Comprendre le Cycle Biologique du Mildiou de la Vigne en Champagne et les Stratégies de Lutte Durable

Le mildiou de la vigne, causé par l'oomycète Plasmopara viticola, est une maladie redoutable qui menace la viticulture mondiale, et particulièrement en Champagne, une région où les conditions climatiques peuvent être propices à son développement. Originaire d'Amérique du Nord, cet agent pathogène fut signalé pour la première fois dans le Bordelais en 1879 et s'est depuis lors imposé comme un défi majeur pour les viticulteurs. Affectant tous les organes herbacés de la vigne, il peut entraîner des pertes de rendement considérables et compromettre la qualité du vin, faisant de sa compréhension et de sa gestion une priorité absolue.

Grappe de vigne affectée par le mildiou

Le Mildiou de la Vigne : Un Oomycète et non un Champignon

Il est important de noter que le mildiou n’est pas un champignon au sens strict, bien qu'il partage des similitudes dans son cycle biologique avec ces derniers. En effet, ses cellules absorbent les nutriments présents dans les tissus végétaux (absorbotrophie) et, comme un champignon, il forme des hyphes (filaments). Ses fructifications expulsent aussi des spores à maturité pour contaminer les organes de la plante. Cependant, Plasmopara viticola est classé parmi les oomycètes, un groupe d'organismes souvent appelé « champignons aquatiques » en raison de leur affinité pour l'humidité. Cette distinction est cruciale pour comprendre son mode de vie et les stratégies de lutte.

Les Conditions Favorables au Développement du Mildiou

Le mildiou de la vigne est favorisé par des conditions climatiques humides et chaudes, notamment pendant le printemps et l'été. Dans les régions humides et tempérées, comme la Champagne, Plasmopara viticola représente une menace majeure. Les fortes pluies accélèrent sa propagation, nécessitant un programme fongicide rigoureux, surtout de la floraison à la fermeture des grappes. Le dérèglement climatique intensifie le mildiou dans les régions viticoles humides et douces, accentuant les pressions des maladies et rendant les solutions de biocontrôle d'autant plus nécessaires pour faire face à ces défis.

Le Cycle Biologique du Mildiou : De l'Œuf à l'Infection Dévastatrice

Le mildiou de la vigne se conserve l'hiver sous forme d'oospores, des « œufs d'hiver » produits par la reproduction sexuée, principalement sur les feuilles attaquées à l'automne et tombées au sol, ou sur les feuilles de vignes présentant le symptôme de mosaïque. Ces résidus végétaux au sol constituent la principale source d'inoculum. Les œufs d'hiver restent actifs dans les sols viticoles pendant au moins cinq ans, bien que leur pouvoir infectieux diminue avec le temps. De fait, des contaminations primaires peuvent survenir tout au long de la période végétative de la vigne.

Cycle de vie du mildiou de la vigne

La Germination et les Contaminations Primaires

Au printemps, la présence d'eau au sol et des températures dépassant 11°C déclenchent la germination des œufs de mildiou. Plus les températures grimpent, plus la germination s'accélère, pouvant se faire en seulement deux jours. À ce stade, les œufs libèrent des zoospores biflagellés qui peuvent se déplacer dans l'eau. Les pluies, en soulevant des éclaboussures de sol, transportent alors ces zoospores vers les organes humides de la vigne, amorçant les contaminations primaires. Cette période de contaminations primaires correspond au débourrement de la vigne. D'abord, la contamination s'effectue en foyers.

Les tests de germination

L'Incubation et les Symptômes Initiaux

Après une incubation de 10 à 20 jours suivant les températures, apparaissent les conidiophores (fructifications contenant les conidies) sur la face inférieure des feuilles. Avec une température de 12°C, les symptômes seront visibles au bout de 14 jours. À une température de 16°C, le délai se raccourcit à 8 jours. Le pathogène pénètre par les organes riches en eau et en sucre comme les jeunes feuilles et les inflorescences.

Les Contaminations Secondaires

Ensuite, le mildiou de la vigne enchaîne très vite plusieurs cycles de reproduction asexuée jusqu'à la véraison. Les conidies assurent les contaminations secondaires ou repiquages en présence de pluies. Les fructifications que l'on nomme sporangiophores forment le duvet blanc visible sous les feuilles. Des ramifications portent les sporanges. En présence d'eau, ces sacs gonflent et libèrent les spores matures. Puis, ces spores se propagent avec le vent et les pluies. Le mildiou touche entièrement la parcelle, devenant une maladie hautement contagieuse et difficile à maîtriser.

