La marque Motostandard-Gutbrod évoque pour beaucoup une partie significative de l'histoire de la motoculture, synonyme d'innovation et de diversification. Qu'il s'agisse de ses microtracteurs, de ses motobineuses robustes ou de ses systèmes polyvalents comme le "Terra", la firme a laissé une empreinte durable dans le domaine des machines agricoles et d'entretien des espaces verts. Cette entreprise, dont les racines plongent en Allemagne, a su se forger une réputation solide, notamment grâce à la robustesse et à l'ingéniosité de ses équipements, y compris les motobineuses diesel.

Un Aperçu Historique : Des Motos aux Motobineuses
L'aventure industrielle de Gutbrod Motostandard débute en Allemagne. L'ingénieur Wilhelm Gutbrod fonde en 1926 à Ludwigsburg la Standard-Fahrzeugfabrik S.A., dont la première activité est la fabrication de motos "Standard" qui acquièrent rapidement une belle réputation sur les circuits européens. Cependant, Wilhelm Gutbrod, ayant des racines paysannes, cherche rapidement des solutions pour mécaniser les travaux agricoles les plus pénibles, avec pour objectif de créer des outils simples mais efficaces.
Des accords sont passés avec la firme suisse RAPID, et en 1939, la motofaucheuse R3 voit le jour. C'est le début d'une production de motofaucheuses renommées, exportées également en France après la Seconde Guerre mondiale, comme la RR3 puis la MF5, les U8 et U9 dans les années 1950. En 1946, après avoir été sise à Ludwigsburg, puis Feuerbach (Stuttgart) et enfin Plochingen, la société Standard s'installe définitivement à Bübingen, dans la banlieue de Sarrebruck (Sarre), sous le nom de "Moto Standard GmbH". La firme s'intéresse aussi aux motoculteurs et aux porte-outils dès la fin des années quarante. Walter, le fils de Wilhelm, remplace son père décédé en 1946 à la tête de l'entreprise. En 1959, la Motostandard GmbH devient Gutbrod Werke GmbH (Usines Gutbrod S.A).
Il est important de noter qu'entre 1947 et 1957, la Sarre, où se trouve Bübingen, était économiquement dépendante de la France, ce qui a vraisemblablement facilité l'exportation des productions Motostandard Gutbrod vers l'Hexagone. On pouvait lire sur les appareils des années cinquante que Motostandard « France » se trouvait à Crémieu dans le département de l’Isère. Au début des années soixante, Gutbrod rachète les firmes mâconnaises Monet-Goyon et Unimeca et s’installe donc à Mâcon. En 1967, la compagnie de vente Motostandard devient la Gutbrod S.A., et en 1970, de nouveaux bâtiments sont inaugurés, marquant le succès de l'entreprise. L'adresse de Motostandard change alors, passant de la rue Rambuteau à la rue Jean Mermoz.

