Le Soufre et l'Oïdium : Un Allié Indispensable pour le Jardin Naturel et la Viticulture

Le soufre est un élément fondamental dans un jardin naturel, reconnu pour ses multiples applications. Produit très courant, il est utilisé comme stratégie de traitement dans le potager depuis longtemps. Très employé en agriculture biologique, le soufre constitue une réponse adéquate du jardinier face aux champignons notamment, car il s’agit d’un fongicide très efficace. Mais son rôle ne se limite pas à cette seule action, s'étendant à des fonctions essentielles pour la santé des plantes et du sol.

Nature et Origines du Soufre

Le soufre est un minéral que l'on trouve dans les roches, notamment sous forme de cristaux. C’est également un élément que l’on retrouve chez tous les êtres vivants, participant activement à la formulation des protéines. Historiquement, l'utilisation du soufre dans l'agriculture remonte à la haute Antiquité, vers 150 av. J.-C., où il était déjà employé pour lutter contre la pyrale de la vigne et quelques autres ravageurs. On parlait également de ses effets purifiants. Au cours du XVe siècle, il a même servi de désinfectant pour les locaux lors de l'épidémie de la peste noire.

Cristaux de soufre naturel

Le milieu du XIXème siècle marque un tournant avec la découverte de son efficacité particulière pour lutter contre l'oïdium de la vigne. Dès lors, son emploi s'est développé à grande échelle, capitalisant sur ses nombreuses propriétés. Il est issu des roches et, une fois réduit en poudre, il est utilisé en agriculture pour lutter contre les maladies fongiques telles que l'excoriose de la vigne, l'oïdium et la tavelure du pommier. Actuellement, 98 % de la production mondiale de soufre provient du pétrole ou du gaz, tandis que 2 % est issue des mines. Les propriétés physicochimiques de ces sources sont similaires, bien que les retours du marché indiquent que le soufre de mine serait moins irritant et plus actif contre l’oïdium. Une troisième source existe, le soufre volcanique, comme celui de l'île de Java, mais ce produit très pur est extrait dans des conditions jugées peu éthiques.

Les Multiples Facettes du Soufre au Jardin

Le soufre est loin d'être un simple fongicide ; ses actions au jardin sont variées et bénéfiques.

Action Fongicide : Le Soufre contre les Champignons Pathogènes

L'action du soufre est de ralentir, voire de stopper, la croissance des champignons. Le processus fongicide proposé par le soufre est de brûler les spores des champignons. Ceci est rendu possible car il s’oxyde lorsqu’il entre en contact avec les feuilles et se transforme en gaz, par un phénomène appelé sublimation, dans certaines conditions de chaleur et de lumière. Il crée donc une barrière de vapeurs soufrées très efficace contre les champignons pathogènes. Admis en agriculture biologique, le soufre est jugé très peu nocif pour les humains, les animaux et les abeilles, et est autorisé dans les cahiers des charges des productions agricoles biologiques.

Le soufre au jardin peut être utilisé surtout en préventif, mais aussi en curatif, contre un large éventail de maladies. Il est notamment efficace contre l’oïdium sur les tomates, toutes les courges et sur le rosier. Il combat également le marsonia sur les rosiers, ainsi que tous les champignons des arbres et petits fruitiers, incluant la tavelure des poires et des pommes, l'oïdium de la vigne, des pêchers, nectariniers, abricotiers, et les taches pourpres des fraisiers. En curatif, le soufre doit être utilisé au tout début de l’attaque, car son efficacité est courte dans le temps (une semaine maximum, et il est lessivé s’il pleut) et peut se montrer insuffisante en cas de forte pression. Il est donc conseillé dans ce cas de l’utiliser en complément d’un autre traitement, tel que le cuivre ou le bicarbonate de potassium notamment.

Feuilles de courge atteintes d'oïdium

Le processus fongicide du soufre est simple : apporté par voie foliaire, il dégage de la vapeur qui pénètre à l'intérieur des cellules du champignon pathogène. Le soufre provoque alors un ralentissement de la croissance, voire une destruction, dudit champignon. Il s'agit là d'une réelle action de maîtrise et de réduction du développement de l'attaque cryptogamique, et qui, de surcroît, n'entraîne pas (sauf cas rares) le développement d'une génération de champignons résistants. Pour l’oïdium, comme c’est entre 16 et 28°C que le champignon est le plus actif, il est recommandé de pulvériser les plantes les plus sensibles à ce moment-là, en prévention. Le soufre peut également être mélangé à la bouillie bordelaise, pour traiter un plus grand spectre de champignons pathogènes, particulièrement sur les rosiers et les pieds de tomates, ciblant l'oïdium, la tavelure, et les taches noires du rosier. Le mélange sera composé de 7,5 g de soufre et de 30 g de bouillie bordelaise pour 10 litres d’eau. Il est cependant recommandé, pour limiter la quantité de produits dans le sol, de plutôt réaliser des applications en alternance.