La Reproduction Sexuée en Fin de Saison

En fin de saison, la phase de reproduction sexuée conduit au développement des œufs dans les tissus des feuilles malades, bouclant ainsi le cycle et assurant la persistance du pathogène pour la saison suivante.

Reconnaître les Symptômes du Mildiou sur la Vigne

Le mildiou de la vigne se développe sur tous les organes herbacés de la vigne, affectionnant particulièrement ceux en voie de croissance (riches en eau).

Symptômes sur les Feuilles

Sur les feuilles, le mildiou se manifeste par l'apparition de taches décolorées, jaunâtres et à l'aspect huileux sur les faces supérieures. Le faciès « taches d'huile » du mildiou de la vigne, souvent observé sur jeunes feuilles, est caractérisé par l'apparition de plages décolorées, jaunes, d'aspect huileux sur la face supérieure, puis formation sur la face inférieure d'un duvet blanc assez dense constitué de conidiophores et de conidies. Les jeunes feuilles présentent sur la face supérieure des décolorations d'aspect huileux. À mesure que la maladie progresse, le tissu végétatif brunit et se dessèche. Le faciès « mosaïque » du mildiou est plutôt observé en fin de saison sur les feuilles âgées. Le mildiou dessèche les feuilles, réduisant la photosynthèse et affaiblissant la plante.

Symptômes sur les Grappes et Inflorescences

Les symptômes sur les grappes peuvent survenir dès le début de la floraison. De l'apparition des inflorescences à la fin de la floraison, la rafle prend une coloration rouge brunâtre et se déforme en crosse. À la floraison, la rafle contaminée ressemble à une crosse. Après la floraison, un feutrage blanchâtre recouvre les jeunes baies. Ensuite, les grains prennent une teinte brun-rouge à violette. À un stade plus avancé, les tiges peuvent pourrir et fragiliser la structure de la grappe, et entraîner une altération des grains et de leur maturation. Une moisissure grise peut se former autour des grappes.

Symptômes du mildiou sur les feuilles et grappes de vigne

Ce parasite se manifeste sous deux formes sur les grappes :

  • Le « rot gris » : lors d'attaques précoces sur les inflorescences, il cause des pertes de rendement importantes.
  • Le « rot brun » : lorsqu'il contamine les baies formées, les baies sont marquées par une dépréciation « faciès coup de pouce » et vont se dessécher pendant la phase de maturation.

Nuisibilité du Mildiou de la Vigne : Impact sur le Rendement et la Qualité du Vin

Le mildiou est une maladie redoutable de la vigne, on savait déjà qu'il pouvait provoquer de fortes chutes de rendement. Cependant, c'est entre la floraison et la fermeture des grappes que son impact est le plus dévastateur. Les conséquences de fortes attaques de mildiou sur feuilles sur les conditions de maturation sont connues depuis très longtemps. Le mildiou sur grappes est connu pour avoir une incidence sur la quantité de vendange, le premier effet du rot brun étant une baisse de rendement.

Mais les attaques tardives de mildiou, entraînant un faciès rot brun, modifient également à la fois l'arôme et le goût du vin. Des travaux ont montré que la présence de rot brun à la vendange, liée aux attaques tardives de mildiou, joue de façon très nette sur le goût des vins. Des pertes aromatiques, une impression de dureté des tanins et de perte de gras en bouche, ainsi qu'une augmentation de l'acidité, sont observées. Le mildiou rot brun sur vin rouge altère la qualité et le goût du vin. La présence de rot brun joue sur les caractères aromatiques du vin, en renforçant les notes végétales, de feuille de lierre froissée notamment. En bouche, ils donnent une impression de perte de fruit, de perte de gras et d'augmentation de la dureté des tanins. Les analyses montrent également une augmentation de l'acidité du vin.

Un début d'altération du vin est présent dès 2 % de rot brun, mais peu perceptible par des dégustateurs isolés. À partir de 5 % d'intensité d'attaque, la qualité du vin se dégrade nettement, et amène un début de rejet chez les dégustateurs les plus sensibles. Il est donc recommandé de ne pas dépasser ce seuil.

