La Butte de Permaculture : Un Écosystème Auto-Suffisant pour un Jardin Durable

Dans l’univers de la permaculture, les buttes représentent des oasis fertiles, des écosystèmes auto-suffisants où la nature fait office d’alliée principale. Concrètement, une butte est un aménagement surélevé du sol composé de différentes couches de matériaux organiques. Ce modèle productif respecte les écosystèmes et fonctionne avec la nature, sans aucune utilisation de pesticide : c’est la permaculture. Il s’agit d’un système autosuffisant qui imite la nature pour qu'elle n'ait plus à s'adapter. Découvrez comment réaliser une butte de permaculture - ou butte permacole - chez vous, un système autonome qui participe à réduire la consommation d’eau, d’engrais et qui respecte la vie du sol, en somme un système durable.

Qu'est-ce que la Permaculture ? Une Philosophie pour une Culture Permanente

La permaculture (signifie = culture permanente), est un concept créé dans les années 1970 en Australie par Bill Mollison et David Holmgren. C’est avant tout une philosophie qui repose sur trois principes éthiques fondamentaux : prendre soin de la Terre, prendre soin de l’Homme et partager équitablement les ressources.

Le jardin en permaculture imite la nature. Il est auto-suffisant et respecte les écosystèmes, en considérant à la fois le biotope (milieu de vie) et la biocénose (ensemble des êtres vivants). Aucun engrais « artificiels » ni pesticides ne sont utilisés en permaculture. Au lieu de cela, diverses espèces végétales et animales, aussi bien sauvages que domestiques, y sont favorisées pour créer un équilibre naturel. L’exposition au soleil, les ressources du sol et en eau y sont optimisées afin d’obtenir un jardin harmonieux, sain, productif et durable.

La permaculture intègre le fonctionnement des écosystèmes : la terre n’est pas mise à nue, ni labourée. Les plantes et les micro-organismes du sol y permettent la formation de l’humus, rendant le sol auto-fertile. Les engrais chimiques et pesticides n’y sont pas employés, ce qui bénéficie à la faune sauvage et aux auxiliaires des cultures tels que le hérisson d’Europe, les coccinelles, les syrphes, et les forficules.

La permaculture permet de produire une grande diversité : des fruits et des légumes, des plantes médicinales et aromatiques, des fleurs mellifères sauvages ou d’ornement, tout comme la production de matière végétale pour l’artisanat. Et bien sûr, la biodiversité y est abondante, attirée par la diversité végétale intrinsèque à ce type d'approche.

Principes éthiques de la permaculture

Les Buttes de Permaculture : Définition et Fonctionnement

Une butte de permaculture, c’est un monticule de terre, un tumulus ingénieusement aménagé pour la culture. Sa hauteur, forme, bordure et composition interne sont adaptées pour chaque projet et jardinier. Vous créez ainsi un support de culture idéal, un petit écosystème à part entière. Sa hauteur, sa forme, ses bordures, et sa composition sont soigneusement adaptées pour répondre aux besoins spécifiques de chaque jardinier et de chaque projet.

Inspirée par les pratiques de Sepp Holzer, un agriculteur autrichien, cette méthode favorise la fertilité du sol et la croissance des plantes en recréant des microclimats propices. Au lieu de simplement empiler de la terre, vous mettez différentes couches de matériaux comme des feuilles, de l’herbe coupée et des restes de nourriture. Ce monticule va aider vos plantes à pousser mieux, car il est riche en nutriments, tout comme le sol d’une forêt.

Les buttes sont souvent élaborées à partir de matériaux locaux, comme le bois, le carton, ou des déchets organiques (résidus de tonte, déchets de cuisine, branches d’arbres). En imitant le processus naturel de décomposition des sols forestiers, cette technique de permaculture favorise la biodiversité et la santé du sol. Vos buttes doivent avoir un équilibre juste entre les matières carbonées (comme la paille, le carton ou encore les feuilles sèches) et azotées (comme le fumier, l’herbe fraîche ou les déchets de cuisine).

Le principe est tout simplement d’enterrer des matériaux organiques. La variété des matériaux utilisés va produire une fertilité sur la durée ; les matières les plus rapides à se décomposer vont produire de la fertilité durant les premières années et les troncs les plus gros prendront la relève plus tard. Les déchets verts comme les épluchures de légumes sont très intéressants pour attirer la vie dans le sol et les vers de terre. Ce principe permet d’obtenir un sol très bien drainé et stockant l’humidité pour les périodes plus sèches.

