Mildiou de la vigne : Innovations et stratégies pour une protection durable

Le mildiou de la vigne (Plasmopara viticola) est l'une des maladies les plus redoutables pour les viticulteurs, capable de dévaster une récolte entière si elle n'est pas maîtrisée. Observé pour la première fois en France en 1878, ce champignon continue de représenter un défi majeur, exigeant une vigilance constante et des stratégies de protection toujours plus sophistiquées. La lutte contre le mildiou est un enjeu crucial, tant sur le plan économique pour la rentabilité des exploitations que sur le plan écologique pour la préservation de l'environnement.

Grappe de raisin affectée par le mildiou

Anticiper l'ennemi : une stratégie indispensable

Pour bâtir une stratégie de protection anti-mildiou efficace, le vigneron doit impérativement prendre en compte un certain nombre de paramètres agronomiques et réglementaires. Ces derniers sont à intégrer à la réflexion bien en amont de l’apparition de la maladie. La protection anti-mildiou repose sur un seul mot d'ordre : anticiper ! Cette approche préventive est la clé du succès pour empêcher le mildiou de s'installer dans la parcelle, une maladie qui se développe très rapidement lorsque les conditions météorologiques lui sont favorables.

Les fondamentaux agronomiques de la prophylaxie

La base d'un programme de lutte contre le mildiou repose d'abord et avant tout sur la prise en compte des fondamentaux agronomiques en commençant par la prophylaxie. Cette dernière passe par un épamprage soigné, suivi de rognages raisonnés. Dans les cas extrêmes, un drainage des bas de parcelles ou des mouillères peut s'avérer nécessaire pour limiter l'humidité propice au développement du champignon.

Intégrer les paramètres agronomiques dans sa stratégie de protection en début de campagne, c’est aussi s’appuyer sur le suivi de maturité des œufs d’hiver, effectué par l’expertise de la prescription. Ce suivi permet de comprendre le potentiel d'inoculum présent dans le sol et d'adapter les premières mesures de protection en conséquence.

L'importance d'une météo agricole fiable et des outils d'aide à la décision (OAD)

Le viticulteur se doit également de surveiller préventivement les conditions météo. L’augmentation des températures et l’annonce de pluies sont en effet déterminantes dans l’évolution de la maladie. La température minimale nécessaire au déclenchement des contaminations primaires au printemps est de 11°C. Le mildiou peut finaliser la totalité de son cycle, de la contamination par la spore jusqu'à la sporulation suivante, en seulement 4 jours dans des conditions optimales.

Les outils d’aide à la décision (OAD) comme Agrigenius® by Horta permettent le déclenchement de la protection en fonction des données météo et de l’historique de la parcelle. Ces OAD sont essentiels pour bien déceler la phase d’initiation de l’épidémie et anticiper les épisodes suivants. Ils jouent un rôle crucial en aidant les viticulteurs à intervenir au moment opportun, optimisant ainsi l'efficacité des traitements. AgAssist, par exemple, met à disposition gratuitement des services personnalisés incluant des alertes météo et des aides à la décision pour aider à préserver les cultures.

Infographie sur le cycle de vie du mildiou de la vigne

Les défis et l'évolution des pratiques de lutte

La lutte contre le mildiou est complexe et nécessite une réflexion approfondie. En 2021, un viticulteur a dû faire, en moyenne, 8,4 traitements pour lutter contre le mildiou, avec un investissement moyen de 304 €/ha en France. Ces chiffres illustrent l'ampleur du problème et l'engagement financier qu'il représente pour les producteurs.

Bonnes pratiques culturales et contraintes réglementaires

Lors de la construction d’un programme de lutte anti-mildiou, les contraintes environnementales et sociétales ne doivent pas être oubliées. Celles-ci incluent les délais de rentrée dans les parcelles, la vitesse du vent lors du traitement, la gestion de la main d’œuvre et du matériel, ou encore l'alternance des matières actives pour éviter tout risque de résistance. Les phénomènes de résistance sont abordés sans tabou par des entreprises comme BASF, soulignant l'importance de stratégies de gestion des résistances.

Ces facteurs, ajoutés aux paramètres agronomiques, rendent la liste des éléments à intégrer pour bâtir une stratégie de protection longue et la réflexion complexe. D’où la nécessité d’anticiper et de planifier rigoureusement. Agir de manière préventive demande une réflexion à long terme de la part des vignerons, car la mise en place de traitements préventifs nécessite une planification rigoureuse pour être efficace sur le long terme.

Réduction de l'utilisation des pesticides et innovations

La vigne est en France très consommatrice de pesticides, une source de préoccupation pour ses riverains, les élus locaux et les viticulteurs eux-mêmes. Rapportée à la surface, la vigne figure parmi les cultures les plus traitées, avec la pomme ou certaines fleurs. En 2019, 18 traitements en moyenne, substances permises en bio incluses, lui étaient appliqués, selon le ministère de l’Agriculture. C’est moins qu’en 2016 (20), mais la météo favorable cette année-là peut avoir aidé, souligne le ministère.

