Le Compostage Humain à New York : Une Révolution Funéraire Écologique

L'expression "retourner à la terre" a trouvé un sens renouvelé et profond dans l'État de New York, qui a légalisé la "réduction organique naturelle", également connue sous le nom de compostage humain ou "terramation". Le 31 décembre 2022, la gouverneure démocrate Kathy Hochul a promulgué cette loi, faisant de New York le sixième État américain à adopter une législation en ce sens depuis 2019. Cette décision marque un tournant significatif dans les pratiques funéraires, offrant une alternative plus respectueuse de l'environnement face aux méthodes traditionnelles d'inhumation et de crémation.

carte des États-Unis montrant les États ayant légalisé le compostage humain

Qu'est-ce que le Compostage Humain ?

Le compostage humain est un processus qui consiste à accélérer la décomposition naturelle du corps sans utiliser de produits chimiques, pour obtenir un terreau riche en nutriments. Le New York Post explique que dans la plupart des cas, le défunt est placé dans un conteneur semi-ouvert. Ce récipient est rempli d'une litière composée de copeaux de bois, de luzerne ou de paille, créant ainsi un environnement idéal pour la décomposition. Le conteneur est ensuite scellé et relié à un système de chauffage, de ventilation et de climatisation, permettant de maintenir des conditions optimales d'humidité et d'oxygénation pour que les bactéries puissent efficacement faire leur travail.

Katrina Spade, fondatrice de Recompose, un salon funéraire écologique de Seattle, précise que "tout est recomposé, y compris les dents et les os". L'entreprise indique également qu'elle procède à un "mélange" du conteneur à plusieurs étapes afin de récupérer d'éventuels plombages dentaires, stimulateurs cardiaques et autres prothèses qui ne seraient pas biodégradables.

Le Processus de "Terramation" : Étapes et Durée

Le processus de "terramation" chez des entreprises comme Return Home, une société de pompes funèbres d'Auburn, près de Seattle, se déroule en plusieurs étapes. Le corps du défunt est d'abord placé dans un récipient réutilisable et semi-ouvert avec une litière adaptée, faite de luzerne, de pailles et de copeaux de bois. Ces matériaux mettent les microbes dans des conditions favorables pour travailler.

Selon Katrina Spade, directrice de Recompose, il ne faut que 3 à 7 semaines pour qu'une dépouille humaine se transforme en compost grâce aux micro-organismes. Le New York Post mentionne qu'au terme d'un processus de décomposition de six à huit semaines, un mètre cube de terre riche en nutriments est récupéré. Cela équivaut à 36 sacs, soit l'équivalent de deux brouettes, qui peuvent ensuite être utilisés comme engrais.

Une fois le caisson refermé, la température y est maintenue à 55°C pendant au moins soixante-douze heures pour éliminer les agents pathogènes, comme les virus. Après cinquante jours, le caisson est rouvert, les os extraits, broyés et replacés dans le terreau. L'entreprise Return Home affirme avoir reçu de très nombreuses demandes pour ce genre de pratique. Après une période d’environ un mois - et un processus de chauffage pour tuer toute contagion - les proches reçoivent le sol obtenu.

diagramme du processus de compostage humain avec les différentes étapes

Une Alternative Écologique aux Funérailles Traditionnelles

Les défenseurs du compostage humain le présentent comme une méthode d'inhumation bien plus respectueuse de l'environnement que les techniques classiques. Katrina Spade, fondatrice de Recompose, a souligné auprès de l'agence Associated Press que "la crémation utilise des combustibles fossiles et l'enterrement utilise beaucoup de terre et a une empreinte carbone". Selon les statistiques brandies par Recompose en 2019, plus d'un Américain sur deux en moyenne choisit de se faire incinérer, ce qui a un impact environnemental considérable.

