La permaculture, un concept né en Australie dans les années 1970 et formulé par Bill Mollison et David Holmgren, est bien plus qu'une simple technique agricole. Il s'agit d'un système de pensée global, une science de conception de cultures, de lieux de vie et de systèmes agricoles humains, qui s'inspire du fonctionnement de la nature. Elle utilise des principes d'écologie et le savoir des sociétés traditionnelles pour reproduire la diversité, la stabilité et la résilience des écosystèmes naturels. En France, cette approche gagne en visibilité et en applications concrètes, offrant des solutions pour une transition écologique.

Origines et Évolution du Concept de Permaculture
Le terme « permaculture » provient de la combinaison des termes anglais « agriculture » et « permanente », bien que le concept d'agriculture permanente ait été utilisé dès 1911 par l'agronome américain Franklin Hiram King pour décrire des méthodes d'agriculture durable en Chine, en Corée et au Japon. Au milieu des années 1970, Mollison et Holmgrem ont développé des idées pour construire des systèmes agricoles à long terme et à haut rendement, cherchant des alternatives durables au système agricole industriel. Ils ont observé que l'agriculture industrielle, avec sa préférence pour les monocultures et l'utilisation massive de pesticides, lessivait le sol et l'eau, réduisait la biodiversité et érodait les sols fertiles.
En 1978, Mollison a publié son premier livre sur ce concept, intitulé Permaculture One. Initialement, Mollison et Holmgren définissaient la permaculture comme la planification, le développement et la gestion des systèmes intégrés d’auto-évolution et d’autopropagation des espèces animales et végétales. Au fil des années, ils ont élargi et affiné leurs principes, les testant dans des centaines de projets. Ils sont devenus de plus en plus conscients de la nécessité d'intégrer les aspects sociaux. Ainsi, au cours des années 1980, le concept agricole initial est devenu une approche holistique-intégrative de la conception des zones de peuplement social en harmonie avec les habitats naturels, dans le sens d'une culture permanente. La pensée et l'action permaculturelles se sont rapidement répandues à travers de nouveaux mouvements sociaux en réseau dans le monde.
La Permaculture, c'est quoi quoi donc ?
La permaculture est définie comme la conception consciente et le maintien d’écosystèmes ergonomiquement productifs qui disposent de la diversité, de la stabilité et de la résilience des écosystèmes naturels. La philosophie de la permaculture est une philosophie qui travaille avec et non contre la nature, une philosophie d’observation continue et délibérée et non d’action continue et irréfléchie.
Les Principes Éthiques et Fondamentaux de la Permaculture
Les infrastructures conçues de manière permaculturelle intègrent des systèmes dans lesquels la coexistence des humains, des animaux et des plantes est combinée de telle sorte à ce que les systèmes fonctionnent indéfiniment et que les besoins de tous les éléments sont satisfaits autant que possible. L'objectif premier de la permaculture est d'arriver à une situation d'optimisation progressive permettant de créer un système d'autorégulation qui nécessite une intervention minimale pour rester en permanence dans un équilibre dynamique. La satisfaction des besoins à court terme et celles des générations futures sont équivalentes. Le système devrait toujours rester productif et personnalisable.
L'application des principes de la permaculture dans le sens d'une conception intégrative et durable de nos habitats a conduit dès le départ à la formulation de principes éthiques, constamment développés, qui forment l'attitude de base de la pensée et de l'action de la permaculture :
- Earthcare (Prendre soin de la Terre) : Cette composante écologique soutient une approche prudente et prévoyante des ressources naturelles de la vie, perçues comme un don de la terre à tous les êtres vivants.
- Peoplecare (Prendre soin des humains) : Cette composante sociale tient particulièrement compte des droits d’autodétermination. Il s'agit de garantir à tous le droit d’utiliser librement leurs moyens de subsistance, ce qui exige de trouver l’équilibre parfait entre les besoins individuels et les besoins communautaires, engendrant une exigence éthique de justice sociale.
- Autolimitation (Partager les excédents) : Cette composante économique découle de la capacité limitée et de la capacité de régénération de la planète Terre. Les gens devraient apprendre à pratiquer l’autosuffisance durable pour satisfaire leurs besoins, à la fois en tant qu’individu et en tant que communauté. Elle constitue la mise en œuvre des processus de retraitement de la croissance et de distribution des excédents.
