La culture des haies de lauriers-cerises (Prunus laurocerasus), aussi appelés lauriers-palmes, est une pratique courante dans les jardins européens en raison de leur vigueur et de leur aspect persistant. Toutefois, ces arbustes peuvent être sujets à des désagréments esthétiques et physiologiques, au premier rang desquels figure l'oïdium perforant. Cette affection, bien que rarement fatale pour le sujet, nécessite une attention particulière pour préserver la densité et l'éclat du feuillage.

Nature et identification de l’oïdium perforant
Vos lauriers (Prunus laurocerasus) souffrent sans doute d’une attaque d’oïdium perforant du laurier-cerise (Sphaerotheca pannosa), un champignon qui se propage surtout par temps humide et lorsque la température ambiante atteint les 25°C. Contrairement aux oïdiums plus connus, comme celui des rosiers ou des cucurbitacées, celui-ci ne cause qu’un très léger feutrage blanc. Par contre, il s’accompagne de perforations et de déformations des feuilles très spécifiques.
L’oïdium perforant dont souffrent souvent les Prunus laurocerasus est dû à Sphaerotheca pannosa. Cette moisissure s’exprime en taches, par un feutrage blanchâtre ou grisâtre visible sur la partie inférieure du limbe des feuilles. Il pénètre dans les parties tendres des tissus. Ces taches vont progressivement s’assécher puis s’effriter en laissant des trous dans la feuille, d’où le nom d’oïdium perforant. Les perforations caractéristiques sont finement dentelées sur leur pourtour et atteignent 1 cm de diamètre, qu’elles soient isolées ou confluentes.
Les symptômes apparaissent autant sur les feuilles isolées que sur les pousses dans leur ensemble, ainsi que sur les boutons floraux et les pétales. Les pousses attaquées se recouvrent d’un feutrage d’aspect farineux. Les feuilles atteintes sont déformées ou bien, lors d’attaques plus importantes, se développent partiellement, les pétioles restant courts et arqués, le limbe étant crispé avec un revêtement mycélien sur les deux faces. L’extrémité des rameaux a une moindre croissance et s’infléchit en crosse ou devient flexueuse avec le bourgeon terminal le plus souvent avorté. L’écorce située sous les amas mycéliens perd sa coloration naturelle et devient brunâtre ou noirâtre avant de se dessécher.
Cycle biologique et conditions de développement
Le champignon hiverne sous forme de mycélium dans les rameaux ou à l’intérieur des bourgeons. Au printemps, le champignon infecte les lauriers en développant un mycélium à la surface des feuilles, des bourgeons et des autres organes attaqués. À la suite des premières contaminations printanières, la reproduction et la dissémination du champignon s’effectuent par la formation de conidies en chaînes de 6 à 8, ovoïdes ou en forme de tonnelet.
Lorsque les conditions deviennent favorables, le mycélium sporule à la surface de la feuille, la dispersion se fait par le vent, et ce pendant une grande partie de la période de végétation. Les conditions favorables à la production et au développement de ces conidies sont un temps ensoleillé et une humidité importante aux alentours de 99 % (pas en dessous de 75 %). Podosphaera pannosa (nom scientifique parfois utilisé pour Sphaerotheca pannosa) peut contaminer d’autres plantes de la famille des rosacées comme Prunus cerasus, et est l’agent responsable de l’oïdium du pêcher ou de l’abricotier (Prunus persica).
4-2 Les champignons
Facteurs favorisants : stress et carences
Cette maladie apparaît surtout sur des plantes sensibles fragilisées par un état de carences et des conditions climatiques favorables. Un pH trop bas (trop acide) entraîne une mauvaise absorption de la potasse (K). Or, non seulement elle stimule la floraison et la fructification mais surtout, c’est l’élément principal du renforcement des cellules. La carence en cet élément entraîne la production de feuilles plus fines, plus tendres et de ce fait, beaucoup plus sensibles aux maladies, au gel et à la sécheresse.
