Le Monastère de Saorge : Un Voyage à Travers l'Histoire, l'Art et la Biodiversité

Le Monastère de Saorge, bien que portant cette appellation aujourd'hui, est en réalité un ancien couvent de l'ordre des Franciscains observantins réformés, plus connus sous le nom de Récollets. Bâti sur une éminence dominant Saorge, un village de moyenne montagne niché dans la vallée de la Roya, cet édifice historique offre un témoignage fascinant de l'histoire, de l'architecture et de la spiritualité. De son rôle de place forte sur l'ancienne route du sel à sa transformation en résidence d'écriture, le monastère est un lieu où le passé et le présent se rencontrent, où l'art et la nature cohabitent.

Monastère de Saorge vue d'ensemble

Une Histoire Ancrée dans la Vallée de la Roya

Saorge, construit en amphithéâtre et accroché à flanc de montagne dans l'oliveraie, fut longtemps une place forte stratégique sur la très ancienne et florissante route du sel. Près de cinquante mille mulets transitaient par an sur cette route vitale, reliant la côte méditerranéenne aux montagnes du Piémont. Le percement des gorges en 1614 pour y construire la route royale en fond de vallée marqua cependant le début de l'obsolescence du chemin muletier d'altitude et le début du déclin économique et démographique du village.

Le début du XVIIe siècle fut une période sombre pour la vallée de la Roya, frappée par l'épidémie de peste qui désola le pays niçois en 1630 et 1631. C'est dans ce contexte de détresse que la commune de Saorge fit appel à la communauté franciscaine pour venir en aide à ses habitants. Les frères franciscains, reconnus pour leur dévouement, apportèrent leur soutien à la communauté saorgienne. Aussi, lorsque, en 1633, ces derniers émirent le souhait de fonder un couvent, les édiles mirent progressivement à leur disposition la chapelle Saint-Bernard, un terrain attenant ainsi qu'une aide matérielle et financière. La décision d'installer la communauté franciscaine fut prise en 1633, et en 1639 la première croix est plantée par le père Jean-François Blancardi, faisant ainsi écho à la Chapelle Saint Bernard, déjà présente sur le site. La dédicace du couvent à Notre-Dame des Miracles évoque à la fois le contexte de l'installation et le défi que constitue l'implantation sur ce site qui surplombe magnifiquement le village de Saorge et les gorges de la vallée de la Bendola.

L'architecte du couvent demeure inconnu, mais le plan de l'édifice et ses proportions sont parfaitement conformes aux principes de construction définis par l'ordre Franciscain à cette époque. La construction de l'édifice conventuel et de l'église Notre-Dame-des-Miracles se poursuivit jusqu'en 1660. Entre 1640 et 1648, la commune offre des terrains, puis en 1665, elle fournit du bois de la forêt du Cairos, l'une des plus importantes du comté, pour élever l'église. En 1674, la population participe à l'aménagement du chemin menant au couvent. Cependant, en cette période troublée, la misère des habitants rendit la quête insuffisante, et en 1679 le Père Jean-Baptiste sollicita une aumône au conseil de village pour assurer au moins l'alimentation des frères. Finalement, en 1681 le chœur de l'église et la toiture du dortoir des frères sont achevés.

Saorge faisait alors partie du comté de Savoie et du royaume de Piémont-Sardaigne ; le village n'a été rattaché à la France qu'en 1860. Entre 1760 et 1762, le couvent et l'église furent restaurés et embellis par le maître maçon Calderari, originaire de Lugano. Les fresques et les décorations du cloître et de l'église furent complétées à cette occasion. En 1794, les frères furent chassés par les soldats de la Révolution française qui occupèrent le couvent. Il accueillit ensuite l'hospice communal.