En tant que forme de gestion durable, la permaculture vise à assurer des rendements à long terme qui soient toujours suffisants, et qui ne demandent pas une main-d’œuvre importante. Les systèmes de permaculture montrent comment les individus et les communautés peuvent largement s’auto-approvisionner avec peu de ressources, d’espace et de temps, mais aussi une compréhension des cycles naturels.
La Permaculture Appliquée à l'Agriculture : Des Pratiques Concrètes
Appliquée à l’agriculture, la permaculture est une agriculture manuelle, donc post-pétrole, qui se fait sur de petites surfaces, en allant dans le sens de la biodiversité, le respect des sols, mais qui est surtout hyper productive. Elle est pratiquée par certains maraîchers qui n’utilisent pas d’intrants de synthèse. Ce sont donc souvent des agriculteurs en agriculture biologique (AB) mais pas toujours certifiés.

Le Sol au Cœur de la Permaculture
Dans cette technique, le non-labour est pratiqué presque systématiquement afin de ne pas perturber l’activité biologique du sol. En outre, des quantités importantes de matière organique (MO : fumier, compost, paille, feuilles d’arbre, BRF) sont appliquées à la surface du sol afin de limiter le développement des adventices. Le recyclage naturel des matières mortes permet d’avoir un jardin fertile. Nos interventions consistent uniquement à semer, récolter et rajouter du paillage une fois par an. Ce mode de culture est très économe en temps et en eau, et résilient vis-à-vis du changement climatique, car protégé des fortes températures et de l’évaporation, contrairement au jardin potager classique qui souffre beaucoup de la sécheresse et des températures actuelles.
Le paillis, une couverture protectrice placée sur le sol, est essentiel en permaculture. N’importe quel matériau ou combinaison peut être utilisé comme paillis, que ce soient des pierres, des feuilles, du carton, des copeaux de bois ou du gravier. Les paillis de permaculture de matière organique sont les plus courants parce qu’ils remplissent plusieurs fonctions. Les paillis de feuille, par exemple, servent de « banque d’éléments nutritifs », stockant les nutriments contenus dans la matière organique et rendant ces nutriments disponibles aux plantes au fur et à mesure que la matière organique se décompose.
Biodiversité et Systèmes Intégrés
La conception et la préservation de la diversité sont des préoccupations centrales de la permaculture. Les écosystèmes cultivés naturellement sont un modèle. Les systèmes créés culturellement sont plus sains, plus productifs et plus durables, s’ils sont aussi diversifiés. À titre d’exemple, la permaculture privilégie les cultures mixtes au lieu des monocultures. L'intensification de la surface disponible est également recherchée, car la permaculture est souvent mise en œuvre par des néoruraux disposant de peu de foncier, ce qui nécessite de produire le maximum de légumes sur un minimum de surface. Pour cultiver le maximum d’espèces annuelles et pérennes, on met en œuvre des techniques telles que des associations d’espèces, des cultures-relais (implantées sous couvert de la culture précédente), des plantes de service, des couches chaudes, etc.
L’agroforesterie est une approche intégrée dans la permaculture, qui utilise les avantages interactifs de la combinaison d’arbres et d’arbustes avec des cultures ou du bétail. Elle combine des technologies agricoles et forestières pour créer des systèmes d’utilisation des terres plus diversifiés, productifs, rentables, sains et durables. De même, le jardinage forestier est un terme que les permaculteurs utilisent pour décrire des systèmes conçus pour imiter les forêts naturelles. Les jardins forestiers, comme les autres modèles de permaculture, intègrent des processus et des relations que les concepteurs considèrent comme précieux dans les écosystèmes naturels.
Gestion de l'Eau et Autres Techniques
La collecte de l’eau de pluie, l'accumulation et le stockage de l'eau pour une réutilisation avant qu’elle n’atteigne l’aquifère, est une méthode utilisée pour fournir de l’eau potable, de l’eau pour le bétail, de l’eau pour l’irrigation, ainsi que d’autres utilisations communes. Les eaux de pluie collectées sur les toits des maisons et les institutions locales peuvent apporter une contribution importante à la disponibilité de l’eau potable.
