L’art du paillage associé à l’arrosage automatique : optimiser la gestion de l’eau au jardin

La gestion de l’eau au jardin est devenue une préoccupation majeure pour tout jardinier soucieux de l’environnement et de la pérennité de ses cultures. À l’heure de la prise de conscience collective à propos du réchauffement climatique, le gaspillage de l’eau n’est plus au programme. L’arrosage est un point primordial au jardin comme au potager ou même pour les plantes d’intérieur. Il existe plusieurs techniques d’arrosage très différentes par leur fonctionnement et le matériel nécessaire. L’arrosage automatique, loin d'être un luxe, constitue une véritable gestion raisonnée de la ressource. Combiné à la pratique du paillage, il permet de créer un écosystème résilient où chaque goutte est valorisée.

Les vertus du paillage au service de l'économie d'eau

Le paillage, appelé également paillis ou mulch, consiste à mettre une couche de matériau protecteur sur le sol. L’objectif principal est de modifier les effets du climat sur la terre. Pour prendre soin de votre jardin et protéger vos plantes, pailler la terre est la meilleure solution. La présence du paillis va jouer le rôle d’une couverture épaisse freinant les rayons du soleil. En saison estivale, la présence du paillage va éviter le dessèchement du sol. À titre d’exemple, en été, le sol va vous demander 3 fois plus d’arrosage qu’un sol paillé.

Sur un sol nu, l’évaporation est 3 fois plus rapide que sur un sol couvert par du paillage. Le paillage permet de limiter l’arrosage au jardin en laissant passer l’eau vers vos plantations et en gardant un sol humide. Il limite l’échauffement du sol en été et le gel en hiver, tout en filtrant l’eau lors des fortes pluies. Le paillage permet une meilleure infiltration donc une meilleure assimilation de l’eau par les plantes. Sur les terres argileuses, la protection du paillis va éviter la création de la croûte imperméable appelée « battance ». Si un binage vaut deux arrosages, un paillage en vaut 5 !

Couche de paillage organique au pied de légumes potagers

La vie biologique et la structure du sol sous le paillis

Le paillage améliore le sol en entretenant sa vie biologique, offrant nourriture et abri pour les auxiliaires. Le paillage se décompose sous l’action des bactéries du sol et se transforme peu à peu en humus dont les plantes viendront se nourrir. La structure du sol est améliorée, les bactéries l’aèrent. Cette couverture végétale sert de refuge à de nombreux insectes et micro-organismes qui vont créer un environnement favorable à la croissance des végétaux. C’est le cas de nombreux insectes comme les vers de terre, les coccinelles ou encore les insectes recycleurs qui vont jouer un rôle dans l’entretien naturel de votre jardin.

Le paillage permet également de limiter les adventices. Celles qui réussissent à pousser au travers du paillis sont très faciles à déraciner. En privant les mauvaises herbes des rayons UV, elles ne pourront plus se développer et vont vous éviter d’utiliser des produits chimiques pour le désherbage de vos parterres. Cette méthode écologique permet de lutter naturellement contre les indésirables tout en préservant la vie dans la terre.

L'arrosage automatique : une gestion raisonnée

Contrairement aux idées reçues, arroser à la main est souvent la méthode la moins efficace : on arrose trop vite, l’eau reste en surface et s’évapore aussitôt sans atteindre les racines. Un système bien conçu apporte la juste dose au meilleur moment (souvent la nuit, entre 3h et 5h du matin). La terre boit calmement, sans perte par évaporation, ce qui favorise des racines profondes et des végétaux plus résistants. Que vous soyez au bureau ou en vacances à l’autre bout du monde, votre jardin est autonome.