Stratégies de Lutte Contre le Mildiou : Une Approche Intégrée et Durable

Face au mildiou de la vigne, l'enjeu principal est de gérer la résistance des souches de Plasmopara viticola aux fongicides unisites. La lutte doit être préventive et intégrée, combinant plusieurs leviers pour une efficacité durable.

Mesures Prophylactiques et Agronomiques

La suppression de tous les rejets de vigne, favorables aux foyers primaires de mildiou, réduit l'inoculum. Des rognages et autres travaux en vert éliminent les jeunes feuilles très sensibles et favorisent une bonne aération au sein de la haie foliaire. L'espacement des vignes est l'un des facteurs essentiels dans la prévention du mildiou. Favorisé par l'humidité et le manque de circulation de l'air, il est essentiel d'adopter différentes pratiques culturales pour prévenir son apparition. Cette organisation facilite également l'application des traitements phytosanitaires et limite la propagation des spores en inhibant leur croissance ou en détruisant son cycle de développement.

Une bonne gestion du sol est nécessaire pour optimiser le rendement et la récolte. En effet, un sol mal drainé retient l'humidité, ce qui crée un environnement favorable au développement du mildiou. Pour réduire la pression de la maladie, il est alors essentiel d'éliminer les excès d'eau et de prévenir la formation de zones humides. Pour limiter la propagation de la maladie, il est essentiel de limiter les périodes d'humidité excessive et d'adapter l'irrigation, si autorisée, en fonction des besoins réels de la vigne et des conditions météorologiques. Un bon drainage diminue l'excès d'eau autour des racines, ce qui réduit les risques de développement de maladies. Enfin, chaque année, les mesures prophylactiques telles que l'effeuillage freinent la propagation du mildiou dans la parcelle.

Des équipements sont à l'étude pour ramasser et éliminer les feuilles contaminées après la vendange. Par ailleurs, certaines pratiques de travail du sol pourraient nuire à la conservation du mildiou ; des travaux visent donc à les identifier et à les mettre en œuvre.

Suivi et Outils d'Aide à la Décision (OAD)

Un raisonnement de la lutte est possible grâce au suivi de la maturation des œufs d'hiver, à la lecture des Bulletins de Santé du Végétal (BSV), et au développement des outils d'aide à la décision. Le suivi de la pression mildiou s'effectue avec des outils d'aide à la décision de plus en plus précis. L'Outil d'aide à la décision (OAD) DeciTrait de l'Institut de la vigne et du vin (IFV) suit l'évolution, à la parcelle, des principales maladies. Movida GrapeVision modélise également le risque de développement des maladies selon les données agronomiques et météo à la parcelle. Quant au service numérique Agrigenius, il s'appuie sur des données mécanistiques, transposables dans toutes les situations. L'objectif est de protéger la fleur et la grappe jusqu'à la véraison.

Le traitement est déclenché selon les alertes de l'outil d'aide à la décision Movida GrapeVision. En fonction des données météo, de l'historique de la parcelle, il modélise la progression du mildiou et de l'oïdium. Trois traitements ont été économisés en moyenne sur un programme classique de dix traitements grâce au pilotage de la protection fongicide avec Movida GrapeVision.

Traitements Chimiques Traditionnels et Gestion des Résistances

Traditionnellement, les viticulteurs ont recours à des fongicides chimiques, tels que les produits à base de cuivre, pour lutter contre le mildiou. Pendant toute la croissance de la vigne, il faudra réaliser un certain nombre de traitements, en fonction de la vitesse de croissance des rameaux et des feuilles, de la fréquence des pluies, de la température, de la pression parasitaire.

Dans l'élaboration des programmes fongicides, un paramètre clé entre en jeu : la plasticité des souches de mildiou. Chaque début d'année, l'Institut Technique de la Vigne et du Vin (IFV), l'Inrae, l'Anses, les Chambres d'agriculture, le Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne (CIVC) et la DGAl partagent leurs analyses sur les évolutions des résistances aux familles chimiques et leurs recommandations d'emploi. Ainsi, selon ce document, tous les modes d'action chimiques, sauf les substances multisites (folpel, cuivre, dithianon) et le fosétyl aluminium, sont concernés par la résistance du mildiou. Généralement, l'alternance des modes d'action des fongicides limite le développement de résistances de la part des bioagresseurs. Cependant, dans de nombreuses situations dégradées, il devient essentiel d'associer des fongicides unisites avec des substances multisites.