L'Innovation au Cœur de Gutbrod-Motostandard
Gutbrod-Moto Standard se révèle très vite comme une entreprise inventive. Elle rachète à Rapid les brevets de fabrication d'une motohoue. En 1956, la mise au point du système Terra assure le succès durable de la marque au puma. Cette cellule légère, capable d'animer toutes sortes d'accessoires, touche une large clientèle : les professionnels (maraîchers, pépiniéristes, horticulteurs) mais également les particuliers, avec le développement du petit potager associé à une pelouse autour des résidences principales ou secondaires. Des milliers de ces appareils sont fabriqués et vendus de 1956 à la fin des années 1980. Le terme même de "villaboy", un autre outil polyvalent destiné aux particuliers, résume parfaitement cette philosophie.
Autre concept révolutionnaire, le micro-tracteur. En 1962, Gutbrod commercialise le premier de ces appareils doté d'une transmission entièrement mécanique, utilisant des organes des Rex ou Super U6/U7. L'entreprise poursuit la commercialisation des fabrications Gutbrod, incluant les célèbres Terra et les micro-tracteurs, dont le 2500 équipé de la version industrielle du moteur de la Renault 4.
Caractéristiques Techniques des Motobineuses Diesel Motostandard Gutbrod
Les motobineuses Motostandard Gutbrod, en particulier les modèles diesel, sont réputées pour leur robustesse et leur polyvalence. Un exemple souvent rencontré est un modèle qui, d'après les informations disponibles, pourrait être un ensemble moteur IZ10 et un pont T20. Ces machines sont conçues pour s'adapter à diverses tâches agricoles et d'entretien.
Le Moteur Diesel : Fiabilité et Puissance
Les moteurs diesel utilisés sur ces motobineuses, tels que l'IZ10, sont appréciés pour leur couple élevé et leur consommation de carburant maîtrisée. Un moteur rouge associé à un pont bleu est une configuration courante sur ces modèles. Les leviers de guidage sont souvent fabriqués en tubes peints également en rouge, conférant une esthétique distinctive à la machine. Les motobineuses diesel de la marque Gutbrod comprennent des modèles tels que le 1040 diesel, le 1050 diesel, le Gutbrod 1500D, 1600D, 1800D, ainsi que les Gutbrod 2500 - 2600D, Gutbrod 2400DS / 2500S / 2600DS / 2600DAS, Gutbrod 2850 D / DK - 2850 DA / DAK et le Gutbrod 2900D. Les tracteurs conventionnels produits par Motostandard France à Crémieu, comme les séries ND15, ND25, ND40, étaient animés par des moteurs MWM ou Deutz de 15 à 40ch. Le Farmax 10D, un porte-outils, était quant à lui équipé d'un moteur Farymann monocylindre horizontal DL2 refroidi par eau de 760 cm³ et 10 ch.
Motostandard Gutbrod
Le Pont T20 et ses Fonctionnalités Astucieuses
Le pont, comme le T20, est un élément central de ces motobineuses, offrant une grande adaptabilité. Il est courant de trouver des ponts identiques, que la machine soit équipée de roues ou de fraises, ce qui souligne la modularité de la conception.
La boîte de vitesses typique de ces modèles propose généralement 1 marche arrière, 1 point mort (PM) et 2 vitesses avant. Le changement de vitesse doit se faire au ralenti en raison de l'embrayage centrifuge pour éviter d'endommager les pignons.
Polyvalence d'Utilisation : Motoculteur et Motobineuse
Pour utiliser la machine en motoculteur, il est souvent nécessaire d'inverser le moteur sur le pont et d'utiliser la marche arrière pour obtenir la vitesse de rotation des roues la plus faible, ce qui est idéal pour le labour. Cette configuration permet d'obtenir la vitesse la plus démultipliée. Dans ce cas, il est crucial d'ajouter tous les poids prévus pour augmenter l'adhérence, car la première et la deuxième vitesse (qui deviennent alors des marches arrière rapides) peuvent être dangereuses. Les pneus peuvent être remplis d'eau (pas complètement) et des masses peuvent être ajoutées aux roues. Un poids à l'avant, boulonné avec le support à trois trous de la charrue, est également recommandé. Sur chaque roue, un cliquet permet de débrayer la roue pour faciliter les virages, compensant l'absence de déclabotage sur des modèles comme le T20.

Les deux vitesses sont très bien adaptées. La marche arrière lente est utile pour manœuvrer ou sortir la machine d'un hangar. Avec les roues, cette position permet de tracter une petite remorque, par exemple, avec une vitesse assez rapide en deuxième, pratique pour de longues distances. La marche arrière est pratique, à condition d'être attentif.
Les Années 70 et la Mondialisation : Défis et Adaptations
Le milieu des années 1970 marque la fin des Trente Glorieuses et le début de la mondialisation, intensifiant la concurrence dans le secteur industriel. Dans le domaine de la motoculture de plaisance, où Motostandard est un leader incontesté, l'arrivée des matériels japonais crée un précédent.
Motostandard poursuit la commercialisation des fabrications Gutbrod, mais aussi de matériels fabriqués par Ferrari. En effet, les Rex et Super U70, U72 sont abandonnés par Gutbrod. Les motoculteurs Ferrari sont alors importés à Mâcon, dotés d'un look plus en accord avec la marque franco-allemande (capots à grille, couleur rouge et blanc, accessoires "maison"). Dans le même temps, on fabrique en Saône-et-Loire des moteurs deux temps, des motobineuses et des balayeuses « Motoclean ». En 1972, les Jeux olympiques choisissent Gutbrod comme fournisseur officiel de matériels d'espaces verts, témoignant de la santé florissante de l'entreprise. À tel point qu'elle rachète le constructeur de tracteurs 4x4 Bungartz und Peschke en 1974.
Les Années Difficiles et la Disparition
La situation en France est moins réjouissante. En 1981-1982, Motostandard connaît une grave crise, entraînant des manifestations à Mâcon et des réductions de personnel. Dans les années 1980, Motostandard devient la Somerem Motostandard, indépendante de Gutbrod en Allemagne. Ces deux entités rappellent d'ailleurs les productions Ferrari antérieures. De son côté, Gutbrod à Bübingen continue de commercialiser ses microtracteurs, des tondeuses autoportées et les motoculteurs Puma. Il semble donc que la Somerem et Gutbrod aient de nouveau eu des liens, au moins commerciaux.
Malheureusement, la conjoncture économique ne cesse de se dégrader. Au début des années 1990, la Somerem disparaît, et Gutbrod est rachetée par l'Américain MTD. En France, seuls les concessionnaires de la marque continuent d'approvisionner en pièces détachées, le stock étant géré par MTD. En Allemagne, la fabrication de motoculteurs porte-outils G550, G600 et G650 (tout à fait dans l'esprit du génial Rapid S) perdure jusqu'en 2001. La plupart des matériels sont d'origine MTD. Les Américains ont l'intelligence de conserver le nom de Gutbrod, qui bénéficie d'une excellente réputation outre-Rhin, en faisant une marque haut de gamme. Les productions actuelles de Gutbrod sont des tondeuses autoportées et un motoculteur porte-outil hydrostatique, le G900 H.

