Le noisetier, connu scientifiquement sous le genre Corylus, est un arbuste buissonnant à croissance rapide qui peut atteindre, et parfois même dépasser, les 3 mètres de hauteur, et même jusqu'à 8 à 10 mètres dans sa forme la plus expansive. Il se distingue par une multitude de petites feuilles obovales larges, mesurant de 6 à 10 cm de long, dont la jolie forme arrondie n'est pas sans rappeler celle d'un cœur. Au-delà de son attrait ornemental, ce sont les fruits qu'il produit, les noisettes, qui en font un régal pour les amateurs de fruits secs et un incontournable dans de nombreux jardins.
L'histoire du noisetier est très ancienne, remontant à l'ère tertiaire. Le Corylus avellana est devenu une espèce dominante en Europe entre 7500 et 5000 avant notre ère. Le mot « noisetier » n'est apparu en français qu'au XVIème siècle, le terme précédent, depuis le XIIIème siècle, étant « Coudrier ». Ce dernier est une déformation, sous l'influence celtique, du latin Corylus, nom ancien de l'espèce venu lui-même du grec « Korus » signifiant capuchon, en référence à l'involucre qui protège les noisettes. Le terme Avellana vient d'Avelino, une petite ville de Campanie, près de Naples, renommée dans l'Antiquité pour la qualité de ses noisettes. C'est d'ailleurs de là que vient le mot français « aveline », désignant les noisettes de grosse taille.

Caractéristiques Botaniques et Distribution Géographique
Le genre Corylus compte moins de quinze espèces, parmi lesquelles Corylus avellana et Corylus maxima sont les plus notables pour leurs cultivars aux fruits comestibles. L'arbuste se rencontre à l'état spontané dans les sous-bois et en lisière des forêts, s'étendant du Portugal et de l'Irlande à l'Ouest jusqu'à l'Oural à l'Est, en passant par les Balkans, l'Asie Mineure, le Caucase et le Kazakhstan. En France, il est répandu dans tout le pays. L'espèce est également présente en Afrique du Nord. La culture de C. avellana occupe des surfaces importantes en Turquie, en Italie, en Espagne et aux États-Unis (Oregon). La Turquie est d’ailleurs le premier producteur mondial de noisettes, avec 750 000 tonnes, tandis que la France en produit 10 000 tonnes.
Les feuilles du noisetier sont alternes, simples, et abrutement acuminées. Les fleurs, unisexuées, sont présentes sur le même arbre, faisant du noisetier une plante monoïque. Les fleurs mâles, sous forme de chatons, apparaissent dès l'automne, tandis que les fleurs femelles, également en chatons courts mais à style rouge, apparaissent en février dans un bourgeon terminal qui s'allonge au début de la végétation, de 5 à 6 cm, et se termine par la noisette. Le fruit est un akène, présent par un, deux ou trois, avec une seule graine par avortement.
Exigences et Plantation du Noisetier
Le noisetier n'est pas contraignant et s'accommode de la plupart des terrains. Un sol frais et léger lui conviendra particulièrement. Il est peu exigeant et s'adapte à des sols à pH très divers (6 à 8), et est assez tolérant au calcaire. Cependant, C. avellana est sensible à l'asphyxie racinaire ; dans les sols gorgés d'eau et mal aérés, ses racines ne sont plus aptes à absorber ni l'eau ni les éléments minéraux et dépérissent. Il préfère les terrains légers, un peu frais et plutôt profonds. Les terres argileuses, compactes et froides, nuisent à sa bonne constitution ligneuse et à sa fertilité. Le noisetier se plante aussi en terrain fertile, peu acide, éventuellement calcaire, bien alimenté en eau mais pas trop humide.
La bonne période pour planter votre noisetier s'étend d'octobre à avril, la plantation automnale étant toujours la meilleure pour favoriser l'enracinement avant l'hiver. Pour assurer une bonne pollinisation et une bonne récolte, il est préférable de planter deux ou trois variétés différentes. La meilleure distance de plantation est de 6 mètres sur 6 mètres, car les noisetiers se développent en touffes et prennent beaucoup d'envergure. Il est recommandé de planter au moins deux pieds à 2 mètres de distance l'un de l'autre pour assurer une bonne pollinisation. La pollinisation est anémophile, ce qui signifie que le vent assure le transport du pollen, les insectes ne jouant aucun rôle. Le noisetier étant auto-incompatible, il est impératif de réunir dans son jardin deux variétés à compatibilité pollinique pour assurer la fécondation et la production de noisettes, ou bien de miser sur la présence de noisetiers dans les environs.
Le noisetier peut être planté en bac, mais seulement durant quelques années, car il est préférable d'avoir un grand jardin si l'on compte en planter un, compte tenu de sa taille potentielle.
Tuto : comment tailler un noisetier
Multiplication et Conduite de Culture
Le noisetier peut se multiplier par le semis de ses fruits. Cependant, si l'on souhaite reproduire exactement une variété spécifique, il faut employer des méthodes comme le marcottage, par couchage simple ou par buttage en cépée. Le buttage, réalisé au printemps, produit à l'automne de bons plants racinés. Le greffage est parfois utilisé, par exemple lorsque l'on souhaite obtenir en haute tige une variété à rameaux courts ou retombants. Le semis de noisettes doit être réalisé en hiver, à partir de la fin novembre.
