La Permaculture en Viticulture : Cultiver la Vigne en Harmonie avec la Nature

La permaculture est une approche holistique de l'agriculture qui vise à créer des systèmes productifs et durables en harmonie avec la nature. Dans le contexte viticole, appliquer les principes de base de la permaculture peut aider à améliorer la qualité des raisins, réduire l'impact environnemental et favoriser la biodiversité. Cette méthode de culture offre une approche durable pour créer des vignes en harmonie avec la nature, permettant de préserver la biodiversité, d'améliorer la qualité des sols et de réduire l'empreinte écologique du vignoble. Le concept de permaculture, vieux de plus de 50 ans, maintient les vignobles vivants et intacts, même par temps extrême, et vise à optimiser les ressources naturelles tout en minimisant l'impact sur l'environnement et en favorisant la biodiversité.

Les Principes Fondamentaux de la Permaculture Appliqués à la Vigne

L'intégration de la permaculture dans la viticulture repose sur plusieurs principes essentiels qui guident la conception et la gestion du vignoble. Ces principes s'inspirent des écosystèmes naturels et cherchent à créer un environnement autonome et résilient.

Observation et Interaction : Comprendre son Terroir

Tout d'abord, l'observation et l'interaction sont des éléments clés de la permaculture. Dans le contexte de la viticulture, cela signifie étudier et analyser les conditions du sol, le climat, la topographie, la biodiversité et les ressources disponibles pour concevoir un système de culture adapté aux spécificités du terroir. Cette analyse approfondie permet d'identifier les ressources naturelles présentes (sol, eau, biodiversité), les contraintes (climat, topographie) et les opportunités d'amélioration. Daniel Wyss, conseiller viticole chez Delinat, souligne que pour lui, la clé de l'amélioration est la permaculture. Le design de la parcelle est en effet, selon Alain Malard, consultant en agroécologie, "la base de la création d’un vignoble en permaculture". La démarche permacole commence par une étude de la parcelle tant sur le plan topographique, hydrologique que sur le plan de la nature du sol ou encore de l’observation de la faune et de la flore présentes. Cette première étape est de faire l'inventaire des espèces présentes en forêt, en lisière, au bord des fossés, des clairières et des mares, en les croisant, et de valoriser l'ensemble des ressources pour profiter des énergies dont recèle la parcelle.

Schéma des principes de la permaculture

La Diversité comme Pilier de la Résilience

Un autre principe fondamental de la permaculture est la diversité. Pour mettre en place une viticulture durable et résiliente face aux changements climatiques, il est essentiel de favoriser la diversité des plantes, des animaux et des micro-organismes dans le vignoble. Cette diversité permet de créer un écosystème équilibré, où les ravageurs et les maladies sont naturellement régulés, et où les ressources sont utilisées de manière efficace. La permaculture favorise la biodiversité en encourageant la présence d'une variété d'espèces végétales et animales au sein du vignoble. En diversifiant les cultures et en créant des habitats naturels pour les insectes, les oiseaux et autres animaux, la permaculture permet de maintenir un écosystème équilibré et résilient. Alain Malard et son fils Camille ont également introduit les techniques permacoles sur un autre vignoble, le Clos Sainte-Pauline, où ils ont eu la volonté de rétablir les équilibres environnementaux en favorisant la diversité et la biodiversité depuis leur installation en 2003. L'œnologie, ou l'étude du vin, est un domaine fascinant qui remonte à des milliers d'années, et la complexité des écosystèmes diversifiés enrichit cette tradition. La diversité s'impose, d'autant que la vigne a toujours poussé par défaut, accompagnée d'autres plantes.

Recyclage des Ressources et Minimisation des Déchets

La permaculture met également en avant le recyclage des ressources et la minimisation des déchets. Dans le cadre de la viticulture, cela se traduit par la valorisation des déchets organiques et des sous-produits de la vinification, comme le marc de raisin, pour nourrir et régénérer le sol. Le compostage est une méthode de recyclage des déchets organiques qui permet de produire un amendement riche en nutriments pour les sols. Il est possible de composter les sarments de vigne après la taille, ainsi que d'autres résidus issus de la culture, contribuant ainsi à la fertilité du sol sans avoir recours à des intrants externes.

