L'abricotier, arbre fruitier apprécié pour ses fruits goûteux et gorgés de soleil, peut être planté dans presque toutes les régions de France. Cependant, même si ce n’est pas son origine, il reste un arbre méditerranéen et des précautions doivent être prises pour l’installer dans la moitié nord du pays, sous peine de voir disparaître toute la floraison année après année. Le coup de gel du printemps est sans pitié pour l’abricotier, pour ses fleurs surtout, et seules certaines variétés sont parées pour l’affronter. La protection de cet arbre fruitier contre les températures négatives est un enjeu majeur pour les jardiniers amateurs comme pour les producteurs professionnels.

L'abricotier face au froid : Comprendre sa vulnérabilité
L’abricotier est un membre de la famille des Prunus, arbre fruitier natif d’Asie, plus précisément de Chine, où il est cultivé dans de nombreuses régions depuis plus de 2000 ans, et présent à l’état sauvage depuis 5000 ans. Il s’est ensuite répandu, passant lentement du Moyen-Orient à l’Europe Centrale et du Sud. Il craint les zones humides et les sols compacts, leur préférant les climats chauds et relativement secs, les sols calcaires et légers des alentours de la Méditerranée et de la basse vallée du Rhône en France. Il est d’ailleurs principalement cultivé dans la vallée du Rhône, dans le Vaucluse, ainsi que dans le Roussillon.
L’abricotier a besoin de froid en hiver, comme de nombreux végétaux : de 400 à 600 heures en deçà de 7,2°C. En effet, le froid permet l’induction florale ; l’abricotier est d’ailleurs très rustique, résistant sans faille jusqu’à -20°C, voire -25°C. Son véritable point faible réside dans sa floraison particulièrement précoce, qui le rend vulnérable aux gelées tardives.
La floraison précoce, talon d'Achille de l'abricotier
L’abricotier est l’un des arbres fruitiers qui fleurit le plus tôt, entre la mi-février et le mois de mars en fonction des variétés. L’abricotier présente une levée de dormance très précoce, les bourgeons et les fleurs déjà ouvertes pouvant de ce fait subir des gelées printanières destructrices. Le dérèglement climatique renforce cette problématique. Des hivers plus doux entraînent une montée en sève précoce et donc une floraison avancée. Lorsqu’un coup de froid survient ensuite, il peut anéantir une partie ou l’ensemble des futures récoltes.

L’impact du gel varie en fonction du stade de développement des fleurs et des jeunes fruits. Plus la floraison est avancée, plus le risque de dommages est important. Les effets du gel se manifestent par des nécroses ou malformations des tissus. Les fleurs totalement ouvertes sont détruites sous -2,2 °C. La fleur de l’abricotier est sensible avant même son ouverture : dès que son calice est visible, elle devient vulnérable, détruite à -4°C. À la sortie des étamines, la température ne doit pas passer sous les -3°C. La chute des pétales correspond à une température minimale de 0,8°C.
Les jeunes fruits : une vulnérabilité accrue
Quant aux tout jeunes fruits, ou en cours de nouaison, ils ne supportent pas des températures inférieures à -0,5°C. L’atteinte des fruits ne se voit pas tout de suite à l’extérieur ; par contre à l’intérieur ils sont marqués de noir, et un “anneau de gel” se forme peu à peu sur leur épiderme. Les jeunes fruits sont encore plus vulnérables. En dessous de -0,5°C, ils subissent des altérations internes qui ne se manifestent pas immédiatement. Des points noirs apparaissent progressivement à l’intérieur, tandis qu’un anneau de gel peut se former sur leur peau.
Le point de greffe et les abricotiers en pot
Les jeunes abricotiers présentent un point faible au niveau du point de greffe. Lorsqu’il gèle, il y a risque de décollement du greffon, autant lors des gelées printanières que des gels hivernaux.
L’abricotier en pot craint également le gel, mais pas seulement au niveau de ses bourgeons. Très sensible face à l’humidité stagnante, ses racines risquent de fortement pâtir si cette humidité est prise par le gel. Il est impératif d'éviter d’arroser l’abricotier en pot en période gélive et, lors de la plantation, d'installer une couche drainante de bonne épaisseur au fond du pot. Le gel peut provoquer des fissures d’écorce (gélivures) dues aux variations de température, un gel des racines en cas de sol durci, ainsi que des brûlures sur les jeunes pousses et les bourgeons. Pour les fruitiers, cela peut entraîner la perte des fleurs et donc de la fructification.
