un compost équilibré, veillez à composter 2/3 de matière fraîche, c’est-à-dire de déchets « verts » apportant de l’azote pour 1/3 de matière sèche ou brune riche en carbone.
Comment récupérer son compost ?
- En cas d'excès d'azote (odeur d'ammoniac) : Ajoutez immédiatement 2 volumes de matières brunes (feuilles sèches, carton) pour 1 volume de compost, puis brassez. Il faut que vous apportiez des déchets structurants de type feuille morte sèches, broyat de bois ou petit branchage coupé, sciure en petite quantité (pas ou peu de résineux), morceau de carton (le marron non traité). Faites sécher la tonte avant apport sauf si votre compost est trop sec mais ce n'est pas le cas si il est boueux.
- En cas de manque d'azote (compost sec et inactif) : Vérifier l’humidité de votre compost et ajouter de la matière verte le cas échéant. Pour accélérer le processus, n’oubliez pas de respecter l’équilibre entre l’azote et le carbone.
Optimiser la taille des matériaux
Le remède aux morceaux trop gros : récupérez ces gros morceaux et broyez-les. Plus vous réduisez vos déchets en petits morceaux, meilleure sera la décomposition. Coupez les matières compostables dépassant 25 cm. Hachez les restes alimentaires pour faciliter leur dégradation.
Accélérer la décomposition
Le remède à un manque de micro-organismes : ajoutez à vos matières du compost bien mûr ou un activateur de compost. Cela peut être des feuilles d’orties, de fougères ou de consoudes, découpées en très petits morceaux ou préparées sous forme de purins. L’ajout de matière verte peut aussi aider et servir d’activateur naturel. Ajouter alors une pelletée de terre pour favoriser la prolifération des bactéries. Le marc de café est une excellente matière verte (riche en azote), il aide à accélérer le compostage et attire les vers de terre.
Gestion des nuisibles et des vers
Que quelques visiteurs viennent s’installer dans votre compost ne doit pas vous alarmer. Au contraire, certains insectes sont très utiles et permettent d’obtenir une terre riche, mûre et fertile plus rapidement. Les vers de terre font partie de ceux-là. Les galeries qu’ils creusent ont l’avantage de faire circuler l’air dans le compost et de garantir une aération optimale.
- Larves de mouches : La plupart des vers blancs trouvés dans le compost sont des larves de cétoine, de mouche soldat noire ou d'autres décomposeurs bénéfiques. Ils sont un signe de bonne santé du compost. Les larves de mouches peuvent être un peu moins appréciées visuellement mais sont aussi de bons décomposeurs.
- Rongeurs et autres nuisibles : Votre composteur contient trop de matières qui se compostent difficilement : viande, produits laitiers, etc. Mettre un grillage pour empêcher les rongeurs de passer. Les odeurs de putréfaction attirent mouches, rongeurs et autres nuisibles.
- Fourmis : Les fourmis ne sont pas les bienvenues dans les lombricomposteurs car elles dévorent les lombrics nécessaires à l’action de décomposition. Le compost est sans doute trop acide et sec.
- Limaces et escargots : Limaces et escargots apprécient les déchets verts frais et humides. La seule solution est de les retirer patiemment à la main avant qu’ils ne ruinent vos efforts.
- Mouches du terreau : La mouche du terreau aime beaucoup la terre humide et enrichie de matière organique. Ces dernières peuvent pondre dans le substrat qui, ajouté au terreau, peut rendre très malades vos plantes en pots.

Prévention : éviter les odeurs avant qu’elles apparaissent
Conserver un compost en bonne santé n’est pas sorcier. Il est important de comprendre ce qui ne va pas et comment y remédier pour obtenir un compost de qualité.
Respecter l'équilibre matières vertes / matières brunes
La quantité de matières azotées et carbonées doit être équilibrée, sachant que la proportion à respecter est d’⅓ de matières vertes pour ⅔ de matières brunes. Il est possible d’augmenter la proportion de matières brunes, ce qui va produire un compost riche et très stable, mais il prendra beaucoup plus de temps pour se décomposer.