Par la suite, il fut restitué aux franciscains qui y demeurèrent jusqu'à la promulgation de la loi sur les congrégations en 1904. Le monument connut alors diverses destinées : colonie de vacances et caserne pour les soldats italiens et allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. L'État, qui avait déjà pris soin de classer l'édifice monument historique en 1917, l'acheta pour un franc symbolique en 1967 et lança plusieurs programmes de restauration après cette longue période de déclin. La remise en état permit le retour des frères mineurs de 1969 à 1988, date à laquelle le dernier d'entre eux dut quitter les lieux du fait de son grand âge. L'édifice est désormais géré par le Centre des Monuments Nationaux. Depuis 1998, le monastère est ouvert à la visite tous les jours de février à octobre. Il accueille également des écrivains et des artistes en résidence.

Carte ancienne de Saorge montrant le monastère

Une Architecture Baroque Sobriété

Le couvent Franciscain de Saorge est un des rares exemples encore conservé dans la région d'une architecture monastique de la période baroque, obéissant à l'exigence de simplicité et de sobriété chère aux Franciscains. Le monastère a été bâti dans un style baroque assez sobre. Il est rare d’admirer une architecture baroque simple et épurée, c’est pourtant ce qu’ont réussi à faire les moines de Saorge. Les exigences de Saint-François d’Assise étaient que les frères vivent l’esprit de pauvreté évangélique et que la vie monastique soit humble. Les bâtiments et les façades, plutôt austères, s'organisent autour d'un cloître rectangulaire et lumineux. Le mélange entre baroque et sobriété, typique de l’ordre des Franciscains, règne en harmonie dans cet édifice.

Façade du monastère de Saorge au lever du soleil

Le Cloître et ses Fresques

Le cloître du monastère de Saorge est une cour quadrangulaire à ciel ouvert disposant en son centre d'une citerne pour les eaux de pluie. Dans chacune des galeries du rez-de-chaussée, des lunettes situées sous les voûtes d'arête sont ornées de fresques réalisées à la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle et jamais restaurées. Inspirées des fresques peintes en vingt-cinq tableaux par Giotto à Florence et à Assise au XIVe siècle, ces vingt-quatre fresques représentent de manière allégorique les scènes les plus marquantes de la vie de saint François, souvent imprégnée de légende et auréolée de miracles. Les hauts-faits de la vie de saint François se confondent avec ceux de la vie du Christ. Les élèves du primaire de Fontan-Saorge ont pu appréhender les étapes de la restauration d'un tableau et s'intéresser aux secrets d'une restauration de tableau avec Louise Klein, restauratrice du patrimoine. Une rencontre qui s'est poursuivie, lundi et hier, par le même atelier de découvertes destiné aux élèves du collège.

Fresques du cloître de Saorge

Les Cadrans Solaires

Dans la cour centrale du cloître, l'encadrement des fenêtres, le blason franciscain et les cadrans solaires sur les façades participent au décor baroque. On compte onze cadrans solaires dans l'ensemble du monastère, réalisés entre 1668 et 1880. Huit d'entre eux sont peints sur les façades est, sud et ouest de la galerie du cloître. Ils sont tous de style gnomonique, c'est-à-dire que l'heure est lue grâce à un gnomon (une sorte d'aiguille) mais ils présentent les heures de trois manières différentes : classique, italique et babylonique. Cette dernière, en usage chez les Chaldéens, les Perses, les Grecs et les Égyptiens, témoigne de la connaissance et de l'intérêt des Franciscains pour les cultures lointaines qu'ils côtoyaient en installant des missions sur tout le pourtour méditerranéen.

Les Cellules Monacales

Au premier étage, vingt cellules sont desservies par deux couloirs dont les fenêtres donnent sur le cloître. Les frères Franciscains disposaient de ces cellules individuelles mesurant environ 10m2. Très modestes, sans chauffage, meublées d'un lit, d'une table et d'une chaise, elles sont toutes décorées de fresques différentes représentant des scènes de la Bible. Une bibliothèque et un salon avec une cheminée se trouvent également à l'étage.

