Créer de la Matière Organique en Permaculture : Un Guide Complet pour un Sol Vivant et Productif

Illustration de la chaîne trophique du sol

La permaculture, bien plus qu'une simple approche de jardinage, est une philosophie de conception visant à créer des écosystèmes productifs et résilients en imitant la nature. Au cœur de cette démarche se trouve une compréhension profonde et une valorisation inestimable du sol, acteur essentiel de notre écosystème. La santé du sol est cruciale pour notre survie, car la qualité de l'agriculture repose directement sur sa qualité. Au fil des millénaires, et de manière accélérée durant les soixante dernières années, l'interaction humaine avec la terre a souvent conduit à un épuisement de la fertilité des sols, les cultures puisant les nutriments sans une gestion adéquate pour leur régénération. En permaculture, l'objectif principal est d'augmenter au maximum le pourcentage de matière organique dans le sol et de fournir des habitats pour une grande diversité d'organismes constituant le réseau trophique du sol. Cela passe par une réappropriation des cycles naturels et une série de stratégies, techniques et outils spécifiques.

Les Fondations de la Permaculture : Éthiques et Principes

La permaculture nous incite à nous mettre au rythme de la nature, en observant et en comprenant notre environnement. Elle ne se limite pas au jardinage, mais englobe une vision globale de l'habitat et de la gestion des ressources. L'expression « prendre soin de », souvent utilisée pour décrire les éthiques de permaculture, place le permaculteur dans un rôle interventionniste. Cependant, il est pertinent de se demander si la terre a réellement besoin de nous, ou si nous devrions plutôt nous concentrer sur la reproduction des processus naturels.

Les éthiques de permaculture reposent sur des principes fondamentaux :

  • Prendre soin de la Terre : Cela implique de valoriser la diversité dans votre écosystème pour augmenter les interactions productives entre les êtres vivants. La biodiversité limite les impacts des maladies ou des ravageurs qui se propagent moins vite dans un milieu diversifié où ils rencontrent plus d'obstacles, de prédateurs ou de plantes résistantes, contrairement aux monocultures.
  • Prendre soin des Humains : Assurer l'accès aux ressources nécessaires pour une existence saine et épanouie.
  • Partager équitablement les surplus : Redistribuer les excédents pour soutenir ces éthiques.

Ces éthiques se déclinent en principes de conception qui guident les actions du permaculteur. Quelques exemples de la façon dont les principes de permaculture peuvent vous aider au jardin incluent l'observation et l'analyse de votre site pour intégrer à votre plan les connexions entre les éléments essentiels de votre système. Vous développerez ainsi des relations saines et des interactions harmonieuses entre ces éléments et aurez une meilleure compréhension de votre environnement. Un autre principe fondamental est d'imiter la nature, car c'est le modèle ultime de permaculture. Prenez le temps de vous connecter avec le monde naturel autour de votre maison. Cherchez des moyens de l'imiter en reproduisant, par exemple, une forêt comestible avec une couverture du sol, une strate arbustive, une couche d'arbres courts et une couche de grands arbres qui fonctionnent en symbiose. Avec une forêt comestible bien conçue, vous pouvez avoir un système qui se régénère et produit graines, noix, baies, fruits, fleurs, racines, herbes, légumes et plus encore ! Enfin, faire en sorte que chaque élément de votre système remplisse plusieurs fonctions, et que chaque fonction soit remplie par plusieurs éléments, est une clé de la résilience.

Comprendre le Sol : La Base de Toute Fertilité

Schéma des différents types de sols (sableux, limoneux, argileux, limono-argileux)

Pour créer de la matière organique efficacement, il est impératif de comprendre le sol. Saviez-vous qu'il y a plus de micro-organismes dans une cuillerée à café de sol sain que d'êtres humains sur Terre ? Un sol sain regorge de bactéries, de champignons, de vers de terre, de coléoptères… Les vers de terre sont évidemment les plus faciles à dénombrer et peuvent servir d'indicateur fiable de la biodiversité souterraine. Ces organismes vivants participent à la formation du sol grâce à leurs processus digestifs. Quel que soit le type de sol, améliorer la vie biologique entraîne automatiquement une amélioration globale du sol. Par exemple, dans un sol sablonneux, la vie biologique favorisera son agrégation, augmentant ainsi sa capacité à retenir l'eau et à préserver les nutriments.

