Considérée comme un concept farfelu sans grand intérêt par les professionnels de l’agriculture, la permaculture semble être en passe de renverser la vapeur. L’objectif ? Ce concept d’agriculture très en vogue dans le milieu des altermondialistes reste encore méconnu du grand public. Il s’agit en effet de produire bio tout en respectant le paysage, les écosystèmes en évitant au maximum le recours aux machines et aux engrais et autres produits chimiques. En fait, la permaculture intègre l’agroécologie, la construction écologique et les énergies renouvelables, avec une vision assez souple qui lui permet de s’adapter à chaque terroir, car il évident que les besoins sont très différents selon que l’on se trouve en Normandie ou en Provence. C’est en quelques sortes donc un retour au source, à l’agriculture des générations anciennes qui produisaient beaucoup et de façon rentable sans recourir à des techniques qui nuisent à l’environnement.

Fondements et Approches de la Permaculture
La permaculture, contraction de “(agri)culture permanente”, est une démarche de conception d’un lieu de vie naturel. En considérant ce lieu comme un tout, on l'aménage d'un point de vue harmonieuse, esthétique, écologique ou encore autonome. Le principe de base de la permaculture est de s’inspirer de la nature pour les cultures : les espèces sont multiples, indigènes, et peuvent interagir entre elles, bien sûr insecticides et engrais sont proscrits, et les surfaces sont optimisées, ainsi que l’utilisation de l’eau et du soleil. Le but étant de ne plus détruire les écosystèmes, vient s’ajouter un autre bénéfice sympathique, les jardins potager cultivés en permaculture demandent beaucoup moins de soins que les jardins traditionnels. Il n’y a pas une méthode de permaculture, c’est à chacun de réfléchir et de construire sa propre permaculture, car celle-ci se veut protectrice de la nature et des humains.
Permaculture et autonomie - Design en Permaculture d'un jardin urbain participatif
Observer et Concevoir son Projet
Observer et analyser votre environnement : il s’agit de comprendre les éléments qui entourent l’espace que vous souhaitez dédier à votre jardin, afin de faire en sorte d’harmoniser l’ensemble. Le type de sol (sableux, limoneux, argileux, calcaire, humifère) peut empêcher la bonne croissance de certaines plantes malgré tous vos efforts. L’exposition du terrain ainsi que le climat (océanique, méditerranéen, continental…) peuvent également jouer. Définir ses attentes : demandez vous ce dont vous avez envie et besoin. Interrogez-vous aussi sur vos ressources et capacités : quel est votre budget ? Combien de temps pensez-vous accorder au jardinage par semaine ? Si vous avez un bel espace, pensez à le zoner en fonction de l’énergie demandée. Si votre source d’eau se situe à 10 minutes à pied de votre potager, vous risquez de ne pas aller l’arroser souvent.
Techniques de Culture et Gestion des Ressources
En permaculture, la terre n’est jamais retournée ni bêchée. Le principe est généralement de cultiver au-dessus du sol, pour ne pas épuiser ses ressources. Les types de parcelles sont très variés : trou de serrure, lasagne, plate-bande permanente, buttes, bottes de pailles, potager 3P. Vos parcelles doivent être assez larges, mais vous devez pouvoir en atteindre facilement le centre, 1m20 est raisonnable. Vous ne devez pas avoir à marcher dans vos planches de culture, ça tasse le sol, empêchant les vers de terre de faire correctement leur boulot ! Par exemple, la permaculture utilise les vers de terre qui s’occupent de labourer le sol à la place de l’agriculteur.
Fertilité et Paillage
Un sol vivant étant un sol suffisamment humide, aéré et riche en matière organique, votre mission consiste à en prendre soin. Paillez systématiquement entre vos plantations : vous éviterez la pousse des adventices et vous limiterez l’évaporation de l’eau, le gain est sérieux, d’environ 3 arrosages sur 4. Le Bois Raméal Fragmenté (BRF) est issu de rameaux jeunes, de moins de 2 ans, qui ont été broyés. Ce broyage permet aux champignons de pénétrer rapidement dans le bois et de le digérer. Ce BRF étalé à la surface du sol rend le sol fertile et aux bons soins des végétaux, en y développant mycélium et humus. Très semblable au “paillis” qui couvre le sol des forêts, vous devez récupérer les feuilles mortes de votre jardin, ou pourquoi pas au bord des routes et les utiliser au pied de vos végétaux. Les tontes d’herbe, riches en azote, sont particulièrement adaptées aux haricots, pois, laitues, pommes de terre et autres gourmandes. Les engrais verts, couvrant un sol nu et permettant au sol d’être plus perméable, grâce à leurs racines, apportent en plus, une fois fauchés ou recouverts par un paillis, des nutriments indispensables aux végétaux.