Coopération et Synergies au Cœur du Système

Enfin, la permaculture prône la coopération entre les éléments d'un système. Cela implique de favoriser les synergies entre les diverses composantes du vignoble, comme les plantes, les animaux et les micro-organismes, afin de créer un environnement propice à la production de raisins de qualité tout en respectant l'équilibre naturel. Pour Alain Malard, "chaque élément du paysage a plusieurs fonctions, ce qui permet au vignoble ainsi organisé d’être équilibré, autonome, redondant et productif". Il s'agit de s'inspirer de la nature pour créer des interconnexions bénéfiques.

Les Bénéfices Concrets de la Permaculture dans la Viticulture

L'application des principes de base de la permaculture à la viticulture permet de concevoir des systèmes de culture durables, résilients et productifs, qui respectent l'environnement et favorisent la biodiversité.

Préservation de la Biodiversité

La permaculture favorise activement la biodiversité. En encourageant la présence d'une variété d'espèces végétales et animales au sein du vignoble, elle contribue à maintenir un écosystème équilibré et résilient. Au Clos Sainte-Pauline, entre 2008 et 2019, avec le soutien de nombreuses organisations liées à l’environnement, les viticulteurs ont planté plus de 560 arbres et 448 mètres de haies, mis en place 50 nichoirs pour les prédateurs d’insectes, 10 gîtes à chauve-souris qui permettent de réguler les vers de la grappe, et créé 6 mares pour l'abreuvement des animaux et la promotion de la biodiversité. Aujourd’hui, ce sont plus de 54 espèces différentes d’oiseaux qui sont référencées sur le vignoble. Cet équilibre est crucial pour la santé générale du système.

Amélioration de la Qualité des Sols

La permaculture contribue à améliorer la qualité des sols grâce à des pratiques telles que le paillage, la culture en terrasses et la rotation des cultures. Ces techniques permettent de préserver la structure du sol, d'augmenter sa fertilité et de favoriser le développement d'une microfaune essentielle à la décomposition de la matière organique. Daniel Wyss insiste sur le fait que "pour cela, il faut impérativement un enherbement correct et la formation d'humus". Les couverts végétaux captent l’azote de l’air, fissurent le sol sur plusieurs mètres, permettent la mycorhization accélérée du sol et assurent ainsi la fertilité.

Réduction de l'Empreinte Écologique

De plus, la permaculture permet de réduire l'empreinte écologique du vignoble en limitant l'utilisation d'intrants chimiques et en optimisant l'utilisation des ressources naturelles. La gestion de l'eau est un aspect crucial de la permaculture, et les viticulteurs sont encouragés à adopter des techniques d'irrigation économes en eau et à favoriser la rétention de l'eau dans les sols. Les guerres du futur seront menées pour l'eau, et le changement climatique et la croissance de la population mondiale rapprochent entre-temps ce scénario. Les étés chauds et secs des dernières années ont également fait baisser le niveau des nappes phréatiques, menaçant la viticulture. Mais il existe des stratégies pour contrer la menace de "désertification" des régions sèches, et la permaculture en fait partie.

💧Gestion de l’eau et de l’érosion en permaculture

Impact Positif sur la Qualité du Vin

Enfin, la permaculture dans la viticulture peut également avoir un impact positif sur la qualité du vin produit. En effet, des vignes cultivées en harmonie avec la nature et des sols sains et équilibrés sont plus à même de produire des raisins expressifs et complexes, reflétant le terroir unique du vignoble. Au Clos Sainte-Pauline, ce nouvel équilibre permet de produire un vin naturel, gourmand, délicat, harmonieux et équilibré, très apprécié. La valeur paysagère ajoutée des systèmes vitiforestiers est en elle-même un argument de vente.

Techniques Permaculturelles Clés pour un Vignoble Durable

Plusieurs techniques et pratiques permaculturelles peuvent être mises en place pour une viticulture durable.