Cette nouvelle forme de funérailles est présentée comme une alternative écologique aux enterrements, car la confection des cercueils nécessite la consommation de bois et d'autres ressources naturelles, et à la crémation qui utilise des combustibles fossiles. Le compost serait donc une option plus vertueuse, puisqu'il permet de replanter de la végétation. Une étude des services funéraires de la ville de Paris d’octobre 2017 a estimé l’impact carbone d’une inhumation 3,6 fois supérieure à la crémation. L’inhumation la moins écologique, avec construction d’un caveau en béton et pose d’un monument, souvent importée d’Asie du Sud-Est, équivaut à cinq crémations.

Le site de l’entreprise Recompose indique que "ce processus ne requiert qu’un huitième de l’énergie utilisée pour une crémation et permet d’économiser une tonne de CO2 par personne". Transformer un corps en humus permet de recycler son propre corps en compost et de réduire son empreinte carbone. Le terreau créé restitue les nutriments de nos corps à la nature, régénère les forêts, capture le gaz carbonique et alimente une nouvelle vie.

En outre, cette alternative serait plus pratique dans les villes où l'espace dans les cimetières est limité, puisque les proches des défunts pourront utiliser leur terreau où bon leur semble. Pour beaucoup de gens, le fait d'être transformé en terre qui peut être transformée en jardin ou en arbre a un impact considérable.

Nouvelles pratiques funéraires

L'Utilisation du Terreau : Faire Pousser un Arbre ou Enrichir les Sols

Au terme du processus, un mètre cube de terre riche en nutriments est récupéré. Ce terreau, l'équivalent d'environ 36 sacs, peut ensuite être utilisé de diverses manières. Certaines familles peuvent décider de l'utiliser pour faire pousser un arbre à la mémoire de leur défunt, plantant des fleurs, des légumes ou des arbres. D’après la BBC, ces restes peuvent être utilisés pour "planter des fleurs, des légumes ou des arbres".

La famille peut disperser ces sacs dans son jardin ou les confier à l’entreprise de pompes funèbres qui les répandra dans un parc. Pour Katrina Spade, inspirée par l’élevage où l’on enfouit sous des déchets organiques la bête morte, l'idée est que le défunt reste présent sous une autre forme, celle d'un arbre par exemple, une sorte de réincarnation. La petite partie de cet humus pourrait contribuer à faire pousser un arbre en mémoire du défunt. Le reste serait utilisé pour régénérer des sols dégradés dans la région alentour.

Des réglementations strictes sont en vigueur, et les restes humains ne peuvent pas simplement être jetés dans un tas de compost. Ils doivent être livrés à des cimetières ou organismes certifiés.

La Légalisation Progressive aux États-Unis

New York est devenu le sixième État américain à légaliser le compostage humain, mais il ne fut pas le premier. L'État de Washington a été le pionnier en la matière, rendant le "compost humain" légal en 2019. Il a été suivi par le Colorado et l'Oregon en 2021, puis par le Vermont et la Californie au cours de l'année 2022.

Cette tendance souligne un intérêt croissant pour des modes d'enterrement plus respectueux de l'environnement aux États-Unis. Michelle Menter, directrice de Greensprings Natural Cemetery Preserve, un cimetière à but non lucratif dans le centre de New York, a déclaré : "Tout ce que nous pouvons faire pour détourner les gens des revêtements en béton, des cercueils fantaisistes et de l'embaumement, nous devons le faire et le soutenir".

Bien que la pratique du compostage humain soit encore jeune, elle est perçue comme un "grand pas en avant pour l'accessibilité des soins de la mort écologiques à l'échelle nationale", selon l'entreprise Return Home. Philip Olson, professeur à Virginia Tech et spécialiste des pratiques funéraires, estime qu'il faudra du temps avant que cela ne devienne populaire, car les "gens doivent s’habituer à cette pratique considérée comme bizarre et un peu effrayante. Il y a beaucoup de résistance au changement. La crémation par exemple date de 1876 aux Etats-Unis mais en 1963, elle représentait seulement 4 % des funérailles".

infographie sur la chronologie de la légalisation du compostage humain aux États-Unis

Les Réactions et Controverses

La légalisation du compostage humain n'a pas fait l'unanimité. La Conférence catholique de l'État de New York, par exemple, s'est vivement opposée à cette pratique funéraire. Dennis Poust, directeur général de l'organisation, a estimé que ce type d'inhumation "n’offre pas le respect dû aux restes humains", selon The Guardian. Il s'est irrité en affirmant que "le compostage et la fertilisation peuvent être appropriés pour les épluchures de légumes ou les coquilles d'œufs, mais pas pour nos dépouilles mortelles". Il a ajouté que "les corps humains ne sont pas des déchets ménagers, et nous ne pensons pas que ce processus réponde à un traitement respectable de nos restes terrestres".

