
À la croisée de l’écologie, de l’agronomie et de la philosophie, la permaculture propose bien plus qu’une méthode agricole : c'est une vision globale pour créer des écosystèmes humains durables. Ce sujet, bien dans l’air du temps, se trouve à la confluence de plusieurs courants de pensée qui traversent le monde agricole et l’ensemble de notre société. En France, l’apparition dans nos campagnes d’une néo-paysannerie souvent associée, à juste titre, au développement de la permaculture, ne peut être ignorée. Ces nouveaux paysans, souvent des citadins courageux, encore assez jeunes pour se lancer dans une reconversion professionnelle périlleuse, fuient la ville et ses activités futiles pour un retour à la terre écologiquement engagé. Leurs aspirations collent parfaitement à l’éthique permaculturelle, que l’on peut résumer ainsi : prendre soin de la Terre, prendre soin de l’Homme, et s’ouvrir au partage équitable. À cela s'ajoute la recherche d’une plus grande autonomie, sans pour autant s’isoler. Cependant, ces apprentis paysans appliquent parfois ce credo de façon caricaturale, leurs convictions se mêlant alors à une certaine radicalité. Pourtant, les préceptes de la permaculture sont plus souples que d’aucuns le pensent, et la réflexion holistique de ses fondateurs mérite bien quelques éclaircissements.
Les Origines et les Principes Fondateurs de la Permaculture
Le mot "permaculture" est un mot-valise, une contraction des mots anglais Permanent Agriculture (ou Agriculture Permanente), et s’appliquait à l’origine au seul domaine de l’agriculture. Il a été inventé dans les années 70 par les Australiens Bill Mollison et David Holmgren. Les deux cofondateurs de la permaculture, Bill Mollison (1928-2016) et David Holmgren (né en 1955), sont australiens. Bill Mollison, originaire de Tasmanie, y a passé la plus grande partie de sa vie. Cette île verte, où une flore exceptionnelle abrite une faune originale et malheureusement menacée, a été une source d’inspiration évidente pour lui. Sa forêt primaire admirable est même en partie protégée par l’UNESCO, grâce à son inscription au « patrimoine mondial ». Elle en a bien besoin, étant soumise à la pression destructrice d’une agriculture intensive, ainsi qu’à l’exploitation commerciale sans scrupules de son bois.
Au vu de cette situation, Bill Mollison interroge très tôt notre rapport au monde et à la nature afin de bâtir une agriculture pérenne. Après un parcours professionnel riche de nombreuses expériences - boulanger, marin, chasseur de requins, trappeur, souffleur de verre, puis neuf ans à l'Inspection des réserves naturelles d'Australie -, il devient enseignant à l’université de Tasmanie. En 1968, il est directeur d’études, puis maître de conférence en psychologie de l’environnement. C'est là qu'il théorise sa pensée en collaboration avec l’un de ses étudiants, David Holmgren. En 1978, il crée la communauté Tagari à Stanley, où il applique les principes de la permaculture.
Bill Mollison et David Holmgren ont mis en avant l’étude des écosystèmes naturels, qui offrent un fabuleux modèle à reproduire (par biomimétisme) et à préserver. Ils ont aussi observé les techniques et le rapport pratique, tout autant que symbolique, des anciennes sociétés avec leur milieu naturel. Joseph Russell Smith (1874-1966) et l’agroforesterie, ainsi que Masanobu Fukuoka (1913-2008) et son ouvrage « La révolution d’un seul brin de paille » paru en 1975, ont particulièrement influencé leur réflexion. Le « rapport Meadows », initié par le Massachusetts Institute of Technology (M.I.T) et publié sous l’égide du Club de Rome en 1972 avec pour titre « Les limites à la croissance », a également marqué leur approche.
La permaculture se donne explicitement des éthiques : prendre soin de la Terre, prendre soin de l’Homme et s’ouvrir au partage équitable. Joris Danthon l’affirme : la permaculture n’est pas dogmatique, elle propose simplement des pistes de réflexion. Il tient à cette précision car la permaculture est parfois définie à gros traits, conduisant à une vision caricaturale de la place faite au « sauvage » ou au vivant. Il n’y a pas de cahier des charges technique ou de labellisation en permaculture. C’est au cas par cas, selon les spécificités du projet, que le permaculteur décidera d’utiliser (ou non) les ressources de la mécanisation. Une mécanisation lourde peut même s’imposer dans la mise en place d’un projet, ou être utilisée au quotidien pour l’entretien des cultures, selon l’importance de l’entreprise.