Agroforesterie et Vitiforest

L'agroforesterie est une pratique qui consiste à combiner des cultures agricoles avec des arbres et arbustes. Dans le cas de la viticulture, cela peut se traduire par la plantation d'arbres fruitiers ou à noix entre les rangs de vignes. Cette approche permet d'intégrer des arbres et des buissons dans la monoculture, appelée Vitiforest. Bien que les viticulteurs puissent être réticents au début car la présence d'arbres rend l'exploitation mécanique plus difficile, Daniel Wyss travaille sur des concepts qui combinent les deux, par exemple en plantant des arbres autour des vignes. L'objectif est d'augmenter le nombre d'arbres par hectare jusqu'à 40 grâce à un système à trois niveaux. "Plantés au bon endroit, les arbres ont un effet positif sur les vignes", explique-t-il. Les arbres et les haies aident à laisser l'eau s'infiltrer dans le sol et, en période de sécheresse, rendent l'eau disponible dans les couches profondes du sol. Cependant, toutes les espèces d'arbres ne conviennent pas. "Nous recommandons des arbres de taille moyenne et surtout ceux qui bénéficient de la même mycorhize", une association de champignons et de racines assurant l'approvisionnement de la plante en éléments nutritifs essentiels. Certains arbres assument alors également une "fonction de nourrice" pour la vigne. Des observations montrent que les vignes plantées à proximité immédiate de cormiers ou de cognassiers ont nettement mieux poussé. Alain Malard souligne que les arbres vont ainsi participer à l’exploration et à la vie du sol avec des racines plus profondes que la vigne. La vitiforesterie est une réponse à la problématique posée par le changement climatique en viticulture.

Enherbement et Travail du Sol Limité

L'enherbement consiste à maintenir une couverture végétale, généralement composée de plantes vivaces, dans les inter-rangs de la vigne. Cette pratique aide à prévenir l'érosion du sol, à stimuler la vie microbienne et à améliorer la structure du sol. Au Château Capet-Guillier, on retrouve des légumineuses dans l'herbe des parcelles qui sont un refuge pour les insectes et qui larguent de l'azote utile à la vigne. "Ici, on ne laboure plus les vignes", et le travail du sol est également limité pour préserver la vie souterraine et les cycles naturels. Daniel Wyss indique que jusqu'à présent, la doctrine voulait que l'on travaille les sols en les labourant et en les ameublissant en profondeur, ce qui favorise la fermentation du sol. Les experts en permaculture en sont très éloignés. Désormais, les sols ne sont plus travaillés que superficiellement, la végétation est roulée au lieu d'être labourée et ameublie au maximum en profondeur avec un disque. Les cultures du sol sont ainsi préservées, créant la base d'un autre aspect de la permaculture dans les vignobles.

Compostage et Paillage

Le compostage est une méthode de recyclage des déchets organiques qui permet de produire un amendement riche en nutriments pour les sols. Il est possible de composter les sarments de vigne après la taille, ainsi que d'autres résidus issus de la culture. Le paillage, quant à lui, consiste à recouvrir le sol de matières organiques pour maintenir l'humidité, réguler la température et enrichir le sol en matière organique. Ces pratiques s'inscrivent dans une logique de valorisation des ressources et de minimisation des déchets.

Gestion Intelligente de l'Eau

La permaculture prône une utilisation raisonnée de l'eau, notamment en favorisant la récupération de l'eau de pluie et en adaptant les besoins en arrosage aux conditions climatiques. Pour assurer l'approvisionnement en eau des vignes tout en se passant d'irrigation, Daniel Wyss veut laisser le plus possible d'eau de pluie s'infiltrer dans le sol et empêcher le ruissellement. Au Château Duvivier, la topographie avec des vignes légèrement en pente aide à la construction de nombreux petits étangs qui contiennent entre 50 et 80 mètres cubes d'eau. Un lac de 3 000 mètres cubes est également présent au-dessus des vignes, complété par de nombreux canaux qui acheminent l'eau là où elle est nécessaire. L'eau de pluie est ainsi recueillie et peut s'infiltrer lentement. Des projets au Portugal ont montré qu'il est possible de faire revivre de cette manière des paysages complètement desséchés, comme au domaine viticole Herdade dos Lagos dans le Vale de Camelos, où de grands lacs ont été créés pour recueillir les pluies et les rendre disponibles pendant les mois secs. La mise en place de mares et l’aménagement de noues permettra non seulement de stocker l’eau mais également de canaliser la faune et le gibier présents sur la parcelle.