Stratégies de protection contre le gel
Protéger ses arbres du gel, c’est préserver leur santé, leur croissance et, pour les fruitiers, la future récolte. Un suivi attentif au moment des floraisons précoces est crucial pour éviter de perdre une année de production.
Le choix du lieu de plantation
Le choix du lieu de plantation influence directement la résistance de l’abricotier face aux gelées tardives. Il est conseillé de lui offrir un endroit ensoleillé et abrité, et peut-être sacrifier l’envie d’avoir un bel abricotier de plein vent à celle d’avoir des fruits. Il sera installé de préférence selon une exposition sud sud-ouest. Il est également conseillé de le palisser, idéalement contre un mur bien exposé. Les zones basses, notamment les fonds de vallée ou les parties les plus creuses d’un jardin, sont à éviter. L’air froid, plus lourd que l’air chaud, a tendance à s’y accumuler, ce qui augmente les risques de gel.
Si l'emplacement est dans un creux, il est judicieux d'installer une haie de persistants en haut du terrain, et d'éviter d’en placer une en bas : cela stoppera l’air froid descendant du relief et laissera s’échapper celui qui s’est formé sur place.
Méthodes de protection directe
Plusieurs techniques peuvent être mises en œuvre pour protéger efficacement l'abricotier du gel.
1. L'aspersion d'eau
L'aspersion d'eau est une technique très efficace, surtout pour protéger les fleurs en cas de petites gelées. Il faut arroser l’arbre entier en pluie fine lorsque des gelées sont annoncées, dès que le thermomètre descend en dessous de 0°C au printemps. Le froid va geler cette eau autour des bourgeons et des fleurs et les isoler. Il faut que l’arbre soit arrosé en continu. Cette couche de glace va protéger les branches et les fleurs en formant un tampon protecteur contre l'air froid.
Arboriculture : asperger pour éviter le gel
2. Le voile d'hivernage
La pose d’un voile d’hivernage va protéger efficacement les abricotiers palissés, mais attention aux fleurs, très fragiles. Il est idéal pour les jeunes arbres, fruitiers en pot ou agrumes, et doit être posé dès que les températures descendent sous 0°C. Un voile d'hivernage permet une bonne aération et il n'y a pas de condensation, ce qui évite les moisissures. Il sera parfait pour protéger les feuilles et les bourgeons des arbres fruitiers, qu'ils soient jeunes ou adultes, lors des fortes gelées. On peut aussi utiliser une bâche ou de la toile de jute. Pour faciliter la tâche, on peut regrouper les branches, en faisant attention aux bourgeons, à l'aide d'une ficelle. Il est également possible d'utiliser un cadre ou des piquets pour limiter le contact entre la protection et le feuillage. Ensuite, il faut recouvrir intégralement la ramure avec le voile d'hivernage, en couvrant l'arbre jusqu'au sol afin de piéger la chaleur. Il est possible de découvrir les arbres en journée lorsque les températures sont positives, mais il faut veiller à ôter le voile en cours de journée, lorsqu’il fait doux. Un abricotier de plein vent est plus difficile à protéger. Si c’est possible, il faut planter de hauts piquets autour pour y installer une bâche ou un voile.
3. Le paillage du sol
Le paillage est une méthode simple mais efficace pour protéger les racines du froid et limiter les variations thermiques. Il consiste à déposer 5 à 10 cm de feuilles mortes, de paille ou de copeaux broyés au pied des arbres. En hiver, il est recommandé de butter le pied des jeunes sujets ou bien d’entourer le point de greffe avec un voile et de la paille. Il faudra par contre enlever cette protection dès le redoux pour qu’il ne se forme pas des racines à la base du greffon. Un sol légèrement humide retient mieux la chaleur, mais il faut attention à ne pas créer de stagnation.

4. Les abris temporaires
Pour les jeunes arbres exposés au vent glacial, il est possible de construire un abri temporaire comme une palissade en bois ou en bambou pour stopper les courants d'air froid. Cet abri pourra être retiré facilement quand les températures remonteront. À long terme, faire pousser une haie peut également servir de protection hivernale.
