Chez la plupart des papillons, c'est leur progéniture qu'il faut craindre ! Et c'est bien le cas chez les noctuelles, des papillons crépusculaires ou nocturnes, souvent colorés de sombre, qui engendrent des chenilles voraces et dévastatrices dans le potager, le jardin d'ornement ou même le verger. Qu'elles soient défoliatrices, terricoles ou mineuses, ces larves de belle taille peuvent occasionner de graves dégâts sur les plantes potagères ou vivaces, les arbustes et les arbres. La noctuelle, un papillon dont la chenille peut faire des dégâts.

Les chenilles des arbres fruitiers : identifier les hôtes
Chaque année, vous êtes nombreux à découvrir, souvent avec inquiétude, qu’un grand nombre de chenilles a élu domicile dans un de vos pommiers, poiriers, pruniers, cerisiers… et sont affairées à en dévorer les feuilles, mettant possiblement en péril la future récolte. Mais de quelles chenilles s’agit-il, et sont-elles dangereuses pour nous ou pour les arbres ? Plusieurs espèces de chenilles peuvent être rencontrées dans les arbres fruitiers, et j’aborderai ici essentiellement les espèces qui forment des « nids » ou « cocons » sur les troncs ou dans les branches.
Le Bombyx cul-brun
Le Bombyx cul-brun (Euproctis chrysrrhoea) est la seule espèce vraiment urticante que l’on peut rencontrer en grand nombre dans les arbres fruitiers. On le reconnaît à ses deux points rouges sur le dessus du corps, visibles même chez les jeunes individus, et à ses lignes de courtes soies blanches sur les côtés du corps. Il possède sur le corps de plus longues soies orangées. On peut le rencontrer sur de nombreuses espèces d’arbres, car il est assez polyphage.
La Livrée des arbres
Contrairement à son voisin du dessus, la Livrée des arbres (Malacosoma neustria) est on ne peut plus inoffensive pour l’homme ou pour les animaux domestiques : elle ne possède pas de « poils » urticants. Elle est assez facile à reconnaître avec sa tête bleue ornée de 2 points noirs, et ses lignes colorées sur le dessus du corps.
La Grande tortue
Dans nos jardins, c’est essentiellement dans les cerisiers que l’on peut rencontrer les chenilles de la Grande tortue (Nymphalis polychloros). Tout à fait inoffensives, elles se déplacent en groupe sur les feuilles et les branches de leur arbre-hôte. On les reconnaît à leur couleur sombre et à leurs petites soies épineuses oranges sur le dessus du corps, nullement urticantes. Elles ont également une petite tête noire et lisse, bien détachée du reste du corps. Au stade adulte, la Grande tortue est un joli papillon orangé.
La Laineuse du cerisier
En raison des grands cocons de soies qu’elles tissent dans les arbres, les chenilles de la Laineuse du cerisier (Eriogaster lanestris) sont parfois confondues avec les chenilles processionnaires. On les reconnaît à leur couleur gris-bleuté et à leurs petits motifs blancs sur le corps. Les individus plus âgés possèdent des touffes de soies orangées assez courtes sur le dessus du corps, et de plus longues soies blanches éparses. Chez les personnes à la peau sensible, le contact de ces chenilles avec la peau peut provoquer des réactions cutanées légères et sans gravité. Il vaut mieux éviter, dans le doute, de les manipuler à main nue - il n’y a cependant aucun risque à les observer !
Attention si vous envisagez de détruire des chenilles de Laineuse du cerisier : il existe une espèce très proche, la Laineuse du prunellier, qui est rare et protégée sur tout le territoire français.