La texture du sol influence grandement sa capacité à retenir l'eau et les nutriments. Un sol sablonneux est principalement constitué de grosses particules. Les racines des plantes peuvent facilement pénétrer ce type de sol, mais il ne retient pas l'eau ni les nutriments pendant une longue durée. Un sol limoneux est composé de particules de taille moyenne. Il a une bonne capacité à retenir l'eau et les nutriments. Cependant, il peut être facilement érodé ou compacté. Un sol argileux est composé de petites particules. Il a une excellente capacité à retenir l'eau et les nutriments. Toutefois, il devient dur lorsqu'il est sec et fortement compact lorsqu'il est mouillé. Le sol limono-argileux est un mélange de sable, de limon et d'argile, ce qui en fait le meilleur sol pour la plupart des cultures.

Pour tester la texture de son sol, il existe des fiches pratiques qui vous guident. La structure du sol est également primordiale :

  • La structure particulaire : Caractéristique des sols majoritairement sableux, elle ne permet pas au sol de retenir l'eau et les nutriments essentiels aux plantes.
  • La structure compacte : Caractéristique des sols majoritairement argileux, une structure compacte rend le sol saturé en eau, imperméable à l'air, ce qui crée un milieu asphyxiant pour les plantes et ne permet pas le développement de la vie aérobie, la plus importante dans la création de fertilité.
  • La structure grumeleuse : C'est la structure idéale, caractéristique d'un sol où sables et limons sont liés entre eux par l'argile et forment des agrégats permettant d'avoir un sol à la fois perméable à l'eau et à l'air, pouvant retenir les nutriments et accueillir une belle activité biologique, base d'un sol fertile et vivant.

Le pH joue aussi un rôle dans la détermination des types de micro-organismes présents dans le sol et influe sur la disponibilité des nutriments absorbés par les plantes. Chaque plante a une plage de pH préférée, généralement comprise entre 5,5 et 7. Le pH est une mesure de l'acidité ou de l'alcalinité, allant de 1 (très acide) à 7 (neutre) à 14 (très alcalin). Le pH du sol varie généralement de 4 à 9 et diffère d'un endroit à l'autre en raison de divers facteurs. Par exemple, la présence de calcaire rend le sol alcalin, tandis que les bactéries du sol produisent des acides lors de leur processus de digestion, acidifiant ainsi le sol au fil du temps. Pour augmenter le pH (le rendre plus alcalin), on peut ajouter du calcium, de la chaux, des coquilles d'huîtres ou de la cendre de bois.

Le Rôle Crucial de la Matière Organique dans la Vie du Sol

L'humus est de la matière organique stable à la base de la fertilité d'un sol, créée par la vie du sol à partir de la décomposition de matières organiques fraîches mises à sa disposition. Cette vie du sol, dont notamment les vers de terre, va creuser des galeries, aérer le sol, le rendre perméable à l'air et à l'eau, ce qui va permettre un meilleur développement des racines de végétaux, une circulation et un stockage optimal de l'eau. C'est pourquoi on recommande très fortement en permaculture de ne pas retourner ou labourer le sol sous peine de briser ce cercle vertueux et de bouleverser l'ensemble de cet équilibre vivant. Une autre raison de ne pas labourer est la préservation des réseaux mycéliens (champignons) dans le sol. En effet, les champignons contribuent pour beaucoup plus que l'on ne croit à la santé de nos végétaux, en créant notamment des associations vertueuses avec les racines des plantes (mycorhizes). Ils mettent à disposition des plantes eau et nutriments en échange de sucres et autres éléments nécessaires à leur survie que les plantes peuvent leur procurer.

La matière organique améliore le drainage du sol. L'ajout de matière organique, telle que du compost ou du fumier bien décomposé, améliore la structure du sol et favorise un meilleur drainage, quel que soit le type de texture du sol. La matière organique agit comme une éponge, en absorbant l'excès d'eau et en créant des canaux qui permettent à l'eau de s'écouler plus facilement à travers le sol. Il est recommandé d'ajouter environ 5 cm de compost ou de fumier chaque année pour améliorer le drainage.

