La rénovation d'anciennes machines, qu'il s'agisse de motobineuses mono-roue ou de motos plus classiques, est une passion qui anime de nombreux enthousiastes. Parmi les marques italiennes qui ont marqué l'histoire, Morini et Franco Morini occupent une place de choix. Cependant, l'identification précise de ces engins peut s'avérer complexe en raison de la prolifération de petits assembleurs italiens ayant utilisé les mêmes motorisations. Cet article vise à fournir des informations détaillées pour aider à la rénovation et à l'identification des machines équipées d'un moteur Franco Morini, tout en explorant l'histoire riche et parfois mouvementée de la marque Moto Morini.
Les Moteurs Franco Morini : Une Pièce Maîtresse de l'Assemblage Italien
Le moteur Franco Morini est un élément central dans l'histoire des cyclomoteurs et des petites motos italiennes. De nombreux constructeurs ont fait appel à cette motorisation fiable et performante pour équiper leurs propres modèles. Les échanges entre différents membres passionnés soulignent la diversité des machines ayant intégré un moteur Franco Morini, avec des boîtes à 2, 3, 4, ou 5 vitesses.

Un exemple concret est le moteur Franco Morini 3M/Export, souvent associé à un carburateur Dell'Orto 14/12. Ce type de moteur a été largement utilisé, ce qui peut compliquer l'identification de la marque exacte du châssis. La présence d'un tel moteur ne garantit pas que l'engin soit une Moto Morini à part entière, mais plutôt une machine assemblée par un autre fabricant utilisant le bloc moteur Franco Morini.
Il est important de noter que le moteur Franco-Morini FM 125 pouvait être équipé d'un sélecteur à gauche ou à droite. À l'époque, le sélecteur à droite était courant en Italie et se retrouvait également sur des motorisations italiennes comme les Benelli et Guzzi 50 et 125 des années 70. En termes de motorisation 2T 125, l'offre Franco-Morini était souvent financièrement intéressante et rapidement disponible, ce qui en a fait le bonheur de quelques assembleurs italiens et français (équipés avec un sélecteur à gauche à leur demande).
L'identification du Châssis : Un Défi Historique
L'identification de la marque d'origine d'un cyclomoteur ou d'une moto à moteur Franco Morini est souvent le premier obstacle pour les restaurateurs. De nombreuses marques italiennes ont produit des cyclomoteurs, et la documentation sur certaines d'entre elles est aujourd'hui rare.
Recherche des Marquages sur le Cadre
Pour identifier la marque d'une machine, il est primordial de rechercher des numéros ou des lettres gravées sur le cadre. Ces marquages sont généralement situés sur des points stratégiques :
- La colonne de direction
- L'arrière du cadre
- Le support de moteur arrière
- Sous le ponté réservoir
- Le support de béquille
Dans le cas des cyclomoteurs italiens, avant le numéro du cadre, on peut souvent trouver des lettres "IGM" suivies d'un numéro, puis des lettres identifiant le modèle, encadrées par des étoiles (par exemple : Étoile, n° cadre, étoile).
Le Mystère des Marques Oubliées : ISAF, Din-Don, B.M. et Autres
De nombreuses marques italiennes ont connu une existence éphémère, rendant leur identification ardue. Des exemples cités par des passionnés incluent ISAF et Din-Don, des marques italiennes pour lesquelles les informations sont rares. ISAF, par exemple, est une marque italienne dont on trouve peu de renseignements. Un ISAF pourrait ressembler fortement à d'autres modèles, comme ceux équipés d'un guidon bracelet.
Il est aussi possible que certains modèles soient des productions de marques moins connues comme B.M. (Mario Bonvicini) ou Meteora (Moto Meteora ou MET/S 5022). Le marché du cyclo assemblé, avec un immense choix de pièces détachées disponibles, était énorme en Italie, ce qui rend la tâche d'identification particulièrement difficile.
