Les enjeux sanitaires et environnementaux du carton et des polluants en permaculture

La gestion de la santé des sols et la sécurité des matériaux utilisés au quotidien constituent des préoccupations majeures, tant pour le consommateur que pour le jardinier adepte de la permaculture. Les matériaux destinés à entrer au contact des denrées alimentaires (MCDA) représentent une catégorie variée d’objets du quotidien. Les consommateurs et les professionnels doivent être vigilants lorsqu’ils utilisent des matériaux destinés au contact des denrées alimentaires. En effet, ces articles peuvent présenter un risque pour la santé humaine si des substances les composant migrent dans les aliments.

Schéma illustrant la migration de substances chimiques des emballages vers les aliments

La sécurité des matériaux au contact des denrées alimentaires

Afin de préserver la sécurité des consommateurs, la DGCCRF réalise chaque année une enquête. Les matériaux et objets destinés à entrer au contact des denrées alimentaires (MCDA) représentent une catégorie variée d’objets du quotidien. Chaque année, la DGCCRF mène une enquête dans le but de vérifier le respect de la réglementation applicable à ces matériaux. De plus, l’usage du matériau revêt une importance. En effet, les articles sont testés pour leur usage prévu ou prévisible. Toute utilisation détournée de MCDA peut induire des risques sanitaires.

En 2022, les agents de la CCRF ont contrôlé les matériaux auprès de 1 254 établissements. Lors des contrôles, les enquêteurs ont relevé de nombreux défauts d’étiquetage, par exemple l’absence du nom, de la raison sociale, de l’adresse du responsable de la mise sur le marché, et d’informations en langue française. Tout au long de la chaîne de production, les enquêteurs ont ciblé certains matériaux : les matières plastiques (sachet, barquette, etc.), les élastomères en silicone (bac à glaçons, tétine, etc.), les papiers et cartons (boîte à pizza, gobelet, paille, etc.), les matériaux inorganiques (plat, coupelle, etc.) et les caoutchoucs (joint de bocal, tétine, etc.). Une attention particulière a été portée aux matériaux (carton, bambou, bois, etc.) et objets commercialisés en remplacement du plastique.

Lors de cette enquête, 350 échantillons ont été analysés en vue de vérifier leur conformité à la réglementation en vigueur. Les analyses relatives à l’aptitude au contact alimentaire ont révélé des non-conformités pour 27 % d’entre eux, tous types de matériaux confondus. En particulier, des papiers/cartons présentaient des taux en plomb ou en phtalates supérieurs aux limites acceptables, le plus souvent liés à l’usage de fibres recyclées. Certains produits présentaient un dépassement de migration globale ou une inaptitude au contact des denrées chaudes (gobelets). Des dépassements des limites de plomb et de cadmium ont été enregistrés pour certains matériaux inorganiques tels que la céramique ou le verre. Des produits en métal ont présenté des taux en fer trop élevé. L’enquête a révélé une maîtrise de la réglementation variable selon la taille des opérateurs.

Le carton au potager : atouts et points de vigilance

Avec l’arrivée des beaux jours, nombreux sont ceux qui souhaitent remettre leur potager en état. Pourtant, labourer, désherber et fertiliser demandent du temps et de l’énergie. Le carton présente plusieurs atouts pour la préparation du sol avant la mise en culture. L’usage du carton dans le jardin potager s’inscrit pleinement dans une démarche durable. En réduisant le travail du sol et en limitant l’usage de produits chimiques, cette technique favorise un équilibre naturel bénéfique aux cultures. Cette méthode s’inspire du principe de la permaculture, qui vise à recréer un écosystème autosuffisant en s’appuyant sur les ressources disponibles. L’ajout de carton enrichit la terre, la protège et facilite le développement d’un sol vivant. Elle permet ainsi de créer un potager fertile sans perturber l’équilibre naturel du jardin.

Le carton est une ressource accessible gratuitement et en quantité. Il joue le rôle occultant du paillage prisé en permaculture, tout en se décomposant en quelques mois sous l’action de la vie du sol. Beaucoup de jardiniers, surtout dans les petits jardins, manquent de matière organique pour couvrir le sol. En zone urbaine, où la matière organique comme la tonte, les feuilles ou la paille sont rares, le carton peut devenir un matériau intéressant. Il remplit les objectifs du paillage en évitant la pousse des adventices, notamment pour préparer de nouvelles planches de culture. Le carton permet aussi de garder le sol au frais et d’éviter qu’il ne se tasse ainsi que le lessivage des nutriments. Enfin, comme n’importe quel paillage, il permet de limiter l’évaporation du sol et ainsi, d’économiser de l’eau au potager.