Avantages et Inconvénients des Buttes de Permaculture

La culture sur butte présente de nombreux avantages écologiques. Elle permet de réduire le travail du sol, favorise la rétention d’eau, et offre une surface de culture étendue.

Les avantages des buttes de cultures

  • Réduction du travail du sol : Aucun travail du sol nécessaire selon certains types de buttes. Le permaculteur cherche à éviter toute dépense d’énergie inutile, par souci écologique, mais aussi par volonté de laisser faire le plus possible la nature, de co-créer le jardin avec elle. Il laisse sa butte en place, presque toujours recouverte de paille ou de végétaux, comme le sol dans la nature qui est recouvert d’herbe et de feuilles mortes. On recrée du sol.
  • Amélioration de la fertilité du sol : Une butte ou un monticule de terre ou de compost s’auto-fertilise et sert à faire pousser des légumes et des plantes. En se décomposant, les différentes couches de matières organiques vont favoriser l’activité des bactéries, des vers de terre, des insectes et nourrir le sol. Le sol devient auto-fertile, ce qui supprime le besoin d'engrais chimiques.
  • Rétention d'eau optimisée : La butte est mieux drainée, l’eau pénètre mieux et ne stagne pas. La diversité des plantes, leur feuillage et le paillage réduisent considérablement les besoins en eau. Le paillis (mulch en anglais) maintient l’humidité du sol. Le plus grand avantage est la création d’une zone de plantation claire et surélevée et surtout bien drainée, compactée et qui a plus de profondeur de sol pour l’enracinement.
  • Création de microclimats : Les buttes, grâce à leur forme surélevée, captent mieux les rayons du soleil obliques, ce qui permet à la terre de se réchauffer davantage. Cette particularité est bénéfique pour les plantes qui aiment la chaleur. La présence de plusieurs couches de matériaux organiques crée des poches d'air qui agissent comme isolants, protégeant les racines des variations de température.
  • Augmentation de la surface de culture : La forme de la butte, avec ses côtés inclinés, augmente la surface de culture sans occuper plus de place dans le jardin. Cela permet de maximiser la production dans un espace donné.
  • Valorisation des déchets organiques : Les déchets de jardin, tels les résidus de taille et de plantes, les feuilles mortes, les tontes de gazon, les résidus de coupe, les déchets de cuisine, les branches d’arbres, peuvent être réutilisés de manière judicieuse dans la butte, réduisant ainsi les déchets et participant à une économie circulaire.
  • Biodiversité accrue : Lorsque vous pratiquez ce type de culture, vous pouvez contribuer à la biodiversité. L’objectif est de protéger les plantes et la végétation sauvages dans les environs et dans les monticules ou buttes. Il crée un foyer pour la faune qui habite les environs et participe à l’aménagement du jardin, attirant insectes auxiliaires, micro-organismes et petits animaux.
  • Facilité d'entretien : L’entretien des buttes en permaculture se veut minimaliste. Sa structure surélevée facilite l’entretien et la gestion des cultures, tout en assurant une bonne aération et un drainage efficace du sol. Le paillage empêche les herbes non désirées de pousser, ce qui réduit le désherbage.

Les inconvénients des buttes de cultures

  • Travail initial important : La construction d’une butte en permaculture demande un peu de sueur. La butte nécessite un énorme travail au début, ce qui prend du temps et n’est pas très bon pour le dos ! Un point crucial si vous souhaitez implanter des buttes dans votre jardin est de vous souvenir que c’est un gros boulot ! Il vous faut donc parfaitement concevoir votre projet AVANT de vous lancer et dessiner votre jardin en fonction de vos objectifs et de vos usages.
  • Sensibilité à la sécheresse et au vent : La culture sur butte ne représente pas un modèle parfait, ni un idéal au jardin ! Celle-ci peut même s’avérer contre-productive dans certains cas. Ainsi, dans un contexte de climat à fortes chaleurs, l’évaporation sera plus conséquente sur la butte, et sera donc néfaste à vos cultures, en créant un milieu difficile. Elle sèche plus vite, surtout en été, car elle est davantage exposée au vent et retient moins l’eau. De même, dans un secteur particulièrement soumis aux vents, les végétaux rehaussés sur la butte seront particulièrement exposés, limitant leur développement !
  • Besoin d'observation et d'adaptation : Aussi, il s’agit pour le jardinier de bien connaître et d'observer son terrain avant toute chose. Comment savoir si l’on a intérêt à faire des buttes ? Tout d’abord, mieux vaut observer votre terrain. S’il n’est ni trop aride ni trop humide, si l’herbe y pousse bien, si le sol est profond, alors cette forme de culture n’est pas nécessaire. Pour avoir une butte productive, il faut avant tout observer et s’adapter aux conditions météo.
  • Délicatesse du semis : La présence du couvre-sol rend le semis assez délicat. Pour les petites graines de salades, carottes ou de radis, mieux vaut enlever la couverture ou bien se contenter d’une épaisseur de 1 à 2 cm.
  • Durée de vie limitée et entretien régulier : Une butte de permaculture a généralement une durée de vie de quelques années. Elle se tasse progressivement, nécessitant un entretien régulier. Il est conseillé de la pailler et de la refaçonner annuellement pour maintenir sa fertilité, sa structure et donc sa durée de vie.

