Neuillé-le-Lierre est une commune située dans le Nord-Est de la Touraine, un territoire marqué par une richesse historique, architecturale et paysagère qui s'étend du Moyen Âge à l'époque contemporaine. Cette localité, dont le nom résonne avec l'élégance des terres ligériennes, offre un condensé fascinant de l'évolution rurale et seigneuriale française.

Les racines seigneuriales et l'évolution des fiefs
L'histoire de Neuillé-le-Lierre est indissociable de ses grandes familles et de ses terres, dont les mutations témoignent des jeux de pouvoir et des alliances matrimoniales de l'Ancien Régime. Catherine de Beauvau épousa en 1470 Guillaume VII de Prunelé, gouverneur du futur Louis XII et fut la mère de François de Prunelé (mort en 1534), qui se maria, en 1508, avec Antoinette Le Roy, fille de René Le Roy (1450/1512), seigneur de Chavigny à Lerné et chambellan de Louis XI. Ces figures locales ancraient la paroisse dans les réseaux d'influence de la cour royale.
Le fief de Neuillé-le-Lierre lui-même a connu une stabilité remarquable sous les seigneurs de Bourot, qui en assurèrent la possession du XIIIe au XVIIIe siècle. Parallèlement, d'autres structures seigneuriales comme la terre de la Roche existaient déjà durant la Guerre de Cents Ans, car on trouve trace d'un achat par Guillemette Guigneux en 1365 et par Robert Le Chat, lieutenant du duché de Touraine, en 1366. Elle appartenait en 1540 à François Bouteiller et en 1558 à Jean Lopin.
La transmission de ces terres était souvent ponctuée de changements de propriétaires illustres. En 1540, le fief était la propriété de Jean Prévost, avocat à la chambre des comptes de Paris, grand-père du poète baroque Marc Papillon (1555/1599), qui le vendit, en 1562, à Raymond Forget, neveu de Pierre Forget d’Avizé, maire de Tours en 1530. Plus tard, en 1646, le seigneur était Daniel Boileau du Plessis, grand-maître des eaux et forêts de la généralité de Tours, époux de Claude Scarron, fille de Paul Scarron, dit l’apôtre. Saisie sur la famille Robin, au début de l'année 1686, la terre de Forge fut adjugée à Gervais Angevin, bourgeois de Paris, puis rachetée par N. Boileau du Plessis, intendant des armées du roi, chevalier de l'ordre de Saint-Lazare.
L'architecture civile et les témoins du temps
Le patrimoine bâti de la commune offre une lecture directe des modes de vie passés. Le manoir de Forge, datant du XVIe siècle, frappe par ses fenêtres ornées de pilastres à chapiteaux Renaissance et sa tour carrée hors-œuvre abritant un escalier en vis en pierre. Bien que sa moitié Sud soit aujourd'hui en ruines, le bâtiment demeure un exemple frappant de l'architecture seigneuriale de la Renaissance.
La terre de la Roche, quant à elle, a conservé des éléments significatifs malgré les destructions passées. Cette terre se composait de la maison qu'occupait le fermier, de laquelle dépendait un pavillon placé au-dessus du grand portail et une chapelle à côté. Le pavillon et la chapelle furent démolis par l'ordre de M. Le bâtiment subsistant de nos jours est donc l'ancienne ferme du château. Le logis fortifié de La Roche a conservé un logis du XVIe siècle renfermant un escalier à vis, deux tours d'enceinte et les substructions de deux autres tours. Son portail d'entrée est composé d'une porte charretière et d'un guichet.
Le château privé de Bourot, rebâti en 1873, illustre le renouveau architectural du XIXe siècle. Le logis, orné de briques, est flanqué par deux tourelles d'angle, marquant une volonté de renouer avec une esthétique historique tout en intégrant le confort moderne de l'époque.

