L'Œuvre Tridimensionnelle Ornementale du Moyen Âge : Un Voyage au Cœur de la Sculpture Romane et Médiévale

L'art médiéval, s'étendant sur un millénaire en Europe et touchant des régions d'Asie occidentale et d'Afrique du Nord, constitue une période d'une richesse artistique inégalée. Marquant la transition entre l'Antiquité et la Renaissance, il a donné naissance à une multitude de formes d'expression, parmi lesquelles la sculpture tridimensionnelle ornementale occupe une place prépondérante, en particulier durant l'époque romane et médiévale. Cette collection explore des sculptures et reliefs datant du 11e au 13e siècle, mettant en lumière la profondeur et la diversité de cet art.

Chronologie de l'art médiéval

La Sculpture Romane : Un Langage de Pierre et de Foi

La période romane (1000 - 1150 CE) se distingue par une floraison de la sculpture, souvent intégrée à l'architecture religieuse, où la pierre devient le support privilégié d'un discours théologique et narratif. Les thèmes sont majoritairement religieux, reflétant l'omniprésence de la foi chrétienne dans la société.

Vierges en Majesté et Figures Christiques : Symboles de Dévotion

Parmi les œuvres emblématiques de l'art roman figurent les Vierges en majesté, ou "Sedes Sapientiae" (Trône de la Sagesse), où Marie est représentée assise, portant l'Enfant Jésus. Une rare Vierge romane en majesté en pierre calcaire, sculptée en très haut-relief, en est un exemple frappant. La Vierge y tient l'Enfant entre ses deux genoux dans une parfaite frontalité, une caractéristique des premières Vierges romanes. Marie est ceinte d'une couronne ornée de cabochons rectangulaires et losangés, son visage en ovale allongé avec pommettes et globes oculaires saillants. Le trône, d'une belle qualité d'exécution, présente des accotoirs pleins à deux arcatures reposant sur des colonnettes romanes cylindriques baguées à base moulurée. Le Christ est représenté avec des traits âgés rappelant l'antériorité du Christ sur la Vierge. Il adopte la même attitude que Marie, une bandoulière en diagonale sur sa poitrine.

Une autre Vierge en Majesté, typique des zones de montagne pyrénéennes, présente Marie assise sur un banc-trône aux montants latéraux moulurés, avec le Christ debout sur son genou gauche. La position frontale et hiératique de la Vierge, avec son visage ovale aux yeux en amande légèrement globuleux, est caractéristique du style roman. La tête voilée était ceinte d'une couronne, aujourd'hui manquante. Cependant, le traitement du corps, avec une poitrine et des hanches légèrement marquées, annonce déjà les influences gothiques, tandis que les drapés, avec des plis en "V" sous la ceinture suivis de plis verticaux simples, sont caractéristiques du style roman tardif.

On retrouve également de grands Christ romans, comme ce Christ en croix en bois de noyer polychrome de Bourgogne, dont l'origine géographique est connue, ce qui en fait une pièce significative du corpus de la sculpture romane bourguignonne. La tête au beau visage hiératique, ceinte d'une couronne avec des traces de dorures, est en position frontale. La poitrine est faiblement marquée, au-dessus d'un périzonium dévoilant les genoux. Une tête de Christ romane, en grès gris, provenant probablement d'une statue d'applique, s'inscrit dans la tradition du Christ majestueux et hiératique, avec un visage stylisé, des traits schématiques et une symétrie rigoureuse. La bouche, finement dessinée, est encadrée par une moustache et une barbe travaillée en mèches parallèles et légèrement ondulées.

Le Grand Corpus Christi en bronze doré, de l'Art Rhéno-Mosan du 12e siècle, potentiellement produit à Cologne, représente le Christ couronné, sa couronne ornée de croix. Il porte un long périzonium aux plis droits et obliques, ornés de fins pointillés sur les côtés. Les jambes sont parallèles, les pieds reposant côte-à-côte sur le suppedaneum, avec de beaux restes de dorure.