Le Cas des "Mono-Roues"
Le terme "mono-roue" dans le contexte des discussions renvoie à des engins agricoles tels que les motobineuses ou motoculteurs, souvent dotés d'une seule roue motrice pour faciliter le travail du sol. Ces machines, bien que différentes des motos, partagent parfois des motorisations similaires et le même défi d'identification.
Un exemple est le Holder, avec des modèles comme le MC7, équipé d'un moteur JLO de 152cc ou 154cc, ou le Holder R4 de type 1000. Ces machines, robustes et puissantes, étaient conçues pour le fraisage et sont souvent l'objet de restaurations.

Problématiques Liées à la Rénovation et à l'Immatriculation
La rénovation d'une machine ancienne, surtout si son identification est incertaine, peut poser plusieurs problèmes pratiques :
- Disponibilité des Pièces Détachées : Sans une identification précise de la marque et du modèle, trouver les pièces de rechange d'origine peut être extrêmement difficile, voire impossible. Cela pousse souvent les restaurateurs à adapter des pièces ou à les fabriquer sur mesure.
- Immatriculation : En l'absence d'informations claires sur la marque et le modèle, l'obtention d'une carte grise ou d'une immatriculation peut devenir un véritable casse-tête administratif, en particulier pour des véhicules anciens nécessitant une homologation.
- Valeur de la Machine : La valeur d'une machine restaurée est souvent liée à son authenticité et à la clarté de son historique. Une identification incertaine peut impacter sa valeur sur le marché des collectionneurs.
Pour ces raisons, soumettre une demande d'identification sur des forums spécialisés, y compris des forums italiens comme 50iniepoca ou Motoclub Tingavert sur le lien Moto d'Epoca, est une démarche recommandée.
L'Évolution des Moteurs Franco Morini
Le moteur Franco-Morini, bien que fiable dans son jus, souffrait d'un manque d'évolution qui aurait pu lui assurer un succès encore plus important. Son équipement en roulement était considéré comme sous-motorisé, constituant son point faible et limitant sa capacité à des évolutions performantes. À l'époque, les vibrations étaient parfois destructrices et les équipements discutables, ce qui pouvait rendre l'option d'échange standard envisageable en cas de casse.
L'Héritage de Moto Morini : Une Histoire de Résilience et d'Innovation
Pour bien comprendre le contexte des moteurs Franco Morini, il est essentiel de distinguer Franco Morini (le motoriste) de Moto Morini (le constructeur de motos). L'histoire de Moto Morini est celle d'une marque italienne emblématique, jalonnée de succès, de défis et de renaissances.
Les Débuts et la Fondation (1937-1946)
L'aventure Moto Morini commence en septembre 1937, lorsque Alfonso Morini, fort de plus de 20 ans d'expérience dans le milieu de la moto (soldat motorisé, mécanicien, créateur d'un mono deux-temps de 125cc avec Mario Mazetti), crée sa propre entreprise. Il ouvre une petite société via Malvasia à Bologne. En janvier 1938, la production débute avec des triporteurs à moteur de 350, 500 et 600 cm3. Ce choix est stratégique : ces trois-roues d'origine motocycliste bénéficient d'avantages fiscaux, ne nécessitent pas de permis de conduire et coûtent trois fois moins que les camions. La jeune maison bolonaise se fait connaître grâce à sa fiabilité et ses bonnes performances.
Alfonso Morini s'entoure de techniciens clés comme Dante Lambertini, Gino Marchesini et Dolcino Veronesi, qui joueront un rôle essentiel après la guerre, lorsque la société se tournera vers le domaine de la moto, abandonnant les triporteurs.
Malgré la destruction de l'usine par les bombardements pendant la guerre, Alfonso Morini ne perd pas courage. Il voit dans la 125 à 2 temps le véhicule parfait pour les besoins de l'après-guerre. La première Moto Morini apparaît au printemps 1946, inspirée de la DKW RT 125, un modèle en vogue. La production commence dans la nouvelle usine de via Ludovico Berti, toujours à Bologne. La 125 est la première nouvelle moto légère à être produite en Italie post-fascisme et est saluée comme « le succès de l’année » au salon de Milan en 1946.