Le Soufre Acaricide et Répulsif

Outre son action fongicide, le soufre est également un répulsif contre certains insectes. Il peut être utilisé contre les punaises et les fourmis. Il agit aussi comme acaricide, pouvant être employé contre les acariens qui provoquent des galles et d'autres types de maladies chez les végétaux. Le soufre est ainsi une des solutions utilisées pour lutter contre les acarioses, notamment de la tomate ou contre les phytoptes du poirier et de la vigne. Pour l’érinose ou les acariens de la vigne, il est important d’agir en début de saison, avant que les bourgeons ne s’ouvrent. Pour les acariens des fruitiers à coques (noisetier, noyer, amandier) et des tomates, le soufre est une option de traitement.

Le Soufre comme Élément Fertilise et Amendement

Le soufre est un oligoélément indispensable pour la croissance des plantes. Il peut donc être employé comme engrais minéral. Une carence en soufre se traduit par le jaunissement des feuilles. Cependant, les besoins des plantes restent minimes, il est donc rare qu'elles en manquent. Le soufre fait partie des éléments fertilisants nécessaires aux plantes.En tant qu'amendement, il peut aussi servir à acidifier un sol trop calcaire. Le soufre comme amendement minéral s’utilise au printemps ou en automne, à raison de 500 g pour 100 m². Le fumier et tous les amendements organiques sont source de soufre, particulièrement le fumier de volaille. Pour cet emploi comme engrais ou en cas de carences, il est plutôt utilisé au travers d’engrais naturels riches en sulfites, tels que les fumiers et le patentkali, apportés au pied des végétaux, principalement des plantes potagères et les arbres fruitiers.

Formes Commerciales et Modes d'Application

Le soufre est commercialisé sous deux formes principales pour s'adapter à différents usages et préférences.

Matériel de poudrage de soufre

Le Soufre en Poudre (Fleur de Soufre)

Sous cette forme, il se présente sous une poudre extrêmement fine, souvent appelée fleur de soufre, ou bien sous forme de micro-granules ou poudre épaisse. Prête à l'emploi, elle se présente sous forme de poudre très fine et s'utilise en poudrage, avec une poudreuse ou un soufflet pour une application plus facile sur les végétaux à traiter, feuilles et rameaux. Il est conseillé de ne pas l'appliquer par vents forts. Vous appliquerez le soufre en prévention, juste avant le débourrement (l’ouverture des bourgeons), à raison de 20 g pour 10 m². En traitement, lorsque la maladie est déclarée, vous doserez de la même manière, 20 g pour 10 m², à renouveler toutes les semaines jusqu’à disparition complète des symptômes. Le dosage pour les légumes, les rosiers ou les arbres fruitiers est de 20 g pour 10 m². La fleur de soufre s'utilise davantage sous serre plutôt qu'en extérieur. Il peut être appliqué directement sur le sol mais cette méthode est peu efficace et elle ne doit être pratiquée que sur les légumes sous serre. Pour jardiner bio, il est judicieux d’utiliser la fleur de poudre uniquement sous serre.

Le Soufre Mouillable

Cette forme, parfois trouvée sous le nom de soufre mouillable, se présente en granulés ou poudre grossière. Elle doit être diluée dans de l’eau avant la pulvérisation. Le soufre mouillable est généralement plus facile à trouver que la fleur de soufre. Il s’utilise de manière générale à la dose de 7,5 g pour les légumes, les fruitiers et les rosiers. Pour la vigne, le dosage est de 12,5 ou 20 g par litre, et pour les plantes aromatiques et condimentaires, 10 g, toujours pour 10 m². La dose est donnée pour 10 m².

Utilisation du soufre (vidéo)

Il est judicieux d’ajouter un agent mouillant qui va améliorer l’adhérence de la préparation, le soufre ne sera ainsi pas tout de suite lessivé par les pluies. Il est important de secouer bien le pulvérisateur pour que le mélange soit homogène et de le mettre en pression. L’application peut être renouvelée toutes les 2 semaines si besoin. Vous le pulvériserez directement sur les zones attaquées, sur les deux faces des feuilles. Par exemple, pour l’oïdium des légumes, on utilise 7,5 g à renouveler. Pour les rugosités et la tavelure du poirier, du pommier et du cognassier : 7,5 g, 2 fois dans l’année. Pour l’oïdium du rosier : 7,5 g, à renouveler jusqu’à 8 fois. Pour l’oïdium de la vigne : 12,5 g, à renouveler. Enfin, pour l’excoriose de la vigne : 12,5 g, 2 fois dans l’année.