Pour les grands espaces verts, le système d’arrosage automatique enterré est la norme absolue. Les tuyaux passent sous la terre, et la pression de l’eau fait sortir les têtes d’arrosage (les tuyères ou les turbines) hors du sol uniquement pendant l’arrosage. Une fois terminé, elles redescendent et disparaissent. C’est esthétique et cela vous permet de passer la tondeuse sans aucun risque de casser le matériel. Pour un réseau d’arrosage enterré, il faut creuser des tranchées d’environ 30 centimètres de profondeur. Dans ces tranchées, on installe des purges, un petit système qui permet de vider l’eau des tuyaux à la fin de l’automne pour éviter que l’eau ne gèle et ne fasse éclater l’installation.

L'irrigation localisée : le goutte-à-goutte sous paillage

L’arrosage goutte-à-goutte, aussi appelé micro-irrigation ou irrigation localisée, est un système économique en eau. Souvent utilisé dans les zones arides, cette technique cible les racines des plantes pour arroser seulement l’endroit nécessaire sous la terre. Il est fortement conseillé d'installer le tuyau goutte-à-goutte en dessous de la toile de paillage, c’est-à-dire avant sa pose afin d’éviter l’évaporation. Il faut juste faire un trou pour la sortie d’eau.

Schéma d'un système goutte-à-goutte installé sous une couche de paillis

Le système goutte-à-goutte apporte une dose modérée d’eau en fonction du réglage que vous aurez fait au préalable. Les avantages d’un réseau pour goutte-à-goutte sont nombreux : les économies sont encore plus importantes qu’avec les tuyaux microporeux car les arrosages sont parfaitement ciblés. On considère qu’en moyenne les économies s'élèvent à 70 % de l’eau dépensée par un arrosage normal. Une très faible pression suffit pour alimenter le réseau. Vous pouvez donc vous servir de l’eau de pluie récupérée, à condition néanmoins de placer un filtre à la sortie du récupérateur d’eau pour éviter de boucher ces tuyaux très fins avec des déchets végétaux.

Techniques alternatives : la gravité et les oyas

L’arrosage par gravité utilise la force d’attraction entre la Terre et l’eau. C’est une méthode naturelle qui n’utilise pas d’électricité et généralement pas non plus l’eau du réseau public, et qui distribue l’eau au goutte-à-goutte. Ce système nécessite une différence de hauteur entre la source d’eau et la partie de jardin à irriguer. Il implique l’installation d’un réservoir d’eau surélevé.

Les oyas, ou jarres d’irrigation, sont des récipients en terre cuite qui doivent être enterrés dans le sol. Ceux-ci laissent peu à peu s’écouler l’eau par la totalité de leur paroi, en fonction des besoins du sol. Cette technique, très ancienne et parfaitement écologique, est très utilisée en permaculture. En fonction de la sécheresse du sol et de la contenance de ces oyas, l’intervalle de remplissage va de 3 à 9 jours en moyenne. L’irrigation par oya permet d’apporter la juste quantité d’eau aux plantations. La paroi se gorge d’eau et l’extérieur devient moite. Les racines sont attirées par cette moiteur et en aspirent l’eau, en fonction de leurs besoins. Comme une éponge, l’oya contient l’eau longtemps et la relâche progressivement.

Tuto jardinage : mise en place d'Oyas

L'utilisation de l'eau de pluie pour une démarche écologique

Pour aller plus loin dans la démarche écologique, il est tout à fait possible de privilégier un arrosage automatique à l’eau de pluie. Au lieu de vous brancher sur l’eau potable de la ville, on installe une pompe dans une grande cuve de récupération d’eau enterrée dans votre jardin. Votre programmateur va alors puiser cette eau gratuite pour arroser vos plantes. C’est un investissement vite rentabilisé. L’eau de pluie est la meilleure eau pour vos plantes car elle est légèrement acide et dépourvue de calcaire ou de chlore. La taille de la cuve dépend surtout de la surface de votre jardin. On estime en général que pour un jardin d’une surface inférieure à 50 m², un récupérateur d’eau inférieur à 500 litres est amplement suffisant.