L'Ère de la Compétition et des Innovations (1947-1969)
En 1947, la version sportive, la Turismo Sport, est ajoutée à la version grand tourisme. Sa puissance passe de 4,5 ch à 5,7 ch et sa vitesse de 75 à 80 km/h. Les premières 125 se distinguent par leur qualité, leur fiabilité et leur confort, étant équipées dès le début d'une suspension arrière. La production de ce modèle prend fin en 1954.
La 125 deux temps marque les débuts de Moto Morini en compétition, avec les premières victoires. Umberto Mascetti débute sa brillante carrière avec cette moto, remportant plusieurs courses du championnat italien de deuxième catégorie en 1948. La version de course possède une boîte à 4 vitesses (contre 3 pour la version routière) et développe 8/9 ch, atteignant une vitesse d'environ 120 km/h.
Face à la suprématie des moteurs 4 temps, Alfonso Morini se lance en 1949 dans le projet d'une nouvelle moto GP, la 125 à arbre unique à chaîne. Avec un moteur compressé 9:1 et pourvue d'un carburateur de 28 mm, elle délivre une puissance de 12 ch à 10 000 tr/min pour un poids de 80 kg. Cette moto est la première Moto Morini à remporter un Grand Prix, en 1951 à Monza avec Emilio Mendogni, battant les MV et Mondial bialbero. À son apogée, elle atteint 16 ch.
En 1953, la 175 Settebello fait ses débuts, devenant le haut de gamme de la société bolonaise, très prisée des amateurs de courses d'endurance. Ce modèle, développé en mode compétitif, atteint son apogée en 1962 avec la version à « Tiges Courtes » de 22 ch à 10 500 tr/min. En 1954, la 175 Settebello est spécialement conçue pour le Milan-Taranto et le Motogiro d’Italia. Monocylindre avec une distribution à arbre unique dédoublé, elle est capable d’atteindre 22 CV à 9 000 tr/min. Son châssis très efficace - cadre à double berceau ouvert, suspensions hydrauliques supérieures - en fait une gagnante de ces courses classiques. Produite en environ 15 exemplaires, elle a également été développée en version 250 cm3.
L'augmentation de la production entraîne un déménagement de Moto Morini en 1955 vers une nouvelle usine via Bergami 7 à Bologne. En 1957, Alfonso Morini décide de participer au championnat du monde de vitesse de manière constante. Nerio Biavati développe un nouveau projet pour une 250 cm3 GP. Confiée ensuite à Mendogni, elle remporte la coupe Shell à Imola en 1959.
La sortie de scène de la 125 deux temps pousse Moto Morini à combler le vide sur le secteur de marché le plus populaire. Après avoir écarté l'hypothèse d'une réduction de cylindrée du monocylindre 175, un nouveau projet plus moderne et rationnel est lancé, visant à réduire le nombre de composants et les coûts de production. C'est ainsi que naît la 100, qui servira de base deux ans plus tard à la Corsaro 125.
Angelo Bergamonti (18 mars 1939 - 4 avril 1971), un grand pilote, associe son nom à Moto Morini. Il débute en 1957 avec une 175 Settebello et, après une pause, reprend en 1964. En 1966, il court avec la Corsaro 125 et la glorieuse 250 Bialbero ex moto d’essais, offrant à Moto Morini la victoire au championnat italien de 1967.
Les exportations vers les États-Unis débutent en 1965 grâce à l'importateur John Berti. Des modèles spécifiques aux États-Unis voient le jour, avec des noms différents : la Corsarino devient Pirate et Twister, et la Corsaro, selon la version, est appelée Thunder Chief, Jaguar, Hurricane.
En 1969, Alfonso Morini disparaît, laissant sa fille Gabriella à la tête de la firme.