L'Église du Couvent

En 1661, la commune de Saorge a également participé financièrement à l'édification de l'église, dédiée à Notre-Dame-des-Miracles. Le nom de Notre-Dame-des-Miracles a très certainement été donné à l'église du couvent à la fin de l'épidémie de peste que l'on attribua à un miracle. La nef est bâtie sur une crypte où les moines étaient mis en terre dans l'anonymat conformément au vœu d'humilité. Leurs noms ne figurent donc pas sur les pierres tombales. La nef est assez sobre par rapport aux églises de la vallée de la Roya, conformément au vœu de pauvreté des Frères. Les artifices baroques sont présents mais réalisés à moindres frais. Ils sont essentiellement le fruit du travail des Frères ; le travail étant pour les Franciscains une valeur supérieure à la richesse. Ici, point de marbre de Carrare ni de dorures. Les faux marbres et les fenêtres en trompe-l'œil, peints de manière symétrique créent l'illusion et participent à la théâtralité baroque. Le bois provient de noyers coupés localement. Il est foncé au brou de noix. La teinte rappelle la robe de bure des Frères mais imite le noir du marbre. Le noir du bois et le blanc des murs forment un contraste poignant. Les volutes des feuilles d'acanthe et les colonnes torses du confessionnal créent le mouvement, cher à l'art baroque. L'église présente une collection de sculptures sur bois, retables, tableaux et objets liturgiques des XVIIe et XVIIIe siècles. L'intérieur est dépourvu de marbres, dorures ou volutes typiques de l'architecture baroque. Les récollets y ont cependant peint des trompes l'œil représentant des fenêtres et quelques faux marbres pour créer une théâtralité baroque.

Intérieur de l'église du monastère

Le Réfectoire et ses Leçons

Le réfectoire donne à voir de très belles fresques peintes en 1667 accompagnées de maximes latines. Elles rappellent les quatre vertus de l'ordre Franciscain :

  • La pauvreté, « paupertas » : On y célèbre le travail symbolisé par les outils et le fruit de ce travail ; les récoltes qui sont les seules richesses acceptables pour les Franciscains. (« inde feracior ». de ce fait plus fertile.)
  • La chasteté, (« castitas ») : La fresque montre le tamis à travers lequel les Frères sélectionnent symboliquement leurs actes, séparent le bon grain de l'ivraie, accueillent le bien et rejettent le mal. (« sordida pelit ». le rejet du mauvais.)
  • L'obéissance, (« obedientia ») : Comme le chien obéit de manière inconditionnelle à son maître sans même recevoir un signe, les Frères obéissent à Dieu. (« nec signis, segnis ». sans un signe, tu obéis.)
  • L'humilité (« humilitas ») : Une chaîne retient les aspirations, une boule flotte en équilibre : les Frères ne doivent pas se sentir importants ou supérieurs, ni se rabaisser. Ils doivent vivre dans l'harmonie de la mesure. (« Non surgo, ni cadam ». je ne m'élève, ni ne m'abaisse.)

Trois d'entre elles évoquent les vœux : le tamis séparant le bon grain de l'ivraie représente la chasteté, les outils symbolisant le travail désignent la pauvreté et le chien reflète l'obéissance. La phrase « Surgo ni, non cadam », signifiant « je ne m’élèverai pas pour ne pas tomber », illustre une quatrième vertu, celle de l’humilité.

On trouve également dans ce réfectoire une grande fresque qui célèbre l'égalité entre les créatures. On peut y lire : « le soleil brille de manière égale pour tous ». Cette magnifique fresque colorée figure plusieurs espèces d'oiseaux : le savant perroquet, le majestueux paon mais aussi l'alouette, la huppe, le merle et le petit rouge-gorge. Animaux, végétaux, minéraux, soleil et lune : tous sont pour les Franciscains, des créatures de Dieu.