Biodiversité et Lutte Biologique

La permaculture encourage la diversité des espèces végétales et animales pour favoriser les interactions bénéfiques entre elles. Dans le contexte de la viticulture, cela peut se traduire par l'installation de nichoirs pour les oiseaux, la plantation de haies pour abriter les auxiliaires de culture ou encore l'introduction d'insectes prédateurs pour lutter contre les ravageurs. Pour lutter contre les maladies et les ravageurs, le domaine Clos de la Bertrandie utilise des préparations à base de plantes et des extraits fermentés, ainsi que des insectes auxiliaires. Au Mas de Lupéria, il est expérimenté la plantation de légumes au pied des vignes ou l'introduction de poules au printemps pour manger les escargots ou de moutons à l’automne pour nettoyer les parcelles.

La Permaculture Viticole en Pratique : Études de Cas et Pionniers

La permaculture dans la viticulture est un concept encore relativement nouveau, mais plusieurs vignobles à travers le monde ont déjà adopté cette approche avec succès.

Des Exemples Inspirants : De l'Amérique à l'Europe

Situé au Vermont, le domaine de « La Garagista » est une exploitation viticole et maraîchère qui adopte les principes de la permaculture depuis sa création en 2010. La propriétaire, Deirdre Heekin, utilise des techniques de culture sur buttes et des associations de plantes pour favoriser la biodiversité et améliorer la qualité du sol. La taille des parcelles est également adaptée pour optimiser l'exposition au soleil et la circulation de l'air.

En Dordogne, le domaine « Clos de la Bertrandie » a choisi d'adopter la permaculture pour l'ensemble de ses activités viticoles. La gestion de l'eau est un élément clé de leur approche, avec la création de bassins de rétention et l'utilisation de plantes adaptées pour réduire l'érosion du sol. Le travail du sol est également limité pour préserver la vie souterraine et les cycles naturels.

Le domaine « Yealands Estate » est un exemple de viticulture durable et respectueuse de l'environnement, intégré dans la gestion de l'ensemble du domaine, avec une attention particulière portée à la biodiversité. Des ruches y ont été installées pour favoriser la pollinisation, et des zones de refuge pour la faune locale ont été aménagées.

Ces études de cas démontrent que la permaculture dans la viticulture est non seulement réalisable, mais également bénéfique pour la qualité des vins et la durabilité des exploitations.

Le Rôle Pionnier de Delinat et le Château Duvivier

C'est un négociant en vin qui a fait œuvre de pionnier dans ce domaine : il y a 40 ans déjà, Karl Schefer, fondateur de la société suisse de vente par correspondance Delinat, définissait pour ses viticulteurs ses propres directives pour la production des vins. Elles allaient déjà à l'époque bien au-delà des règles de la viticulture biologique. Dès le début, la biodiversité, l'enherbement et le travail du sol ont été mis en avant. "Depuis cinq ans, nous nous intéressons explicitement au thème de la permaculture", raconte Daniel Wyss, agriculteur et architecte paysagiste qui s'occupe depuis plus de 30 ans d'agriculture biologique. Il conseille les 100 viticulteurs Delinat d'Allemagne, d'Espagne, d'Italie, de France et de Suisse pour l'application des directives.