La Philosophie du "Non-Agir" : L'Héritage de Masanobu Fukuoka

Masanobu Fukuoka a inspiré, comme nous l’avons vu, les fondateurs de la permaculture. Sa philosophie du non-agir est au cœur de cette inspiration. Ce scientifique japonais, reconverti en paysan, a démontré qu’il est possible d’obtenir d’excellents rendements sans travail du sol, ni engrais de synthèse, ni pesticides, ni désherbage mécanique. Sa méthode repose sur le non-agir, c'est-à-dire « ne pas intervenir frontalement », en laissant la nature faire le maximum. Sa pratique emblématique est l'utilisation des bombes de graines : des boulettes d’argile, de compost et de graines mélangées, semées en fauche, pour préserver la biodiversité locale et protéger les semis.
Fukuoka alternait cultures de céréales et engrais verts, couvrait le sol de paille pour maintenir l’humidité, et évitait tout retournement du sol. Le résultat : des sols vivants, humides, et des rendements proches de ceux de l’agriculture conventionnelle, sans pollution. Son héritage s’étend au-delà du Japon, jusqu’aux expériences africaines de reverdissement des déserts. Sa sagesse tient en une phrase clé : « plutôt que de chercher comment faire, cherche comment ne pas avoir à faire ».
L’idée de l’agriculture naturelle est venue à Fukuoka alors qu’il regardait le lever de soleil depuis un endroit surplombant la baie de Yokohama : il réalisa que la Nature était intrinsèquement parfaite et que les problèmes ne surgissaient que dès lors qu'il y avait intervention humaine pour tenter de l'"améliorer" pour en tirer profit. Prenant le contre-pied des méthodes habituelles, il a développé ses techniques agricoles en se posant la question inverse : « Et si j’essayais de ne pas faire ceci ? et si j’essayais de ne pas faire cela ? - c’est la voie que j’ai suivie. » L’idée de base pour faire pousser son riz lui est venue à la vue de pousses de riz vigoureuses dans une friche non labourée depuis des années.
Fukuoka a testé plus de 20 espèces de couvertures de sol différentes avant d'opter pour le trèfle blanc, le seul vraiment efficace pour contenir les mauvaises herbes en plus d'améliorer le sol en fixant l’azote. Certaines années, ses expérimentations ont presque anéanti ses récoltes, mais à de petits endroits, les choses marchaient plutôt bien. La façon dont il fait pousser ses légumes reflète aussi cette idée : mélange de graines éparpillées au hasard entre les citronniers, dans le verger. Au lieu de décider quels légumes iraient le mieux à telle place, il les a laissés trouver leur place, souvent à des endroits auxquels il aurait le moins pensé. Les légumes se ressèment alors eux-mêmes, se déplaçant dans le verger d’année en année. Jusqu’à ce que Bill Mollison lise « La révolution d’un seul brin de paille », il disait qu’il n’avait aucune idée de comment faire pousser des céréales dans une conception permaculturelle, car tous les modèles agricoles impliquaient le labour du sol, pratique avec laquelle il n’était pas d’accord.
Fukuoka croit que l’agriculture naturelle commence avec une bonne spiritualité individuelle. Il considère que le rétablissement de la terre et la purification de l’esprit humain sont un même processus, et il propose un mode de vie et une méthode d’agriculture dans lesquels ce processus prend sa place. Son travail a eu un impact mondial et il est souvent considéré comme un pionnier de l’agriculture biologique et de la permaculture. M. Fukuoka est décédé en 2008 à l’âge respectable de 95 ans, après avoir passé 70 ans dans sa ferme et plusieurs années à sillonner le monde pour enseigner sa technique. Sa méthode s’est répandue en Asie, en Afrique, en Europe et ailleurs. En Inde, beaucoup de fermiers le regardent comme un maître et ont surnommé sa méthode « rishi kheti », ce qui signifie « l’agriculture des sages ».