Les Principaux Types de Buttes en Permaculture

Il existe plusieurs méthodes pour créer une butte de permaculture, chacune adaptée à des besoins et des contextes spécifiques.

1. Les buttes bio-intensives maraîchères

La planche surélevée, d’une hauteur modeste de 15 à 20 cm, est un support de culture idéal pour démarrer en permaculture. Constituée de fumier composté, de tonte de gazon, de terre et le tout coiffé d’un paillage protecteur, elle offre un milieu propice à la croissance des plantes. Sa structure surélevée facilite l’entretien et la gestion des cultures, tout en assurant une bonne aération et un drainage efficace du sol. Le monticule de la butte maraîchère, d’environ 30 cm de hauteur, est une réalisation courante dans les jardins en permaculture. Elle est constituée de terre, généralement prélevée des allées entre les buttes, enrichies par divers éléments nutritifs. Jean-Martin Fortier est connu pour sa préparation de buttes maraîchères bio-intensives. C’est une technique déconseillée aux débutants et aux particuliers en général à moins d’être guidé pas à pas, mois par mois, dans son utilisation.

Butte maraîchère bio-intensive

2. Les buttes de cultures arrondies classiques

Vous pouvez bien évidemment les adapter à votre taille, vos objectifs et contextes. Si vous souhaitez y faire des semis directs, il faudra adapter les dimensions pour que la pente de chaque côté de la butte ne soit pas trop abrupte sinon beaucoup de graines semées auront tendance à tomber lors des arrosages ou fortes pluies. En climat trop sec et/ou trop venteux, ce type de butte peut vite devenir contre-productive par manque d’eau.

3. Les buttes façon Philip Forrer

La butte de Philip Forrer est une véritable composition vivante en permaculture. Utilisant du bois pourri et spongieux, des aiguilles de pin, et du broyat de laurier-cerise, elle crée un écosystème unique pour les plantes. Philip Forrer est en train d’écraser à la masse les troncs de bois pourris déposés en fond de butte pour nourrir le sol et maintenir une bonne humidité pour les cultures.

l'Abondance Végétale (selon Philip Forrer) - culture sur buttes

4. Les buttes Hugelkultur (ou buttes forestières) du permaculteur Sepp Holzer

Innovante et écologique, la butte Hugelkultur (création de Sepp Holzer) intègre du bois en décomposition pour une terre exceptionnellement riche en nutriments. La création commence par une fosse peu profonde, remplie de rondins de bois et de branchages. Cette base est ensuite recouverte de couches alternées de matières humides et sèches, et finalement de terre et de paillage. Le principe est tout simplement d’enterrer des matériaux organiques. La variété des matériaux utilisés va produire une fertilité sur la durée, les matières les plus rapides à décomposer vont produire de la fertilité durant les premières années et les troncs les plus gros prendront la relève plus tard.

Évolution d'une butte Hugelkultur

5. Les buttes sandwich de Robert Moretz

Conscient que le sol est vivant et qu’il faut alimenter et stimuler cette vie, Robert Moretz a conçu une butte auto-fertile qu’il a appelée « butte sandwich ». Les buttes sandwich se construisent en alternant des couches de matières organiques riches en carbone (paille, foin) et des couches de matières azotées (compost, déchets végétaux). Pour réaliser une « butte sandwich », on creuse le sol sur environ 30 cm en récupérant la bonne terre végétale de surface pour une utilisation ultérieure. On comble le maximum de trous d’air dans cette couche avec du bois broyé ou du BRF. On met ensuite une couche de compost et/ou fumier par-dessus sur environ 5 cm. Pour enrichir la recette, on peut saupoudrer entre les différentes couches, un peu de cendres de bois qui apportera notamment potassium, magnésium et phosphore !