Les vers de terre sont importants pour plusieurs raisons. Leur fouissage aère le sol et améliore sa structure, ce qui favorise la croissance des plantes. De plus, leurs matières fécales contribuent à la formation d'une structure du sol saine. Les vers de terre dégradent également la matière organique présente, ce qui la rend accessible aux micro-organismes bénéfiques. Ces micro-organismes favorisent à leur tour la production d'humus, qui est essentiel pour la fertilité du sol. Pour améliorer la population de vers de terre dans le sol, il est important de ne pas utiliser de produits chimiques et de maintenir un pH du sol compris entre 5 et 7.

Stratégies et Techniques de Création de Matière Organique en Permaculture

Pour faire un jardin en permaculture concrètement, un minimum de design (ou conception) préalable est nécessaire. C'est le guide du permaculteur débutant qui vous invite à devenir l'architecte de votre lieu. Cette démarche de conception a été éprouvée par divers permaculteurs de renom à travers le monde. Voici les 8 étapes clés pour réaliser votre propre conception en permaculture : poser ses objectifs, observer et analyser son site, planifier l'efficacité énergétique, imiter la nature, faire en sorte que chaque élément remplisse plusieurs fonctions, valoriser la diversité, choisir le bon support de culture, et créer des associations de légumes au potager.

Comprendre la PERMACULTURE pour les débutants

Le Compostage de Surface : Une Technique Simple et Efficace

Le compostage de surface est une façon rapide d'optimiser presque toute la matière organique en la mettant directement à la disposition des légumes. Un gain en temps et en fertilité, alors pourquoi s'en priver ? Il consiste à venir directement déposer les déchets organiques sur les planches de cultures. Cela revient à reproduire un cycle bien connu de la nature, celui de la matière organique : une plante pousse, meurt, et tombe au sol. Puis elle se décompose, améliorant ce dernier au passage. Vos déchets organiques sont déposés à même le sol du potager et recouverts (dans la majorité des cas) par un paillage pour garder un côté esthétique.

Cette méthode s'inspire de l'observation de la nature. Dans la nature, le compostage par la chaleur n'existe pas ou quasiment pas. La quasi-totalité des matières organiques sont transformées dans les litières et subissent donc un compostage de surface. Si l'on regarde l'énergie contenue dans les matières organiques, on tient là un argument plus solide. Les végétaux captent l'énergie solaire via la photosynthèse et la stockent sous forme chimique dans leurs composés organiques. Si vous compostez en tas, cette énergie est en grande partie transformée en chaleur et est donc dissipée et perdue pour la vie du sol. Si le matériau est apporté frais au sol, cette énergie sera alors mise à disposition de l'activité biologique du sol (vers de terre, micro-organismes, larves d'insectes…).

De plus, les matières non compostées sont composées de sucres, de protéines, de cellulose… qui participent à nourrir directement la vie du sol. Plus un compost est mûr, moins il contient de tels composés. Un autre avantage est la simplicité de mise en œuvre : pas besoin de faire un tas dans les règles de l'art, il suffit de déposer les matières compostables au contact du sol.

Pour mettre en place du compostage de surface, rien de plus simple. Si vous paillez au jardin, vous pratiquez déjà une forme de compostage de surface. N'hésitez pas à hacher vos restes de cultures. Généralement, les jardiniers déposent ces déchets sous un paillage déjà présent. Pourquoi recouvrir les déchets ? Pour plusieurs raisons : éviter certaines nuisances visuelles et, dans une moindre mesure, olfactives (notamment s'il y a des résidus d'origine animale). Le compostage de surface est à considérer à mi-chemin entre un paillage et un compost.

Quels types de déchets peuvent être utilisés ?

  • Certains vont même jusqu'à nettoyer et préparer les légumes dès la cueillette, laissant les fanes de betteraves ou de carottes pour ceux qui ne les cuisinent pas, ou encore les queues de haricots. Gain de temps et moins de saletés ramenées à la maison !
  • Tous les déchets de cuisine peuvent être épandus au potager sous le paillage au fil des mois. Évitez tout de même la viande, le poisson et les produits laitiers qui peuvent attirer les rats. Préférez les composter dans votre silo.
  • Tout ce que votre terrain produit : des feuilles, des restes de tailles bien hachées.
  • Les adventices, même problématiques comme le chiendent. Laissez-les sécher, racines à l'air libre, durant quelques jours. Pour les annuelles peu problématiques, coupez-les au collet quand elles gênent les cultures. Toutes ces adventices relâcheront des minéraux dans le sol après leur décomposition.
  • La tonte peut aussi être utilisée en compostage de surface et faire office de paillage par la même occasion.