Dans les pas d'Ariane : Le Monastère de Saorge

Le Jardin : Un Écrin de Verdure et de Biodiversité

Le monastère est logé dans un écrin de verdure. On peut visiter un très beau jardin vivrier en terrasses, composé d'un potager, d'un verger et d'un ingénieux système d'irrigation qui illustrent le principe d'autonomie d'un couvent et la place centrale de la nature chez les Franciscains. Le jardin est cultivé et entretenu par les jardiniers de l'association les jardins de la Roya. Dans les jardins en terrasse avec vue sur les montagnes, on découvre des bassins, des lavoirs, le verger et le potager ainsi qu’une pergola couverte de vignes. La production du jardin vivrier est consommée par les écrivains en résidence. Des œuvres d'art contemporain y sont parfois installées. Les amateurs de science ont pu se régaler, dimanche au monastère de Saorge, en s'intéressant aux enjeux de la biodiversité cultivée grâce à Marie Bonneville artisane semencière et Lucie Rancien, jardinière et animatrice nature au monastère. Une rencontre qui s'est poursuivie, lundi et hier, par le même atelier de découvertes destiné aux élèves du collège.

Jardin en terrasses du monastère de Saorge

La Résidence d'Écriture : Un Refuge pour la Création

Après le départ des franciscains en 1988, l'État souhaita donner une seconde vie au bâtiment, tout en gardant une activité proche de sa destination originelle. L'édifice fut ensuite transformé en résidence accueillant des retraites d'écriture. Le ministère de la culture y propose une retraite d'écriture. Ouverte de mars à octobre, la résidence d'écriture accueille des écrivains, des traducteurs, des scénaristes et des compositeurs de musique de tous pays, venus chercher le calme et la concentration. Chacun dispose d'une chambre aménagée dans les anciennes cellules des Franciscains ainsi que d'espaces collectifs (cuisines, bibliothèque, salon, salles de bain, jardin). La résidence d'écriture allie donc solitude et partage, tout comme dans sa fonction première. Six auteurs peuvent être reçus simultanément. La durée du séjour est de quinze jours à trois mois. L'ascétisme de l'architecture voulue par les franciscains, la beauté et le calme qui y règnent en font un lieu propice à la concentration et à la création. Certains résidents acceptent de rencontrer du public scolaire, bénévolement ou pas, localement et parfois ailleurs dans le département. Ici, les artistes en pleine création viennent chercher la solitude, la concentration et le calme, mais aussi le partage.

Préparer Votre Visite au Monastère de Saorge

Le monastère de Saorge domine le village ainsi que les gorges de la Roya. Il trône fièrement au pied des montagnes, dans la magnifique cité de Saorge. Village peut-être moins célèbre que certains voisins, il n'en reste pas moins l'un des plus beaux de tout le pays. Parmi les détours immanquables de la municipalité, il y a bien sûr son fameux couvent, qui se visite entre février et octobre. Le monastère est fermé du 6 novembre au 31 janvier. Du 1er février au 31 mai et du 1er octobre au 6 novembre, il est ouvert tous les jours sauf le lundi. En période estivale, du 1er juin au 30 septembre, il se visite tous les jours. Attention, les horaires d'ouverture varient en fonction des saisons :

  • De février à mai et en octobre (tous les jours sauf le lundi) : de 10h00 à 13h00 et de 14h00 à 17h00
  • De juin à septembre : de 10h00 à 18h00
  • De novembre à janvier : monument fermé

Attention, le dernier accès au monument est 30 minutes avant la fermeture. Moyennant une rétribution - 7 euros le billet individuel, gratuit pour les moins de 18 ans - vous pouvez venir observer ce lieu calme et inspirant. Les visiteurs pourront découvrir l'église, le cloître, le réfectoire et le jardin. En partant tôt le matin, vous pourrez bénéficier d'un incroyable lever de soleil, baignant la vallée de la Roya et la façade ocre du bâtiment. Cet édifice historique et exceptionnel, construit par des moines franciscains réformés au XVIIème siècle, présente d’incroyables fresques murales.

Intérieur du cloître et son architecture

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