Le Figuier Étrangleur : Origine, Racines Plates et Mystères d’un Géant Végétal

Le figuier étrangleur est l’un des arbres les plus fascinants de la nature, connu pour ses caractéristiques singulières, ses fruits nourriciers et sa place dans les récits bibliques, ainsi que dans le folklore caribéen. Il s'agit bien plus qu'un arbre : c'est une leçon vivante sur la résilience, la coexistence et les mystères de la nature. La racine du figuier sauvage est un sujet captivant, et cet article vous plongera dans les secrets du système racinaire unique de Ficus carica, le figuier commun, tout en explorant les particularités botaniques et les adaptations écologiques de ses célèbres racines aériennes ou étrangleuses. Comprenez tout sur ce végétal singulier, qui se distingue par un mode de croissance et de survie hors du commun.

Illustration d'un figuier étrangleur en pleine croissance avec ses racines aériennes entremêlées

Anatomie et Spécificités des Racines de Ficus Carica

Le Ficus carica, communément identifié comme le figuier sauvage ou commun, est un arbre méditerranéen dont la survie et la vigueur dépendent grandement de l’architecture de ses racines. Ces structures souterraines ne se contentent pas d’ancrer fermement l’arbre au sol ; elles sont également les principales interfaces pour l’absorption vitale d’eau et de nutriments. L’étude de leur anatomie révèle des adaptations remarquables, essentielles à la croissance et à la production de figues. Le système racinaire du Ficus carica est un modèle d’efficacité, conçu pour exploiter au mieux les ressources disponibles dans des environnements parfois exigeants. Ses spécificités morphologiques et physiologiques sont le fruit d’une évolution millénaire, lui permettant de s’adapter à une large gamme de sols et de climats. La compréhension de ces particularités est fondamentale pour quiconque souhaite cultiver ou observer le figuier sauvage.

Le système racinaire pivotant et ses ramifications

Au cœur du dispositif racinaire du Ficus carica, on trouve une racine pivotante robuste. Cette racine principale, typique de nombreux arbres, s’enfonce verticalement et profondément dans le sol. Elle assure un ancrage exceptionnel, conférant une grande stabilité au figuier, même lorsque l’arbre atteint une taille imposante. La racine pivotante est également cruciale pour atteindre les réserves d’eau situées dans les couches profondes du sous-sol, une stratégie essentielle en période de sécheresse.

Cependant, le figuier sauvage ne repose pas uniquement sur cette structure verticale. Il développe également un réseau étendu de racines principales horizontales. Ce système racinaire superficiel est parfaitement adapté pour capter l’humidité et les nutriments minéraux dissous dans les couches supérieures, souvent plus riches et plus rapidement disponibles. Cette combinaison d’une racine pivotante et de racines superficielles offre au Ficus carica une double stratégie d’exploration du sol, optimisant l’accès aux ressources hydriques et nutritives. Certaines variétés de figuier déploient un système racinaire astucieux, combinant une racine pivotante profonde et un réseau superficiel étendu pour exploiter efficacement l’eau et les nutriments.

Caractéristiques morphologiques des racines du figuier

Les racines du figuier se distinguent par des caractéristiques morphologiques spécifiques qui reflètent leur fonction et leurs adaptations. Elles sont souvent décrites comme étant peu profondes, ce qui signifie qu’une part significative de leur masse racinaire est concentrée dans les trente à soixante premiers centimètres du sol. Cette configuration est une adaptation clé pour le figuier sauvage, lui permettant de bénéficier rapidement des pluies légères et des apports en surface.