Permaculture et Agriculture Conventionnelle : Un Contraste Frappant

La permaculture face à l’agriculture conventionnelle agite les débats, opposant deux visions du monde agricole : d’un côté, un modèle industriel qui façonne nos campagnes à grand renfort de tracteurs et d’intrants chimiques ; de l’autre, une approche inspirée de la nature, qui prône sobriété, diversité, et résilience. L’agriculture industrielle, imposant son modèle depuis plus d’un siècle, le fait à un coût élevé. L’un des drames de notre époque, c’est de voir les agriculteurs, pourtant producteurs essentiels de notre alimentation, sombrer dans la précarité. Malgré l’innovation technique (robotique, automatisation, génétique), la majorité des agriculteurs voient leurs revenus diminuer, leur autonomie s’effriter, tandis que la terre s’appauvrit.
Il s’agit là d’un cercle vicieux : l’ajout d’intrants chimiques nourrit vite la plante, mais épuise le système sur le long terme, forçant à recourir sans cesse à de nouveaux produits, parfois plus puissants. Dans de nombreux pays, l’agriculture industrielle donne naissance à des paysages uniformes de monocultures robotisées, à perte de vue, sous bâches plastiques parfois, qui appauvrissent la biodiversité et déshumanisent le métier. L’industrialisation de la production agricole contrarie la vie biologique du sol. Ainsi, le taux de matière organique dans les champs n’est plus que de 1 à 2 %, contre 4 à 5 % dans les années 50. Et ce n’est qu’un effet négatif parmi d’autres de ce mode de production. Le sol est « sous perfusion », amendé à l’excès. En outre, le travail mécanique compacte le sol et lui fait perdre sa perméabilité, sans parler de son érosion. On pourrait allonger cette liste avec la réalisation d’aménagements hydriques ou la couverture du sol.
En revanche, la permaculture n’est pas synonyme de jardinage bio. Il s’agit d’un système de design écologique visant à concevoir des écosystèmes autosuffisants, stables et productifs, s’inspirant des cycles naturels. Selon le Petit Robert, c’est un « mode d’aménagement visant à concevoir des systèmes stables et autosuffisants », tandis que Graham Bell insiste sur l’imitation des modèles naturels pour générer abondance, énergie et fibres localement. Patrick Whitefield évoque la permaculture comme une « conspiration des plantes pour conquérir la planète », résumant l’idée d’une coopération naturelle. Jean-Cédric Jacmart y voit un subtil mélange entre philosophie, science et art, pour élaborer des lieux de vie harmonieux, productifs, autonomes, durables et solidaires. Charles Hervé-Gruyer insiste sur l’aspect conceptuel : la permaculture dépasse la technique pour devenir une réflexion globale intégrant climat, relief, ressources, habitants humains et non-humains. Bref : la permaculture réinvente notre place dans l’écosystème, bien loin d’une logique d’exploitation pure et simple.
Le Design en Permaculture : Observer, Planifier, Agir (ou non)
En permaculture, le mot design signifie à la fois conception, planification, organisation. Le design est le processus opérationnel fondamental. Il est crucial pour créer des agroécosystèmes où l’on maintient la fertilité du sol et l’eau d’une façon qui devrait être durable sur des décennies, voire sur des siècles. Mais comment faire ? Pour cela, il faut bien connaître les grands cycles biogéochimiques, ceux de l’eau et du carbone en premier lieu. Nous avons le plus souvent une gestion linéaire de la fertilité : les grands cycles sont rompus. Ainsi, les minéraux des sols, éléments majeurs de la fertilité, finissent irrémédiablement dans la mer (avec nos déchets plastiques non recyclés), d’où une perte de fertilité systémique. La permaculture souhaite « reboucler les boucles » de ces grands cycles afin de sauvegarder ces minéraux.
Le projet agricole doit respecter l’éthique permaculturelle en impactant de manière positive l’environnement et la société. Pour cela, on formalise ses aspirations en termes de salaire, de relation avec le territoire et d’ouverture sur l’extérieur, on détermine l’ambition économique de l’entreprise et sa dimension familiale ou collective.