Le Gazé et les Hyponomeutes
On observe plus rarement les chenilles du Gazé (Aporia crataegi) dans nos jardins : autrefois très répandue, c’est une espèce de moins en moins commune, qui souffre de la disparition progressive de son habitat naturel causée par l’agriculture intensive. Les chenilles du Gazé sont reconnaissables à leur dessous gris clair et à leur dessus orangé, avec des lignes latérales plus sombres.
Dans les pommiers et les poiriers, on peut parfois trouver des petits « nids » de chenilles blanc crème ou jaunâtres, couvertes de points noirs : ce sont les Hyponomeutes (Yponomeuta malinella et Y. padella dans le cas des fruitiers). Dépourvues de poils, elles ne sont pas du tout urticantes ; mais malgré leur petite taille, elles peuvent défolier très rapidement des branches d’arbre.
Dynamique des populations et gestion des risques
Toutes les chenilles évoquées plus haut ont un point en commun : elles sont grégaires. Chez ces espèces, la femelle adulte va pondre tous ses œufs au même endroit, et les jeunes chenilles naissantes vont tisser une toile de soie dans laquelle elles passeront une partie ou la totalité de leur vie larvaire. Cependant, toutes ces chenilles ne vont pas devenir des papillons : beaucoup d’entre elles vont mourir avant d’ atteindre le stade nymphal, et d’autres mourront au stade adulte avant d’avoir eu le temps de se reproduire.
Les chenilles ont de nombreux prédateurs ; sans que vous le sachiez, une partie des chenilles que vous pourrez observer dans vos arbres fruitiers est en réalité parasitée par des guêpes ou des mouches parasitoïdes, et vouée à mourir avant d’atteindre le stade adulte.
Décider d'intervenir ou non
Bien sûr, la présence de ces chenilles peut poser problème si l’arbre-hôte est assez jeune, ou si vous espérez en récolter les fruits cette année. En revanche, si l’arbre est assez âgé et que vous ne souhaitez pas spécialement en récolter les fruits, ou bien si vous disposez d’un nombre suffisant de fruitiers pour pouvoir « sacrifier » une petite partie de votre récolte, vous pouvez aussi tout à fait décider de ne pas intervenir, et regarder les chenilles grandir.
Méthodes de déplacement
Il est bien souvent possible de déplacer le nid de chenilles dans un autre arbre si vous souhaitez préserver à la fois l’arbre et les chenilles. Il faudra cependant prendre des précautions particulières si les chenilles sont des Bombyx cul-brun, en se munissant de gants et en faisant bien attention à éviter tout contact avec les chenilles. Dans le cas des autres espèces, non urticantes, la marche à suivre est simple : il suffit de couper l’extrémité de la branche où se trouve le nid, et d’aller la déposer ailleurs. Un simple sécateur et un récipient (type seau) suffisent.
Attention au chenilles processionnaires tuto
Les Noctuelles : spécificités et dégâts sur fruits
L’espèce s’attaque à tous les arbres fruitiers à feuilles caduques. La chenille consomme les jeunes feuilles et creuse des galeries dans les boutons floraux et les jeunes fruits, y laissant souvent un trou rond symétrique. De nombreuses espèces de noctuelles s’attaquant aux jeunes fruits sont présentes dans la région, et les chenilles de la plupart se ressemblent (vertes avec des points, des taches transversales, des lignes ou des rayures blanches, crème ou jaunes).
Le papillon de la noctuelle du fruit vert (ou orthosie verte) est gris-beige. Ses ailes portent deux taches gris-pourpre et son thorax est duveteux. Les œufs sont déposés sur la face supérieure des feuilles. L’espèce s’attaque à tous les arbres fruitiers à feuilles caduques. Les papillons adultes, aux mœurs nocturnes, possèdent des ailes antérieures sombres et des ailes postérieures beaucoup plus pâles et mesurent 2 à 4 cm d’envergure. Ils émergent au début du printemps. La chenille est relativement grosse, pouvant atteindre 3 à 4 cm de longueur de couleur verte plus ou moins foncé. Son corps est couvert de ponctuations et bandes blanches. Elle se nourrit de bourgeons, feuilles, fleurs et jeunes fruits, jusqu’au début de l’été. Environs 70% des fruits attaqués avorteront.
Les Noctuelles terricoles ou « vers gris »
Les noctuelles terricoles, connues également sous le nom de "vers gris", peuvent causer des pertes importantes sur les semis ou jeunes plantations. Les dégâts sont variables selon les années. Plusieurs espèces sont potentiellement présentes en Bretagne : la noctuelle des moissons, la noctuelle Ypsilon (Agrotis Ypsilon) et la noctuelle point d’exclamation (Agrotis exclamationis).
La noctuelle des moissons hiberne dans le sol sous forme de larve et se nymphose en avril. Les papillons éclosent à partir de fin mai et principalement courant juin. Les œufs sont disposés à la face inférieure des feuilles, sur des débris végétaux ou à même le sol, puis les larves continuent leur cycle en terre. Elles ne s’alimentent que pendant la nuit. Lorsqu’elles sont âgées, elles peuvent couper le collet ou le pétiole des plantes. C’est à ce stade qu’elles sont les plus nuisibles car elles peuvent détruire des dizaines à des milliers de plants de choux par parcelle. Dans la journée, elles se dissimulent au pied des plantes.

Lutte et prévention : mythes et réalités
La fausse bonne idée : glu et scotch
On trouve encore souvent ce conseil sur les groupes de jardinage, et des bandes de « glu arboricole anti-chenille » sont même disponibles dans le commerce. La technique consiste à poser tout autour du tronc une substance collante, supposée empêcher les insectes de monter le long du tronc. Efficace contre les fourmis, cette méthode est totalement inutile pour lutter contre les chenilles dont il est question dans cet article. S’il y a des « nids » de chenilles dans votre arbre, c’est parce qu’un papillon est venu pondre ses œufs directement sur les branches. Et un papillon… ça ne rampe pas le long d’un tronc, ça vole !
Pire encore, les bandes de glu peuvent se révéler être de véritables pièges pour la faune, et notamment pour les oiseaux et mammifères qui voudraient se nourrir des insectes piégés sur la glu. Ils se retrouvent à leur tour englués, et s’ils ne meurent pas d’épuisement, peuvent s’arracher les plumes ou la peau en tentant de s’échapper.
Favoriser la biodiversité
Favoriser le développement des prédateurs naturels des chenilles défoliatrices reste la stratégie la plus durable : de nombreux oiseaux (mésange, merle, fauvette…) et des insectes auxiliaires (perce-oreille, carabes, araignées, hyménoptères parasitoïdes…) jouent un rôle régulateur indispensable.
Approches agricoles et expérimentales
Pour les noctuelles, l’absence de ponte ou chenilles quatre semaines avant serait un bon indicateur pour ne pas traiter. En pratique, plusieurs essais ont été menés sur l'efficacité des produits en agriculture biologique (Spinosad, Bacillus thuringiensis) et conventionnelle. Pour le nombre de traitements à réaliser, quels que soient les produits utilisables, deux applications sont toujours plus efficaces qu’une seule. Si une seule application est réalisée, deux fois sur trois, l’efficacité est meilleure si le traitement est fait plutôt tardivement. Dans ce cas, il faut veiller à bien respecter le délai avant récolte.
Les dégâts sur tubercules sont plus occasionnels et consistent en de larges cavités irrégulières creusées par les chenilles. Les noctuelles sont des insectes polyphages qui se développent surtout dans les sols humifères et légers. Les attaques ont surtout lieu la nuit. Le déplacement sous forme d’adulte peut être important avant l’hibernation qui se fait soit sous forme larvaire soit sous chrysalide; la ponte des œufs peut être énorme si les conditions climatiques sont favorables.