Photo montrant une technique de paillage au carton dans un potager en permaculture

Composition et risques potentiels du carton

Tous les cartons ne conviennent pas au potager. Il est essentiel de privilégier un matériau non traité, dépourvu d’encres toxiques et d’adhésifs. Le carton est essentiellement constitué de cellulose. La plupart des fabricants n’utilisent plus de colles synthétiques, mais des colles à base d’amidon (essentiellement de blé, de maïs, d’orge, de pomme de terre ou de riz). Elles sont plus efficaces, moins onéreuses et posent moins de problèmes pour le recyclage. Le carton est composé de feuilles de papier contrecollées. Les cartons de moins bonne qualité sont aussi parfois composés de lignine. On retrouve aussi 3 autres produits d’origine naturelle, le kaolin (silicate naturel), le gypse (sulfate de calcium) et du talc. Cela permet surtout de réduire la porosité du carton.

Certains cartons peuvent cependant contenir des produits chimiques. Pour éviter un rejet de tels produits dans votre potager, ne vous servez pas de cartons blanchis, de ceux plastifiés ainsi que ceux qui ont des écritures. De façon générale, la colle utilisée pour les cartons est d’origine végétale. Cependant, certains solvants sont utilisés pour la production des encres. On en retrouve des quantités infimes dans le carton, mais de nombreux polluants volatils sont utilisés à leur création. Le carton provenant de l’étranger, notamment d’Asie, est plus difficilement contrôlable. On y retrouve parfois des polluants et des métaux lourds.

Mise en œuvre au jardin

L’application du carton sur le sol suit plusieurs étapes essentielles pour garantir un résultat optimal :

  1. Délimiter la zone.
  2. Disposer le carton : Étaler les morceaux en recouvrant toute la surface à traiter, en les superposant légèrement pour éviter les ouvertures.
  3. Arroser : Humidifier généreusement le sol et le carton pour activer la vie du sol.
  4. Recouvrir : Ajouter une couche de compost, de paille ou de feuilles mortes pour enrichir le sol et maintenir le carton en place.
  5. Patienter : Laisser le carton se décomposer pendant plusieurs semaines avant de procéder aux plantations.

Certains jardiniers pointent du doigt le risque d’asphyxie du sol avec l’utilisation de cartons au potager. La vie du sol, vers de terre et compagnie, travaillent pour la plupart dans un milieu aérobie. Il faut que les échanges gazeux restent possibles afin de laisser passer l’oxygène et le CO2 à travers le paillage. Yan Parent a réalisé un travail de recherche sur l’impact du carton au potager. Il explique que n’importe quel paillage réduit les échanges gazeux par rapport à un sol nu. Le carton un peu plus que du broyat de bois, mais cet impact ne serait pas réellement négatif sur le sol. Ainsi, tant que le carton n’est pas utilisé à outrance ou en trop grande épaisseur, le risque est infime.

La problématique des métaux lourds dans les sols

Quand on parle de pollution des sols, et notamment des potagers, on évoque souvent les « métaux lourds ». Cette famille reprend différents éléments chimiques qui sont plus ou moins toxiques pour les êtres humains et l’environnement. Parmi eux, le plomb, le cuivre, le cadmium, l’arsenic, le chrome, le mercure, le manganèse, le zinc, le nickel, etc. Les métaux lourds ne sont pas dégradables. À des degrés divers, en fonction de leurs propriétés chimiques et physiques, ils sont par contre mobiles dans les différents compartiments de l’environnement (eau-sol-plante) et assimilables par les organismes vivants (on parle de biodisponibilité).

La pollution des sols : Causes, Conséquences et Solutions

Sources et risques de contamination

Qu’elles soient héritées du passé (pollutions historiques) ou liées à des activités récentes à proximité ou sur une parcelle, mais également aux comportements du jardinier, les sources de pollution d’un sol sont diverses. Certaines activités industrielles peuvent en effet induire des pollutions du sol du fait d'une mauvaise gestion de déchets issus de l'activité ou des installations et directement mis en contact avec le sol (traitement de minerai, épandage de boues d’épuration non conformes, anciennes batteries au mercure, utilisation de l’arsenic par l’industrie du verre, etc.). La pollution d’une parcelle peut également se faire par voie aérienne. La proximité par rapport à des industries ou à de grands axes routiers peut par exemple conduire à des pollutions en métaux lourds et en HAP. La pollution de l’eau peut par ailleurs mener à la pollution du sol.