Malgré leur caractère superficiel pour une partie de leur développement, ces racines sont généralement fibreuses et très ramifiées. Elles créent un réseau dense capable de retenir efficacement le sol, contribuant ainsi à la prévention de l’érosion. Leur texture est à la fois résistante et flexible, permettant de s’insinuer et de se développer dans diverses compositions de sol. La couleur des racines peut varier, souvent du crème au brun clair, et leur croissance est dynamique, s’ajustant en permanence aux conditions environnementales pour soutenir la production de feuilles et de délicieuses figues.

les racines des arbres

Adaptations Racinaire Selon les Conditions du Sol et la Croissance Étrangleuse

La capacité d’adaptation des racines du Ficus carica aux conditions du sol est remarquable et constitue un facteur clé de sa large distribution. Le figuier sauvage prospère particulièrement dans des sols bien drainés. Une bonne aération du sol est vitale, car une humidité excessive ou stagnante peut rapidement entraîner la pourriture des racines et compromettre la santé de l’arbre. Le pH idéal pour son développement se situe entre 6.0 et 6.5, indiquant une préférence pour des sols légèrement acides à neutres.

En culture, la gestion des racines souvent peu profondes du figuier est cruciale : un bon drainage et le paillage sont recommandés pour lutter contre la sécheresse et les nématodes, assurant ainsi la vitalité de l’arbre. Pour optimiser l’environnement racinaire et pallier certaines contraintes, le paillage est une pratique fortement recommandée. L’application d’une couche de paillage organique au pied du figuier aide à maintenir une humidité constante dans le sol, réduisant ainsi le stress hydrique et les besoins en arrosage. Ce paillage contribue également à réguler la température du sol et, un avantage crucial, il permet de réduire la sensibilité des racines aux nématodes. Ces petits vers, souvent invisibles à l’œil nu, peuvent causer des dommages importants aux racines, affectant gravement la vitalité de l’arbre et la qualité de ses figues. En somme, ces adaptations et techniques de culture soutiennent la robustesse et la productivité du figuier sauvage face aux défis de son environnement.

Le processus d’étranglement par les racines aériennes

Le figuier étrangleur, une espèce fascinante appartenant au vaste genre Ficus, est un maître de l’adaptation dans les écosystèmes tropicaux. Sa stratégie de survie est particulièrement singulière, reposant sur un processus dit « d’étranglement » qui le distingue de nombreux autres arbres. Plutôt que de germer directement dans le sol, ce figuier sauvage débute sa vie en hauteur, utilisant un autre arbre comme support initial. Il n'existe pas une seule espèce de figuier étrangleur mais plusieurs, le qualificatif « étrangleur » servant à nommer ce mode de croissance particulier plutôt qu’à désigner une famille d’arbres à part entière. Ainsi, on retrouve des figuiers étrangleurs dans les forêts tropicales des quatre coins du globe, en Asie, en Océanie mais aussi en Amérique du Sud ou encore dans les Caraïbes.

Ce développement hémiépiphyte est la clé de son succès. Le figuier étrangleur ne se contente pas de coexister avec son hôte ; il le remplace progressivement grâce à l’incroyable force et la persévérance de ses racines aériennes. Ce mécanisme complexe est un exemple frappant de la compétition naturelle pour la lumière et les nutriments, aboutissant à une transformation spectaculaire du paysage forestier. Ces racines sont de véritables prouesses d’adaptation, capables de survivre en conditions extrêmes et d’établir des symbioses mycorhiziennes essentielles à l’écosystème.

Schéma illustrant la germination d'un figuier étrangleur sur un arbre hôte et le développement de ses racines

Germination et développement initial des racines aériennes

Le cycle de vie du figuier étrangleur commence de manière inattendue, souvent loin du sol forestier. Des oiseaux ou des chauves-souris, après avoir consommé les figues charnues de ce figuier, déposent ses graines sur les branches ou les creux d’un arbre hôte. On peut parler d'une naissance sur un hôte, où le figuier commence sa vie comme une épiphyte. Là, à des dizaines de mètres de hauteur, la graine trouve un environnement propice à sa germination, profitant de l’humidité et des débris organiques accumulés. Les figuiers étrangleurs poussent en se servant d’autres végétaux comme support. Mais à la différence des plantes épiphytes pour qui le support est indifférent, elles se nourrissent de l’arbre hôte.

