Guide complet de l’association des cultures en permaculture : Optimiser son potager par la synergie végétale

En permaculture, associer différents légumes compatibles sur votre parcelle potagère permet de les protéger des nuisibles et d’augmenter la quantité de vos récoltes, sans aucune utilisation d’engrais chimiques ou de pesticides. Ces techniques que l’on peut aussi appeler “compagnonnage” s’utilisaient déjà avec succès par nos ancêtres aux quatre coins du monde. Pourquoi ne pas les essayer vous aussi ? Les jardiniers les plus rationnels apprécieront l’économie d’espace en profondeur, en largeur comme en hauteur d’un bon accompagnement de cultures. La rentabilité d'un mètre carré de potager peut alors augmenter.

Pour profiter de tous ces bienfaits, il faut cependant respecter plusieurs règles de bases. Autre point qui mérite votre attention : deux plantes peuvent se protéger mutuellement en théorie, mais en pratique vous ne pourrez pas les faire pousser ensemble. Vous avez désormais les bases pour choisir vos plantes à associer en permaculture.

Schéma illustrant le compagnonnage végétal dans un potager en permaculture

Comprendre la logique des synergies au potager

Dans ce dossier, nous abordons les associations de cultures au potager. Oubliez les tableaux que l’on trouve sur le net : ils sont remplis de contradictions et nous compliquent plus la vie qu’autre chose. Les associations au potager sont donc des plantes que l’on fait pousser ensemble pour créer des synergies. Le principe est d’associer des plantes qui ont une action l’une sur l’autre. Sur le papier, ce genre d’association est très intéressant. En pratique en revanche, il est difficile de prouver leur véracité.

En effet, un certain nombre de recherches ont été réalisées dans le domaine, avec de nombreux résultats. Le problème est que ces résultats ont pour l’instant été prouvés en laboratoire. Ils ne sont pas toujours applicables en réalité. De plus, bien que certaines de ces conclusions aient pu être vérifiées en réalité, elles ne donnent pas forcément les mêmes résultats selon les types de sols, les conditions de cultures, la pression des maladies, etc. Voilà pourquoi nous avons abandonné cette méthode pourtant mise en avant sur tous les tableaux de bonnes et de mauvaises associations au potager. Nous ne faisons plus que des associations gain de place.

Le principe est d’associer des plantes au port plus ou moins haut pour maximiser la photosynthèse sur une surface donnée en jouant sur les étages de végétation. Les plantes utilisent l’énergie de la lumière pour séparer l’eau (H²O) en oxygène et en hydrogène. L’hydrogène, mélangé au carbone capté dans l’atmosphère, produit des sucres simples et donc de la matière. L’oxygène restant seul est rejeté dans l’atmosphère durant le processus. Ainsi, il nous paraît plus pertinent de se diriger vers des associations gain de place, qui semblent plus pragmatiques.

La stratégie des « Trois Sœurs » : un héritage ancestral

Vous n’êtes pas convaincu ou avez du mal à visualiser comment les plantes peuvent concrètement s’aider mutuellement ? Cette combinaison nous vient d’outre Atlantique et a été utilisée par d’innombrables générations, depuis les anciennes civilisations sud-américaines. Prenons l’exemple de la milpa, une association emblématique originaire d’Amérique Centrale consistant à cultiver sur la même surface maïs, courges et haricots.

Dans cette association, les haricots se servent du maïs comme tuteur, le couple maïs-haricot fait de l’ombre aux courges et ces dernières couvrent le sol pour empêcher la pousse des adventices. Malheureusement, semer les trois en même temps ne permet pas de profiter de cette super association : le maïs ne croît pas suffisamment rapidement par rapport aux haricots, qui se retrouvent en manque de tuteurs. Il faut alors semer le maïs et attendre un mois avant de venir semer les haricots pour qu’ils ne gênent pas le maïs.

Synergie nutritionnelle : les trois sœurs fournissent une alimentation équilibrée. Le maïs est riche en amidon, les haricots en protéines, et les courges en vitamines. C’est une méthode d’association de cultures ingénieuse qui incarne les principes de la permaculture en créant un système de jardinage durable, diversifié et équilibré.