Schéma d'une butte sandwich

6. La culture en lasagne

Les buttes en lasagne consistent à superposer des couches de matériaux organiques tels que des déchets de cuisine, du foin, des feuilles mortes et du compost. Quand on n’a pas accès à la terre, il est bon de savoir que la technique de la culture en lasagne peut être déclinée en pot ou en bac façon « mini lasagnes ».

7. Le Keyhole garden ou jardin en trou de serrure

Ce type de jardin, de forme circulaire, intègre un composteur central et des buttes rayonnantes, optimisant l'accès aux plantes et la gestion des nutriments.

8. La spirale aromatique

Exemple de spirale aromatique en permaculture pleine de biodiversité, d’odeurs et de saveurs ! Cette structure en spirale permet de créer différents microclimats et zones d'humidité, idéales pour cultiver une grande variété de plantes aromatiques.

Spirale aromatique en permaculture

9. Le jardin mandala

Exemple de jardin mandala en permaculture, aménagé avec des buttes permanentes rondes sans bordures sur la célèbre Ferme du Bec Hellouin en Normandie. Le jardin mandala est une conception esthétique et fonctionnelle, favorisant la biodiversité et l'accessibilité.

Jardin mandala avec buttes permanentes

10. Les baissières et buttes associées

Ces aménagements combinent des buttes avec des creux (baissières) pour capter et distribuer l'eau de manière efficace, particulièrement utile dans les climats plus secs.

11. Les buttes en bottes de paille

Une méthode alternative où les bottes de paille servent de substrat de culture, offrant une solution rapide et temporaire pour le jardinage.

l'Abondance Végétale (selon Philip Forrer) - culture sur buttes

Construction d'une Butte en Permaculture : Étapes Clés et Conseils

Pour construire une butte en permaculture, vous aurez besoin d’outils simples tels qu’une grelinette, un bionneur, et une brouette. Privilégiez les outils durables et respectueux de l’environnement pour minimiser votre impact écologique.

1. Choisir le bon emplacement et observer le terrain

Avant de créer votre butte de permaculture, prenez le temps de choisir le bon endroit. Notez les plantes indigènes et les animaux présents, la nature du sol, l’orientation du terrain, les vents dominants. Vous devez vous sentir bien sur le site car l’Homme et son bien-être font partie intégrante de ce concept.Se familiariser avec les plantes indigènes, les insectes auxiliaires, les micro-organismes et petits animaux de votre jardin.Observer l’orientation de la parcelle à cultiver par rapport au soleil, au vent et à la quantité de lumière reçue.

2. Préparation du terrain

L’automne est la meilleure saison pour créer une butte de culture. Vous pouvez mettre en place les couches superposées jusqu’à la réalisation des plantations en mars ou en avril. L’idéal, c’est de réaliser ses buttes au printemps. D’abord, la terre est souvent plus meuble. De plus, « le travail du sol va faire pénétrer l’oxygène, ce qui va favoriser la minéralisation des matières organiques et contribuer à la libération d’éléments minéraux qui vont nourrir les plantes, comme l’azote » explique Gilles Domenech, auteur du livre Jardiner sur sol vivant (éd. Larousse). Si cet effet coup de fouet lié à l’aération de la terre compense dans un premier temps le dérangement de la faune, il ne durera pas et il risque d’y avoir ensuite « une détérioration de la structure du sol, qui va se manifester par de l’érosion, des croûtes de terre dure en surface ».

Pour réaliser une butte de permaculture, il faut creuser une tranchée de 30 cm de profondeur. Une fois cette opération effectuée, le sol est mis de côté pour une utilisation ultérieure. Le plus simple, c’est de prendre la terre des allées pour réaliser la butte. Si le sol est dur, on peut le décompacter à la grelinette, l’arroser ou, mieux, intervenir après une pluie. Une fois celui-ci ameubli, on creuse avec une bêche et on monte la butte avec la terre que l’on a pelletée. Si l’on est sur une pelouse ou une prairie, on peut enlever l’herbe ou la laisser mais, dans ce cas, il faudra bien la recouvrir de terre pour qu’elle se décompose à l’intérieur de la butte.