Gestion de l'Eau et Biodiversité
L’eau, source de vie, est considérée en permaculture comme un flux énergétique. Récupérer les eaux de pluie dans des contenants ouverts permet non seulement de disposer d’eau pour l’arrosage, mais aussi d’attirer des oiseaux qui viendront y boire et vous débarrasser des insectes indésirables. Les éléments de votre jardin doivent pouvoir interagir entre eux, pour être utiles à plusieurs fonctions : des poules vous nourrissent, se délectent des limaces, fertilisent le sol et se nourrissent de vos déchets. Les plantes compagnes se protègent ou s’aident les unes les autres. La milpa (ou “les 3 soeurs”) est une pratique ancestrale mésoaméricaine, associant 3 types de culture : le maïs, le haricot grimpant et la courge. Le maïs sert de tuteur au haricot et l’abrite du soleil. Le haricot enrichit le sol en azote grâce à ses racines.
Analyse Économique et Réalité de Terrain
On parle de plus en plus de la permaculture. Nombreuses sont les personnes qui s'y intéressent, les avantages sont nombreux, le côté éthique attire. Produire à la main une profusion de fruits et légumes sur une petite surface, c’est le défi de la permaculture. Pour la première fois, une étude scientifique s’est penchée sur la viabilité économique de ce modèle agricole alternatif : l’étude économique d’une parcelle type de 1000 m2 au sein de la ferme de BEC HELLOUIN. Le modèle de la ferme est triomphant puisqu’elle peut dégager un revenu horaire de 5,4 à 9,5 € pour une semaine de 43 heures grâce à une productivité élevée, soit un salaire mensuel net de 900 à 1570 €.
Défis et Limites à Grande Échelle
La permaculture est souvent présentée comme “plus vertueuse et plus rentable” voire “la solution à tous les problèmes de l’agriculture traditionnelle”. Mais la méthode de la ferme du Bec Hellouin semble être complexe à mettre en place (mise en place d’un écosystème complet, création du sol sur plusieurs années, besoin de connaissances technico-économiques et commerciales). Elle semble aussi ne pas apporter un résultat garanti en terme de salaire (souvent inférieur au salaire minimum français). Début 2014, la microferme de Bourdaisière, faisant partie du réseau Fermes d’Avenir, commence l’expérimentation de 1,4 hectare en permaculture. Au bout de quatre ans, les objectifs annoncés de “100 000 €/an en année 4-5 et sortir trois salaires” sont loin d’avoir été atteints : la ferme annonce un déficit annuel de 60 à 90 000 €, mettant un terme à l’expérience. Le potager en permaculture ouvre la voie vers l’autonomie alimentaire mais reste toutefois une aventure viable et agréable à l’échelle familiale. A l’échelle agricole, la permaculture est très peu (voire pas) rentable et reste donc peu concevable.

Vers une Agriculture Durable et Résiliente
Annemarie et Graham Brookman, ainsi que leurs enfants Tom et Nikki, ont développé la ferme Food Forest Farm et son centre d'apprentissage à Gawler en Australie du Sud. On y trouve aujourd'hui plus de 160 variétés de fruits et de fruits à coques certifiés Bio, du blé, des légumes, des œufs de poules élevées en plein air, du miel, des graines de caroube, des plantes comestibles indigènes australiennes, des petits plants et du bois de construction. Elle est reconnue comme l'une des petites entreprises Bio les plus soutenables d'Australie et croît continuellement depuis plus de 20 ans, avec très peu d'endettement et un fort rendement financier. Leurs revenus sont diversifiés et en cohérence avec les valeurs qu'ils incarnent. Une part importante des revenus provient de la certification Bio NASSA organic. Ils sont les plus gros producteurs de pistache et de caroube Bio en Australie. La transmission représente aussi une part importante de l'équation, puisqu'ils enseignent des PDCs. La permaculture est bien plus qu’une manière de cultiver, elle est vraiment un mode de vie. En favorisant une approche diversifiée et complémentaire des cultures, la permaculture promeut la biodiversité des plantes, des animaux et des micro-organismes. Ainsi, cette diversité renforce la résilience des écosystèmes et leur capacité à s’adapter aux changements environnementaux. Malgré une approche plus naturelle, la permaculture peut souvent produire des rendements élevés sur une surface donnée, grâce à une utilisation efficace de l’espace, une diversification des cultures et une meilleure gestion des ressources. Comparée à l’agriculture conventionnelle, souvent intensive et dépendante de machines lourdes, la permaculture est généralement moins épuisante pour les praticiens, en privilégiant des méthodes de travail plus douces et en valorisant l’automatisation naturelle des écosystèmes. La permaculture peut être mise en œuvre sur de petites parcelles de terrain. Et même sur des balcons et des terrasses ! Du coup, ça la rend accessible aux jardiniers urbains et aux petits agriculteurs, contribuant ainsi à la résilience et à la durabilité des communautés locales. Enfin, en encourageant l’expérimentation, l’observation de la nature, des petites bêtes et des plus grosses, ainsi que l’apprentissage continu, la permaculture stimule la créativité et favorise une connexion profonde avec la nature. Explorez les nombreux avantages de la permaculture et envisagez comment vous pouvez intégrer cette approche innovante dans votre propre vie.
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