Comment vivre dans le respect des limites et des ressources de la nature ? Alors que la production mondiale de pétrole a atteint son maximum et que c’en est désormais fini des énergies fossiles bon marché, la permaculture constitue une réponse pragmatique aux enjeux de notre époque. À la croisée de l’écologie, de l’agronomie et de la philosophie, la permaculture propose bien plus qu’une méthode agricole : une vision globale pour créer des écosystèmes humains durables.

Pensée systémique et éthique permaculturelle
La permaculture utilise la pensée systémique pour « élaborer en toute conscience des paysages qui imitent les schémas et les relations observés dans la nature et fournissent en abondance nourriture, fibres et énergie afin de subvenir aux besoins locaux ». En quatre décennies, la permaculture est devenue un mouvement international, apportant une contribution pratique au débat sur la soutenabilité. Les deux cofondateurs de la permaculture, Bill Mollison (1928-2016) et David Holmgren (né en 1955), sont australiens. Bill Mollison a théorisé sa pensée en collaboration avec l’un de ses étudiants, David Holmgren, en observant les écosystèmes naturels qui offrent un fabuleux modèle à reproduire par biomimétisme.
L’éthique permaculturelle se résume en trois axes : prendre soin de la Terre, prendre soin de l’Homme, s’ouvrir au partage équitable. Ajoutons la recherche d’une plus grande autonomie, sans pour autant s’isoler. Il est important de noter qu’il n’existe pas de cahier des charges technique ni de labellisation en permaculture. La démarche est avant tout une approche réflexive et flexible, loin des dogmes.
Adaptabilité et descente énergétique
Dans Permaculture, désormais le livre de référence sur le sujet, David Holmgren théorise et illustre concrètement 12 principes sur lesquels s’appuyer pour concevoir un mode de vie soutenable et s’adapter à la « descente énergétique » qui suivra le pic pétrolier. Chaque principe fait l’objet d’un chapitre à part entière. L'idée est de s'inscrire dans la longue durée, permettant de développer ses compétences tout en mettant à profit son expérience pour s'adapter à un contexte évolutif.
Le permaculteur doit prendre en compte le contexte général de son projet. Bien sûr, il doit analyser le sol qu’il souhaite travailler, mais il doit aussi obtenir, auprès des Chambres d’agriculture ou d’industrie, des données éclairant le contexte socio-économique du territoire où il se trouve. Comme le souligne Joris Danthon, la permaculture n’est pas dogmatique, elle propose simplement des pistes de réflexion. Il ne s'agit pas d'un modèle figé, mais d'une recherche de synergie, c'est-à-dire d'interactions positives entre les éléments d'un système donné.
Le design : de l'observation à la réalisation
La vision du projet peut être formalisée à travers une carte mentale ou un dessin. Il faut formaliser ses aspirations en termes de salaire, de relation avec le territoire et d’ouverture sur l’extérieur. L’observation est primordiale : cela signifie connaître le contexte juridique, institutionnel et politique de son projet autant que la situation économique, les ressources disponibles et les données physiques (sol, topographie, climat).
- Zonage : Un zonage lié à la fréquence d’usage des différents espaces pourra être défini (de 0 pour une zone d’habitation à 5 pour une zone laissée sauvage).
- Bordures : Il s'agit de l'environnement du projet et des influences pouvant le modifier.
- Évaluation : Une phase charnière pour laquelle on peut appliquer la grille de lecture AFOM (Atouts, Faiblesses, Opportunités, Menaces) et examiner les objectifs en se souvenant de l’acronyme SMART (Spécifiques, Mesurables, Acceptés, Réalistes, Temporalisés).
L’industrialisation de la production agricole contrarie la vie biologique du sol. Ainsi, le taux de matière organique dans les champs n’est plus que de 1 à 2 %, contre 4 à 5 % dans les années 50. Pour contrer cela, il faut reboucler les boucles des grands cycles biogéochimiques en développant des systèmes de polyculture-élevage ou en utilisant l'agroforesterie.
Agroécologie et restauration des écosystèmes
L’agroécologie pourrait bien être la seule réponse pertinente et rationnelle à la problématique de l’alimentation. La restauration des trames écologiques est fondamentale dans un projet permaculturel. Pour reconstituer cette « trame verte », il faut planter des haies de manière appropriée. On délimite aussi une trame bleue en rapport avec les zones humides, où le salut passe par la mare. Moins visible, mais à ne pas négliger, il existe aussi une trame brune formée par le réseau mycélien souterrain. Celui-ci, beaucoup plus fin et étendu que le système racinaire des plantes, démultiplie leur surface de captation de l’eau et des nutriments.

L’aménagement paysager permet de freiner, canaliser, capter et stocker les eaux pluviales. Le système de « keyline design » (conceptions et lignes clés) de Percival Alfred Yeomans est, à ce titre, souvent adopté par la permaculture. L'agroforesterie représente un élément absolument crucial pour la mise en place d’agroécosystèmes réellement durables, permettant à l’Homme d’agir en symbiose avec la Nature.
Vers une résilience locale
Les outils « low tech » peuvent faire partie des remèdes aux angoisses liées au changement climatique. Ils se caractérisent par leur faible coût, le « fait maison » et leur réparabilité. En France, l’apparition d’une néo-paysannerie, souvent associée au développement de la permaculture, témoigne d'un désir profond de reconversion vers un retour à la terre écologiquement engagé. Ces nouveaux paysans, qu'ils soient citadins ou ruraux, cherchent à s'inscrire dans des cycles naturels tout en gérant au mieux l’énergie disponible.
Il est nécessaire de rappeler qu'il n’existe pas de technologies ni d’objets durables en soi : seuls les modes de vie peuvent l’être. L’heure est à la transition, de la dépendance au pétrole à la résilience locale. Des ouvrages comme le Manuel de transition de Rob Hopkins ou les travaux de Charles et Perrine Hervé-Gruyer dans Vivre avec la Terre illustrent cette dynamique actuelle. La permaculture, en tant que somme de connaissances, offre une méthodologie rigoureuse pour quiconque souhaite passer à l'action, du balcon à la ferme, en respectant les limites planétaires.
Bibliographie et ressources pour approfondir
La littérature sur le sujet est vaste et permet une progression allant de l'initiation technique à la réflexion philosophique. Parmi les références incontournables, citons :
- Perma-culture (Tomes 1 et 2) de Bill Mollison et David Holmgren : Les textes fondateurs.
- La Révolution d’un seul brin de paille de Masanobu Fukuoka : Un classique sur l'agriculture sauvage.
- Vivre avec la Terre de Charles et Perrine Hervé-Gruyer : Un manuel complet pour maraîchers.
- Le Jardinier-Maraîcher de Jean-Martin Fortier : Une référence sur la rentabilité des petites surfaces.
- Le Sol, la Terre et les Champs de Claude et Lydia Bourguignon : Pour comprendre la biologie du sol.
Chaque projet évolue. Permaculture ne veut pas dire immuabilité. En effectuant un bilan complet de son action une fois par an au minimum, le pratiquant peut identifier les éventuels changements à réaliser et s'adapter, car l'aspirant permaculteur doit bien répondre à des besoins, les siens comme ceux de ses clients. En associant les cultures à la recherche de l’interaction optimale, symbiose ou synergie, le jardinier devient un acteur de la régénération du vivant.
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