Une fois germée, la jeune plantule développe rapidement ses premières racines aériennes. Celles-ci, d’abord fines et filiformes, descendent lentement le long du tronc de l’arbre hôte. Elles sont dotées d’une capacité remarquable à rechercher l’obscurité et l’humidité, s’accrochant à chaque aspérité de l’écorce. Leur objectif unique est d’atteindre le sol, source vitale d’eau et de nutriments minéraux. On parle alors de « racines aériennes », puisqu’au lieu de partir d’une graine plantée dans le sol vers le ciel, c’est l’inverse qui se produit. Ces racines destructrices de l’arbre étendent leurs racines aériennes vers le sol tout en entourant le tronc de l’arbre hôte.

Mécanisme de fusion et d’épaississement des racines

Lorsque ces racines aériennes du figuier étrangleur atteignent enfin la terre ferme, elles s’ancrent solidement dans le sol. Ce contact avec la terre marque un tournant majeur dans le développement du figuier sauvage. Alimentées par les nutriments du sol et la photosynthèse des feuilles de l’épiphyte, ces racines commencent alors un processus de croissance accélérée.

Elles s’enroulent autour du tronc de l’arbre hôte, formant progressivement un réseau dense. Au fil du temps, ces racines initialement distinctes s’épaississent considérablement et, phénomène encore plus remarquable, fusionnent entre elles. Elles créent ainsi une structure de treillis, une véritable gaine ou une « cage » racinaire qui enserre de plus en plus fermement le tronc de l’hôte. La pression exercée par ces racines fusionnées devient immense, modifiant irrémédiablement l’intégrité structurelle de l’arbre hôte. Suivent ensuite les autres racines qui, elles, partent chercher la lumière du soleil et s’enroulent dans l’autre sens autour du tronc ; elles se soudent aux racines qu’elles croisent de façon à former un enchevêtrement parfait duquel l’arbre hôte ne pourra jamais se défaire. Même sa croissance s’en trouve stoppée et plus rien ne pourra le sauver d’une mort certaine. Certaines variétés de figuier, notamment l’impressionnant figuier étrangleur, développent des racines aériennes qui fusionnent pour former une gaine autour d’un hôte, menant à la création d’un tronc creux.

Impact de l’Étranglement sur l’Arbre Hôte et son Écosystème

L’impact de ce processus d’étranglement sur l’arbre hôte est fatal. La gaine de racines du figuier étrangleur compresse les tissus conducteurs de l’hôte, entravant la circulation de l’eau et des nutriments de ses racines vers ses feuilles. Simultanément, les feuilles du figuier se déploient au-dessus de la canopée de l’hôte, le privant de lumière essentielle à sa survie. Cet effet combiné conduit inéluctablement à la mort de l’arbre hôte.

Une fois que l’hôte est mort, sa décomposition progressive libère des nutriments qui sont réabsorbés par les puissantes racines du figuier sauvage. La structure lignifiée de l’hôte disparaît peu à peu, laissant une cavité centrale. Ce qui reste est un figuier étrangleur autonome, dont le tronc est en réalité un pseudotronc creux, formé par ses propres racines fusionnées. Cet arbre dominant joue un rôle écologique crucial, offrant abri et nourriture, notamment des figues, à une multitude d’animaux au sein de son écosystème. Le figuier étrangleur tire en effet son nom de son habitude à étouffer d’autres arbres pour grandir et s’en nourrir. Au fil du temps, l’arbre emprisonné pourrit et disparaît, laissant un trou béant à l’intérieur du ficus. Le figuier devient alors autonome, l'arbre hôte est mort, d'où le nom de figuier étrangleur.