Apôtres et Saints : Messagers de la Foi

Les figures des apôtres et des saints sont également omniprésentes. Une importante statue de saint Pierre en très fort relief, en pierre calcaire oolithique, montre des traces de polychromie. Le saint repose les pieds nus sur une large base avec une inscription «S SIM…» pour saint Simon-Pierre. La barbe stylisée, les yeux écarquillés, les plis et les motifs des vêtements nous orientent vers une production de la fin du XIIème siècle avec encore de nettes influences romanes.

Une importante statue romane d'applique représentant un apôtre en très haut relief, les pieds nus et la tête nimbée, est légèrement tournée vers la droite et tient le Livre ouvert dans une posture solennelle. Sculptée en calcaire de l'Oise, pierre privilégiée des grands chantiers gothiques de l'Île-de-France, cette œuvre se distingue par une influence méridionale inhabituelle dans la région.

Une importante statue romane de Sainte Lucie de Syracuse, datée du 12e siècle, représente la sainte voilée et diadémée, portant une longue robe avec une attache importante, soulignant la rareté des sculptures en pierre de cette période et de cette dimension.

Chapiteaux Historiés et Figurés : La Pierre Raconte des Histoires

Les chapiteaux, éléments architecturaux essentiels, sont souvent de véritables concentrés narratifs ou symboliques. Un chapiteau roman figuré présente un mascaron zoomorphe (museau court, oreilles dressées) entre deux sirènes ailées dont les corps serpentins s'épanouissent sur les autres faces. Entre le mascaron et l'astragale surgissent des feuilles d'acanthes stylisées. Les visages des sirènes s'inscrivent dans les angles du chapiteau, renforçant la lecture tridimensionnelle de la pièce. Ces visages, au cou cylindrique, sont ceints d'un bandeau perlé travaillé au trépan. La créature représentée, avec son corps ailé et écailleux pourvu d'une nageoire caudale, évoque une créature aérienne, chthonienne et marine, symbolisant les trois univers : ciel, terre et mer. Ce n'est ni la sirène-oiseau classique, ni la sirène-poisson pure.

Un chapiteau roman historié provençal, en pierre calcaire dolomitique, est sculpté en haut-relief sur trois faces figurées, la quatrième présentant un décor végétal. La face principale montre le roi Hérode, assis en majesté, la tête barbue aux cheveux mi-longs ceinte d'un diadème. Les pommettes sont bien marquées, comme sur le Massacre des Innocents du portail de la cathédrale Saint-Trophime en Arles. Le corps, enveloppé dans un ample vêtement dont les plis incisés dessinent des rythmes en V caractéristiques, affirme la frontalité de la figure. Les faces latérales développent le thème du Massacre des Innocents dans une narration continue, avec les mères qui se pressent sur deux registres et expriment la panique et la désolation.

Un chapiteau roman auvergnat, sculpté sur trois faces, représente les trois rois mages couronnés sur un décor de feuilles d'acanthe stylisées. Ce chapiteau roman d'applique trouve des analogies dans l'art roman auvergnat de la fin du XIIe siècle et du début du XIIIe siècle.

Un joyau à la française, la cathédrale de Cologne | ARTE

Modillons Sculptés et Frises Décoratives : L'Ornementation au Service du Sacré

Les modillons, petites consoles soutenant une corniche, et les frises décoratives enrichissent également le vocabulaire sculptural. Un panneau de frise de Bourgogne romane, sculpté en calcaire, présente un groupe de deux animaux fantastiques affrontés, identifiés ici comme un griffon et un aspic, dans une composition pouvant évoquer une psychomachie, un combat symbolique entre le Bien et le Mal. Le registre supérieur est occupé par un groupe de deux animaux fantastiques affrontés, traités en haut-relief sur fond évidé : un aspic à dextre et un griffon à senestre.

