La Tonte de Pelouse en Permaculture : Plus Qu'une Corvée, une Ressource Précieuse

La gestion de la pelouse est une préoccupation majeure pour de nombreux propriétaires de jardins. Si la tonte traditionnelle est souvent perçue comme une tâche inévitable, la permaculture propose une approche radicalement différente, transformant cette activité en une opportunité de nourrir le sol, de favoriser la biodiversité et de réduire les déchets. Loin de l'esthétique stérile des pelouses parfaitement uniformes, la permaculture nous invite à observer, comprendre et collaborer avec la nature pour créer des espaces de vie plus résilients et productifs.

La Pelouse : Une Ressource Souvent Négligée

Le plus souvent, la pelouse est reléguée au fond du jardin, considérée comme un endroit où l'on ne met jamais les pieds, ou presque. Cette perception marginale occulte la richesse intrinsèque de l'herbe coupée. Les déchets de tonte, bien que souvent considérés comme des résidus sans grande valeur, représentent en réalité une ressource précieuse pour le jardin. L'herbe coupée est riche en azote et constitue une matière organique idéale pour nourrir le sol et améliorer sa structure. En la recyclant dans votre jardin, vous optimisez l’entretien de vos espaces verts tout en réduisant vos déchets.

Herbe coupée fraîchement tondue

La tonte démarre dès les premiers jours du printemps et se poursuit jusqu’en automne. Pour une pelouse en bonne santé, une fréquence de tonte tous les 15 jours est recommandée. Une hauteur de coupe de 6 cm au printemps, puis de 8 à 10 cm en été, est conseillée. Il faut savoir que plus vous tondez haut, moins vous serez confronté à la corvée de tonte.

Transformer les Déchets de Tonte en Or Vert

Ne jetez plus les brins d’herbe tondus mais trouvez des alternatives pour recycler cette matière naturelle récoltée en grande quantité dans les jardins et les parcs. La tonte de votre pelouse est une corvée pour vous ? Construire pour le vivant. Pour bien accueillir la vie sauvage, il faut la comprendre. En effet, l’herbe haute va maintenir l’humidité du sol et limiter l’évapotranspiration. L’eau est, en effet, une ressource précieuse à ne pas gaspiller pour un jardin luxuriant tout au long de l’année.

L'herbe coupée est parfaite au pied des plantes potagères et ornementales. Ces déchets vont, avec le temps, favoriser la vie du sol, stopper les adventices, limiter les arrosages et éviter que la terre ne forme une croûte à la surface avec les pluies diluviennes. Vous allez pouvoir valoriser les déchets de tonte fraîche en paillage à installer au potager. Frais, mettez une fine couche de 3 cm pour éviter l’effet de fermentation et secs, vous pouvez aller jusqu’à 10-15 cm d’épaisseur, à renouveler une fois enfouis. Pas plus pour éviter le compactage de la matière sur le sol. Les haricots, radis, courges, salades, choux et bien d’autres vont y puiser l’azote. Vous allez aussi pouvoir en étaler dans les massifs, au pied des arbres fruitiers ou des haies.

Avant de mettre des déchets de tonte sur le tas de compost, faites-les sécher au soleil pendant 2 à 5 jours. Effectivement ces déchets verts, mous et humides peuvent vite fermenter et dégager une odeur nauséabonde s’ils sont mis en grande quantité et frais. L’eau contenue dans les brins va ainsi s’évaporer et les risques de moisissure seront limités. Vous pouvez tout de même associer une petite partie des déchets frais avec des déchets bruns, déjà secs pour bien gérer les couches. La totalité des couches successives va former un humus de premier choix pour nourrir votre jardin. L’herbe fraîche dégage beaucoup d’azote et devient une matière importante dans la fabrication de lasagnes de culture.

Le Mulching et le Compost : Deux Voies pour Valoriser la Tonte

Il existe plusieurs écoles quant à l'utilisation des tontes. Certains jardiniers pratiquent le mulching, c’est-à-dire qu'ils laissent les brins d’herbes broyés, appelés « le mulch », directement sur le gazon. D'autres préfèrent les ramasser dans le bac de la tondeuse pour les utiliser ailleurs.

Le Mulching : Nourrir et Protéger le Sol

La tonte est un paillage éphémère. En couche plus épaisse de dix centimètres, elle durera un peu plus longtemps. Au contraire, les paillages carbonés comme le broyat, la paille, pourront durer plus d’une année. Alors, prenez le temps de dépailler si vous avez un paillage plus durable déjà en place. Ensuite, on mettra la tonte sous ce paillage pour qu’elle profite pleinement au sol, le monde vivant qu’il héberge. Les bactéries vont se régaler à foison d’un tel apport et générer comme une colle qui améliorera plus encore la structure de votre sol. Cette colle, ce sont les sécrétions rejetées par la vie du sol. Elles permettent aux particules minérales de bien se tenir. Vous pouvez également mélanger les paillages, pour équilibrer un paillage trop carboné.

