L’automutilation se caractérise par des blessures physiques, directes, plus ou moins sévères, qu’une personne s’inflige à elle-même, avec ou sans intention suicidaire. C’est l’histoire de Julie qui a fait une tentative de suicide, de Pierre qui boit trop. C’est aussi l’histoire de Nathalie qui rêve chaque nuit de son accident de voiture. Vous aussi vous connaissez peut-être quelqu’un qui est concerné par un problème de santé mentale. Chez PSSM, Premiers secours en santé mentale, nous sommes convaincus qu’engager une conversation peut tout changer. La scarification, ou automutilation, touche de plus en plus de jeunes. Loin d’être une simple recherche d’attention ou une « mode », la scarification est le signe d’une souffrance psychique profonde qui ne trouve pas de mots pour s’exprimer.

Définitions et réalité du phénomène
On peut définir l’automutilation comme une manière de s’infliger des blessures volontaires sur son corps, mais sans essayer de se tuer. Et ça c’est important, il n’y a pas la volonté de se donner la mort, mais tout un tas d’autres raisons qui amènent au geste. La scarification est une incision cutanée superficielle, souvent réalisée avec une lame de rasoir, entraînant dans la plupart des cas des saignements. Ils sont effectuées par une personne (souvent adolescente) sur son propre corps, souvent sur les bras ou les jambes. Ces coupures résultent d’un acte d’automutilation réalisé sans intention suicidaire.
Il existe différents types d’automutilation. La plus fréquente, c’est se couper avec un objet quelconque aiguë : une lame de rasoir ou tout autre objet tranchant. Mais il y a tout un ensemble d’automutilations possibles, comme se frapper, se mordre, se tirer les cheveux, se gratter des plaies, se tirer des peaux. Dans la population générale, la prévalence des comportements d’automutilation est estimée entre 1 et 4%. Celle-ci est d’autant plus marquée chez les jeunes puisqu’on estime que la scarification ou autre comportement autopunitif pourrait concerner de 12 à 35% des jeunes. Fait inquiétant, un rapport de 2024 de la Direction de la Recherche des Études, de l’Évaluation et des Statistiques enregistre une augmentation notable des gestes et lésions auto-infligées chez les filles et les jeunes femmes.
Les mécanismes de la souffrance adolescente
L’adolescence est une période de grande sensibilité. De nombreux changements apparaissent, qu’ils soient physiques ou émotionnels. Le corps évolue et l’influence des hormones peut chambouler un équilibre déjà fragile. Parfois le simple fait de grandir, de passer de l’enfance à la vie d’adulte peut causer, chez l’adolescent, une anxiété difficile à soutenir. Les personnes qui pratiquent l’automutilation ont 5 fois plus de risques d’être concernées par un trouble dépressif. En effet, l’auto-agression peut être perçue comme une forme d’exutoire pour soulager une souffrance émotionnelle trop grande ainsi que des ressources limitées pour y faire face.
Chez les personnes concernées, les automutilations sont donc une forme de régulation de la détresse émotionnelle. Elles peuvent également éviter le passage à l’acte, bien qu’il reste difficile de distinguer le caractère non-suicidaire de l’automutilation et la tentative de suicide avérée. « La scarification est une agressivité tournée contre soi », explique la psychologue Dorothée Bruni. « Quand le jeune se scarifie, il ne pense plus à sa souffrance psychique, à sa tristesse ou à ce qu’il ne comprend pas. En résumé, la douleur du corps devient plus supportable que celle de l’esprit ». L’endorphine qui est sécrétée au moment de l’automutilation permet de moins percevoir la douleur et a un effet apaisant.