5. Protection des arbres en pot
Pour les petits arbres fruitiers cultivés en pot, il faut les protéger du gel qui peut fragiliser aussi bien le pot que les racines. Premièrement, il est conseillé de protéger le pot en le mettant à l'abri du vent, contre un mur par exemple. Ensuite, il faut l'entourer avec des feuilles mortes, de la paille, du carton ou de la toile de jute pour éviter que le pot se fende à cause du gel. Il faut aussi penser à le surélever sur une planche en bois pour l'isoler du sol.
Solutions pour les professionnels et grands vergers
Pour les professionnels, les mesures de protection à prendre constituent une prouesse tant au niveau de la lourdeur des moyens qu'aux résultats enregistrés pas toujours au rendez-vous. Parmi les stratégies mises en place, ils installent des bougies antigel appelées chaufferettes, des brûleurs mobiles au gaz ou au fioul diffusant de l’air chaud dans les rangs, des éoliennes antigel nommées aussi tour à vent qui brassent l’air pour ramener le plus chaud situé plus haut vers le sol ou encore l'aspersion d'eau qui crée une pellicule protectrice d'eau gelée sur les bourgeons.
L'installation de bougies chauffantes entre les arbres permet d’élever la température ambiante et de protéger les bourgeons du gel. Cette technique est efficace, mais elle demande une logistique importante et représente un coût élevé en main-d’œuvre et en matériel. Les bougies sont efficaces sur tous les types de gels jusqu'à -4°C. Il ne faut cependant pas moins de 400 bougies pour protéger un hectare pendant 8h. D’autres dispositifs, comme les tours à vent, sont parfois utilisés pour brasser l’air et homogénéiser la température. Le brassage d'air est efficace uniquement sur les gels radiatifs jusqu'à -4°C. Une tour peut protéger jusqu'à 5 hectares.
Choisir des variétés résistantes au gel
Le choix de la variété d'abricotier est primordial, surtout dans les régions où les gelées printanières sont fréquentes.
Variétés à floraison tardive et longue
Il est préférable de choisir les variétés à floraison tardive dans le nord de la France. Les floraisons longues sont intéressantes car elles limitent la quantité de fleurs détruites par un éventuel gel ponctuel. Autre point important : la date de maturation des fruits ; il faut veiller à choisir des variétés à maturité précoce, qui auront plus de temps pour mûrir, plus particulièrement dans les régions à faible ensoleillement.
L’abricotier ‘Bergeron’ est réputé pour être très adapté aux régions plus froides car il se montre assez résistant face au gel. Il est d’ailleurs peu productif sous un climat plus méridional. Il fleurit entre mars et avril et pourra être récolté de la fin du mois de juillet jusqu'au mois d’août. Ses fruits sont assez gros, avec une joue bien rouge du côté du soleil. La chair orangé sombre est peu juteuse, acidulée, de bonne qualité.
L’abricotier ‘Luizet’ est idéal pour les régions à climat continental (il est originaire du Rhône et issu d’un semis d’Europe centrale), il est d’ailleurs déconseillé en zone méridionale car il y est également peu productif. Il fleurit entre mars et avril et ses fruits ne seront pas cueillis avant la mi-juillet. Ils sont de taille moyenne, orangés avec de légères impressions rouges à l’insolation. La chair est ferme et de bonne qualité.
La variété ‘Hargrand’ est un hybride originaire du Canada, adapté aux climats septentrionaux. Il fleurit en mars avril et se cueille légèrement avant le ‘Bergeron’. D’un orangé assez pâle et de gros calibre, les fruits offrent beaucoup de parfum et d’excellentes qualités organoleptiques.
L’abricotier ‘Ampuis’ se plaît particulièrement dans le nord de la vallée du Rhône où il est cultivé depuis longtemps. Sa floraison se produit en mars avril, les fruits seront cueillis durant la première quinzaine du mois d’août. De petite taille, à chair molle, ils sont goûteux mais surtout utilisés pour faire des confitures.