Depuis 1991 déjà, Delinat exploite son propre domaine viticole. Avec l'aide de ses clients actionnaires, la société de vente par correspondance a acheté en Provence un domaine négligé avec des vignes. Aujourd'hui, le Château Duvivier est considéré comme une exploitation modèle dans laquelle Daniel Wyss expérimente sur place, avec les viticulteurs, ce qui sera ensuite introduit dans les domaines viticoles des entreprises membres. "Nous avons fait beaucoup de recherches sur l'enherbement, la plantation d'arbres et les alternatives au cuivre", explique-t-il en parlant des débuts. Pour le projet pilote au Château Duvivier, les experts de Delinat collaborent avec les pionniers Josef Holzer et Jens Kalkhof, qui ont appliqué en Europe, sous le nom de "permaculture Holzer", le concept d'agriculture durable et proche de la nature développé par l'Australien Bill Mollison dans les années 1970.

Les Contributions d'Alain Malard : Design et Expérimentation

Alain Malard est l’un des plus grands spécialistes de l’agroécologie dans le secteur viticole. Consultant auprès des vignerons depuis presque 30 ans, il s’est intéressé de très près à la permaculture, pour en faire une spécialité presque unique en France : le design viticole. Après 10 ans d’étude et de compréhension de ce mode de production australien, il est passé à l’acte en créant son petit domaine à Neffiès dans l’Hérault, le Mas de Lupéria. Parti d’une feuille blanche, il a dessiné son vignoble en creusant des keylines (des tranchées sans retourner le sol) qui ont désigné son vignoble, à l’intérieur de 4,5 hectares de terres vierges. "L’objectif est aussi que la vigne se connecte au réseau mycorhizien des plantes locales implantées autour et dans les parcelles". Sur ce domaine, les vignes ont été plantées au printemps 2021 sur l'une des parcelles menées en permaculture. "Ici, on a banni tous les travaux mécaniques, on utilise uniquement la main de l'homme."

Plan de vignoble intégrant des keylines et des noues

Alain Malard accompagne également des domaines dans leur transition agroécologique. Au Clos Saint-Michel (40 hectares certifiés AB) à Châteauneuf-du-Pape, il travaille avec les frères Mousset sur les couverts végétaux pour augmenter le taux de matière organique des sols. Il les a aussi accompagnés dans la création d’une nouvelle parcelle plantée en fonction du relief, notamment pour obtenir une meilleure répartition de l’eau. Des noues ont été creusées pour garder le surplus d’eau et des corridors de plantes locales la traversent pour apporter de la diversité. Un autre client, le domaine des Quarres dans la vallée du Layon, a bénéficié de son aide pour le réaménagement total du réseau hydrique d’une grande parcelle de 13 hectares implantée en terrasse. 1800 mètres de noues seront installées sur trois terrasses pour répartir, infiltrer et stocker l’eau et enfin évacuer les excédents. Une grande parcelle de 10 hectares de vigne vient d’être entièrement conçue selon les grands principes du « keyline design » dans le Gers à Lectoure au Château Arton, où la plantation de Colombard est dessinée en suivant les courbes de niveau et agrémentée de noues arborées.

Mettre en Place la Permaculture dans son Vignoble : Une Approche Systémique

Se lancer dans la permaculture viticole peut sembler un peu intimidant au début, surtout sans expérience préalable. C'est un processus évolutif et d'apprentissage constant.

Comprendre la Permaculture et ses Techniques

Tout d'abord, il est essentiel de bien comprendre les principes de base de la permaculture. La permaculture est une approche systémique et holistique de l'agriculture, qui vise à créer des écosystèmes productifs et durables en imitant les schémas naturels. Ensuite, il faudra se familiariser avec les différentes techniques de la permaculture, telles que la rotation des cultures, le paillage, la culture en association, la plantation en courbes de niveau, la gestion de l'eau et l'intégration des animaux. La vigne est bien plus qu'une simple plante destinée à la production de raisin et de vin.

Pour vous aider dans cette démarche, il peut être utile de suivre des formations en permaculture et en viticulture biologique. De nombreuses organisations et écoles proposent des cours et des ateliers sur ces thématiques, en présentiel ou en ligne.