Les Années Difficiles et la Renaissance (1975-Présent)
Au début de l'année 1975, la Corsaro est remplacée par la 125 h, avec un moteur largement dérivé de la 3 ½. C'est la plus moderne des 4 temps, avec des innovations comme l'allumage électronique et une boîte à 6 vitesses. Elle bénéficie d'un frein à disque avant de 260 mm, le même que sur la 3 ½. Avec 13,75 cv à 9 000 tr/min, elle atteint 125 km/h. La 125 quitte la scène en 1985, laissant à la KJ 125 enduro la responsabilité de représenter Morini parmi les motos pour les plus de 16 ans.
Depuis 1975, Morini travaille sur la nouvelle 500 pour routes, présentée au salon de Milan en 1977. Le moteur monte à 478,5 cm3 (69x64 mm), avec une puissance de 43 cv à 7 500 tr/min et une vitesse de 175 km/h. Un an plus tard, une version sportive est lancée. En 1981, les moteurs sont équipés d'une boîte à 6 vitesses. En 1978, la 250 bicylindres (59 x 43,8 mm = 239,5 cm3) fait ses débuts avec 25 cv à 9 000 tr/min et 140 km/h, connaissant un bon succès, surtout à l'étranger.
Comme pour Ducati, MV Agusta, Aermacchi, les années 80 sont une mauvaise passe. Gabriella Morini doit céder le groupe à Cagiva des frères Castiglioni. Comme beaucoup de marques italiennes, Moto Morini voyage de portefeuille en portefeuille. La gamme continue de s'accroître jusque dans les années 80 avec des modèles 125 et 250, puis avec la Dart en 1991.
La marque reste presque en sommeil jusqu'en 2003, reprenant véritablement vie grâce à l'investissement de l'homme d'affaires Gianni Berti. C'est l'année de la reconquête. Les nouvelles motos Corsaro 1200 (1 187 cm3 et 140 cv) et 9 1/2 (948 cm3 et 17 cv) constituent un projet novateur de Lambertini, avec un design de Luciano Marabese. Le nouveau moteur est un bicylindre en V de 87°, à 4 soupapes, à injection électronique et une boîte de vitesses à 6 rapports. Le cadre est un treillis tubulaire.

En 2007, en plus de la Corsaro rapide 1200, équipée de solutions cyclistes plus sophistiquées, la Scrambler 1200 et la maxi-enduro Granpasso 1200 font leurs débuts. La famille Morini retrouve alors le contrôle total de la société. Cependant, malgré ce succès, les ventes sont insuffisantes, entraînant la mise aux enchères de la marque.
En 2011, deux entrepreneurs milanais d'Eagle Bike rachètent l'affaire et mettent en chantier la production d'un nouveau modèle en série limitée, la Rebello 1200 Giubileo. Produite en seulement 600 exemplaires, elle se veut une réinterprétation moderne de la Rebello de 1956, intégrant une technologie exclusive. Ce modèle anniversaire vise à faire renaître la marque dans les cœurs.
En 2011, Moto Morini est rachetée par deux sociétés italiennes, dirigées par Sandro Capotosti et Ruggeromassimo Jannuzzelli. En 2013, elle déménage dans la province de Pavie, à Trivolzio. La propriété passe entièrement à la famille Jannuzzelli, entamant un processus de développement des motos pour la mise en conformité aux normes Euro 4, suivi de la création de nouveaux modèles : la Corsaro ZZ, la Corsaro ZT et la fascinante Milano.
En octobre 2018, la société change de mains et rejoint le Zhongneng Vehicle Group. L'objectif est de consolider et de renforcer la position prestigieuse de la société à l'aigle doré, en investissant massivement dans les modèles actuels et futurs, y compris de différentes cylindrées, pour élargir la gamme Morini et accroître sa présence sur le marché.
Enfin, en 2021, Moto Morini lance la très attendue X-CAPE de 650 cm3, qui rencontre un grand succès, grimpant en quelques mois dans le hit-parade des ventes et redonnant à la marque ses lettres de noblesse. L'année suivante, la production de la SEIEMMEZZO est lancée, marquant une nouvelle ère pour la marque.
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