Association Maïs - Haricot - Courge - Milpa - Technique des 3 soeurs

Maximiser l’espace : la gestion des étages et du temps

Puisque les effets des associations sont imprévisibles et très variables, nous vous conseillerions, pour vos associations, de retenir une règle générale : celle consistant à maximiser la photosynthèse. On cherchera alors à occuper toute la surface disponible avec des feuilles, situées à différents étages. Cette maximisation se joue également dans le temps. Par exemple, lorsque vous plantez vos pieds de tomates en mai, pourquoi ne pas réaliser un ou deux cycles de radis avant que vos tomates ne prennent toute la place ?

C’est seulement quand j’ai renforcé ma volonté de densifier les cultures que j’ai commencé à imbriquer les cultures « dans l’espace et dans le temps ». Cette année-là, en divisant ma surface cultivée par 2, j’ai maintenu (et même augmenté un peu) ma production totale. Vous pouvez aussi envisager les associations au potager en faisant des successions culturales : une plante à cycle long peut voir plusieurs plantes à cycle court se succéder à ses pieds. On pourra, par exemple, semer des radis suite à la plantation des tomates. Quand ils sont récoltés, on enchaîne avec du basilic. Et au mois de septembre, on vient couper le basilic et on installe des navets, des laitues ou autre.

Sur votre surface de culture, installez les végétaux de petite taille et ceux dont le cycle de culture est court sur les côtés. Les végétaux qui montent en hauteur, ou ceux dont le cycle de culture est long iront au centre de la zone de culture. Cette façon de procéder est la plus simple. Elle vous permet de ne pas avoir à enjamber des choux (ou pire, des pois palés) pour récolter des laitues que l’on aurait plantées au centre.

Les couples gagnants : légumes et aromatiques

Pour définir de bonnes associations de légumes en permaculture, vous devez savoir que toutes les plantes ont des “compagnes” avec lesquelles elles s’entendent bien, mais aussi d’autres avec lesquelles il ne faut pas les mélanger. Les carottes s’accordent facilement avec énormément d’autres plantes. Vous devez juste éviter de les placer à proximité de menthe, de betterave ou de persil. Une bonne association pour favoriser la croissance des carottes est de les semer mêlées à des radis, puis de planter aux abords des poireaux ou des salades.

Les petits pois vont parfaitement accompagner les tomates, salades, courgettes ou encore les pommes de terre. Par exemple, les pois permettent de repousser les doryphores qui raffolent des pommes de terre. Les tomates ont de très nombreux alliés au jardin qui pourront la protéger des insectes néfastes. De son côté, elle sera ravie d’apporter de l’ombre aux légumes de l’étage inférieur, comme les laitues, les poireaux, ou encore les carottes.

Il existe deux grandes catégories d’associations : les associations allélopathiques, où certaines plantes exercent une influence, positive ou négative, sur leurs voisines par des substances chimiques naturelles, façonnant ainsi l’écosystème environnant. Le basilic dégage un parfum qui, en cuisine, ravit nos papilles et, au jardin, éloigne les moustiques et les mouches nuisibles. Particulièrement efficace contre la mouche blanche, ennemie des plants de tomates, il se révèle un compagnon idéal pour ces dernières.

Tableau des associations bénéfiques au potager

Les légumineuses : les alliées de la fertilité

Il est très utile d’installer dans vos associations au potager des plantes qui fixent l’azote atmosphérique. Ce sont les légumineuses. En mourant, ces plantes vont libérer de l’azote dans le sol, aidant les futures cultures à bien se développer. Les pois, haricots, et fèves sont les trois cultures potagères principales qui remplissent cette fonction. Si vous le pouvez, installez-en dans vos associations, cela ne fera que du bien à votre sol.

Il est évident qu’en cultivant plus de plantes dans un même espace, votre sol aura besoin de plus de nutriments pour produire. Essayez d’ajouter du compost ou un paillage à votre sol chaque année afin de nourrir vos légumes. Un sol déjà fertile nécessite 1 kg de compost mûr par an et par mètre carré. Cette quantité dépend des légumes, certains étant plus gourmands que d’autres.