les racines des arbres

Fonctions Écologiques et Adaptations Uniques des Racines

Les racines du figuier sauvage, qu’il s’agisse du redoutable figuier étrangleur ou d’autres espèces du genre Ficus, jouent un rôle fondamental dans la survie et la prospérité de ces arbres dans des écosystèmes variés. Leur architecture complexe et leurs fonctions spécialisées sont le fruit de millénaires d’adaptation, permettant non seulement un ancrage solide, mais aussi une interaction dynamique et vitale avec le sol et l’environnement biotique. Ces racines sont de véritables prouesses d’ingénierie naturelle. Elles s’ajustent avec précision pour extraire le maximum de ressources, même dans des milieux hostiles et pauvres. C’est cette capacité d’adaptation exceptionnelle qui confère au figuier sauvage sa résilience et son statut d’espèce pionnière ou clé dans de nombreuses régions. L’étude de ces structures souterraines révèle des mécanismes fascinants, essentiels à la compréhension de l’écologie forestière et de la biodiversité qu’elles supportent.

Absorption des nutriments et symbiose mycorhizienne

L’absorption des nutriments est une fonction primaire des racines du figuier sauvage. Pour le célèbre figuier étrangleur, la phase épiphyte est cruciale. Durant cette période, ses racines aériennes puisent activement des éléments essentiels tels que l’ammonium, les phosphates, le potassium et le magnésium directement dans l’air ou les dépôts sur l’arbre hôte. Cette capacité lui permet de démarrer sa croissance sans dépendre initialement du sol, un avantage compétitif majeur.

Une fois que les racines du figuier sauvage atteignent la terre ferme, elles développent souvent une symbiose mycorhizienne remarquablement efficace. Les racines terrestres s’associent fréquemment avec des endomycorhizes, des champignons qui étendent significativement le réseau racinaire. Cette association améliore considérablement l’accès aux nutriments et à l’eau. De plus, la décomposition de l’arbre hôte fournit une source riche et continue de nutriments, que le système racinaire du figuier étrangleur exploite pleinement.

Microscope montrant les interactions symbiotiques entre les racines et les champignons mycorhiziens

Rôle des racines dans la survie en conditions extrêmes

Les racines du figuier sauvage sont des organes vitaux, essentiels à la survie de l’arbre dans des conditions extrêmes. Leur système racinaire robuste est conçu pour faire face à des défis majeurs comme la sécheresse prolongée, les sols pauvres ou instables, et les fortes variations climatiques. Par exemple, leur capacité à s’ancrer profondément ou à s’étendre largement leur permet de stabiliser efficacement les sols et d’offrir une résistance mécanique accrue face aux intempéries.

Certains figuiers sauvages, et particulièrement le figuier étrangleur, sont remarquables par leur aptitude à coloniser des milieux très diversifiés. Cela inclut des zones perturbées, des falaises rocheuses, et des environnements urbains. Les racines jouent ici un rôle prépondérant, s’adaptant à une grande variété de substrats inhospitaliers pour extraire l’eau et les nutriments là où d’autres espèces échoueraient. Cette flexibilité et cette capacité d’adaptation racinaire sont des clés fondamentales de leur succès.

Interactions avec la biodiversité environnante

Les racines du figuier sauvage ne sont pas de simples outils d’absorption ; elles sont au cœur d’un réseau complexe et dynamique d’interactions avec la biodiversité environnante. Leur présence et leur architecture modifient activement l’environnement souterrain, créant ainsi des microhabitats essentiels pour une multitude d’organismes. La symbiose mycorhizienne est un exemple éclatant de ces interactions bénéfiques, où racines et champignons collaborent pour optimiser l’accès aux ressources.

En tant qu’espèce clé dans de nombreux écosystèmes, et particulièrement dans les forêts tropicales pour le figuier étrangleur, le système racinaire du figuier sauvage soutient indirectement une vaste chaîne alimentaire. En stabilisant le sol, en favorisant une meilleure infiltration de l’eau, et en participant activement au recyclage des nutriments, ces racines contribuent de manière significative à la santé globale de l’écosystème. Elles influencent la structure du sol, la disponibilité de l’eau, et la composition des communautés microbiennes, impactant ainsi une grande partie de la biodiversité locale.