L’agriculture de montagne ou Hûgelkultur est la pratique agricole qui consiste à enterrer de grands volumes de bois pour augmenter la rétention d’eau du sol. La structure poreuse du bois agit comme une éponge lors de la décomposition souterraine. Pendant la saison des pluies, les masses de bois enterrés peuvent absorber assez d’eau pour soutenir les cultures pendant la saison sèche.
Le pâturage rationnel intensif, également connu sous le nom de pâturage cellulaire, est un système de pâturage dans lequel les troupeaux de ruminants et de non-ruminants sont régulièrement et systématiquement déplacés vers des pâturages, des parcours ou des forêts frais dans le but de maximiser la qualité et la quantité de la croissance du fourrage. Cette perturbation est alors suivie d’une période de repos qui permet une nouvelle croissance.
Le design Keyline est une technique destinée à maximiser l’utilisation bénéfique des ressources en eau d’un terrain, développée en Australie par l’agriculteur et ingénieur P.A. Yeomans. Le keyline se réfère à une caractéristique topographique spécifique liée à l’écoulement de l’eau qui est utilisée dans la conception du système de drainage du site.
Enfin, la construction naturelle implique une large gamme de systèmes de construction et de matériaux qui mettent l’accent sur la durabilité. Les moyens de parvenir à la durabilité sont la construction avec des ressources minimales, abondantes ou renouvelables. La base de la construction naturelle est la nécessité de réduire l’impact environnemental des bâtiments et autres systèmes de soutien, sans pour autant sacrifier le confort, la santé ou l’esthétique. Le bâtiment naturel utilise principalement des matériaux naturels que l'on trouve en abondance comme l’argile, le sable ou les roseaux. Il s’inspire aussi fortement des stratégies architecturales traditionnelles de divers climats à travers le monde.
La Permaculture en France : Exemples et Initiatives
En France métropolitaine, la permaculture est encore en phase « recherche-action », alors qu’elle est pratiquée avec succès dans les pays tropicaux humides. Cependant, de nombreuses initiatives voient le jour et des lieux de référence se développent.
La Ferme Biologique du Bec Hellouin : Un Modèle Inspirant
Créée en 2006, la Ferme biologique du Bec Hellouin en Normandie est devenue un lieu de référence de la permaculture en France. Elle fut l'un des premiers lieux en production maraîchère en Europe dessiné selon les concepts de la permaculture. Perrine Hervé-Gruyer, agricultrice en permaculture à la ferme, est également conférencière et consultante en permaculture, et auteure de Vivre avec la Terre. Aujourd’hui, les recherches menées au Bec Hellouin inspirent des personnes du monde entier : agriculteurs, politiques, responsables de collectivités territoriales, etc.
La Ferme du Bec Hellouin est une ferme familiale devenue une référence mondiale en permaculture. L’École de Permaculture du Bec Hellouin est maintenant certifiée Qualiopi et propose des master class en permaculture, d’une durée de 12 jours chacune (4 fois 3 jours) : Microfermes, forêts-jardins et CCP (Cours de Conception en Permaculture) et Devenir jardinier-maraîcher. En moyenne, 76 types de produits sont cultivés chaque année dans les jardins de cette exploitation : 17 types d’herbes aromatiques et de fleurs comestibles (7 % du chiffre d’affaires), 16 types de légumes-fruits (41 %), 11 types de légumes-racines (20 %) et 32 types de légumes-feuilles (32 %).
Une Micro-Ferme Permacole aux Portes de Tours
Antoine Cormery, ingénieur en horticulture, et Yolain Gauthier, en provenance de l’hôtellerie-restauration, se sont associés en 2019 pour créer une micro-ferme maraîchère qu’ils qualifient « d’agroécologique et permacole » aux portes de Tours (Indre-et-Loire). Ils cultivent sous label AB, 5 000 m² de terres sablonneuses (dont 1 000 m² sous tunnel) mises à disposition par la métropole.
En dehors de toute idéologie, mais conformément aux principes agronomiques de la permaculture et de l’agroécologie, les légumes sont produits sans utilisation d’engrais de synthèse ou de pesticide. Seuls les paillages organiques sont utilisés (broyats de bois et foin). Ils participent à réduire le désherbage en occultant les planches tout en nourrissant le sol, en association avec des amendements en compost, fumiers et des « engrais verts » (féverole, phacélie, trèfle, vesce, avoine). Le travail du sol est réalisé uniquement à la grelinette et la mécanisation n’est pratiquée que pour le débroussaillage d’entretien.