L'observation est une étape clé. Cela signifie connaître le contexte juridique, institutionnel et politique de son projet autant que la situation économique, les ressources disponibles et les données physiques (sol, topographie, climat). L’on se tournera ainsi rapidement vers la documentation cartographique fournie par les sites internet cadastre.gouv.fr ou geoportail.gouv.fr. Les bordures, c'est-à-dire l’environnement du projet et les influences pouvant le modifier, font l’objet d’une attention particulière. L’effet de bordure, dans la permaculture, désigne les zones de rencontres entre deux milieux différents, où la vie abonde particulièrement.
L’évaluation du projet est une phase charnière pour laquelle on peut appliquer la grille de lecture AFOM (Atouts, Faiblesses, Opportunités, Menaces) et examiner les objectifs en se souvenant d’un autre acronyme, SMART pour Spécifiques, Mesurables, Acceptés par les parties prenantes, Réalistes, Temporalisés. L’interaction entre tous ces éléments fait l’objet d’un soin particulier. Un zonage lié à la fréquence d’usage des différents espaces pourra être défini (de 0 pour une zone d’habitation à 5 pour une zone laissée sauvage). Le but étant de positionner les éléments du projet de manière logique et optimale. L’évaluation doit être réalisée au minimum une fois par an afin d’identifier les éventuels changements à réaliser.
Développer des compétences tout en mettant à profit son expérience pour s’adapter à un contexte évolutif est essentiel. En effet, un agroécosystème diversifié présente plusieurs avantages. Il permet d’amortir les fluctuations économiques tout en développant des synergies agronomiques. De surcroît, la diversité des espèces (en termes génétiques) rend un système de production plus résilient face aux aléas climatiques ou autres attaques de ravageurs.
La Gestion de l'Eau, de la Fertilité et de la Biodiversité
La gestion de l’eau et de la fertilité du sol sont des piliers de la permaculture. Il faut considérer son jardin comme une potentielle micro-ferme, ou du moins comme un petit système intensif, vertueux et résilient où « chaque élément remplit plusieurs fonctions et chaque fonction est assurée par plusieurs éléments », et où chaque élément est placé en relation avec les autres. Par exemple, une haie vive composée de plusieurs espèces différentes produit des petits fruits, mais aussi des fleurs pour les butineurs, de l’ombrage, un effet de lisière, un abri pour la faune auxiliaire, des feuillages pour nourrir les poules quand l’herbe est sèche, une protection contre le vent, un moyen de produire de « l’eau verte » (voir plus loin), de la biomasse qui servira à fertiliser le sol du potager ou le pied des jeunes fruitiers.
Pour sauvegarder les minéraux et « reboucler les boucles » des grands cycles, plusieurs propositions peuvent être mises en œuvre :
- Développer le système de production polyculture-élevage : où le fumier des animaux (herbivores le plus souvent) fertilise les cultures.
- Produire moins de déchets organiques : l’ensemble des activités du secteur agro-alimentaire est responsable de la perte d’un tiers de la production agricole française selon la FAO.
- Développer l’agroforesterie : en associant l’arbre à des cultures ou à de l’élevage. Joris Danthon souligne que l’agroforesterie est « un élément absolument crucial pour la mise en place d’agroécosystèmes réellement durables ». Elle permet à l’Homme d’agir en symbiose avec la Nature, et non contre elle, sans déranger les grands cycles biogéochimiques.
- La notion de ration du sol : rejoint ce processus d’entretien de la fertilité.
- Pour la gestion de l’eau : le système de « keyline design » (conceptions et lignes clés) de Percival Alfred Yeomans est adopté par la permaculture. L’aménagement paysager permet de freiner, canaliser, capter et stocker les eaux pluviales. On pense bien sûr à l’eau pluviale qui se fait rare certaines années.
La diversité (génétique) des espèces ou des races est un signal fort d'un projet en permaculture. L’idée n’est pas seulement de conserver un patrimoine menacé. Au niveau végétal, la polyculture est un bon moyen pour atteindre cette diversité. Mais associer des cultures à la recherche de l’interaction optimale, symbiose ou synergie, est un art subtil. Les méteils sont utilisés pour les grandes cultures. En outre, les animaux peuvent aussi développer des synergies intéressantes : en succédant aux vaches, les poules se nourriront des vers contenus dans leurs bouses, débarrassant cette prairie des parasites.