Implications pour la Culture et la Gestion du Figuier

Le figuier (Ficus carica) est un arbre particulièrement apprécié pour sa robustesse et sa résilience. Il se distingue par sa capacité à s’adapter à des conditions diverses, étant peu exigeant en matière de soins. Sa résistance à la chaleur et au gel en fait un choix judicieux pour de nombreux jardins et vergers. Cette adaptabilité s’explique en partie par les caractéristiques de son système racinaire. Bien que capable de puiser les nutriments nécessaires, les racines du figuier sont souvent peu profondes. Cette particularité a des implications directes sur sa culture et sa gestion quotidienne. Pour assurer une croissance optimale, il est essentiel de veiller à un bon drainage du sol. Le figuier supporte mal l’excès d’humidité stagnante autour de ses racines. Une bonne gestion de l’eau est donc primordiale, surtout dans les premiers temps de son établissement.

Jardinier paillant le pied d'un jeune figuier pour favoriser sa croissance

Techniques de multiplication par bouturage racinaire

La multiplication du figuier est une pratique courante, principalement réalisée par bouturage. Cette méthode est préférée car elle permet de reproduire fidèlement les caractéristiques de l’arbre mère. Elle est également plus rapide que le semis pour obtenir un figuier produisant de nouvelles pousses. Pour le figuier commun, des boutures de racines peuvent être utilisées, offrant une approche efficace pour propager l'arbre et maintenir ses traits spécifiques.

Le Figuier Étrangleur dans les Mythes et Légendes

Avec un tel mode de développement, difficile de ne pas traîner derrière soi une réputation sulfureuse. Le figuier étrangleur nourrit en effet de nombreux mythes et légendes dans le folklore. En Martinique, Ficus citrifolia - nom scientifique de l’une des espèces de figuiers étrangleurs qui poussent sur l’île - est encore aujourd’hui appelé le « figuier maudit » en référence à un passage de la Bible et toutes sortes d’histoires sont relatées à son propos. On raconte par exemple que si l’on se promène à la nuit tombée près de l’un d’eux, on risque de se faire aspirer par les esprits qui habitent son tronc creux. Son pouvoir est immense dans l’imaginaire collectif et il entre dans la composition de nombreuses recettes vaudou.

Le figuier maudit en Martinique : un arbre magique et maléfique

Le figuier maudit de Martinique est un arbre à absolument découvrir pendant ses vacances en Martinique : parce qu'il est remarquable dans la nature martiniquaise (son système de développement est unique dans la botanique, une croissance rapide jusqu'à plus de 30 mètres de hauteur avec sa technique bien à lui pour s'imposer en forêt tropicale) et parce qu'il est à l'origine d'intrigues (vous entendrez beaucoup d'histoires à son propos dans toute l'île).

Le figuier maudit est un Ficus citrifolia. Ficus est le nom latin pour figue, le Ficus est le genre ; la famille est Moraceae. Il existe 750 espèces de Ficus dans le règne botanique, le figuier maudit en est un parmi d'autres. C'est un des figuiers étrangleurs (nom vernaculaire c'est à dire donné à un ensemble d'espèces). Pour être précis, il existe plusieurs figuiers étrangleurs en Martinique dont Ficus aurea, Clusia plucunetti, Ficus americana (figuier petites feuilles), Ficus insipida (figuier blanc), Ficus nymphaeifolia (figuier grandes feuilles), Ficus trigonata (banian) etc et Ficus citrifolia est un des figuiers-étrangleurs martiniquais autrement appelé figuier maudit. Il existe d'autres figuiers étrangleurs célèbres dans le monde comme Ficus religiosa, Ficus benghalensis, Ficus sycomorus, etc.