Il est optimal de mélanger à la fois des déchets carbonés et azotés pour qu'ils se bonifient les uns les autres. Tout ce qui est tendre et humide contient majoritairement de l'azote (tonte, déchets de cuisine, reste de cultures…). À l'opposé, tout ce qui est sec, dur et ligneux contient du carbone (bois, broyat, paille…).

Le compostage de surface nourrit directement toute la petite faune qui grouille sous nos pieds. Dans un mètre cube de sol, on peut compter jusqu'à huit cents lombrics ! Tous ces êtres vivants décomposent la matière et rejettent dans le sol la nourriture indispensable aux végétaux que nous cultivons. En les nourrissant, on alimente donc directement nos futurs légumes et indirectement nos estomacs ! Les vers de terre sont friands du compostage de surface et finiront par s'en nourrir. À moyen terme, le compostage de surface permet aussi une amélioration de la structure du sol. Ces derniers permettent de structurer les particules de terre entre elles. Au bout de quelques années de compostage de surface, la texture du sol devient souvent très intéressante, comparable à du couscous !

Le compostage de surface fait effectivement gagner beaucoup de temps. Une fois la vie du sol bien installée, les décomposeurs travaillent vite et bien. Vous pourrez directement planter dedans en veillant à écarter un peu les résidus des anciennes cultures et déchets de cuisine. L'apport de déchets de cuisine au potager permet aussi d'augmenter l'humidité dans le sol. Ils sont constitués de 40 à 95 % d'eau. À l'abri sous le paillage en été, ils délivreront au final une belle humidité au sol, lentement, et maintiendront la terre humide plus longtemps. Pratique pour limiter les effets d'une sécheresse. Cependant, prenez des précautions avec certaines cultures comme l'ail ou l'oignon qui n'apprécient pas les sols trop humides.

Les inconvénients du compostage de surface concernent principalement l'attraction de ravageurs, surtout pour les restes de cuisine. Les limaces, par exemple, peuvent se nourrir du compostage de surface et épargner les plants chez certaines personnes. Les rongeurs trouvent souvent cachette sous les paillages. Pour limiter au maximum d'attirer les rats, excluez les déchets d'origine animale (viande, poisson, produits laitiers) à proximité des plantes cultivées. Les oiseaux, en particulier les merles, raffolent des vers de compost.

Le compostage de surface est complémentaire avec un compost en tas ou en silo, qui permet de produire beaucoup de compost d'un coup et d'obtenir un substrat riche pour le repiquage. Le compostage en tas génère une montée en température qui permet d'hygiéniser le compost et de détruire les adventices et leurs graines. Il est intéressant de faire un mix entre les deux, par exemple avec le compostage en tranchée entre deux rangs de culture pour enrichir un rang de légume disposé à côté.

Le Paillage en Permaculture : Une Couverture Protectrice et Nourricière

Le paillage en permaculture est une technique fondamentale. Le paillage régulier peut aider à améliorer le drainage du sol en réduisant l'évaporation de l'eau et en limitant le ruissellement. Le paillis naturel, tel que l'herbe coupée, le paillis artificiel comme le carton ou un paillis vivant comme le trèfle rouge, peut être appliqué sur la surface du sol. Il est indispensable de couvrir son sol tout au long de l'année. Le paillage apporte de la matière organique et conserve l'humidité de la terre, un excellent moyen de prendre soin de la vie microbienne !

Le paillis organique est une méthode simple et efficace pour enrichir votre sol, conserver l'humidité et prévenir l'érosion. La paille et le foin sont d'excellents matériaux pour couvrir le sol. Vous pouvez les trouver via votre réseau, dans des jardins partagés ou auprès de maraîchers bio. L'utilisation locale des tontes de gazon est aussi une excellente option, car elles se décomposent vite.

Les Buttes de Permaculture : Augmenter la Surface de Production et la Fertilité

Schéma de la construction d'une butte de permaculture avec alternance de couches carbonées et azotées

Les buttes de permaculture ont le vent en poupe. Ces parcelles fertiles sont un excellent moyen de produire des fruits et légumes du jardin en quantité. La couche superficielle du sol est épaissie et enrichie, créant un sol riche en humus et en vie microbienne, la clé d'un potager productif. Plus la vie microbienne et bactérienne est importante, plus votre sol sera productif car ces petits habitants souterrains décomposent rapidement la matière organique du sol, rendant les nutriments accessibles aux plantes.