L'application du cuivre s'effectue préventivement, avant les pluies qui vont générer des contaminations. En effet, le cuivre n'agit pas de façon curative sur le mildiou car le pathogène présent à l'intérieur des tissus végétaux est inaccessible pour un produit de contact. Enfin, des formulations fongicides associent de plus en plus du cuivre aux autres substances actives pour préserver l'efficacité de ces dernières. Le Folpel est une molécule multisite appartenant à la famille des phtalimides non sujette aux phénomènes de résistance. À action préventive, il empêche la germination des spores, mais il peut également agir plus tardivement au moment de la sporulation. Au niveau cellulaire, le Folpel a une action à travers l'inhibition des processus de respiration et métabolique des champignons : il affecte la croissance du tube germinatif, la production d'énergie des mitochondries et la perméabilité des membranes cellulaires. Le Folpel est également efficace contre le black-rot, l'excoriose et le Brenner, et à des efficacités secondaires sur oïdium et botrytis.

Les fongicides systémiques agissent en pénétrant dans les tissus pour assurer une protection interne. Les fongicides de contact agissent sur la surface des plantes, créent une barrière protectrice empêchant la germination des spores et ont la particularité de ne pas créer de résistances. Grâce à leur mode d'action ciblé, ces fongicides sont indispensables pour lutter contre le mildiou. Cependant, une application adaptée permet d'optimiser leur efficacité. Ces deux modes d'action peuvent être complémentaires dans la lutte contre le mildiou. Des produits comme Profiler® qui présentent une vraie persistance d'action de 14 jours, même en condition de pluies, ainsi qu'une sécurité de 1 à 2 jours supplémentaires, apportent de la souplesse dans l'organisation des chantiers. Ils permettent de réduire le nombre de traitements. Les produits composés de Fosétyl®-Al préparent la plante à réagir uniquement en cas d'agression du mildiou. Ces solutions écartent tout risque d'apparition de résistance de la part du champignon. Le mode d'action unique de l'anti-mildiou Profiler® s'appuie sur une association : celle du fluopicolide, de la famille des acylpicolides, et du Fosétyl®-Al, stimulateur des défenses naturelles de la vigne.

Biocontrôle et Alternatives Durables

Le biocontrôle consiste à utiliser des organismes vivants ou des substances naturelles pour lutter contre les ravageurs et les maladies des plantes. Des solutions naturelles inhibent le développement du mycélium de mildiou ou activent les défenses de la vigne. Le soufre est utilisé pour ses propriétés antifongiques. Grâce à son mode d'action, il agit en empêchant le développement des spores du mildiou. Le bicarbonate de soude modifie le pH des feuilles en rendant le milieu hostile pour le champignon. Pour maximiser l'efficacité de ces méthodes alternatives, il est essentiel de les appliquer de manière préventive, avant l'apparition des premiers symptômes du mildiou. Il est également important d'adapter les traitements en fonction des conditions météorologiques, en évitant les pulvérisations avant une période pluvieuse qui pourrait réduire leur effet.

Un nouveau produit de biocontrôle innovant a démontré une efficacité significative, offrant une alternative durable aux traitements chimiques traditionnels. Le nouveau produit de biocontrôle, dont l'efficacité a été récemment démontrée, utilise une souche spécifique de microorganisme bénéfique pour combattre le mildiou. Les produits de biocontrôle intègrent également les programmes lorsque le risque de mildiou est faible à modéré. Associés à des doses réduites de fongicides chimiques, ils contribuent simultanément à la gestion des résistances et à la réduction de l'Indicateur de Fréquence de Traitement (IFT). En viticulture bio, si la pression mildiou est forte, la stratégie de protection fongicide s'appuie principalement sur le cuivre. Le développement de ce nouveau produit de biocontrôle efficace contre le mildiou représente une avancée majeure pour la viticulture. En offrant une alternative durable aux traitements chimiques, il répond aux attentes des viticulteurs en matière d'efficacité, tout en satisfaisant les exigences environnementales et sociétales.