L’effet néfaste des pesticides sur notre environnement a été décrit par la biologiste Marine Rachel Carson dès 1962 (dans son livre « Printemps silencieux »). D’autres phénomènes sont à surveiller, comme la disparition des trames écologiques. La restauration de ces espaces précieux pour le maintien de la biodiversité est fondamentale dans un projet permaculturel. En effet, ils offrent « le gîte et le couvert » à bon nombre d’espèces. Ils correspondent aux zones 4 et 5 de la fréquence d’usage. Une « grande trame écologique s’il en est », a connu son apogée en France entre 1850 et 1930. Pour reconstituer cette trame verte, il faut planter des haies de manière appropriée. On délimite aussi une trame bleue en rapport avec les zones humides, et le salut passe par la mare. Moins visible, mais à ne pas négliger, il existe aussi une trame brune formée par le réseau mycélien souterrain. Celui-ci, beaucoup plus fin et étendu que le système racinaire des plantes, démultiplie leur surface de captation de l’eau et des nutriments. Toutes ces mises en œuvre permettent d’améliorer grandement les taux de matière organique et de minéraux dans les sols, mais aussi maximisent la vie microbienne, la mégafaune, la microfaune, la mésofaune, la microflore, la présence de champignons « auxiliaires » (ceux qui mycorhizent avec les racines, puisent l’eau très profondément et empêchent la prolifération de maladies telluriques) dans nos parcelles agricoles dégradées par l’agriculture intensive, épuisées, vidées… et cependant prêtes à laisser refleurir le miracle de la vie si nous leur en donnons les moyens.
L'Éthique et les Principes Universels de la Permaculture

Les systèmes en permaculture sont très productifs. Le concept de "soutenable" est le terme approprié pour durable ou pérenne. Un système non soutenable n'est pas durable. Les systèmes naturels sont soutenables/régénératifs. L'agriculture et les systèmes humains majeurs ne le sont pas, depuis bien longtemps. Plus généralement, c'est la capacité du système à conserver son état de référence et ses fonctions face à une perturbation.
Bill Mollison a fourni des pistes de réflexion supplémentaires en écho aux principes déjà détaillés. Il faut formaliser sa vision du projet, en pratique à travers une carte mentale, un nuage de mots, ou un dessin. Il faut aussi agir localement et se donner des limites de taille, distance, travail, énergie, puissance, vitesse, consommation, production matérielle, complexité artificielle, technologie, dangerosité.
Les principes de la permaculture sont puissants et universels (applicables partout). Il y en a une trentaine. Ils permettent de faire émerger partout des solutions très diverses, mais toujours pertinentes et adaptées aux conditions locales (y compris sociales). La non-linéarité peut grossièrement se résumer ainsi : lorsqu'on multiplie par 2 une cause, sa conséquence est multipliée par beaucoup plus (ou beaucoup moins) que 2. Ainsi, un petit changement peut avoir des conséquences exponentielles.
La permaculture est l'art de concevoir des systèmes en intégrant tout ce qui fait la plus grande différence d'efficacité, d'éthique et de soutenabilité. C'est le cours officiel de permaculture (minimum 72 heures de formation) délivrant le certificat internationalement reconnu. Il est important, quand on souhaite opérer un changement, de réfléchir à l’effet produit. En permaculture, la stabilité, la richesse et la résilience d’un système reposent sur la connexion entre ses éléments. Si un problème survient, c’est qu’il manque une connexion entre certains éléments.
La Permaculture comme Réponse aux Défis Actuels
Aujourd’hui, le mot climatique est comme soudé à celui de changement. Nous le subissons avec des sécheresses et des canicules récurrentes, parfois des inondations. De plus en plus nombreux, au vu des données scientifiques, tirent la sonnette d’alarme au sujet du changement climatique dont les effets pernicieux sont indéniables. L’industrialisation de notre système de production est en cause. Or, si aujourd’hui le secteur agricole engendre 20 % des gaz à effet de serre émis en France, il est aussi le seul qui peut envisager un bilan carbone positif.
La philosophie permaculturelle a d’ores et déjà inspiré de nombreuses propositions. David Holmgren a délivré en 2008 des « Scénarios pour le futur » très remarqués. Auparavant, dès 2006, c’est un enseignant en permaculture britannique, Rob Hopkins (né en 1968), qui expérimenta son concept des « villes en transition » chez lui, dans la petite cité de Totnes (sud-ouest de l’Angleterre). Il compléta cet élan par l’écriture d’un « Manuel de transition, de la dépendance au pétrole à la résilience locale », publié en 2008 (traduction française en 2010).