Les buttes de culture permettent de gagner plus de 10 % de surface de culture, particulièrement adaptées aux petits espaces. Grâce au relief du sol, les plantes captent plus de lumière tout au long de la journée. Les buttes facilitent le jardinage en étant surélevées, permettant de moins se baisser.

Trois étapes pour faire ses buttes de permaculture :

  1. Préparez la matière organique : Pour optimiser la production, apportez à peu près autant d'azote (déchets végétaux verts et frais : tontes de gazon, feuilles vertes fraîches) que de carbone (déchets végétaux marrons et secs : bois mort, feuilles sèches). N'hésitez pas à broyer les matières organiques pour accélérer la décomposition.
  2. Mettez en place la butte de culture : Creusez votre future parcelle sur une trentaine de cm. Ajoutez couche par couche les éléments organiques en alternant matières carbonées et azotées, humidifiez entre chaque couche. Recouvrez le tout avec la terre végétale mise de côté. Paillez ensuite votre butte.
  3. Ajoutez un système d'arrosage : Intégrez des oyas ou un arrosage goutte à goutte. Plantez les végétaux qui demandent peu d'eau en haut des buttes, et les légumes assoiffés en bas, pour que l'eau coule naturellement.

Pour entretenir son potager en butte, il est important de planter tout au long de l'année pour maintenir la terre en bonne santé, d'utiliser des engrais verts sur les parcelles non cultivées, de pailler toute l'année, de penser aux rotations de culture pour ne pas épuiser le sol et d'ajouter régulièrement de la matière organique pour recharger le sol.

La Culture en Lasagne : Quand les Vers de Terre Remplacent la Bêche

La culture en lasagne est une technique de permaculture efficace dans certains contextes, souvent utilisée pour enrichir rapidement une terre pauvre, notamment quand on ne produit pas encore de matière organique sur son site. Elle consiste à superposer différentes couches de matière organique (déchets verts, cartons, feuilles mortes, compost, etc.) pour créer un sol fertile sans avoir besoin de le travailler. Les vers de terre et les micro-organismes se chargent de décomposer ces couches, créant ainsi un humus riche.

Les Engrais Verts : Des Plantes au Service du Sol

Un engrais vert est une plante que l'on cultive spécifiquement pour être incorporée dans le sol. Les engrais verts, comme la luzerne, la moutarde ou la phacélie, sont semés, puis coupés et enfouis avant qu'ils ne produisent des graines. En les utilisant, vous pouvez rapidement améliorer la qualité de votre sol de manière naturelle et durable, tout en réduisant votre dépendance aux engrais chimiques. Si vous avez un budget limité, vous pouvez vous procurer des graines bio de lentilles, haricots, pois chiche, fèves, etc., dans les supermarchés bios.

Le Bois Raméal Fragmenté (BRF) : Pour un Développement Fongique Optimal

Le Bois Raméal Fragmenté (BRF) est une méthode innovante et efficace pour enrichir le sol en matière organique. Il s'agit de jeunes rameaux ligneux broyés, riches en lignine et cellulose, qui favorisent le développement des champignons et du mycélium dans le sol. Ces champignons sont essentiels pour la santé des végétaux. Vous pouvez vous procurer du BRF auprès d'élagueurs ou de jardiniers municipaux, qui en produisent souvent en grande quantité et cherchent à s'en débarrasser. Avant d'appliquer le BRF, assurez-vous que le sol est bien humidifié. Étalez une couche d'environ 5 à 10 cm d'épaisseur sur la surface du sol. Pour des résultats optimaux, il est recommandé d'incorporer légèrement le BRF dans les premiers centimètres du sol.

Les Autres Approches pour Enrichir son Sol

Quand on démarre son jardin et qu'on ne produit pas encore de matière organique, il est difficile d'enrichir sa terre. Le principe de réduction des intrants externes est fondamental. Le but est de minimiser l'usage de produits chimiques et d'engrais artificiels, en favorisant des pratiques plus écologiques. Vous pouvez également produire vos propres ressources en y pensant dès la conception de votre jardin, en créant des synergies entre les éléments.