Le figuier maudit est un figuier étrangleur comme un autre. Si l'on dit de ce figuier qu'il est étrangleur, c'est pour une bonne raison : son système de développement étouffant. En effet, lorsqu'une guêpe (on appelle même une espèce la guêpe des figuiers), une chauve-souris ou un oiseau dissémine une des graines d'un figuier étrangleur par exemple au-dessus d'une branche d'un autre arbre, un développement particulièrement étonnant va se mettre naturellement en marche grâce à un réseau de racines aériennes : la graine va lancer des racines aériennes vers le sol (recherche de nutriments autonomes), et la graine va ensuite lancer des racines aériennes vers le sommet de l'arbre hôte (course vers la lumière). En attendant, la graine se développera en puisant les nutriments de l'arbre qui la loge (se nourrit avant de devenir autonome). À ce stade on ne parle plus de graine, mais ce nouveau système se nomme plantule. Le figuier étrangleur est donc une espèce dite semi-épiphyte (épiphyte : organisme végétal vivant sur une plante support, semi parce que les arbres figuiers peuvent aussi pousser sans plante hôte). Les figuiers étrangleurs sont des espèces envahissantes et colonisatrices qui in fine, entourent l'arbre hôte de leurs racines qui grossissent jusqu'à l'asphyxie de l'arbre et son pourrissement. Le figuier devient alors autonome, l'arbre hôte est mort, d'où le nom de figuier étrangleur.

Image d'un figuier maudit en Martinique, avec ses racines entrelacées et son allure mystérieuse

Un arbre nourricier et utile

Le figuier maudit est originaire d'Amérique, de Floride plus particulièrement, et les premiers colons se nourrissaient à l'époque de son fruit comestible. Les fruits du figuier étrangleur, appelés figues, sont petits et ronds.

On a ensuite utilisé son latex pour faire des chewing-gums et ses racines aériennes pour faire des fouets, des cordes d'arcs ou encore des lignes de pêche solides. Enfin, ses fruits ont été utilisés pour des teintures. En médecine traditionnelle, il est utilisé comme antiparasitaire et laxatif. En médecine moderne, il diminue les effets de la chimiothérapie contre les cancers (voir étude scientifique 2001).

Un inspirateur d’événements et de légendes

Les emplacements de figuiers maudits en Martinique sont des lieux choisis de grands événements en Martinique. Chaque commune de Martinique possède son grand figuier maudit et chacun l'histoire des communes pourrait raconter un événement qui s'y est passé à proximité. Par exemple, au Lamentin, la première messe a été célébrée sous un grand figuier maudit et on construira à cet endroit le premier presbytère et la première église.

Le nom de "maudit" tire son origine de l'Évangile de Marc, au chapitre 11, versets 12-14; 20-23; 25-26 : "Le lendemain, après qu'ils furent sortis de Béthanie, Jésus eut faim. Apercevant de loin un figuier qui avait des feuilles, il alla voir s'il y trouverait quelque chose; et, s'en étant approché, il ne trouva que des feuilles, car ce n'était pas la saison des figues. Prenant alors la parole, il lui dit : Que jamais personne ne mange de ton fruit ! Et ses disciples l'entendirent… Le matin, en passant, les disciples virent le figuier séché jusqu'aux racines. Pierre, se rappelant ce qui s'était passé, dit à Jésus : Rabbi, regarde, le figuier que tu as maudit a séché. Jésus prit la parole, et leur dit : Ayez foi en Dieu. Je vous le dis en vérité, si quelqu'un dit à cette montagne : Ote-toi de là et jette-toi dans la mer, et s'il ne doute point en son coeur, mais croit que ce qu'il dit arrive, il le verra s'accomplir… Et lorsque vous êtes debout faisant votre prière, si vous avez quelque chose contre quelqu'un, pardonnez, afin que votre Père qui est dans les cieux vous pardonne aussi vos offenses." Dans l’Évangile selon Marc (11:12-14, 20-21) et Matthieu (21:18-22), Jésus-Christ maudit un figuier pour n’avoir produit aucun fruit, bien qu’il ne soit pas la saison des figues. Dans l’exégèse chrétienne, le figuier est le symbole du temple. Dans l'extrait qui va suivre, les chrétiens ne comprennent pas le figuier en tant que tel mais bien en tant que symbole. (on parle ici du figuier qui donne des fruits donc de Ficus carica).