Les moulins et l'activité hydraulique sur la Brenne
La rivière Brenne a été le moteur économique de Neuillé-le-Lierre pendant des siècles. L'exploitation des forces hydrauliques a donné naissance à une série de moulins dont l'histoire est riche en documents d'archives. Les moulins de Villiers, par exemple, appartenaient en 1536 à Jean Loiseau. En 1538, le moulin de Villiers est vendu à Jean Morin par Anthoine de Maran, seigneur de Villiers.
Le moulin du Coudray est cité en 1736 en tant que « moulin à drap » et vers 1790, comme « moulin à fouller étoffes ». Le moulin du Grand-Villiers, quant à lui, était en 1657 la propriété des religieuses de Fontaines-les-Blanches. En 1753, un conflit éclate : Jacques Galbrun, maître serger à Reugny, fait couper un taillis de trois arpents dont il se croyait propriétaire près de son bordage des Ormeaux. Dans la nuit, Urbain Deshayes, fermier à vie du moulin à foulon du Grands-Villiers, fait enlever les fagots et les perches se trouvant sur ce terrain. Le grand bâtiment toujours existant est conforme à la description et, bien que très restauré, il peut dater du XVIIe ou du début du XVIIIe siècle.
Vers 1790, le Moulin à bled du Petit Villiers est décrit comme étant situé sur la rivière de Bransle, consistant dans les œuvres dudit moulin, ses tournants et ustensiles susceptibles d'incendie. La halle dudit moulin comprenait un petit cellier et un grenier sur partie de ladite halle. Ensuite de ladite halle, deux chambres à cheminée dans l'une desquelles est un four, avec des greniers sur lesdites deux chambres.
L'église Saint-Pierre : un sanctuaire millénaire
L'église Saint-Pierre constitue le cœur spirituel et historique du bourg. La nef, dont la façade est moderne, a conservé ses murs goutterots du XIe siècle, parementés en petit appareil. La nef a gardé ses petites fenêtres à linteau évidé en arc. Entre ces fenêtres, furent ouvertes des baies en plein cintre plus grandes. Cette nef est couverte par une voûte en brique du XIXe siècle. Le chœur, vouté en berceau en plein cintre, est terminé par une abside semi-circulaire voûtée en cul-de-four.
Les traces d'une porte, qui a été murée, se remarquent dans le mur Sud de la nef, témoignant des modifications successives de l'édifice. À l'intérieur, les visiteurs peuvent découvrir une statue de la Vierge à l'Enfant en pierre polychrome datant de la première moitié du XIVe siècle. L'église possède également sept verrières anonymes ornementales à décors géométriques multicolores, installées à la fin des années 1940, apportant une touche de modernité lumineuse à cette architecture ancienne.
RANDONNEE DOMINICALE - VISITE DE L'EGLISE ROMANE DE ST PIERRE EYNAC
Transformations industrielles et vie quotidienne
Au XIXe siècle, Neuillé-le-Lierre a vu apparaître de nouvelles activités. Un premier four pour fabriquer des briques a été construit sur le site en 1854 par Rougé-Desneux Victor, tuilier à Villedômer, ce four permettant la cuisson de tuiles, briques et chaux. En 1864, l'ensemble passe à Moussard-Médard François, jusqu'alors tuilier à la Blondellerie à Monnaie, qui fait construire en 1874 une halle. L'activité va décliner jusqu'en 1948 et cesse définitivement en 1949.
La gestion des ressources en eau a également posé des défis. Le lavoir fut construit en 1891 sur la route d’Autrèche. Contrairement aux communes voisines qui ont construit leur lavoir sur des ruisseaux, le lavoir de Neuillé est construit sur la Brenne. Cela posa des problèmes à cause des tanneries de Château-Renault car la population de Neuillé était obligée de laver le linge au lavoir communal justement alimenté par la Brenne devenue un véritable canal de pestilence.
Le XXe siècle a apporté son lot de difficultés, notamment durant la Première Guerre mondiale. Le 17 janvier 1918, le conseil municipal de Neuillé doit rationner la population en pain. En mai 1918, le maire expose que parmi les réfugiés une famille composée de trois enfants est arrivée dans un état misérable et qu'il y avait lieu de lui attribuer un secours. Le conseil municipal attribue à l'unanimité un secours de 60fr à la famille Floiquin, illustrant la solidarité locale face aux tragédies de l'époque.
Neuillé-le-Lierre aujourd'hui : une terre d'accueil
Aujourd'hui, Neuillé-le-Lierre s'inscrit dans le paysage touristique de la Touraine - Val de Loire. La commune offre un cadre naturel et verdoyant, propice au repos et à la découverte. Les visiteurs peuvent profiter de la tranquillité de la campagne tout en étant à proximité des grands sites historiques de la région. Les châteaux d'Amboise, Chenonceau, Chaumont-sur-Loire, Blois et le Clos Lucé sont situés dans un rayon de 20 à 35 minutes, tandis que Chambord et Cheverny sont accessibles en 50 minutes.
L'offre d'hébergement, composée de chambres d'hôtes et de gîtes, permet aux voyageurs de s'immerger dans la vie locale. Des domaines comme "La Mauguinière" proposent une expérience centrée sur le confort et la découverte des paysages environnants, avec des équipements modernes tels que des piscines chauffées et des jardins clos. Les activités de loisirs ne manquent pas, allant des balades à pied au départ des propriétés aux circuits de découverte des vignobles de Vouvray et de Montlouis-sur-Loire, situés à moins de 25 minutes.
Le patrimoine naturel de la commune, avec ses sentiers de randonnée, permet une immersion totale dans l'écosystème tourangeau. Bien que la commune ne propose pas de services spécifiques labellisés "Accueil Vélo", elle reste une étape appréciée pour ceux qui cherchent à s'écarter des sentiers battus tout en restant au cœur des circuits touristiques majeurs de la Loire.

La persistance de petits éléments du passé, comme un bâtiment servant de WC sur les communes de Reugny et Neuillé, rappelle que l'histoire d'un village se lit aussi dans les détails les plus modestes. Cette harmonie entre les vestiges des siècles passés et les besoins de confort contemporains confère à Neuillé-le-Lierre un charme singulier, invitant à la contemplation et à la découverte lente d'un terroir profondément enraciné dans l'histoire de France.