Parmi les causes de la maladie, on note l'humidité stagnante au niveau des feuilles, due à la rosée ou aux arrosages par aspersion. Maladie très courante, cet oïdium peut apparaître tôt au printemps et évoluer ensuite durant toute la durée végétative du plant. Il peut provoquer des dommages particulièrement importants au moment de la floraison. L’extrémité de rameaux sévèrement atteints peut se nécroser complètement.
Distinctions diagnostiques : ne pas confondre
Il est crucial de porter une attention particulière au risque de confusion de ces symptômes avec ceux des criblures d’origine bactérienne ou d’insectes phytophages. Une autre maladie cryptogamique provoque la criblure du feuillage de Prunus laurocerasus : il s’agit de Coryneum beijerinckii. Les feuilles portent à la face supérieure des ponctuations marron foncé, limitées par une région rouge violacé. Petit à petit, le centre de la tache se nécrose et se détache, résultat d’une réaction de défense de la plante qui isole le mycélium en créant un anneau de tissus morts qui interdit l’extension du champignon.
Si les feuilles de votre laurier ressemblent à quelqu'un leur tirant dessus avec un fusil, l'arbre peut être atteint d'une maladie du trou de tir. Les feuilles sont tachées et criblées de trous. Il s'agit sans doute de la punaise ou capside, un insecte vert. Il convient donc d'observer attentivement la présence ou non d'un feutrage blanc, signature biologique de l'oïdium, pour confirmer son diagnostic.

Stratégies de lutte et méthodes culturales
Les principes généraux en matière de lutte intégrée contre les ennemis des cultures ont été fixés par les autorités compétentes. Dans une approche de jardinage durable, il est recommandé d'arroser au pied des plantes, tout en évitant de mouiller le feuillage. Il faut continuer de nourrir correctement votre haie, même à sa taille optimale, et supprimer les parties attaquées dès l’apparition des symptômes.
Évitez de mouiller le feuillage, en particulier le soir. Installez les plantes de préférence dans un endroit aéré et ensoleillé et taillez les haies de lauriers denses pour favoriser la circulation de l’air. Avec la nouvelle croissance, la maladie disparaîtra normalement. Le traitement consiste à pulvériser du soufre micronisé lorsque la température ambiante est inférieure à 25°C et avec un produit systémique contre le blanc du rosier par temps plus chaud, le champignon étant le même pour les deux maladies.
Vous pouvez aussi tailler court, car l’oïdium perforant n’attaque que les jeunes pousses. Une méthode douce consiste à mélanger 1 litre de lait à 4 litres d’eau et pulvériser les plantes jusqu’à disparition. En règle générale, si vous remarquez une poudre blanche sur la feuille, c'est probablement l'oïdium. Bien que cela puisse paraître inesthétique, cette infection ne menace pas la vie de la plante.
Prévention et santé des haies persistantes
En général, les plantes de haies persistantes sont fortes et résistantes. Elles sont cultivées pour durer de nombreuses années, dans de nombreuses conditions. Bien que le laurier soit très facile à cultiver, il peut parfois souffrir de maladies qui gâchent l'apparence des feuilles, mais rarement menacent la santé de la plante. La vigilance reste toutefois de mise vis-à-vis d'autres pathogènes, comme le chancre bactérien causé par Pseudomonas syringae, qui attaque l’écorce de l’arbre et laisse apparaître des déformations. Dans ce cas précis, il faut couper les branches touchées et traiter à la bouillie bordelaise pour stopper la germination des spores des bactéries.
La santé globale d'une haie repose sur une bonne gestion de l'environnement immédiat. Un sol équilibré, une taille raisonnée et une observation régulière sont les meilleurs atouts du jardinier. Si une plante est un produit vivant et peut tomber malade, une surveillance constante associée à des pratiques culturales adaptées permet de maintenir l'esthétique et la vigueur de vos Prunus laurocerasus sur le long terme.
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