3. Assemblage des couches organiques (Méthode de la butte forestière)

La création commence par une fosse peu profonde, remplie de rondins de bois et de branchages. Cette base est ensuite recouverte de couches alternées de matières humides et sèches, et finalement de terre et de paillage.Oliver Bentz décrit sa méthode :Étape 1 : les troncs de bois. Il creuse un trou de 40 à 50 cm de profondeur sur 1m à 1m20 de large. Il le remplit de troncs, branches, vieilles souches, différentes essences, différents diamètres et différents stades de décomposition.Étape 2 : les déchets verts. Il recouvre cela de branchages, feuilles vertes, déchets végétaux et compost. Les déchets verts comme les épluchures de légumes sont très intéressants pour attirer la vie dans le sol et les vers de terre.Étape 3 : terre de forêt. Il rebouche le trou avec la terre et apporte 5 cm de terre de forêt. Il installe des tuyaux d’irrigation (goutte à goutte). Le système d’irrigation est optionnel, mais il est difficile de se passer d’irrigation dans certaines régions. Le goutte à goutte est une façon d’irriguer très économe en eau.Étape 4 : paillage. Il recouvre de paille et finit par planter ses légumes. La paille permet de conserver un sol humide et riche en vie car les vers de terre fuient les couches chauffées par le soleil.

Pour élever le monticule, ajoutez un autre matériau qui peut être décomposé. Une fois la hauteur souhaitée atteinte, il suffit de rajouter la terre stockée. La hauteur doit être d’au moins 20 cm pour favoriser le développement des racines. Pour améliorer la fertilité du sol, notamment s’il est très caillouteux, certains ajoutent du compost ou du fumier décomposé.

Schéma des couches d'une butte de permaculture

4. Dimensions et orientation de la butte

La largeur du monticule doit être de 1,20 mètre, le couloir de 30 à 50 cm de large et 50 cm de haut. La hauteur de la butte dépend surtout de la nature du terrain, des matériaux disponibles et des capacités de bêchage du jardinier. Si le sol est lourd et compact et si vous n’avez pas de compost, vous serez tenté de faire des petits monticules de 20 ou 30 cm de hauteur. Mais si vous pouvez faire des lits surélevés de 50 cm ou plus, ne vous privez pas. Plus ils seront hauts et plus la terre sera exposée aux rayons du soleil. Mais attention aux bords : si la pente est trop forte, elle risque d’être davantage soumise à l’érosion, surtout en sol sableux. Pour bénéficier d’une bonne surface de culture, une largeur d’1 m à 1,20 m est conseillée. Au-delà, vous risquez d’avoir du mal à jardiner sur la partie supérieure.

Quant aux allées entre les buttes, on peut choisir de les faire étroites, ce qui permettra de travailler à califourchon sur une planche posée entre deux buttes, ou de les espacer d’une cinquantaine de centimètres afin de pouvoir se mettre à genoux, voire de 70 cm si l’on veut passer avec une brouette. Lorsque vous créez une butte, veillez à l’orientation nord-sud afin que tous les côtés reçoivent suffisamment de lumière. Si la butte est orientée nord-sud, les pentes, exposées à l’est et à l’ouest, recevront davantage les rayons du soleil. Si elle est orientée est-ouest, on pourra placer les plantes de mi-ombre comme les salades sur la partie nord, et celles qui aiment le soleil (basilic, origan…) sur la partie sud. Toutes les buttes ne sont pas disposées en bandes.

5. Paillage et arrosage

Enfin, recouvrez toute la surface de sciure de bois et, si possible, de copeaux de bois. Le paillage augmentera la teneur en humidité et empêchera l’invasion des mauvaises herbes. Enfin, paillez avec de la paille ou ce que vous avez sous la main. L’astuce consiste à le protéger pour qu’il conserve l’humidité nécessaire. Le paillis empêche les herbes non désirées de pousser, maintient l’humidité du sol et enrichit la terre. Vous n’aurez plus besoin d’engrais et de désherbants chimiques.Il est indispensable de bien couvrir le sol pour éviter à la terre de se dessécher. On peut la laisser en permanence ou bien l’enlever au début du printemps pour que la terre se réchauffe plus vite. En hiver, ce paillis est intéressant pour protéger la butte des grosses pluies et empêcher le lessivage des éléments nutritifs. Pour réaliser ce mulch, on utilise des feuilles mortes l’hiver, des tontes de gazon l’été, de la paille, des roseaux, des fougères si l’on en a. Les adventices font aussi un très bon couvre-sol. Il suffit de les couper à ras et de les laisser sécher sur la butte. De même, les parties des plantes que l’on ne mange pas (fanes de radis, de carottes, tiges et feuilles des fèves…) constituent une protection de choix, riche en azote.