L'herbe coupée est parfaite au pied des plantes potagères et ornementales. Ces déchets vont, avec le temps, favoriser la vie du sol, stopper les adventices, limiter les arrosages et éviter que la terre ne forme une croûte à la surface avec les pluies diluviennes. Vous allez pouvoir valoriser les déchets de tonte fraîche en paillage à installer au potager. Frais, mettez une fine couche de 3 cm pour éviter l’effet de fermentation et secs, vous pouvez aller jusqu’à 10-15 cm d’épaisseur, à renouveler une fois enfouis. Pas plus pour éviter le compactage de la matière sur le sol. Les haricots, radis, courges, salades, choux et bien d’autres vont y puiser l’azote. Vous allez aussi pouvoir en étaler dans les massifs, au pied des arbres fruitiers ou des haies.

Le Compost : Un Amendement Riche pour le Sol

Pour composter, il faut toujours raisonner dans un équilibre carbone/azote autour de 25 à 30. Les tontes ont un rapport carbone/azote autour de 10. Elles sont trop azotées, trop humides, trop peu rigides. En automne, vous aurez peut-être facilement accès à des feuilles mortes qui feront l’affaire. Une poignée de feuilles pour deux poignées de tontes et le tour est joué. Au printemps, vous pourrez trouver quelques brindilles, des feuilles mises de côté à l’automne, un peu de foin, paille, broyat, sciure, carton… Vous obtiendrez alors au final un beau compost végétal plus concentré encore en énergie que ne peut l’être un simple paillage de surface. Pourquoi pas diversifier vos pratiques et user d’une partie de vos tontes pour du paillage et une autre partie en compost. Mais privilégiez tout de même le paillage. L’énergie ira directement et entièrement au sol, à un moment où il en a bien besoin.

La Tonte Différenciée : Favoriser la Biodiversité

La tonte raisonnée, aussi appelée tonte différenciée ou gestion différenciée, consiste à limiter la tonte à certaines zones du jardin pour favoriser la biodiversité. En laissant des espaces d’herbes hautes, vous créez des habitats pour les insectes, les petits animaux et les oiseaux. Ne jetez surtout pas vos tontes de pelouse, de gazon, de prairie ! Voilà un paillage fortement intéressant à considérer bien plus comme une ressource qu’un quelconque déchet.

Zone de prairie fleurie dans un jardin

Presque par évidence, essayez de ne pas tondre l’entièreté de votre espace de prairie, de pelouse. Laisser pousser l’herbe, les plantes, les fleurs, vous allez favoriser un hébergement pour la biodiversité. Tout comme ces feuilles mortes que l’on ramasse parfois et qu’il est utile de laisser en partie pour les macroorganismes, qu’ils puissent s’y cacher, s’en nourrir. C’est pareil avec les tontes. Eh bien… non ! Les ronces n’arrivent pas à s’installer si on fauche au moins une fois par an. C’est dans ces espaces laissés sauvages que les insectes et en particulier les auxiliaires pourront rester et prospérer dans votre jardin. Vous aurez donc des bénéfices directs, à savoir une meilleure prédation des ravageurs de culture par les auxiliaires. Et au final, vous pourrez quand même récupérer une bonne partie de cette matière lorsque vous réaliserez votre fauche annuelle.

En adoptant la tonte raisonnée ou différenciée, vous aurez moins de déchets de tonte. Il s’agit de laisser quelques parcelles du jardin non tondues pour accueillir la biodiversité dans des hautes herbes. Tondez en priorité des allées qui vont vous conduire vers le composteur, l’abri, de jardin, le potager ou la réserve d’eau. Les petits insectes, animaux et faune sauvage pourront ainsi réinvestir votre jardin. Ils vont venir nicher, se nourrir, se reproduire et s’y réfugier.

L'Éco-pâturage : Une Alternative Douce et Naturelle

L’éco-pâturage consiste à louer à la journée (ou pour quelques semaines) des moutons, des lapins, des chèvres ou même des chevaux qui vont venir brouter l’herbe dans votre jardin. Les éleveurs étant toujours à la recherche de terrains supplémentaires pour leurs animaux, ils seront plus que ravis de vous les laisser à vos bons soins quelque temps pour une somme dérisoire. Il n’y a évidemment pas plus écologique ! C’est le top pour « préparer » le terrain de votre potager ! Non seulement leurs excréments vont augmenter la fertilité du sol, mais les animaux ont un poids, une façon de marcher, de brouter, et une salive particulière qui interagissent positivement avec le jardin. Des études scientifiques suggèrent ainsi que leur présence dans un système de rotation en agriculture biologique stimule la croissance des cultures suivantes. Enfin, les enfants et petits-enfants les adorent !