Les figuiers étrangleurs poussent aussi sur d'anciens murs en ruine et même dans nos villes modernes. Les figuiers étrangleurs accélèrent la destruction de nos vestiges, ils semblent envoyés pour effacer au plus vite ce qui a été fait par l'homme. Même lorsque nous créons des villes, les figuiers étrangleurs s'immiscent dans le moindre interstice pour tout faire voler en éclat. La moindre de nos failles et c'est inéluctablement la destruction qui progresse.

Le figuier maudit est également la matière première de recettes vaudou. Le Vaudou est courant en Martinique. Et certaines recettes pour jeter des sorts sont bien connues ici. On y retrouve très fréquemment des morceaux du figuier maudit, particulièrement dans les cas de magie noire où l'on cherche à faire du mal. On dit que d'étranges choses se passent près d'un figuier maudit. Lorsqu'un martiniquais se promène à la tombée de la nuit, il s'éloignera toujours des arbres dits fromagers et des figuiers maudits. On dit qu'au cœur de ces troncs plus ou moins creux se trouvent des esprits cachés prêts à vous happer si vous passez trop près d'eux. Si beaucoup de touristes ne prennent pas ces recommandations au sérieux, sachez qu'ici il n'y a rien de plus concret que les endroits où se logent les mauvais esprits et le figuier maudit est pour ces êtres spectraux des lieux de prédilection connus de tous. On ne vous en parlera pas directement, mais aucun Martiniquais n'ignore ce qui vient d'être écrit.

les racines des arbres

Où voir des figuiers maudits en Martinique ?

Il y en a un peu partout dans les forêts tropicales de l'île, mais vous serez assuré d'en voir deux particulièrement connus : le figuier maudit de l'habitation Clément et le figuier maudit de l'îlet Chancel.

Le figuier maudit de l'habitation Clément

L'habitation Clément est un site touristique bien connu de Martinique. Cette ancienne habitation sucrière accueille chaque année beaucoup de touristes (note de 4.5/5 sur TripAdvisor). Dans son parc, un grand figuier maudit. Si vous interrogez un peu le guide des lieux, il vous en dira plus sur cet arbre. Pour vous y rendre, l'habitation Clément est située au François. Cet établissement ouvert au public est composé d'un parc, d'une habitation et d'un musée qui a été une ancienne distillerie. Ce site est classé Monument Historique et labellisé Jardin Remarquable. Le tarif est de 12 euros par adulte.

Le figuier maudit de l'îlet Chancel

L'îlet Chancel, situé au milieu de la Baie du Robert, abrite en son sein d'anciennes ruines et à proximité, des figuiers maudits. Vous allez voir là des figuiers maudits dans leurs états le plus naturel possible, placés sur des ruines historiques qui ont marqué la Martinique. Un lieu chargé d'histoire, entre autres… Effectivement, on raconte qu'ici, la nuit tombée, certains jours de l'année, un rassemblement secret de vaudou a lieu pour des pratiques rituelles. Pour vous y rendre, louez un bateau sans permis Ticanots, un GPS à bord vous amènera directement sur l'îlet Chancel, même si vous n'avez pas de connaissance de navigation. Vous allez pouvoir joindre l'agréable en naviguant comme un capitaine sur la Baie à l'utile en découvrant de vos yeux, le figuier maudit le plus étrange de Martinique. Il est conseillé de s'y rendre plutôt le jour qu'à la tombée de la nuit.

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