Un masque masculin, élément de corniche d'une église romane, présente un visage en amande qui s'affine de manière marquée vers un menton étroit et proéminent, une structure en "triangle inversé" typique de certaines écoles régionales, en Artois ou dans la vallée de l'Oise. Les yeux, amygdaloïdes et légèrement globuleux, sont délimités par des paupières aux arêtes nettes et creusées, et l'absence de pupille creusée suggère une volonté de hiératisme. La chevelure est traitée de manière graphique et géométrique : des incisions verticales parallèles figurent une frange droite, tandis que sur les côtés, le mouvement des cheveux suit le contour du crâne, séparé du visage par un léger bourrelet évoquant un bandeau.

L'Intégration du Décor Végétal et Géométrique

Au-delà des figures narratives, le décor végétal et géométrique tient une place importante. Un chapiteau roman à décors d'entrelacs, en grès rose caractéristique du bassin du Main, est sculpté sur toutes ses faces et provient probablement d'un cloître ou d'une arcature. La corbeille, de forme tronconique inversée, s'évase pour rejoindre un tailloir parallélépipédique intégré. Le décor est entièrement régi par une composition en entrelacs rubanés d'une grande rigueur géométrique, avec l'utilisation de rubans tripartis, où chaque bande est divisée par deux incisions longitudinales créant trois cordons parallèles. Dans les angles inférieurs de la corbeille, les rubans sont réunis par des ligatures transversales.

Un chapiteau de pilastre en calcaire, sculpté sur trois faces, présente deux registres. Le registre supérieur, évasé, est sculpté de fleurs de lys et de rosettes dans un décor de bandes géométriques poinçonnées et ornées de pointes de diamants. L'association des fleurs de lys et cette typologie de palmettes permet de rapprocher ce chapiteau des productions parisiennes, l'abbé Suger ayant développé ces deux motifs à Saint-Denis au XIIe siècle, d'où leur diffusion en Île-de-France.

Un chapiteau d'angle roman en calcaire se distingue par un décor végétal sculpté caractéristique du style roman parisien de la première moitié du XIIe siècle, présentant des similitudes frappantes avec ceux de l'abside de l'église du prieuré de Saint-Martin-des-Champs à Paris, datés des années 1130-1135.

Le chapiteau roman cistercien en marbre rouge de Vérone, avec sa sobriété et son esthétisme, se distingue nettement des sculptures clunisiennes et bénédictines. Sculpté sur toutes les faces, il présente un lys sur la corbeille sur les quatre faces, l'astragale étant bien marquée. Les feuilles d'eau, par leurs extrémités arrondies, amorcent une transition vers les chapiteaux à boules, également bien connus dans l'architecture cistercienne.

Influences et Évolutions Stylistiques

L'art médiéval est une synthèse de divers héritages artistiques. Les pratiques iconographiques de l'église chrétienne primitive et l'héritage créatif de l'ère romaine antérieure ont tous deux eu une influence significative. La période médiévale a été une synthèse de deux héritages artistiques.

Traces d'Antiquité et Traditions Pré-Romaines

Des œuvres témoignent de cette continuité et de ces mélanges. Un chapiteau en marbre de l'antiquité tardive, très probablement wisigoth, présente des feuilles d'acanthes stylisées et un décor cordé sur l'abaque. Sa découverte à Nîmes le place dans le royaume Wisigoth de Toulouse, illustrant les rémanences romaines et les influences barbares. Des bas-reliefs celtiques chrétiens irlandais, très rares en granite, représentant des bustes frontaux aux yeux proéminents, nez en arête et bras repliés/croisés sur le torse, illustrent la transition de la culture celtique païenne vers les premières figurations chrétiennes irlandaises, avec une permanence des styles de l'âge du fer. La tête y est démesurément large et massive par rapport au corps, reposant directement sur les épaules sans cou distinct, les yeux globuleux ou saillants, caractéristiques de l'art insulaire précoce.

Une stèle funéraire Mérovingienne de l'antiquité tardive, où les pieds chaussés de chaussures pointues reposent sur un coussin, évoque une femme de haut rang reposant dans un sarcophage.

Apports Byzantins et Nordiques

L'influence byzantine se manifeste dans une frise de marbre préromane du nord de l'Italie, probablement un élément d'autel ou un abaque de chapiteau, qui présente deux oiseaux affrontés picorant des grappes de raisins.