Le Design de la Parcelle : Une Étape Cruciale

L'une des premières étapes pour intégrer la permaculture dans un vignoble est de réaliser une analyse approfondie du site. Cette analyse permettra d'identifier les ressources naturelles présentes (sol, eau, biodiversité), les contraintes (climat, topographie) et les opportunités d'amélioration. Alain Malard explique que le design de la parcelle est "la base de la création d’un vignoble en permaculture".

Le consultant suggère de choisir plutôt des espèces végétales (forestières, fruitières…) produites à partir d'un noyau ou d'un pépin, permettant ainsi le développement d'une racine pivot, qui descendra plus profond dans le sol. "Ainsi, la cohabitation entre la vigne et les arbres en sera facilitée, chacun pouvant trouver eau et azote dans une strate différente", souligne-t-il. Pour le choix des arbres, il incite à privilégier ceux qui sont compatibles avec l'environnement, et des essences différentes pour que de multiples auxiliaires puissent s'installer.

Les Noues et les Keylines : Façonner le Paysage pour l'Eau

Après avoir rappelé que "dans la nature, les lignes droites sont quasi inexistantes et les sols rigoureusement plats sont très rares", l'étape suivante sera de tracer des lignes clés ("keylines"). Pour ce faire, il est nécessaire de considérer les "points clés" de la parcelle, là où les eaux se rassemblent, car c'est à partir de là que les ravines se forment. Cette première ligne suivra la courbe de niveau. Les autres lignes suivront cette courbe, "elles sont tracées avec une charrue, d'une ou plusieurs dents, le plus profondément possible, soit de 60 à 80 cm, tous les 0,50 à 0,75 mètre de largeur, en fonction de la pente et du matériel utilisé. Moi, j'ai pris le parti de planter les vignes en fonction de ces lignes", précise Alain Malard. Ce tracé permet de diriger, d'infiltrer, de stocker et de répartir les eaux de ruissellement, ainsi que d'évacuer les excédents, d'infiltrer de l'oxygène, du carbone et des nutriments.

Les noues, qui sont des fossés fermés, de 80 à 120 cm de large et d'une profondeur de 30 à 40 cm, devront être creusées dans le sens aval de la pente, en suivant la courbe de niveau principale pour capter, étaler et infiltrer l'eau dans les parcelles. Pour évacuer les excédents d'eau quand les noues sont pleines, il faut prévoir, à l'une de leurs extrémités, un 'trop plein' qui évacuera les excédents d'eau vers différents fossés, qui peuvent alimenter une ou plusieurs mares, à créer en bas de la parcelle. "En fonction de la pente, de la dimension et du nombre de points clés de la parcelle, il sera possible d'imaginer une ou plusieurs noues. Le plus souvent, la vigne suivra les sinuosités de la courbe des noues. C'est le long des noues, en amont, que l'on va placer les chemins qui traverseront les parcelles. C'est aussi le long de ces noues, en aval, que la vie (flore, faune) sera la plus intense et diversifiée", argumente Alain Malard. Les haies plantées sur les buttes de la noue, servent, quant à elles, de tampon et permettent d'éviter les coups de chaud, parfois le gel, et peuvent réduire les contaminations des maladies. "On réoriente ainsi les flux d'air."

Intégration de la Biodiversité et Gestion des Éléments

Le dernier étage de la fusée est l'organisation de la biodiversité dans les parcelles, autrement dit, quels arbres planter, lesquels à côté, pourquoi, quels avantages ? Quels animaux peuvent-ils être introduits dans la parcelle et pourquoi ? Etc. Soit la biodiversité ayant trait aux écosystèmes, aux espèces et à la génétique. Les plantes à petits fruits, les arbres et les plantes aromatiques ou encore les couverts végétaux sont à la fois des éléments de production mais aussi d’apport de diversité et de biodiversité.