Moutons broutant dans un jardin

Vous l’aurez compris, accueillir des herbivores au jardin peut être une solution très intéressante pour remplacer votre tondeuse traditionnelle. Toutefois, cette approche présente aussi des inconvénients. Toute une zone de votre jardin deviendra un « terrain miné » par les excréments. Vous ne pourrez donc plus profiter de cet espace (ou en tout cas, plus de la même façon) avant qu’ils ne se soient décomposés, ce qui prendra sans doute quelques mois. Votre gazon ne sera pas parfaitement droit. Encore une fois, les animaux ne sont pas des robots : ils broutent par-ci, par-là, délaissent les plantes qui ne sont pas à leur goût et ne songent certainement pas à égaliser votre pelouse. Dans la même idée, les herbivores ne font pas la distinction entre le gazon et vos plantes potagères ou vos arbustes. Ou plutôt, ils la font… Et ont une fâcheuse tendance à préférer les plantes qu’ils ne doivent pas manger !

Vous aurez une responsabilité envers ces animaux et leur propriétaire. Vous n’aurez évidemment pas besoin de les nourrir (ils auront sans doute tout ce qu’il leur faut sur place), mais cela ne vous empêchera pas de devoir être vigilant. Si l’un d’entre eux s’échappe, n’a pas l’air en grande forme ou si vous vous rendez compte qu’ils n’ont plus rien à se mettre sous la dent plus vite que prévu, ce sera à vous d’avertir l’éleveur. Il est donc préférable de se montrer un minimum disponible pendant la période où vous accueillez ces animaux chez vous.

Les Risques Potentiels et Précautions

Bien que les résidus de tonte soient naturels, ils peuvent être toxiques pour certains animaux, notamment les herbivores comme les chevaux et les lapins, surtout s’ils sont en grande quantité ou en fermentation. Si votre pelouse présente des zones clairsemées ou jaunies, envisagez une rénovation au printemps pour retrouver un gazon dense et sain.

La précaution à prendre quand on parle de tontes est la forte proportion en eau. Si vous accumulez une épaisseur trop conséquente (plus de dix centimètres), rapidement vous allez générer un milieu manquant d’oxygène. Les tontes vont fermenter, vont monter en température. Vous risquez de brûler vos cultures si la tonte est placée trop proche des tiges. Une couche opaque va se former.

  • Premièrement, utilisez la tonte juste après avoir tondu, sans séchage, en paillage. Il faudra alors respecter une épaisseur de quelques centimètres maximum. À moins que vous ne souhaitiez désherber avec votre paillage, auquel cas on recherchera cette fameuse croûte : elle permettra de désherber, on pourra la casser plus tard. Enfin, en plein été il sera intéressant d’apporter de la tonte fraîche pour justement apporter un peu d’humidité au sol. Qu’on se le dise : vous n’arroserez pas votre jardin en déposant des tontes 😉. Mais vous permettrez à une certaine humidité résiduelle de persister au niveau du sol.
  • Deuxième option, prenez le temps de faire sécher un peu la tonte pour faire évaporer la trop forte teneur en eau. L’idéal sera de l’étaler en andin sur une zone de stockage d’appoint, cela sur une épaisseur d’un maximum de dix centimètres. Une à deux fois par jour, il vous faudra oxygéner l’ensemble, remuer et en quelques jours vous aurez comme du foin. Vous pourrez ainsi répandre cette tonte séchée en bien plus grande épaisseur, facilement sur dix à vingt centimètres.

Au-delà de la Tonte : Une Vision Permaculturelle du Jardin

La permaculture ne se limite pas à la gestion de la pelouse. Elle englobe une approche holistique de la conception d'un jardin, inspirée par la nature, pour répondre à des objectifs spécifiques. Le zonage en permaculture, par exemple, est généralement un zonage géographique basé sur vos habitudes de déplacements au sein de votre lieu de vie. Il permet d'optimiser l'emplacement des différents éléments du jardin en fonction de leur fréquence d'utilisation.

Un jardin en permaculture de moins de 100 m2, retour d'expérience 5 ans après...

Si vous souhaitez être guidé pas à pas dans cette conception (design) de votre lieu, des formations en ligne existent pour vous aider à inviter la permaculture dans votre jardin.

En suivant ces principes, vous l’aurez compris, il est possible de transformer une tâche souvent perçue comme une corvée en une opportunité de créer un jardin plus vivant, plus résilient et plus productif. Votre jardin n’a pas besoin de ressembler aux parcs de Versailles pour être réussi et entretenu. Adopter une approche permaculturelle, c'est choisir de travailler avec la nature, et non contre elle, pour un avenir plus durable.

tags: #permaculture #et #tonte #de #pelouse