Schéma des différents modes d'action des produits de lutte

Variétés Résistantes

Depuis 2018, quatre variétés de vigne possédant une résistance polygénique au mildiou et à l'oïdium figurent au catalogue officiel. Il s'agit d'Artaban, Floréal, Vidoc et Voltis. La tolérance variétale est plus attendue encore. C'est un levier pour lequel un programme de sélection est en cours, mais pas encore finalisé. La variété Voltis constitue un levier majeur pour diminuer de façon drastique le recours aux produits phytosanitaires et l'apparition de résistances. Première variété de la série INRA-Resdur1 à résistance polygénique, Voltis a pu être plantée en 2023 en Champagne. À titre expérimental, des programmes de protection fongicide sont construits sur trois traitements tardifs : un en saison végétative, un en début de véraison et le dernier après les vendanges dans et autour des parcelles Voltis. Beaucoup d'espoirs sont fondés sur cette solution qui ne sera durable que si elle est combinée à d'autres leviers. Elle devrait permettre de retarder voire d'éviter l'apparition de souches contournantes et la sporulation de mildiou. Les variétés résistantes au mildiou, à l'oïdium et au botrytis doivent avoir les qualités gustatives correspondant à la typicité de chaque AOC.

Amélioration de la Qualité de Pulvérisation

Une pulvérisation de qualité contribue à l'efficacité du traitement et à la limitation de la dérive. Une pulvérisation de qualité dépend de trois principaux facteurs de performance : la technologie, les réglages et les conditions d'application. Pour une bonne répartition du produit sur la végétation, il faut viser une taille de goutte de 150 à 200 µm pour assurer une couverture maximale, y compris sur la face inférieure des feuilles. La réussite de la protection est la clé de voûte dans la lutte contre le mildiou à condition de régler correctement la pulvérisation et de veiller à l'entretien du matériel. L'état et le nettoyage du pulvérisateur sont trop souvent négligés. La qualité de la pulvérisation s'améliore avec le déploiement sur le terrain de matériels performants possédant la mention Performance Pulvé.

Les tests de germination

Le Mildiou en Champagne : Le Cas Particulier de l'Année 2021

La Champagne a réalisé le grand chelem en termes de difficultés sanitaires lors de la campagne culturale 2021, très éprouvante pour les viticulteurs, avec des pertes de rendement quasi inédites dues au gel, à l'oïdium, au botrytis et surtout au mildiou. Le climat a été plutôt frais en moyenne, avec un hiver assez doux qui a provoqué un débourrement hâtif. Mais un mois d'avril exceptionnellement froid, de 3 à 6°C en dessous des normales, avec 13 jours de gel, a placé 2021 parmi les trois années les plus gélives depuis 50 ans. La vague de chaleur en juin a provoqué une forte pousse de la vigne avant les mois de juillet et août assez frais qui ont vu ralentir la maturation.

Les trois périodes de fortes pluies en mai, juin et juillet ont particulièrement touché la Montagne de Reims, la Vallée de la Marne et la Côte des Bar, favorisant la progression inédite du mildiou. Pour le mildiou, des œufs mûrs ont été observés dès le 27 avril ; un potentiel en hausse dès la mi-mai, des taches régulières début juin, des sorties de taches exceptionnelles fin juin et début juillet après des orages violents et des températures élevées ; et le rot brun s'est généralisé après les pluies de juillet. Les attaques ont continué à progresser presque jusqu'aux vendanges. Des taches et des nécroses s'étendant sur toute la feuille aussi vite et d'une façon aussi massive ne s'étaient vues qu'en expérimentation sous serre, mais jamais encore à l'état naturel.

Dès l'été, le vignoble a été très altéré avec des baies rougeâtres et des vignes presque entièrement défoliées, notamment dans la Vallée de la Marne. Mi-août, un mois avant la vendange, la situation était catastrophique dans les secteurs les plus touchés avec des parcelles sans raisin. Au final, les pertes dues au mildiou sont estimées de 25 à 30 %, bien au-delà des 15 % de 1997, qui était jusqu'à présent considérée comme l'« annus horribilis ».

Les principaux enseignements à tirer de cette campagne incluent un usage croissant des produits bios et biocontrôles dont l'efficacité est moindre, un sous-dosage du cuivre après trois années faciles, des problèmes de qualité de pulvérisation et de timing de traitement avant la fleur. Le meunier est plus en proie aux dégâts que les autres cépages et les atteintes semblent s'être concentrées dans des secteurs où le mildiou avait déjà été présent les années précédentes.

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