Le rôle crucial des fleurs et de la biodiversité

En plus d’associer des légumes entre eux, vous pouvez également ajouter des fleurs à votre jardin en permaculture ! Tout d’abord, elles prendront de la place qui pourrait être occupée par des mauvaises herbes et préviennent donc de leur prolifération. Les fleurs, tout comme certaines plantes aromatiques, dégagent une odeur qui peut attirer des insectes : elles détournent donc les ravageurs de vos légumes, tout en attirant les insectes auxiliaires (pollinisateurs) afin de favoriser le développement de vos légumes-fruits.

Les œillets d’Inde, avec leurs fleurs éclatantes, sont bien plus que de simples ornements, ils forment un rempart contre les nuisibles, spécialement quand associés à la pomme de terre. En créant une barrière protectrice autour de votre potager, ces fleurs colorent votre jardin tout en sauvegardant la santé de vos récoltes. Les soucis sont réputés pour repousser les pucerons, les nématodes et d’autres insectes nuisibles des tomates. Ils sont attractifs pour les abeilles.

Méthodologie et conseils pratiques pour le jardinier

Nous vous donnons ici quatorze conseils à mettre en pratique dans votre jardin potager afin de mieux réussir vos associations de culture. Suivez le guide, et n’hésitez pas à nous partager vos techniques personnelles. Trop d’associations de cultures tue l’association ! Si vous le pouvez, simplifiez-vous la vie et ne dépassez pas trois plantes dans vos associations. Cela permet de faciliter les interventions, c’est-à-dire les récoltes, désherbage, etc. Il est possible d’en rajouter, mais cela peut devenir un peu complexe. Préférez créer une nouvelle association, sur la même planche, avec des plantes différentes.

Cultiver en lignes droites ?! En permaculture où l’on recherche à imiter la nature ? Oui ! Du moins, c’est notre conseil. Chacun fait comme il le désire, mais planter/semer en rang représente un gain de temps considérable. Vous repérez les espèces plus facilement à la germination. Les distances entre les plantes associées sont plus faciles à calculer. Les récoltes sont plus aisées, les zones de cultures sont plus accessibles.

Il faut éviter, dans la mesure du possible, de faire se succéder plusieurs fois les mêmes espèces sur la même zone de culture. C’est ce qu’on appelle la rotation des cultures. Vos associations au potager réussiront mieux ainsi. Cela dit, si vous n’êtes jamais sujets aux maladies et que vous nourrissez convenablement votre sol, la rotation des cultures n’est pas une obligation.

Photo d'un potager organisé en rangs avec cultures intercalées

L’importance du sol et de sa couverture

Le sol… Celui-ci doit être couvert le plus possible durant l’année. Cela lui permet d’être plus vivant, de conserver sa fraîcheur et sa disponibilité en éléments nutritifs. Pour conserver votre sol couvert, remplissez-le de cultures nourricières ! Et, à défaut d’ensemencer toutes vos zones de culture, n’hésitez pas à ajouter un paillage quelconque si vous en avez. Néanmoins, l’avantage d’une couverture vivante est qu’elle est beaucoup plus productive qu’un potager paillé. Ainsi, ne vous dirigez pas systématiquement vers du paillage pour couvrir le sol.

Sentez-vous libre d’expérimenter. La phytosociologie et les influences négatives et positives entre les légumes en sont encore à leurs débuts. Ainsi, il reste beaucoup de choses à découvrir ! Par exemple, pourquoi ne pas associer plantes annuelles et plantes vivaces, ou uniquement des plantes vivaces ?! Une rhubarbe placée au pied d’un fruitier profitera du soleil en début de printemps tant que l’arbre n’a pas fait ses feuilles par exemple. Associer de diverses cultures dans un jardin potager est une stratégie astucieuse pour maximiser la productivité de chaque parcelle de terre. Chaque plante, par sa seule présence, contribue au bien-être des autres, créant un écosystème où chaque élément joue un rôle clé.

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