L’abricotier ‘Pêche de Nancy’ montre les mêmes caractéristiques de floraison et de fructification que le ‘Bergeron’. Ses gros fruits jaune orangé sont fondants et juteux, avec une saveur musquée.
Le ‘Tardif de Tain’, comme son nom l’indique, affiche une floraison tardive, tout comme l’est la maturité de ses fruits.
L’abricotier ‘Royal’, à maturité tardive, pourra également être installé dans les jardins et vergers au nord de la Loire. Les fruits sont juteux et particulièrement parfumés.
Le ‘Précoce de Saumur’ présente une bonne résistance face aux gelées printanières, il pourra être cultivé dans les régions situées au-dessus de la Loire sans problème. Ses fruits ovoïdes jaunes marqués de rouge sont sucrés et peu juteux.
Primidi est l’un des plus tardifs, puisqu’il commence à fleurir autour du 20 mars, jusqu’à la fin du mois, il offre donc également une floraison longue. Ses fruits sont matures aux alentours des 2 premières semaines de juin.
Luxared commence à fleurir à la même période que le précédent, mais sa floraison ne dure qu’une semaine. Ses fruits peuvent être récoltés à partir de la première semaine de juin, jusqu’à la mi-juin.
De nombreuses variétés commencent à fleurir autour du 15 mars : Héléna du Roussillon, Farlis, Apridelice, qui offre une floraison qui dure plus de 2 semaines. Mais attention, la maturité des fruits s’échelonne entre le 15 juin et la fin juillet.
Il faut éviter par contre les Colorado et Sushi qui fleurissent juste après la mi-février, les Canino ou Rouge du Roussillon cultivables seulement en climat doux.

Erreurs à éviter pour la protection de l'abricotier
Pour une protection optimale, il est crucial d'éviter certaines pratiques qui pourraient nuire à l'arbre.
Tailler en période de gel : La taille fragilise l'arbre et le rend plus vulnérable au froid. En ce qui concerne les fruitiers qui nécessitent une taille annuelle, tailler tardivement va permettre de réduire les risques liés au gel de printemps. Il convient, en outre, de faire attention à ne pas endommager les boutons ou fleurs déjà épanouies : ces jeunes organes encore très tendres sont très fragiles.
Recouvrir d’une bâche plastique : Contrairement aux voiles d'hivernage, les bâches plastiques peuvent provoquer de la condensation et un étouffement de l'arbre, favorisant le développement de maladies.
Oublier d’enlever les protections dès le retour du printemps : Il est essentiel de retirer les voiles d'hivernage et autres protections dès que les températures remontent pour éviter un échauffement excessif de l'arbre et favoriser sa bonne aération. À ce stade de développement des boutons floraux, il ne faut poser un voile que lorsque le risque de gel nocturne est bien réel.
La météo varie entre douceurs et températures négatives. Mauvais timing pour les arbres fruitiers qui commencent à bourgeonner. Un seul coup de gel peut être fatal pour les arbres fruitiers à floraison précoce s'ils ne sont pas protégés. Pour limiter les pertes, il est impératif de les protéger. Le gel peut causer des dégâts importants sur les arbres fruitiers, surtout s'il survient au mauvais moment, celui du débourrement et celui de la floraison. Ainsi, en hiver, tant que le repos hivernal se poursuit, que le débourrement n'a pas commencé, les arbres fruitiers n'ont pas grand-chose à craindre des périodes de gelée, les dégâts sont rares, sauf en cas de gel extrême et prolongé, ce qui devient très rare aujourd'hui. La sortie de la dormance hivernale se caractérise par une circulation de la sève qui repart. Le débourrement commence, c’est-à-dire la phase qui voit les bourgeons floraux commencer à s’ouvrir. Une fois que la pleine floraison illumine le jardin, attention, il s'agit de la période la plus critique, car les fleurs ouvertes se trouvent exposées directement au gel qui va les détruire, empêchant toute fécondation. Même quelques degrés en dessous de 0°C peuvent suffire à causer de gros dégâts. Ainsi, -1,5°C à -3°C peut anéantir tout espoir de récolter poires, cerises, pêches, pommes, abricots. Cela n'a rien d'exceptionnel car les floraisons des arbres fruitiers sont de plus en plus précoces du fait d'hivers anormalement doux causés par le dérèglement climatique.
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