Ces réactions mettent en lumière un sujet sensible des pratiques funéraires, où les croyances religieuses et culturelles jouent un rôle majeur dans l'acceptation de nouvelles méthodes. Toutefois, les méthodes d'inhumation "vertes" ont le vent en poupe ces dernières années aux États-Unis, où des firmes proposent également des enterrements naturels, avec des cercueils bio, voire une inhumation avec un simple linceul, sans cercueil, dans les villes l'autorisant.

Le Statut du Compostage Humain en France

En France, la situation est différente. Michel Kawnik, fondateur et président de l’Association française d’information funéraire (Afif), rappelle qu'un tel traitement d’une dépouille est interdit. "Il n’y a que deux modes de traitement possibles, soit l’inhumation [enfouissement sous terre], soit la crémation [brûler le corps et le réduire en cendres]", explique-t-il, ajoutant que "dans tous les cas, la mise en cercueil est obligatoire". En 2016, la sénatrice du Rhône, Élisabeth Lamure, avait interpellé les autorités françaises sur la question de la légalisation du "compostage humain". Le ministère de l’Intérieur lui avait répondu que "son introduction en droit interne soulèverait des questions importantes, tenant notamment à l’absence de statut juridique des particules issues de cette technique et de sa compatibilité avec l’article 16-1-1 du code civil". En 2021, une députée Modem a également déposé un amendement en ce sens, mais les deux initiatives ont été rapidement rejetées.

Malgré cette interdiction, des soutiens de ce processus existent en France. Laetitia Royant, co-autrice de "Funérailles écologiques", est persuadée que d’autres États suivront… et que la France finira par s’y mettre, elle aussi. Deux associations, Humusation France et Humus Sapiens, ont vu le jour l’an dernier et continuent à porter cette demande.

Cependant, il est important de distinguer les différentes techniques. Brigitte Lapouge-Déjean, co-autrice de "Funérailles écologiques", émet quelques bémols sur celles employées à ce jour aux États-Unis. "On est tout de même sur des solutions très technologiques, où tout est fait pour accélérer le processus de décomposition. Deux mois c’est extrêmement rapide. Est-ce vraiment alors naturel ? Et même écologique ?", s'interroge-t-elle.

Les deux autrices de "Funérailles écologiques" préfèrent se référer à une autre technique, théorisée par l’ingénieur belge Francis Busigny sous le nom d’humusation. Pas de boîte cette fois-ci. La dépouille est déposée sur un lit végétal de 20 cm d’épaisseur puis ensevelie par 2m² de ce même mélange de terre. "Et on laisse se faire la décomposition sur un temps beaucoup plus long de douze mois", reprend Brigitte Lapouge-Déjean. Francis Busigny imagine qu'une petite partie de cet humus contribue à faire pousser un arbre en mémoire du défunt. Le reste serait utilisé pour régénérer des sols dégradés dans la région alentour.

Pierre Larribe, responsable juridique de la Confédération des professionnels du funéraire et de la marbrerie (CPFM), se défend de toute opposition de la profession. "Si ça passe, on s’adaptera", explique-t-il. "Notre travail ne se limite de toute façon pas au traitement des dépouilles mais aussi à l’organisation des obsèques, ce qui restera toujours nécessaire quelle que soit la méthode de traitement des corps choisie…".

En attendant, Brigitte Lapouge-Déjean rappelle qu’il est déjà possible d’opter pour des cercueils dans des matières qui se dégraderont très vite comme le carton ou le bois blanc, et "en pleine terre plutôt que dans un caveau en béton".

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