De nombreuses zones refuges de biodiversité sont aménagées. Ainsi, chacun des jardins est traversé par une haie constituée d’arbres fruitiers, de fixateurs d’azote et de petits fruits. Un mini-poulailler (25 poules) est également en projet. Les légumes sont écoulés en paniers, via un système d’abonnement hebdomadaire, vers les particuliers et les restaurateurs tourangeaux. Pour leur première année, Antoine et Yolain espèrent atteindre un chiffre d’affaires de 30 000 à 40 000 €.

Initiatives Pédagogiques et de Sensibilisation
La Maison de la Nature et de la Pierre Sèche (14), une structure d’éducation à l’environnement installée dans le Calvados, a pour objectif de faire connaître la nature banale qui nous entoure et de proposer des solutions pour amorcer le virage de la transition écologique. Le support sur lequel cette structure travaille est celui d’un jardin pédagogique, en permaculture, qui permet d’aborder une multitude de thèmes : production de légumes sains, utilisation de la terre, de l’eau, etc.
L’idée est avant tout de « dédramatiser » la permaculture : ce sujet peut très vite faire peur aux amateurs et amatrices, car, en ouvrant un livre, on parle de réflexion, de design et d’autres thèmes qui peuvent paraître très techniques. En quelques mots, la permaculture appliquée au potager, c’est : le respect du sol, de l’humain, et le partage des récoltes. La Maison de la Nature et de la Pierre Sèche travaille avec les établissements scolaires et les centres de loisir alentours, répondant aux appels à projet, notamment dans le cadre du projet alimentaire territorial de l’intercommunalité. Les animations organisées sont accessibles à toutes et à tous, destinées au public familial avec des jeux et des ateliers prévus pour les enfants.
Les Défis et Avantages de la Permaculture en France
La permaculture est une méthode d’avenir ! Ce mode de culture est très économe en temps et en eau, et résilient vis-à-vis du changement climatique. Cependant, il existe des défis. Les résidus organiques produits sur l’exploitation sont souvent insuffisants. La pratique des buttes de culture pose souvent problème : avec un climat sec et en absence d’irrigation, les buttes sèchent très rapidement, aussi une bonne disponibilité en eau est indispensable.
Les effets agronomiques intéressants sont les mêmes que ceux évoqués pour le travail simplifié : le fait d’avoir un couvert organique permanent (au moins sur une grande partie de la surface de l’exploitation) augmente la stabilité structurale, la portance et l’infiltration de l’eau. Ces effets positifs sont plus importants si les apports azotés sont forts et si les cultures bénéficient de l’irrigation, car il y a augmentation de la quantité de matière sèche produite, donc des quantités de carbone stockées en surface. L’allongement des rotations, la diversification des cultures et la couverture permanente du sol permettent une meilleure maîtrise des adventices, en particulier des vivaces. Les rendements sont souvent plus résilients en ACS (agriculture de conservation des sols), dans certaines conditions préjudiciables (excès d’eau, hydromorphie).
Cependant, la suppression du labour en grandes cultures et l’adoption de l’ACS ne s’improvisent pas ! Changer ses pratiques nécessite donc de se former, d’expérimenter, de s’adapter et de manière plus générale de changer ses repères. Pour la permaculture comme pour l'agriculture de conservation des sols (ACS), il n'existe pas de modèles clé en main. Il faut avoir une âme d'expérimentateur pour réussir. Ces systèmes doivent être adaptés au contexte pédoclimatique propre à chaque exploitation ainsi qu'aux objectifs fixés par l'agriculteur.
Ressources et Accompagnement en Permaculture
Devenir l’architecte de votre oasis nécessite une passion pour concevoir un jardin résilient qui vous ressemble vraiment. Permaculture Design est une plateforme qui combine la passion pour l’écologie durable avec des solutions concrètes. Elle offre des ressources gratuites pour démarrer en permaculture et propose un accompagnement expert ou une étude complète pour aménager un lieu.
Le site de David Holmgrem propose également des informations à télécharger en français. La permaculture est un système de conception basé sur une éthique et des principes qu’on peut utiliser pour concevoir, mettre en place, gérer et améliorer toutes sortes d’initiatives individuelles, familiales et collectives en vue d’un avenir durable.