- Matières carbonées (brunes) : feuilles mortes, branches, fanes des carottes ou des pommes de terre, copeaux ou sciure de bois, paille, marc de café, coquilles d’œufs, cartons. Ces matières se décomposent lentement et produisent peu de chaleur.
- Matières azotées (vertes) : tontes de gazon, feuilles fraîches, résultat du désherbage, épluchures des fruits et légumes, cheveux, poils et plumes. Ces matières contiennent de l’azote, se décomposent très vite et produisent beaucoup de chaleur.
Marche à suivre : il est nécessaire, lorsque l'on composte ses déchets de cuisine, de stocker à proximité du tas des matières carbonées (des feuilles mortes récoltées à l’automne par exemple), afin de les incorporer à chaque apport d'épluchures qu'on y fait. À chaque fois, il est important de mélanger cet apport avec les dix premiers centimètres du tas afin d'homogénéiser le tout.
Assurer une bonne aération et gestion de l'humidité
Pour un bon équilibre de structure, le tas de matières organiques ne doit être ni trop tassé ni trop aéré. Dans le premier cas les organismes vont manquer d’air, dans le second le mélange va s’assécher. Le tas doit être retourné au minimum une fois par mois. Mouillez les déchets très secs (feuilles mortes, paille…) et mélangez-les avec des matériaux riches en eau (herbe, gazon…). Alternez sans cesse des matériaux secs et mouillés, jaunes et verts, fins et grossiers. Faites sécher un jour ou deux les tontes de gazon avant de les introduire dans le composteur. Il est judicieux de les mélanger avec les feuilles mortes de l’automne (30 % d’herbe fraîche au maximum).
Les organismes décomposeurs ont tous besoin d’eau, il faut donc arroser de temps en temps le compost mais sans le détremper, un excès d’eau va asphyxier ces organismes. Pour connaître le taux d’humidité de votre compost, prenez-en une poignée et serrez, si de l’eau s’égoutte votre compost est idéalement humide.
Fragmenter les déchets
Déversez vos déchets organiques après les avoir fragmentés en petits morceaux, par couches successives peu épaisses (20 cm maximum). Mélangez régulièrement chaque nouvelle couche avec la précédente afin d’aérer le compost. Pour cela, ayez une petite fourche à portée de la main.
Choisir le bon emplacement pour le composteur
Selon l’endroit où vous avez installé votre bac à compost, il est possible que celui-ci souffre de la sécheresse. Exposé plein sud, le principal risque est que la décomposition s’arrête net. Mieux vaut donc choisir un lieu à l’ombre, par exemple sous un arbre. Le composteur doit être couvert. Celui-ci permet de conserver la chaleur (45 °C) favorable à la biodégradation.
Ne pas mettre de matières prohibées
Évitez strictement viande, poisson, produits laitiers, huiles et fritures. En revanche, il est proscrit d’intégrer à la terre des agrumes, des peaux de légumes épaisses ou traitées, des produits laitiers, viandes et poissons, les huiles et fritures et les tontes de gazon.
Spécificités selon le type de composteur
Composteur classique (en tas ou en bac)
Pour faire un compost de qualité, ce n'est pas évident. Il y a un remède simple : voir dans votre mairie s'il y a un guide composteur. Si ce n'est pas le cas, voir avec votre comcom qui se fera un plaisir de vous en envoyer un. C'est un service gratuit et il peut résoudre pas mal de problèmes.
Les composteurs fermés fournis par la ville sont inserviables, on ne peut pas brasser convenablement le compost, il faut démonter la façade avant. Certains renoncent aux bacs fermés et reviennent aux palettes disposées verticalement juste pour caler les tas, en en faisant 3.

Le mieux est d'avoir 2 emplacements pour le compost. On arrête de charger le 1er tas pour qu'il finisse de se décomposer jusqu'à l'utilisation et l'on met sur le 2ème qui lui commencera sa décomposition. Le seul problème, c'est la place.
Mon conseil : préférez un système à 2 compartiments. Pendant que l’un « cuit », l’autre accueille les nouveaux déchets. Quand un tas est assez haut, on passe au suivant.