Choisir le bon matériel et programmer l'arrosage

Le programmateur est un accessoire indispensable pour maîtriser au mieux fréquence et durée de l’arrosage en goutte-à-goutte de votre potager, en fonction des besoins de vos légumes. Au départ il était obligatoire d’avoir une prise électrique à proximité ou d’y mettre des piles, aujourd’hui les modèles alimentés par l’énergie solaire se multiplient. Tout comme les modèles que vous pouvez piloter à distance via votre smartphone. La plupart des bons systèmes modernes sont équipés d’une petite sonde de pluie. Si un orage éclate pendant la nuit, la sonde le détecte et coupe l’arrosage prévu le lendemain matin. Le système s’adapte à la météo en temps réel pour ne jamais gaspiller une seule goutte.

La quantité d’eau et la régularité de l’arrosage vont dépendre de l’épaisseur de votre paillage, de la météo et de la nature du sol. Pour savoir quand arroser, sur une petite surface, fiez-vous à votre index ! En touchant la terre régulièrement, vous saurez quand vos plantes ont besoin de vous. Il est important que les plantes aient le temps de puiser l’eau fournie et que cette dernière s’infiltre jusqu’aux racines. Astuce : préférez arroser copieusement et moins souvent que quotidiennement en faible quantité. Trouver le rythme qui vous convient, par exemple une fois par semaine.

Maintenance et hivernage des systèmes automatiques

Le système d’arrosage goutte-à-goutte nécessite une attention plusieurs fois dans l’année et nécessite une certaine rigueur pour ne pas s’abîmer. Il vous faudra le passer en hivernage avant les premières gelées de l’hiver. C’est d’autant plus important si vous vivez dans une région aux températures hivernales très froides. Commencez par retirer les tuyaux des extrémités des raccords, puis les raccords eux-mêmes. Vous devez retirer les goutteurs et les émetteurs du système et les rincer à l’eau propre pour éliminer tout résidu. Ensuite, placez les goutteurs et les émetteurs dans un mélange d’eau et de vinaigre blanc à parts égales pendant au moins 30 minutes. Cela permettra d’éliminer les dépôts de minéraux et toutes autres accumulations qui pourraient boucher les émetteurs pendant les futures utilisations. Utilisez un ruban adhésif isolant afin d’envelopper toutes les connexions de tuyaux et toutes les vannes pour les protéger contre le froid. Ensuite, couvrez les conduites avec des housses en plastique ou en mousse pour les isoler davantage.

Maintenance hivernale d'un kit de goutte-à-goutte

Adaptation des besoins en eau selon les cultures

Les besoins en eau de votre potager varient selon plusieurs critères. Si les racines sont fines et superficielles comme celles des salades ou des pois, privilégiez un arrosage fréquent mais léger. À l’inverse, les choux, les tomates, les courgettes et d’autres légumes ont des racines dites profondes. Il faut également prendre en compte le stade de développement de votre légume. Au printemps comme en automne, arrosez plutôt le matin. Ainsi, le sol aura le temps de sécher avant la nuit et vous éviterez l’eau stagnante. Au contraire, en été, arrosez le soir, les légumes profitent de l’humidité de la terre durant toute la nuit. L’arrosage du matin est vite dissipé en période de canicule.

Le paillage permet de reproduire les conditions naturelles du sol, qui n’est jamais réellement à nu. Si vous pouvez acheter des paillages artificiels sur le marché, le paillage naturel, organique et biodégradable est bien mieux. Il peut être fait de paille ou de branchages par exemple. Le compost que vous réalisez vous-même constitue un excellent terreau pour votre paillage, car le sol est enrichi par la décomposition des déchets organiques. Le plus important à prendre en compte en installant votre paillage est de veiller à garder un bon équilibre en azote et carbone dans la terre. Si le paillage convient à la majorité des plantes de potager, renseignez-vous tout de même sur les besoins de vos plantations avant de vous lancer. Votre matériel d’irrigation doit, dans tous les cas, être entretenu pour éviter toute perte d’eau et donc de rendement.

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