Parfois mal informé, le jardinier peut être lui-même à l’origine de la pollution du sol de sa parcelle. L’utilisation des déchets de légumes cultivés sur un sol pollué pour faire son compost. Malgré ses nombreux bienfaits, posséder ses propres poules et consommer leurs œufs peut représenter un risque pour votre santé. En effet, de nombreuses études scientifiques révèlent que des polluants environnementaux peuvent contaminer les œufs. Si le sol du parcours extérieur de votre poulailler domestique est contaminé, les polluants peuvent être transférés à la poule principalement par l’ingestion de sol, de végétaux ou bien encore de vers de terre. Ces substances passent ensuite de la poule aux œufs qu’elle produit.

Analyse et gestion des sols pollués

Si, sur base de cette réflexion, vous disposez d’éléments qui vous permettent de suspecter une pollution du sol, il est utile de prélever un échantillon de sol en vue de le faire analyser. Dans le cas de jardins de particuliers ou de potagers, ce sont essentiellement les pollutions aux métaux lourds qui sont analysées. Un échantillon est généralement composé d’un mélange de terres collectées au niveau de 10 points de prélèvement. C’est avec le laboratoire mandaté que le nombre d’échantillons nécessaires sera discuté, en fonction des caractéristiques de la parcelle.

En présence d’un sol acide par exemple, un transfert non négligeable du plomb vers les légumes feuilles et les légumes racines est possible. Certaines plantes potagères sont plus enclines à absorber les polluants présents dans le sol. Les légumes-fruits et les légumes-graines sont à privilégier. Les légumes-racines (radis, carottes, navets, rutabagas, betteraves, oignons) présentent quant à eux une tendance intermédiaire à accumuler les polluants. Les légumes-feuilles (salades, choux, bettes, etc.) ont une plus forte propension à concentrer les polluants. La culture de cette catégorie de légumes à même le sol, si celui-ci est pollué, est donc à proscrire. L’aptitude maximale est observée chez les aromates (persil, menthe, basilic, etc.).

Mesures de remédiation et principes de précaution

Il existe plusieurs méthodes visant à éliminer ou à confiner les éléments polluants présents dans le sol. Chacune d’entre elles est néanmoins fort coûteuse et nécessite l’intervention d’un professionnel. Le lavage du sol consiste à traiter les terres en dehors du site concerné et à remettre en place le sol dépourvu de polluants. Le confinement consiste à placer une membrane géotextile imperméable aux polluants et couverte de sol importé sain. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une technique de dépollution puisque le sol pollué reste en place. Les traitements biologiques consistent à utiliser des organismes vivants en vue d’évacuer ou de stabiliser les polluants. Citons à titre d’exemple la remédiation microbienne ou fongique qui mobilise respectivement des microbes et des champignons pour évacuer ou stabiliser des polluants.

Le Décret Sols vise notamment la mise en application du principe du pollueur-payeur qui implique que les impacts négatifs sur l’environnement liés à une activité doivent être assumés financièrement par son auteur en vue de remédiations ou de compensations. En ce sens, c’est au responsable d’une pollution du sol qu’il revient de procéder aux mesures adéquates pour remédier à la pollution (assainissement) ou pour confiner le risque. Il se peut cependant que le responsable ne soit pas ou plus identifiable. Dans ce cas, c’est l’exploitant qui se voit devenir responsable des démarches à entreprendre.

Infographie comparant les méthodes de dépollution des sols : phytoextraction vs phytostabilisation

Au-delà de ces considérations légales, la question se pose de savoir jusqu’où s’étendent les responsabilités d’un propriétaire d’une parcelle polluée en cas de production non commerciale de légumes. Bien que la mise en œuvre du principe de précaution soit de mise dans des cas de pollution du sol, il n’est pas toujours nécessaire d’abandonner totalement l’activité de jardinage sur une parcelle polluée. En termes de « santé », le bien-être et le plaisir liés à la culture potagère ne sont pas négligeables. Quelques conseils pratiques peuvent limiter l'exposition :

  • Éviter d’utiliser les déchets de légumes provenant du potager ou de tonte de pelouse dans le compost du jardin.
  • Utiliser des chaussures spécifiques pour le jardin.
  • Privilégier la culture potagère « hors-sol ».
  • Se limiter à la production de légumes-fruits.
  • Laver soigneusement les légumes avant de les consommer.
  • Pour les enfants de moins de six ans, la principale voie d’exposition aux contaminants est l’ingestion de particules de sol et de poussières via un contact direct main-bouche.

La gestion des ressources, qu'il s'agisse des emballages recyclés ou de la qualité intrinsèque de la terre de jardin, nécessite une approche nuancée. Si le carton demeure un outil puissant pour la structuration des sols en permaculture, son usage exige une sélection rigoureuse des matériaux et une compréhension des cycles de décomposition, tandis que la surveillance des métaux lourds reste une étape indispensable pour garantir la pérennité de la production potagère familiale.

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