Conditions Optimales d'Utilisation et Efficacité

Le soufre est utilisé au jardin lorsque la sublimation attendue peut avoir lieu, c’est-à-dire lorsque les températures sont comprises entre 18 et 28°C (le mieux se situe entre 23 et 25°C) et que le ciel est lumineux. Il est déconseillé lors de températures plus élevées (au-dessus de 28°C) car il peut alors brûler les feuilles et les fruits, pouvant entraîner de la phytotoxicité. La période optimale d’utilisation se situe entre mars et fin juillet. Traitez de préférence le matin de bonne heure ou en soirée, si la journée s'annonce chaude.L'efficacité d'une application de soufre est d'environ une semaine, et il n'a que peu d'activité résiduelle. Après dilution dans l'eau et une fois pulvérisé sur les feuilles, le soufre se vaporise sous l'effet de la chaleur et pénètre ainsi plus facilement dans les cellules du champignon. Le mode d'emploi du soufre repose sur l'action de sa vapeur. Tous les facteurs favorisant la sublimation du soufre permettent d'en améliorer l'efficacité : la luminosité, car les émissions de soufre peuvent être 5 fois supérieures par temps clair que par temps couvert, et la température, la sublimation augmentant avec elle. Ses qualités fongiques sont donc faibles s'il est utilisé avec des températures situées en dessous de 18°C.

Le Soufre et la Vigne : Un Cas Spécifique

Le soufre joue un rôle historique et continu dans la viticulture. Employé depuis l'Antiquité contre la pyrale, son efficacité contre l'oïdium de la vigne a été une découverte majeure au XIXe siècle, révolutionnant son usage. Lors d'une conférence des œnologues organisée dans le cadre du Viteff, à Epernay, il a été rappelé que sur les 70 millions de tonnes de soufre produites chaque année, 10 % sont dédiées à la viticulture et l'œnologie. En France, 10 000 à 12 000 tonnes de soufre mouillable et 4 000 à 6 000 tonnes de soufre en poudrage sont utilisées annuellement.

Vigne saine et vigne atteinte d'oïdium

Le soufre, en poudrage ou mouillable pour la vigne, est un produit multi-sites qui limite l’apparition des formes résistantes d’oïdium. Il possède une triple action : préventive, agissant sur la germination des conidies ; curative, ciblant les filaments et suçoirs ; et éradiquante, via le dessèchement des conidies, et la fragmentation et la désagrégation du mycélium. Depuis 2004, l’ensemble du vignoble champenois a vu la pression de l'oïdium augmenter. Dans ce vignoble, la tolérance zéro vis-à-vis de cette maladie, la sensibilité du cépage chardonnay ainsi qu’un sous-dosage de la protection fongicide en vigne étroite ont entraîné une augmentation de l’usage des fongicides. En 2013, l’érosion d’efficacité des traitements a été démontrée pour la moitié des modes d’action : 5 des 9 familles utilisées ont montré des résistances. Sur les 93 spécialités autorisées en Champagne contre l'oïdium, il n’en restait que 59 après exclusion des produits CMR, 46 pour celles respectant le délai de rentrée de 48 heures, et 22 si l’on ne garde que les produits efficaces. Sur ces 22, 16 sont exclusivement à base de soufre mouillable. Inscrit sur la liste biocontrôle, le soufre ne rentre pas en compte dans le calcul de l’IFT et participe à réduire l’emploi de produits de synthèse, comme prévu par EcoPhyto et le dispositif des CEPP. Des études ont quantifié une augmentation de l’emploi de soufre chez des clients de zones touchées par l’oïdium, en non bio : entre 2012 et 2015, l’IFT produits conventionnels a reculé de 42 % alors que l’"IFT" soufre a progressé de 33 %.

Précautions d'Emploi et Limites

Malgré ses nombreux atouts, l'utilisation du soufre nécessite des précautions strictes et présente certaines limites. Il est impératif de porter systématiquement un masque, des lunettes de protection et des vêtements couvrants à cause de la vapeur que le soufre dégage, notamment sous forme de fleur de soufre, et d'éviter tout contact avec la peau et les yeux. Appliquez le soufre en dehors des périodes de fortes chaleurs (au-dessus de 28°C), de vent ou de pluie.