L'art nordique apporte également sa touche, comme en témoigne un pendentif scandinave viking en argent doré et ajouré, présentant un visage stylisé surmontant un entrelacs tréflé à six boucles. Le masque naît de l'entrelacs et présente une tête ronde aux yeux en pastilles avec arcade continue, et une bouche réduite surmontée d'une moustache en croissant. Une exceptionnelle stèle viking provenant de Normandie (Hattenville) présente une crosse au bec d'oiseau (ou tête de serpent), très stylisée. Malgré l'érosion, on distingue dans le corps de la crosse un personnage aux poings reposant sur le torse.

L'Évolution vers le Gothique

À mesure que le Moyen Âge avance, des évolutions stylistiques annoncent la période gothique. Une Vierge à l'enfant en majesté, en bois sculpté, dos creusé, assise sur un banc trône, le buste droit, porte le Christ assis sur son genou gauche. La Vierge présente un visage aux traits stylisés avec les arcades sourcilières en demi-cercle, des yeux en amandes avec les globes oculaires saillants. Marie est vêtue d'une robe ceinturée à la simple encolure et d'un manteau dont un pan revient sur le devant. L'exécution des visages, les mains aux doigts très allongés, évoquent la Vierge de Viévy, datée de la fin du XIe siècle.

Les différentes périodes de l'art médiéval

Matériaux et Techniques : La Maîtrise des Artisans

Les artistes médiévaux travaillaient généralement avec des artisans bien rodés, notamment des charpentiers, des sculpteurs sur bois, des maçons, des sculpteurs, des métallurgistes et des peintres. Ces artisans aidaient à l'application d'éléments décoratifs sur les œuvres d'art des artistes.

Le calcaire, le marbre, le grès, le bois et le bronze sont des matériaux privilégiés, souvent mis en valeur par la polychromie ou la dorure. Le travail au trépan, technique de perçage, est utilisé pour donner de l'intensité au regard, comme sur la tête romane en marbre de l'Abbaye de Saint-Michel de Cuxa, où les cavités des yeux sont incrustées de plomb, renforçant l'expression sobre et hiératique du visage. Cette tête féminine en ronde-bosse partielle présente un travail au trépan aux yeux et aux commissures des lèvres. De même, une tête de prophète en marbre romane, attribuable à un atelier roman méridional (Languedoc Provence), présente des orbites forées au trépan pour inclusion de pierre ou de plomb. La chevelure en peigne et la barbe en gradins la rapprochent des productions de Saint-Trophime en Arles et des sculptures du portail sud de l'abbatiale de Saint-Gilles-du Gard.

L'utilisation de matériaux précieux et inestimables est devenue une pratique très répandue à l'époque médiévale, et c'est aussi ce qui a fait la renommée de cette période. L'or, en particulier, était un matériau populaire et était employé dans des créations telles que les textes religieux.

Le Rôle de l'Art Médiéval : Éducation et Symbolisme

La religion était un aspect si important de la vie quotidienne à l'époque médiévale que de nombreuses personnes au début du Moyen Âge étaient également peintres en plus de devenir prêtres et moines. En raison de l'ampleur de l'analphabétisme à cette époque, les artistes médiévaux et leurs œuvres d'art religieuses devaient être la principale source de communication entre la religion et la société. Cela a conduit à la nécessité pour un plus grand nombre d'artistes médiévaux de créer de l'art comme forme d'expression d'histoires détaillées et de symbolisme pour l'ensemble de la société. En raison de la nécessité d'adhérer à ces critères, les œuvres d'art médiévales étaient nettement plus stylisées que les œuvres antérieures, car le mouvement a manqué le naturalisme classique lié à l'ère gréco-romaine pendant la plus grande partie du mouvement.

L'art médiéval était si profond qu'il n'existait pas seulement pour l'esthétique pure, mais aussi pour le symbolisme du statut, de la culture, de l'éducation et de l'identité d'une personne. Les changements majeurs qui ont eu lieu en Europe à l'époque médiévale, tels que les changements sociétaux, artistiques et culturels, ont contribué à définir davantage les œuvres d'art.

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