Le noisetier peut être conduit en buisson en laissant ses branches se développer naturellement. Le buisson vieillissant peut être régénéré en prévoyant de conserver à sa base quelques drageons qui le renouvelleront progressivement. Pour ce qui est de la taille, la première a lieu à la plantation : il faut couper les rameaux d'environ un tiers de leur longueur. Ensuite, il est recommandé de le tailler environ tous les quatre ans afin de contenir sa taille et d'améliorer les récoltes. Il convient de délester l'arbuste de ses vieilles branches recouvertes de lichens, qui ne donnent presque plus de fruits, de supprimer les bois morts et de réduire les jeunes pousses de la moitié de leur taille.
Maladies et Parasites du Noisetier
Le noisetier peut être attaqué par plusieurs parasites et ravageurs. Au jardin, il est surtout affecté par un charançon, le balanin de la noisette (Balaninus nucum), également appelé charançon des noisettes. Au printemps, la femelle perce l'involucre des jeunes noisettes et y pond ses œufs. L'œuf éclot, puis la larve se développe en se nourrissant de la noisette. Son développement terminé, elle sort de la noisette et se laisse tomber au sol où elle s'enterre pour hiverner pendant deux à cinq ans avant de se transformer en nymphe. Les attaques se repèrent par la présence de trous dans les noisettes, et les jeunes noisettes tombent avant maturité, étant alors véreuses.
Des méthodes de lutte alternatives à l'emploi d'insecticides sont activement recherchées. Pour lutter contre ce ravageur, une solution simple consiste à griffer le sol en hiver, car le balanin passe l'hiver dans la terre où il craint le froid, et les oiseaux mangeront les larves ainsi retournées. Au début de l'été, on peut poser une bâche sous les noisetiers et secouer les grosses branches ; les noisettes attaquées qui ne sont pas mûres tomberont, ainsi que les balanins. La variété ‘Merveille de Bollwiller’ est réputée résistante au balanin en raison de sa coque très épaisse.
En ce qui concerne les maladies, le noisetier peut être sujet à la bactériose et à l'anthracnose (Sphaceloma corylii). En mai-juin, de petites taches brunes, allongées, peuvent apparaître sur les pétioles, et les noisettes peuvent être atteintes. La bactériose du noisetier (Xanthomonas campestris corylina) cause de petites nécroses polygonales d'aspect huileux de 1 à 2 mm de diamètre, de couleur vert jaunâtre à vert foncé sur les feuilles et les fruits. Cette bactérie est transmise par les outils, la pluie et le vent. Il n'y a pas de traitement curatif ; il est recommandé d'éliminer les pieds atteints. La maladie est plus propice lorsque le noisetier a été planté dans des sols détrempés. Pour la lutte biologique contre les maladies fongiques, des décoctions de prêle peuvent être pulvérisées toutes les deux semaines. Préventivement, un traitement à la bouillie bordelaise peut s'avérer utile.

Variétés de Noisetiers et leurs Caractéristiques
Il existe de nombreuses variétés de noisetier, chacune offrant des spécificités en termes de vigueur, de productivité, de calibre des fruits, et de période de maturité. Le choix de la variété est crucial pour répondre aux attentes du jardinier, qu'il s'agisse de consommation fraîche, de pâtisserie ou d'industrie.
Parmi les variétés de table les plus appréciées, on retrouve :
- ‘Fertile de Coutard’ : C'est une variété très ancienne, probablement originaire du sud-est de la France, et très répandue. Elle est bien adaptée au sud-ouest de la France, de forte vigueur, de mise à fruit rapide et de productivité élevée. Sa maturité est assez tardive (première moitié de septembre à Bordeaux). Les noisettes sont de calibre moyen à gros, subcylindriques à arrondis, à coque généralement assez fine, et renferment un amandon savoureux remplissant bien la coque. Fercoril-Corabel® est d'ailleurs une obtention INRA issue d’un semis naturel de ‘Fertile de Coutard’, et est la variété de table la plus plantée en France depuis les années 1990, de forte vigueur, de mise à fruit assez rapide et de productivité bonne à très bonne, avec une maturité tardive (deuxième moitié de septembre à Bordeaux).
- ‘Merveille de Bollwiller’ : Sélectionnée à la fin du XIXème siècle par Weissman en 1860, cette variété est originaire d'Alsace ou du sud de l'Allemagne, et est bien adaptée aux climats continentaux. Sa mise à fruits est rapide et sa productivité assez bonne, surtout dans le nord de la France, avec une maturité assez tardive durant la première moitié de septembre. Elle est également réputée pour sa résistance au balanin grâce à sa coque très épaisse. Son fruit est gros et rond, avec une chair blanc ivoire, ferme, et assez parfumée. Sa floraison et son débourrement sont précoces, et sa maturité se situe à la mi-septembre.