Arrosez la butte en période de sécheresse à l’aide du récupérateur d’eau. Arrosez le sol et piquez la zone. Puis arrosez à nouveau pour conserver l’humidité. Formez une gouttière de plusieurs centimètres de profondeur au sommet de la butte afin que vos jeunes plants reçoivent toute l’eau de pluie et d’arrosage dont ils ont besoin. Creusez à la main une cavité profonde de la largeur d’une main pour empêcher l’eau de s’écouler. Si elle limite l’arrosage, cette couverture ne le supprime pas totalement et il ne faut pas hésiter à apporter de l’eau dès que les feuilles commencent à se flétrir.

6. Plantation et associations bénéfiques

Vous pouvez commencer à planter dès le lendemain de la création de votre butte de culture. Planter des légumes et autres plantes, en favorisant les associations bénéfiques. Sur les buttes, vous pouvez non seulement planter des légumes, mais aussi des fleurs, telles que des tagètes. Les plantes compagnes jouent un rôle essentiel dans une butte en permaculture.

Les buttes en permaculture offrent un environnement idéal pour la culture d’une grande variété de légumes. Parmi les choix populaires, on retrouve les tomates, les courgettes, les haricots, les courges et les salades. Dans une butte de permaculture, privilégiez des plantes vivaces résistantes telles que les plantes légumineuses (comme pois, haricot, lentilles…), le romarin, l’aneth, le thym, la ciboulette et les fraisiers. Ces plantes créent un écosystème autosuffisant et nécessitent peu d’entretien.

Pensez à la rotation des cultures sur quatre ans pour maintenir la fertilité et la santé de votre butte. Les deux premières années, privilégiez des plantes à gros besoins en nutriments, qui absorbent beaucoup d’azote. À partir de la troisième année, vous pouvez cultiver des plantes à faibles besoins en nutriments, dont la teneur dans la butte diminue chaque année.

Sélectionner les plantes et les regrouper en fonction du besoin en lumière, en eau et de la sensibilité aux insectes. Placer les plus grandes plantes de façon à ce qu’elles fournissent de l’ombre aux plantes plus petites, plus sensibles au soleil et à la sécheresse. Disposer les plantes qui demandent davantage de soins près de la maison. Choisir l’emplacement des autres plantes en fonction de leurs propriétés, par exemple, celles qui agissent comme insecticide naturel, comme le souci qui empêche les invasions de vers dans les plants de tomates. Placer les plantes ayant les mêmes besoins en eau dans les mêmes bordures. En bas de la butte, privilégiez les plantes qui ont besoin de beaucoup d’eau. Vous pouvez semer des radis, de la laitue ou des épinards entre les variétés de légumes très éloignées les unes des autres, telles que les choux, afin d’exploiter au mieux la surface de la butte.

Il est souvent plus facile au début de repiquer des plants préparés en pépinière : il suffit d’écarter la couche protectrice et de creuser la terre meuble pour y implanter des salades, des choux, des poireaux. On aura aussi de bons résultats avec des semis de grosses graines (haricots, fèves), dont la plantule, assez solide, peut traverser sans peine une couverture de 5 voire 10 cm.

Entretien et Durée de Vie des Buttes en Permaculture

Au fil du temps, la butte a tendance à se tasser, mais grâce à cet apport continu de matériaux, cela limite ce phénomène et améliore le sol qui se renouvelle sans cesse. Une butte de permaculture a généralement une durée de vie de quelques années. Elle se tasse progressivement, nécessitant un entretien régulier. Il est conseillé de la pailler et de la refaçonner annuellement pour maintenir sa fertilité, sa structure et donc sa durée de vie.

La butte de permaculture est un espace riche, vivant, productif, équilibré et donc plus résistant aux aléas climatiques. Les combinaisons végétales y sont favorisées afin de recréer des petits écosystèmes. C’est un mode de culture durable qui repose sur des principes ancestraux comme ce qui existait par exemple il y a des millénaires au Mexique pour la culture du maïs. La Milpa était une technique Maya de culture qui consistait à associer le maïs à la courge et au haricot grimpant sans épuiser le sol. Cette technique est toujours utilisée de nos jours.

À l’échelle de votre jardin, une butte de permaculture apportera un nouveau milieu pour la faune et la flore sauvages tout en étant productive, auto-fertile. Alors, si votre terrain s’y prête, tentez l’expérience, abandonnez les rangées de légumes traditionnelles et optez pour la butte de permaculture !

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