Lombricompostage
La technique du lombricompostage est quelque peu différente de celle du compostage classique. L’action des vers lombrics permet d’accélérer la décomposition des matières sans dégager d’odeurs gênantes.
- Avantages : Un lombricomposteur ne dégage pas de mauvaises odeurs grâce à l’action des vers qui accélèrent la décomposition des biodéchets. Ce modèle ne dégage aucune odeur car les vers creusent de petits trous qui permettent de faire circuler l’air. Cette méthode de compostage se fait à froid, c’est-à-dire que les lombrics ne souffrent pas de variations de températures et donc de maladies.
- Conditions optimales : Utilisez un lombricomposteur adapté, enfouissez toujours les déchets sous 2 cm de matière sèche, maintenez l’humidité à 60 % maximum, et videz votre seau de cuisine tous les 2 jours. Placez votre lombricomposteur à l’ombre, car les vers détestent les variations de températures. En hiver, un voile d’hivernage sera peut-être utile contre le gel. Conservez un taux d’humidité à environ 80%. Normalement, la part de déchets verts permet de maintenir le compost légèrement humide. Les lombrics n’apprécient pas l’acidité.
Quand s'inquiéter et quand utiliser le compost ?
Un compost bien équilibré ne sent pas mauvais et se décompose rapidement. Prenez le temps d’ajuster l’humidité, d’aérer et d’équilibrer les matières, et votre compost deviendra un véritable or noir pour votre jardin !
Délais de correction et d'utilisation
Avec les bonnes corrections, les odeurs s’atténuent en 24-48h et disparaissent complètement en 5-7 jours.
- Puis-je utiliser un compost malodorant ? Non, n’utilisez jamais un compost malodorant. Il contient potentiellement des pathogènes et peut nuire à vos plantes.
- Dois-je cesser tout apport de déchets pendant la correction ? Oui, cessez tout apport jusqu’à résolution du problème. Concentrez-vous sur la correction du déséquilibre existant.
Comment savoir si mon compost est mûr ?
Lorsqu’il est mûr, le compost a un aspect très homogène, on ne voit plus aucune des matières qui l’ont composé. Il est de couleur sombre et a une odeur de terre, de forêt. Sa texture est fine, facile à émietter. Il peut rester quelques éléments mal décomposés comme des gros morceaux de bois ou des trognons de pommes, ces éléments seront remis sur le tas après que vous ayez récupéré ce dont vous avez besoin. Dans des conditions optimales, il ne faut que 2 à 3 mois pour obtenir un compost mûr, mais cela peut prendre jusqu’à 2 ans si les conditions sont mauvaises.
Comment récupérer son compost ?
Le compost qui ne dégage pas de chaleur
Il y a un manque d’humidité ou de matières vertes. Vérifier l’humidité de votre compost et ajouter de la matière verte le cas échéant. Un compost sain est actif et sa température interne monte. Durant les semaines 1 et 2 se produit une forte augmentation de la température (entre 40 et 70°) tandis que les matières organiques pourrissent sous l’effet des bactéries aérobies. La température atteint un pic puis redescend. C’est la phase de décomposition. Pendant les semaines 3 à 5, les bactéries deviennent moins nombreuses tandis que les champignons poursuivent leur travail de pourrissement des matières. C’est la phase de dégradation. À partir des semaines 5 à 6, la température est redescendue sous les 30° et ce sont des vers de compost et autres coléoptères, mille-pattes, collemboles qui sont sur le devant de la scène et qui se nourrissent des matières précédemment transformées. Celles-ci sont molles et les macro-organismes en réduisent progressivement la taille. De nouveaux microorganismes s’attaquent aux plus petites particules. C’est la phase de maturation. À partir de la semaine 8 le compost se trouve dans une phase de minéralisation. Les vers de compost transforment les particules en des substances minérales qui pourront être assimilées par les végétaux.
Un compost bien équilibré ne devrait pas avoir une odeur forte. Non, un compost bien équilibré sent la terre fraîche ou le sous-bois. Votre compost sent mauvais ? C’est un signal, pas une condamnation ! N’hésitez pas à poser vos questions spécifiques.