- ‘Longue d’Espagne’ : Cette variété est originaire d'Angleterre et est appréciée par les amateurs pour ses fruits. Il s'agit d'un fruit allongé avec une amande parfumée et une coque tendre. L'arbre est vigoureux et ne produit presque pas de drageons, tout en étant très productif. Sa floraison est tardive et sa maturité se situe fin septembre début octobre.
- ‘Impériale de Trébizonde’ : Introduite de Turquie, cette variété se conserve longtemps. C'est une variété productive avec un faible développement.
- ‘Rouge de Zeller’ : Ce noisetier se distingue par ses feuilles pourpres et produit des fruits de bonne qualité gustative.
- ‘Segorbe’ : Une variété française, dont les amandes sont parfumées et d'excellente qualité gustative. Les variétés ‘Pauetet’ et ‘Segorbe’ sont surtout destinées à l'industrie.
- Autres variétés intéressantes pour les gros fruits et la productivité :
- Certains noisetiers sont caractérisés par un gros fruit rond à coque tendre, sucré, qui se sèche bien et se conserve longtemps, avec une mise à fruit rapide et une très bonne productivité.
- D'autres proposent un gros fruit allongé, chutant avec l’involucre, avec une maturité fin août début septembre. Ces variétés sont de table, de bonne qualité gustative, fermes, sucrées et parfumées, pouvant être vendues en frais. Elles présentent une faible vigueur et un port érigé avec peu de drageons. La mise à fruit est assez rapide, accompagnée d'une productivité abondante et régulière. Leur débourrement tardif les met à l'abri des gelées, et elles sont de bonnes pollinisatrices.
- Il existe aussi des variétés avec un fruit rond terminé en pointe, à coque assez tendre, avec une amande de gros calibre, chair blanche, ferme, parfumée et sucrée, excellente fraîche. L'arbre est vigoureux, à port étalé et drageonnant peu, avec un débourrement et une floraison tardifs adaptés aux régions froides, et une maturité tardive (mi-septembre). La mise à fruits est rapide, il s'agit d'un bon pollinisateur et il est rustique. Il est peu sensible au balanin (grâce à sa coque épaisse) et à la bactériose, et résistant au phytopte.
- Un gros fruit allongé oblong, productif, avec une maturité début septembre sur une plante vigoureuse.
- Des fruits de taille moyenne, groupés par trois à sept, sur un noisetier à fruits ronds, très productif, avec une maturité mi-septembre et une vigueur modérée permettant son implantation dans de petits espaces.
- Des gros fruits oblongs, présents par paquet de un à quatre, avec une saveur agréable et typique de noisette, et une forte production.
Il est important de noter que le noisetier tortueux, bien que très graphique avec ses chatons en fin d'hiver et son esthétique particulière, produit généralement des noisettes très petites et peu goûteuses. Il souffre également de la sécheresse.

Qualités Nutritives et Utilisations des Noisettes
La noisette a des effets bénéfiques sur la santé. Elle est particulièrement riche en vitamine B6, C et E. Sa teneur en huile se situe autour de 60%, et 90% des acides gras de son amandon sont insaturés (acides oléique et linoléique), ce qui contribue à ses bienfaits cardiovasculaires. Elle est également très riche en magnésium, potassium, vitamines B1 et B9, fer, cuivre et manganèse. Les noisettes contiennent environ 13% de protéines, ce qui en fait une collation nutritive.
Les noisettes peuvent être récoltées dès septembre, et mûres, elles prennent leur couleur brune caractéristique et se détachent facilement de l'arbre. Dans leur coque, les noisettes se conservent plusieurs mois à l'air libre.
Les noisettes se consomment fraîches, mais leur utilisation en cuisine est très variée. En pâtisserie et confiserie, elles sont utilisées râpées, en poudre, concassées, apportant une saveur et une texture particulièrement raffinées, subtilement lactée. Adaptable de l'entrée au dessert et transformable en délicieux lait de noisette, les idées ne manquent pas pour son utilisation. L'huile de noisette est également utilisée pour les assaisonnements, ajoutant une note aromatique distincte.
Le Noisetier dans le Paysage et l'Écosystème
Le noisetier est un arbuste très ornemental, peu exigeant et offrant de belles récoltes de noisettes. Il est un incontournable du jardin, qu'il soit planté en isolé, en haie ou en massif arbustif. Très rustique, il résiste bien au froid et s'accommode de tous types de sol, y compris les sols calcaires.
Les branches de noisetier, très souples, étaient utilisées par les Celtes comme "baguettes magiques", et même encore aujourd'hui par les sourciers pour rechercher de l'eau. Le bois très tendre du noisetier (coudrier) a donc des usages traditionnels.
Le noisetier apprécie la compagnie des cornouillers, sorbiers, éléagnus, ainsi que du lierre et du chèvrefeuille. Il est également possible d'associer noisetier et pommier à fleurs ou amélanchier. Il contribue à la biodiversité du jardin, attirant divers animaux qui se nourrissent de ses fruits. Il est d'ailleurs fréquent de voir des noisetiers "sauvages" germer dans les jardins, apportés par les animaux qui dispersent les noisettes.