L'accompagnement par le dialogue et le secourisme
La formation PSSM traite de la question des automutilations et de la façon d’aider une personne concernée. À travers un plan d’action spécifique, vous découvrirez comment approcher et questionner une personne concernée, l’assister et la mettre en sécurité si nécessaire. Une chose qui a pu m’aider, dans les ressources dont on dispose en tant que secouriste, c’est la fiche sur les automutilations. En attendant qu’elle puisse consulter, voir un professionnel et surtout que les actions de soins puissent être mises en place. On a toutes les deux regardé la fiche, on l’a lue ensemble, on l’a décortiquée ensemble et puis on a réfléchi.
Si une personne de votre entourage traverse ce type de souffrance, offrir un espace d’échange sans jugement semble un bon prélude à la guérison. Tentez de rester le plus calme possible et de ne pas juger, ni blâmer. Découvrir qu’une personne s’automutile peut être très déstabilisant. « Je m’inquiète et je voudrais parler avec toi. Est-ce que tu te scarifies ? » « Je ne vais pas te faire la morale. Si tu te scarifies, c’est que tu souffres ». Il est essentiel que les parents adoptent une posture d’écoute active et bienveillante. Un climat familial apaisé et sécurisant contribue grandement à la reconstruction de l’adolescent.
Stratégies d'auto-aide et ressources complémentaires
Le mal-être adolescent est une réalité de plus en plus prégnante. Ce mal-être peut parfois mener à des comportements d’automutilation, dont la scarification. La sophrologie propose des outils concrets pour accompagner ces adolescents en détresse.
- Apprendre à mieux respirer permet de gérer les montées d’émotions et d’apaiser les angoisses. En pratique, il s’agit de respirer lentement et régulièrement en comptant 5 secondes d’inspiration, 5 secondes d’expiration, et en maintenant ce rythme pendant quelques minutes.
- Basée sur des mouvements doux associés à la respiration, cette technique aide à libérer les tensions physiques et mentales accumulées.
- En guidant l’adolescent à travers des images mentales rassurantes et valorisantes, on favorise une meilleure perception de soi et une reprise de confiance.
Techniques d'ancrage pour l'anxiété : Trouver le calme dans le chaos | AAP
L’application Calm Harm est également conçue pour t’aider à gérer les comportements d’automutilation. Structurée en catégorie, elle propose des exercices de respiration pour favoriser la pleine conscience, la possibilité de tenir un journal et de créer un « filet de sécurité » avec des pensées positives. Il est important de noter que les applications sont là pour t’aider, mais ne remplacent pas l’avis des professionnel.les de la santé.
L'importance de l'orientation professionnelle
Moi, j’insiste beaucoup là-dessus, orienter rapidement. Parfois, en voulant bien faire, en voulant faire soi-même, on fait beaucoup de bêtises. Le cadre des PSSM permet de voir à partir de quel moment on passe le relais. On n’est jamais que dans l’intervention précoce, le soin va se passer ailleurs. On sera toujours dans le soutien émotionnel. Il est essentiel pour l’enfant de trouver en son accompagnant un appui, qui lui permettra ensuite d’avancer. La relation humaine aura donc, ici, une importance primordiale. Quel que soit le profil de ce professionnel, médecin, psychologue, psychiatre et même art-thérapeute, c’est la confiance dans la relation thérapeutique qui sera la clé.
Si cela paraît difficile, on peut aussi appeler Fil Santé Jeunes au 0800 235 236 ou écrire dans l’espace « Pose tes Questions », pour être écouté et pour chercher les mots qui laisseront les marques enfin derrière soi ! Les Maisons des Adolescents (MDA) sont également des lieux ressources où il est possible de rencontrer des professionnels de santé comme un psychologue. Il est indispensable, même si l’adolescent ne souhaite pas que ses parents soient informés, qu’ils soient reçus et écoutés par le médecin, pour les intégrer au projet de soins de leur ado.

Dépasser les blocages institutionnels et relationnels
Dans le paysage éditorial consacré à l'adolescence, certains ouvrages osent aborder les territoires les plus difficiles. Adrien Cascarino, psychologue clinicien et docteur de l'université Paris Cité, nous propose bien plus qu'un simple manuel technique. L'un des mérites principaux de l'ouvrage est de ne pas s'arrêter au constat. L'auteur propose des pistes concrètes pour améliorer l'accompagnement des adolescents qui se scarifient. Ses recommandations s'adressent tant aux parents démunis qu'aux professionnels de la santé mentale.
L'existence de discussions collectives entre les soignants et aussi entre les parents d’adolescents permet de remettre au travail les représentations d’un soignant / parent idéal et diminue en conséquence l’agressivité dirigée vers les patients dont les pratiques mettent ces représentations en défaut. Ce que je montre dans ce livre est que les scarifications se répètent souvent lorsque des réponses sont trop vite trouvées. Par exemple, lorsque les soignants affirment à l’adolescent qu’ils savent mieux ce qui est bon pour lui et qu’il doit les écouter et arrêter de se scarifier.
Il est fort probable que découvrir un adolescent en train de se scarifier soit traumatique pour celui qui est pris en train de se scarifier. Gronder apparaît alors inutile, au même titre qu’essayer de retirer l’objet avec lequel la personne tente de se blesser. Cela pourrait d’ailleurs s’avérer plus dangereux encore. Le plus important pour l’adolescent est de comprendre qu’il est entendu, qu’il n’a pas à avoir honte ou à culpabiliser d’une situation dont il est lui-même victime, et dont il pourra sortir en étant bien accompagné. C’est aussi l’occasion de lui montrer qu’il n’est pas seul à vivre ces épisodes, que d’autres en souffrent, que l’on peut sortir de cette spirale et que vous êtes là pour l’y accompagner.