La filière viticole est celle qui a le plus évolué depuis une dizaine d’années, avec une baisse de 8,9 % du volume de pesticides achetés entre 2013 et 2024. Les traitements varient selon les années et la météo et leur composition a évolué, notamment avec moins d’herbicide chimique, plus de couvert végétal et moins de produits toxiques qui ont été retirés du marché ou sont moins utilisés. Le bio, qui exclut pesticides et engrais de synthèse, s’est aussi étendu : 21 % du vignoble national contre 6 % en 2010, selon l’Agence bio.

Face à la volonté de préserver l’environnement et de limiter l’utilisation de substances chimiques, les vignerons ont recours à la lutte biologique pour prévenir les maladies de la vigne. Il s’agit de l’utilisation de prédateurs naturels pour éliminer les parasites et limiter leur propagation. Les agriculteurs ne sont donc pas condamnés à utiliser des pesticides de manière intensive.

Biocontrôle antifongique d’Amoéba : Observations des résultats sur le mildiou de la vigne

Nouveaux produits et perspectives d'avenir

L'innovation est constante dans la recherche de solutions plus durables contre le mildiou. Parmi les produits utilisés, on retrouve l’Algisium qui agit dès le stade BBCH 12 (deux feuilles étalées) avec un maximum de 6 traitements par an. En optant pour des traitements préventifs, les vignerons agissent à la fois sur le plan économique et écologique. En effet, la prévention permet de limiter les risques de maladies et de pertes de récolte, ce qui impacte directement la rentabilité de l’exploitation. Pour anticiper les maladies et agir de manière préventive, une surveillance régulière de la vigne est primordiale. Cela passe notamment par l’observation des feuilles, des grappes et des rameaux, ainsi que par le contrôle des évolutions climatiques.

L'espoir des microalgues marines

Une équipe de scientifiques a découvert une algue marine qui a de puissants effets sur la vigne. Cette algue naturelle serait aussi efficace que les pesticides chimiques contre le mildiou. C'est une start-up française, Immunrise, qui a découvert les vertus de cette microalgue identifiée dans l'océan Atlantique. Selon Laurent de Crasto, co-fondateur de la société, ce pesticide naturel aura les mêmes propriétés contre le mildiou que les pesticides chimiques actuellement utilisés en viticulture. Le vigneron pourra mettre le produit dans le pulvérisateur, et avec un sachet de microalgues, il sera possible de traiter jusqu'à trois hectares. La première usine de production est en Islande, pays où l'électricité est verte et bon marché. Pour une viticultrice, ce traitement naturel est un espoir, les essais montrant qu'il est aussi efficace que les pesticides conventionnels. La start-up française espère que son produit sera autorisé à la vente d'ici 2029.

Microalgues sous microscope

Cépages résistants et biocontrôle

La filière viticole veut miser sur le biocontrôle (micro-organismes, phéromones…) et les « auxiliaires » (araignées par exemple) contre les insectes ravageurs, et appelle à fluidifier les autorisations. Contre le mildiou et l’oïdium, l’espoir viendra de variétés résistantes, par croisements avec des variétés américaines sauvages, comme l'explique Laurent Delière, ingénieur de recherches à l’institut agronomique Inrae. Au début du 20e siècle, il y avait beaucoup de ces hybrides en Europe, mais ils étaient peu qualitatifs. Abandonnés tandis qu’arrivaient les fongicides de synthèse, on s’y intéresse à nouveau avec le besoin de réduire les produits phytosanitaires.

De premiers cépages résistants sont disponibles, mais pas forcément adaptés à tous les terroirs. Il faudra patienter, vingt ans peut-être, pour obtenir des versions résistantes des cépages emblématiques. En attendant, du nouveau matériel d’épandage peut réduire les quantités de pesticide dispersées. La profession mise aussi sur des méthodes qui pourraient éradiquer les œufs du mildiou enfouis l’hiver dans le sol.

Cohabitation avec les riverains et réglementation

Dans l’intervalle, la question de la cohabitation entre vignobles et habitations se pose. Depuis 2020, la loi fixe à dix mètres la distance minimale à respecter entre résidences et zones d’épandage sur la vigne. L’ONG Générations futures, après des mesures de résidus dans l’air, prône 150 mètres. Alors que les impacts sanitaires des pesticides sont mieux connus et après la médiatisation de plusieurs cas, des chartes départementales de « bon voisinage » ont été signées entre syndicats agricoles et État. Toutefois, des associations locales ont dénoncé l’absence de concertation sur ces textes. La justice, saisie par Générations futures, les a retoqués, jugeant insuffisante l’information préalable des riverains aux épandages. Ce débat souligne l'importance d'une communication transparente et d'une prise en compte des préoccupations de toutes les parties prenantes dans l'évolution des pratiques viticoles.

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