Les ressources énergétiques fossiles ne sont pas éternelles, avec des échéances prochaines des pics de production (en 2030 pour les hydrocarbures ?). Les outils low tech peuvent faire partie des remèdes à ces angoisses. Ils se caractérisent par leur faible coût, le « fait maison » où chacun laisse libre cours à son esprit ingénieux, et enfin leur réparabilité. Quoi qu’il en soit, il faut tout de même trouver un équilibre dans le degré d’utilisation de telle ou telle technologie. Le coût de l’énergie mécanique reste aujourd’hui bien inférieur à celui de l’énergie humaine.
La permaculture ne doit pas être juste poétique, politiquement correcte et toute pétrie d’idéalisme un peu perché. Il faut chercher à produire en abondance. Accepter d’utiliser de l’énergie (y compris fossile ou électrique) si le résultat permet d’en économiser davantage. Par exemple, utiliser un broyeur pour réaliser du BRF (Bois Raméal Fragmenté) au kilomètre zéro permet d’économiser l’achat d’un certain nombre de sacs de terreau, de paillages ou d’engrais bio fabriqués à 800 km et packagés en sacs plastique.
Il est nécessaire de chercher à régénérer plutôt qu’à forcément toujours s’adapter. Dans un monde où tout le monde n’a que le mot « résilience » à la bouche, il faut parfois se rappeler que s’adapter est parfois une preuve d’intelligence, et d’autre fois complètement contre-productif. Tout dépend des cas : un exemple parfait avec la gestion de l’eau. Plus on plantera dans nos campagnes tempérées d’espèces supposées « résilientes » car issues de biotopes très secs (palmiers, cactus, etc.) pour remplacer nos espèces autochtones (peupliers, ronciers, aubépines, bouleaux, etc. lesquels produisent de « l’eau verte » par tout un écosystème de mycorhization et évapotranspiration), plus on accélérera hélas le processus de désertification. C’est en plantant densément et intelligemment, en augmentant de quelques points les taux de matière organique de nos sols, que nous allons retenir l’eau sur nos terres, mais aussi faire tomber la pluie. Résister et régénérer plutôt que de « résilier » comme de pauvres moutons résignés…

Idéalement, il faudrait surtout une véritable prise de conscience collective dans ce monde où le manque d’espace cultivable devient une vraie quadrature du cercle. Si toutes les familles ayant l’immense chance d’accéder à un bout de terre (ou même un balcon, une toiture d’immeuble…) passaient un peu moins de temps devant Netflix, les jeux vidéo, la télé, les réseaux sociaux etc., mais un peu plus de temps à cultiver en bio toutes sortes de légumes, de fruits, de plantes aromatiques, éventuellement élever quelques poules, alors tout le monde serait gagnant. La vie de ces familles serait plus belle, leur santé bien meilleure, le moral des troupes remonterait en flèche (la biodiversité aussi), les enfants comprendraient mieux par eux-mêmes l’importance d’un monde plus « écoresponsable », c’est toute la société qui y gagnerait (et pas seulement en autonomie alimentaire). Cela n’est pas utopique, car c’est ainsi que fonctionnait le monde jusqu’aux années 50, où chacun produisait une partie de sa nourriture, excepté dans les villes où les nombreux marchés proposaient aux citadins des fruits, légumes et produits de la ferme à la fois frais, locaux, sains, et peu chers.
Reste-t-il un petit espoir que la tendance s’inverse ? Car on en est vraiment là, au stade où préserver ce qui existe encore ne suffit plus. Il faut aussi réparer des décennies d’erreurs et de carnages, ré-ensauvager, redonner de la vie et de la biodiversité partout où elles s’éteignent. Tout doit être régénéré : la biodiversité, la vie des sols, le cycle de l’eau… tout. Le terme d’« agriculture régénérative » est particulièrement parlant. Qu’on l’appelle permaculture, agriculture régénérative, agroécologie, agroforesterie, syntropie, etc., cette agriculture respectueuse qui « produit en réparant » et compose avec les forces et les grands principes de la nature plutôt que de lutter contre est la seule et unique solution.
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