Ne pas utiliser à proximité de points d’eau ou dans une zone où le produit pourrait être entraîné vers un point d’eau. Il est également recommandé de ne pas traiter sur un terrain risquant un entraînement vers un point d’eau, en particulier si le terrain est en pente. Pour le soufre mouillable, ne préparez que la quantité nécessaire. Attendez le séchage complet avant de revenir dans la zone traitée. Il est crucial de stopper les applications au moins une semaine avant la récolte.

Le soufre est un produit qui peut être irritant et avec une forte odeur. Il peut entraîner des brûlures et des éclatements de baies en cas de forte chaleur, d’où l’intérêt de limiter les doses par temps chaud pour atténuer ce phénomène. Il faut également éviter le soufre pour toutes les variétés de végétaux à feuillage rouge, car leurs feuilles sont plus sensibles à la toxicité du soufre. Le soufre est également toxique pour certains insectes utilisés comme auxiliaires dans la lutte biologique : punaises, acariens et petites guêpes. Son utilisation doit être modérée car il finit par s’accumuler dans le sol, entraînant une acidification de celui-ci. À forte dose, le soufre acidifie le sol.

Il est aussi important de faire attention à sa sédimentation au fond des cuves du pulvérisateur et au colmatage ou bouchage des filtres et buses. Il est conseillé d'éviter les cuves anguleuses et de bien rincer le matériel de pulvérisation après traitement. Le soufre n'est pas sans inconvénients, et malgré ses nombreux atouts, il n'est pas le produit miracle contre l’oïdium.

Maladies Ciblées par le Soufre : Comprendre les Enjeux

Le soufre est particulièrement efficace contre plusieurs maladies cryptogamiques et problèmes de ravageurs, mais une bonne compréhension de ces affections est essentielle pour une intervention ciblée.

L'Oïdium

L'oïdium, également appelée "maladie du blanc", est causée par un champignon. Il s'en suit une déformation, une chute des feuilles ainsi que des baisses de rendement pour les cultures fruitières et potagères. C'est une maladie très répandue qui touche de nombreux légumes au cours de l'été, le rosier, les cucurbitacées, et la vigne notamment.

La Tavelure

La tavelure est une maladie cryptogamique couramment rencontrée chez les arbres fruitiers de la famille des rosacées. Les dégâts peuvent être très importants, et les symptômes sont observés aussi bien sur le feuillage que sur les fruits. Les feuilles atteintes arborent des taches brunâtres et finiront par totalement se déformer. La tavelure entraîne bien souvent un dépérissement des jeunes rameaux. Les fruits malades sont quant à eux marqués d'un feutrage brun noir, découlant sur leur déformation et l'apparition de crevasses. Ce phénomène est bien souvent suivi du pourrissement total des tissus atteints.

L'Excoriose de la Vigne

L'excoriose de la vigne est une maladie du bois provoquée par un champignon phytopathogène (Phomopsis viticola). Sur les jeunes pousses et les rameaux, on observe des lésions brunes puis noires qui, en vieillissant, font apparaître des cicatrices d'un aspect liégeux. Les feuilles présentent quant à elles des lésions blanches qui vireront au brun par la suite. Le soufre s’avère efficace contre cette maladie.

L'Érinose et les Acariens

L'érinose se manifeste par la formation de galles occasionnées par un petit acarien touchant, entre autres, le tilleul, l'érable et la vigne. Cet acarien se loge sous les feuilles et va induire la formation de galles jaunes-rouges à l'intérieur desquelles il va se reproduire. Cette déformation des feuilles peut être très importante. Le soufre agit également en tant qu'acaricide contre l'érinose et les acariens, comme les araignées rouges. Les soufrages contre l'oïdium ou l'excoriose réduisent en général les attaques d'acariose.

Comme le cuivre, le soufre fait partie des solutions pour limiter les dégâts dus à des champignons ou à des insectes parasites. Il se révèle notamment très efficace contre les acariens et surtout contre l’oïdium. Utiliser les produits phytopharmaceutiques avec précautions, tel que le Soufre Pulvérisation homologué sous le nom THIOVIT® JARDIN (N° d'AMM : 9500147), est une approche pour lutter contre l'oïdium, la maladie des taches noires et la tavelure sur les fruits, les légumes ou les rosiers. Il est important de tenir le produit hors de la portée des enfants, d'éviter toute exposition inutile et de le conserver uniquement dans le récipient d'origine, bien fermé, dans un endroit sec, frais et bien ventilé à l’écart des aliments et boissons, y compris ceux pour animaux. Le réemploi de l'emballage est interdit. Le soufre peut porter atteinte à la faune auxiliaire, donc la protection des organismes aquatiques nécessite de respecter une zone non traitée de 5 mètres en bordure des points d’eau pour les applications par pulvérisation en extérieur.

tags: #ou #trouver #du #soufre #oidium