Dans tous les cas, l'étape clé du système, selon Alain Malard, est de penser à compenser, et ce du début à la fin des étapes. "Quand on met dans les parcelles des arbres et de l'herbe, par exemple, il faut s'assurer que tout le monde aura à manger. Quand on fait des semis dans les vignes, une légumineuse par exemple, pompera l'azote jusqu'au bout. Conséquence : en mars, il n'y aura presque plus d'azote dans le sol. Or, c'est à ce moment-là que la vigne commence à pousser et qu'elle a besoin d'azote notamment. Il faudra donc faire des apports. On peut utiliser de l'urée (forme naturelle de l'azote dans la nature) à partir de fientes de poules par exemple, si, évidemment, le sol est vivant", explique-t-il. Cette étape de transition va durer quelques années. Car, tant qu'on n'a pas reconstitué le stock (matières organiques, sels minéraux, eau et macro et microorganismes), cela ne peut fonctionner. Le stock le plus rapide à constituer est celui de la matière organique labile, qui est essentielle pour la revitalisation des sols.

Au-Delà de la Monoculture : La Vigne, une Plante Sociale

La vigne est une monoculture et dès notre installation en 2003, nous avons eu la volonté de rétablir les équilibres environnementaux en favorisant la diversité et la biodiversité au Clos Sainte-Pauline. La vigne est bien plus qu'une simple plante destinée à la production de raisin et de vin. La vigne est une plante sociale, qui tient ses origines sauvages de Vitis vinifera sylvestris, membre d’un écosystème forestier complexe : la vigne des bois. Aujourd’hui, la monoculture de la vigne est le système dominant.

La Permaculture, une Réponse aux Limites des Autres Approches

Alain Malard a orienté ses clients d'abord vers une agriculture raisonnée, puis vers l'agriculture biologique, et, enfin, vers la biodynamie. Mais le compte n'y est toujours pas, selon lui. "Je n'ai jamais été satisfait des approches biologiques et biodynamiques, car cela ne suffisait pas. Ainsi, en biodynamie, les apports de compost, qui remplacent les engrais, restent des engrais." Il s’intéresse alors de très près à la permaculture, mode de production initié en Australie dans les années 70, qui s'inspire des écosystèmes naturels, pour créer un domaine agricole harmonieux, autonome et résilient. Il a multiplié les recherches et les visites de terrain durant une dizaine d'années, a suivi une formation en permaculture, avant de passer à la pratique en créant son petit domaine expérimental, à Neffiès. "La réalité, c'est qu'il y a une vie dans la nature et les sols, et que l'on ne s'y intéresse pas", un constat nourri des différentes expériences qui ont été les siennes au cours de sa vie professionnelle dans le monde viticole. Il a observé que les raisins ont changé et que dans les plantations de vignes, en passant de la sélection massale à des clones, de la greffe à la fente à la greffe oméga, on n'arrivait plus à tenir les maladies et les produits phytosanitaires ne fonctionnaient plus.

Les Défis Économiques et les Bénéfices à Long Terme

La complexité de l'exploitation en permaculture exige tout d'abord des viticulteurs qu'ils soient prêts à s'engager dans de nouvelles idées et méthodes et à accepter temporairement des pertes de rendement. "Mais l'effet positif du concept contribue à une plus grande résistance des vignes aux maladies et au stress de la sécheresse", affirme Daniel Wyss avec conviction. Au niveau économique, la permaculture prend plus de temps, que ce soit pour la mise en place du vignoble ou pour l’intégration de techniques permacoles. "Tout est manuel, un tracteur ne pourrait même pas entrer dans la parcelle. L’investissement humain est donc important, bien que de nombreuses choses s’équilibrent et s’autogèrent", observe Alain Malard. Au Mas de Lupéria, il estime le coût de production à 3,50 € HT/bouteille. C’est aussi un investissement financier. Pour l’heure, ses premières productions (en 3e feuille) se situent à environ 10 hl/ha, mais son objectif est d’atteindre 50 hl/ha. "Avec nos 3200 pieds par hectares et en taillant un peu plus long, je pense que c’est réalisable", estime-t-il. Ses bouteilles sont vendues en moyenne 10 € HT au départ du domaine, "pour que ce vin nature reste accessible à tous". En somme, se lancer dans la permaculture viticole demande du temps, de l'investissement et de la patience, mais les bénéfices en termes de qualité de production, de résilience et de préservation de l'environnement en valent largement la peine.

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