Les Polders et le Rôle Écologique du Noisetier : Entre Terre et Mer

Le paysage littoral, façonné par l'interaction séculaire entre l'homme et la nature, révèle des écosystèmes d'une complexité fascinante. Qu'il s'agisse du Polder de Combrit Sainte-Marine dans le Finistère ou des vastes étendues entourant le Mont-Saint-Michel, ces zones de transition offrent une biodiversité exceptionnelle et témoignent d'une gestion territoriale attentive.

Paysage du Polder de Combrit Sainte-Marine

Le Polder de Combrit Sainte-Marine : Un Réservoir de Biodiversité

Aux franges orientales du Pays Bigouden, s’étend sur près de 350 hectares le polder de Combrit-Île-Tudy. Bordé à l’Est par la ria de l’Odet, à l’Ouest par l’anse du Pouldon et au Sud par l’océan Atlantique, cet espace, jadis marais arrière-dunaire impénétrable, vit, depuis sa poldérisation réalisée au milieu du XIXe siècle, au rythme des activités agricoles et des saisons. Le Polder de Combrit Sainte-Marine est un réservoir de biodiversité. Un belvédère et un pigeonnier, situés à proximité de la ferme de Roscanvel, permettent d’avoir une vue magnifique et étendue sur l’ensemble du Polder.

Le réseau hydraulique du Polder est important et canalise les eaux provenant du bassin versant. Le Polder est l’univers des espèces du bocage : ormes, saules, charmes, néfliers, arbousiers, bruyère cendrée, liseron des haies, spartime maritime, diverses orchidées. La trame parcellaire du Polder est très rectiligne, délimitée par des haies composées de peupliers et de saule sur sa partie sud. Deux types de peuplements sont visibles sur le Polder : les feuillus et les résineux. Des plantations de hêtres, châtaigniers, chênes pédonculé, frênes ont été réalisées à la suite de l’ouragan de 1987, entre le pigeonnier de Kerscuntec et le Créac’h.

Le Noisetier : Pionnier de la Flore Bocagère

Il faut toujours un premier, et le noisetier prend son rôle très à cœur. Ce feuillu de taille moyenne fleurit déjà en janvier, voire même avant la fin de l'année. Les fleurs mâles sont les premières à apparaître. Les fleurs femelles, quant à elles, ne s'épanouissent que lorsque les feuilles sont déjà présentes. Le noisetier commun (Corylus avellana) est le premier arbre à fleurir dans notre pays. Les fleurs mâles apparaissent en janvier et parfois même en décembre si les températures sont clémentes. Les apiculteurs emploient à bon escient cette essence précoce pour fournir du pollen à leurs abeilles pendant les premiers mois de l'année.

Les chatons mâles apparaissent aux branches avant que les premières feuilles ne se développent. Le noisetier produit énormément de pollen, car une infime partie seulement se retrouvera sur une fleur femelle. Le reste subsistera en suspension dans l'air et atterrira dans nos yeux, notre nez, etc. Les fleurs du noisetier peuvent donc provoquer des réactions allergiques précoces telles que les yeux qui pleurent, le nez qui démange ou des éternuements. Vous souffrez vous-même d'allergies ? Envisagez alors de vous rendre dans les dunes ou les polders.

Noisetier en fleurs au printemps

Dynamiques Écologiques et Faunistiques

Ce lieu est l’habitat des espèces aquatiques tels que les poissons (anguille, épinoche, gobie…), les amphibiens (grenouille rousse, salamandre tachetée, crapaud commun…) qui sont inféodés à ce milieu. A l’arrière du cordon dunaire, une prairie se transforme progressivement en marais et pré salé. Une végétation à salicorne, obione et autres espèces annuelles des zones boueuses et sableuses se développent. L’étang de Kermor, situé en limite des communes de Combrit Sainte-Marine et l’Ile-Tudy, est d’une richesse ornithologique rare dans le département du Finistère. Diverses espèces d’oiseaux (canard, colvert, sarcelle d’hiver et été, foulque macroule, cygne tuberculé, héron cendré, aigrette garzette, spatule blanche, chevalier gambette, chevalier aboyeur…) y trouvent leurs nourritures. Le plus impressionnant reste le balbuzard pêcheur qui, à l’automne, fait une halte migratoire.

Dans cet univers bocager où s’interpénètrent milieux marins et terrestres, vit une faune aux comportements étonnants. Le long des canaux de drainage, un petit oiseau au plumage exotique s’affaire en tous sens : le martin-pêcheur. Le busard des roseaux préfère le dense couvert des roselières où, au printemps, il confectionne son nid à l’aide de brins de roseaux. Buses variables, milans noirs et faucons crécerelle apprécient les prairies ouvertes où il est facile d’apercevoir et de capturer rongeurs, reptiles et oisillons. Grâce à l’alternance de haies, de bosquets et de pâtures, le polder de Combrit est également un bon site pour les bécasses des bois qui y trouvent refuge lors de leur migration d’hiver.

La Gestion et la Restauration des Milieux

Remarquable par ses qualités écologiques et paysagères, le polder de Combrit-Île-Tudy, acquis à partir de 1980 par le Conservatoire du Littoral et géré par la Communauté de Communes du Pays Bigouden Sud, bénéficie d’une gestion respectueuse de l’environnement. Dans le but de recréer des haies bocagères, dans la zone du polder, à Combrit (Finistère), des plantations avaient été réalisées en décembre 2024. Toutes n’ont pas tenu en raison de la sécheresse de l’été 2025. Steven Hélias, animateur à la Communauté de communes du Pays Bigouden sud, a procédé, dans le secteur de Roscanvel et de Penmorvan, à la replantation des arbustes qui n’ont pas tenu. Parmi les espèces choisies, on trouve notamment des chênes pédonculés, des chênes verts, des hêtres, du houx, de l’aubépine ou encore des noisetiers.

Replantation de haies bocagères dans le Choletais - TLC 21/12/2018

Comparaison avec les Grands Systèmes Estuariens : Le Mont-Saint-Michel

Le Mont-Saint-Michel est un monument français du département de la Manche, en Normandie, célèbre pour sa baie. L'histoire du trait de côte au gré des transgressions et des régressions, et donc l'histoire de la baie, illustre une dynamique entre érosion et ensablement. La tangue, sédiment riche en calcaire et en matière organique, joue un rôle clé dans la fixation du substrat. Dans la baie, la végétalisation de la tangue a pour effet de fixer le substrat sédimentaire.

Le gain sur les terres et les activités humaines sont marqués par la conquête de terrains sur la mer. Au Moyen-Âge, les tangues de certaines zones de la rive Sud sont mises en culture. En 1858, le cours du Couesnon est finalement dérivé par la construction du canal existant actuellement. Cet aménagement a permis la conquête progressive de 2 450 ha de polders. À l'instar du polder de Combrit, ces zones sont aujourd'hui protégées, faisant l'objet d'opérations comme le « Rétablissement du caractère maritime du Mont-Saint-Michel », lancé pour éviter l'ensablement total du site. La gestion de ces espaces, qu'ils soient finistériens ou normands, montre une volonté constante de maintenir cet équilibre fragile entre l'activité agricole et la préservation de la nature.

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