  • Le compost : Le compost est un élément clé pour enrichir votre sol. Il améliore la rétention d'eau, fournit des nutriments essentiels, stabilise la structure du sol et favorise l'activité microbienne à court terme.
  • Le fumier : Le fumier est une autre excellente source de matière organique. Il améliore la fertilité, la structure et la capacité de rétention d'eau du sol. Comme pour le compost, demandez autour de vous.
  • Le keyhole garden : C'est un type de jardin surélevé circulaire avec un puits de compostage central, permettant un arrosage et un apport de nutriments efficaces au centre.
  • La gestion de l'eau : Récupérer son eau de pluie est une technique importante. Des cuves de récupération d'eau de pluie sont des éléments très pertinents à installer au niveau des descentes de gouttières. Une bonne gestion de l'eau au potager en permaculture limite le ruissellement excessif qui peut entraîner une perte de sol et de nutriments par érosion.
  • Les associations de légumes : Créer des associations de légumes au potager permet de valoriser la diversité dans votre écosystème, limitant les impacts des maladies ou des ravageurs.
  • Les forêts nourricières : Si vous partez de zéro, avant la plantation, préparez le sol en utilisant des cultures de couverture et du paillis ligneux pendant une année. Cela permet de construire la matière organique, de corriger les déséquilibres de fertilité et de favoriser le développement fongique. Ajoutez du compost, des copeaux de bois à feuilles caduques et d'autres matières ligneuses aux cultures d'engrais vert. Les forêts nourricières exploitent la capacité des plantes fixatrices d'azote et d'autres plantes comme la consoude à extraire efficacement les nutriments du sous-sol.

La Succession Écologique et la Reproduction des Écosystèmes Naturels

En permaculture, nous devrions nous efforcer de reproduire la richesse biologique des écosystèmes naturels. Cependant, l'émulation d'une prairie est différente de l'émulation d'une forêt. Il est donc essentiel de comprendre clairement l'écosystème que vous essayez de reproduire. La succession écologique est un processus de changement de la composition des espèces au fil du temps. Dans nos régions tempérées, la succession écologique vise généralement à former une forêt. Les sols forestiers, par exemple, sont dominés par les champignons, tandis que les sols des prairies présentent une répartition équilibrée entre champignons et bactéries.

Dans une forêt, la matière organique provenant des feuilles, des brindilles, des branches et des plantes en décomposition tombe sur le sol, où elle est décomposée en humus riche par des champignons et d'autres organismes. Les champignons, présents sous forme de mycélium, s'étendent dans les premiers centimètres du sol et servent d'interface entre les racines des plantes et les nutriments. Ils transportent les nutriments et l'humidité à la plante hôte, étendant ainsi sa zone d'absorption au-delà de la structure racinaire. Cette relation symbiotique est essentielle pour permettre aux arbres de parvenir à maturité.

Les forêts nourricières sont en réalité des versions plus jeunes des forêts matures. Elles sont conçues selon la structure des jeunes forêts naturelles et intègrent souvent des arbres et des arbustes fixateurs d'azote. Ces espèces pionnières s'établissent rapidement et améliorent les conditions du sol et de l'environnement, préparant ainsi le terrain pour la croissance d'autres arbres.

Illustration d'une forêt comestible avec différentes strates végétales

Les Inconvénients et les Précautions en Permaculture

Malgré ses nombreux avantages, la permaculture présente quelques inconvénients à considérer. Copier des techniques permacoles non adaptées à votre environnement peut être contre-productif. Il est essentiel d'acquérir les connaissances permacoles nécessaires et de réapprendre à observer et comprendre son environnement. La permaculture demande un investissement initial en temps et en apprentissage pour concevoir et mettre en place un système adapté.

Il est souvent déconseillé de composter les légumes atteints de maladie en compostage en tas, certains recommandant de les brûler. Cependant, brûler de la matière organique est une hérésie quand on connaît la richesse qu'elle représente. De plus, les spores des champignons restent dans le sol d'une année sur l'autre et sont présents partout dans l'environnement. Vous ne risquez donc pas grand-chose en les mettant en compostage de surface.

Enrichir son sol sans produire de matière organique soi-même peut sembler un défi de taille, surtout lorsque l'on débute un jardin sur un sol pauvre. Il faut se rappeler une leçon essentielle de la permaculture : imiter la nature. La nature est notre meilleur professeur. Dans une forêt, chaque feuille, chaque branche, chaque organisme joue un rôle crucial dans la santé et la fertilité du sol. Rien n’est gaspillé.

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