Quelques Modèles Emblématiques de la Marque Gutbrod - Motostandard
La marque Gutbrod-Motostandard a produit une vaste gamme de machines au fil des décennies. Voici une liste non exhaustive de modèles qui ont marqué son histoire :
Porte-Outils et Motoculteurs
- Farmax : Lancé en 1949, commercialisé en Allemagne sous le nom Farmax, Farmax Standard ou Gutbrod. Il se présente comme un tracteur avec un plateau à l'avant et un poste de conduite à l'arrière.
- Farmax 12-0 : Moteur Gutbrod monocylindre deux-temps 2Z60 refroidi par air, 576 cm³, 12ch.
- Farmax 10D : Moteur Farymann monocylindre horizontal DL2 refroidi par eau, 760 cm³, 10ch.
- Farmax 14-0 : Moteur Gutbrod monocylindre deux-temps 2Z60, 14ch.
- Tous les modèles Farmax disposent de boîtes à trois rapports plus une marche arrière.
- Les Puma : Puma 800, Puma 850 - 900N.
- Série U : U5, U6, U7, U9.
- Série Rex : Rex 7CV et 8CV, Rex 10CV et 12CV.
- Terra : Cellule légère capable d'animer toutes sortes d'accessoires.
- G550, G600 et G650 : Motoculteurs porte-outils, dans l'esprit du Rapid S, produits jusqu'en 2001.
- G900 H : Motoculteur porte-outil hydrostatique actuel.
Microtracteurs et Tracteurs
- Série ND (produite en France à Crémieu) : ND15, ND25, ND40. Tracteurs conventionnels animés par des moteurs MWM ou Deutz de 15 à 40ch (1950-1951). Boîtes de vitesse à quatre rapports, sauf le ND40 disponible avec une option à sept rapports avant et deux arrière.
- Série Supérior (Apparue en 1963) : Marque une étape importante pour les tracteurs compacts et microtracteurs. Motorisée initialement par des MAG-Gutbrod et des Farymann, cette série recevra des 4-cylindres Renault en 1975, puis des Kubota ou Isuzu vers les années 1980.
- Microtracteurs emblématiques : 1017, 1018, 1020, 1026, 1030, 1031, 1032, 1040 (essence et diesel), 1050 (essence et diesel).
- Microtracteurs plus puissants : Gutbrod 1400E, 1500D, 1600D, 1800D, Gutbrod 2016H, Gutbrod 2050, Gutbrod 2060, Gutbrod 2500 - 2600D, Gutbrod 2400DS / 2500S / 2600DS / 2600DAS, Gutbrod 2850 D / DK - 2850 DA / DAK, Gutbrod 2900D, Gutbrod 4200.
- Tracteurs 4 roues motrices : Gutbrod M4534 (4 roues motrices, 34 cv diesel), Les tracteurs 4 roues motrices directrices 24 et 30CV.
- Véhicules spéciaux : Le camion ou tracteur 4440, L'Engin 3000.
Autres Équipements
- Motofaucheuses : R3, RR3, MF5, U8, U9.
- Motohoues.
- Balayeuses : Balayeuse référence T53 (Moteur Briggs Stratton), B80 (à conducteur porté).
- Moteurs stationnaires.

L'Héritage et la Persistance de la Marque
Motostandard a donc été pendant une quarantaine d'années une entreprise phare de la motoculture mondiale. Elle a su se montrer innovante, introduisant des concepts nouveaux tels que le Terra et les microtracteurs, et a largement contribué à démocratiser la motoculture de plaisance. Acquérir un matériel léger, fiable et polyvalent à un prix raisonnable est devenu possible avec l'apparition du Terra. La marque a également su faire le lien entre la petite agriculture déclinante des années soixante et la motoculture de plaisance en plein essor.
L'histoire de Motostandard reflète celle de nombreuses entreprises françaises ou ouest-européennes : un développement important de 1945 à 1980, suivi d'une récession due à la mondialisation des échanges. Il est toutefois réconfortant de constater que de nombreux matériels Motostandard sont encore en service aujourd'hui. De plus, la marque n'a pas disparu en Allemagne. C'est aux collectionneurs et passionnés de mécanique de faire perdurer le mythe de Gutbrod Motostandard.
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