L’environnement, c’est l’affaire de tout le monde - encore faut-il savoir de quoi on parle! La permaculture, qui vient du terme « agriculture permanente », se base sur l’idée d’observer la nature et de l’imiter pour mettre en place des pratiques plus durables. Plus qu’une simple technique agricole, il s’agit surtout d’une vraie méthode philosophique qui se base sur l’observation de la nature pour recréer des espaces naturels où l’intervention de l’humain est la plus limitée possible et où la biodiversité joue un rôle crucial.

Valoriser la cohabitation des espèces
En permaculture, tout est conçu pour favoriser la diversité, les liens entre les différents systèmes et l’abondance en vue de l’autosuffisance. Les plantes et les animaux, lorsqu’ils sont respectés et que leurs besoins sont comblés, peuvent fournir différents services. Par exemple, en aménageant un jardin avec des arbres fruitiers et des poules pondeuses, on crée de la beauté, on ajoute des sources de nourriture (à partager avec la faune sauvage), on protège le sol du soleil pour fournir un peu de fraîcheur à nos poulettes. Elles produisent un engrais naturel pour nos fleurs, arbres et légumes.
Cette forme de culture se construit dans un souci de respect global : respect de la nature (faune et flore) au présent et au futur. Ainsi, on évitera de bouleverser son fonctionnement naturel. On agrémentera notre quotidien tout en pensant aux générations futures, pour leur léguer un environnement sain, autonome et productif.
L'observation : fondement de l'action
Avant d’agir, il est important de comprendre le rôle des choses dans notre système : prendre le temps d’observer, avec empathie et compassion, tout ce qui nous entoure, insectes, faune, flore, humains, décors naturels, constructions humaines, etc. On se renseigne sur leurs besoins et leurs apports pour mieux intervenir. « En permaculture, chaque chose qu’on intègre doit avoir une ou plusieurs fonction(s). On doit en avoir analysé les besoins, les apports et les rejets avant de les intégrer au système. »
S'il s'agit d'ajouter des poules pondeuses dans un jardin, il faut d'abord analyser comment elles vivent, de quoi elles ont besoin en été comme en hiver, comment les protéger des prédateurs, quoi leur donner à manger, est-on capable de produire cette nourriture ou devra-t-on l'acheter, réfléchir à la gestion de leurs déchets, mais aussi à leurs comportements naturels (gratter le sol, jaqueter). Il faudra évaluer si vos voisins pourront vivre avec le bruit et les odeurs, si un vétérinaire local s’y connaît en poules, etc, et ajuster vos choix aux différentes réalités qui surgiront. Bref, une vraie étude d'impact.
Les 12 principes directeurs
La pratique repose sur des piliers fondamentaux. Les 12 principes de la permaculture sont :
- Observation
- Commencer doucement et à petite échelle
- Capter et conserver l’énergie
- Ne produire aucun déchet
- Utiliser et valoriser les ressources renouvelables
- Utiliser et valoriser les contours du territoire
- Utiliser et valoriser la diversité
- Viser la synergie plutôt que de compartimenter
- S’auto-réguler et accepter la rétroaction
- Concevoir la structure d’ensemble avant les détails
- Accepter le changement et l’utiliser de façon créative
- Obtenir une production
Parmi ces principes, une pratique courante est d’essayer d’exploiter raisonnablement les ressources naturelles renouvelables : vent, eau, soleil. Ainsi, il est possible de capter leur énergie et stocker ces trésors pour en permettre l’utilisation plus tard. Vous pouvez, par exemple, stocker l’eau de pluie pour vos prochains arrosages. Une autre pratique est de composter vos déchets alimentaires, qui peuvent devenir une belle source de nourriture pour vos plantes.
La permaculture sociale et ses applications
La permaculture sociale correspond à l’idée d’appliquer les principes de la permaculture aux différents systèmes qui composent nos sociétés, comme l’économie, les relations sociales et bien plus. Par exemple, selon le principe « intégrer plutôt que séparer », il faut disposer les bons éléments aux bons emplacements pour permettre à chacun de s’épanouir et au collectif de prospérer.
Dans notre vie de tous les jours, en dehors du jardin, appliquer les principes de permaculture revient plus ou moins à rejeter la surconsommation, l’individualisme et le capitalisme. Lorsque possible, on opte pour faire nous-mêmes, à petite échelle et selon nos besoins. La collaboration fait aussi partie de la permaculture : favoriser les échanges et les vécus de chacun, s’aider pour surmonter les difficultés qui peuvent surgir!
Vers une résilience des systèmes agricoles
La permaculture permet une grande résilience des systèmes grâce à la création d’une diversité importante de culture en opposition à la monoculture. Découvrons les cinq grands principes techniques :
- Une économie d'énergie : Le concept du « zoning » depuis la maison à la nature prend en compte les économies de moyen (le carburant et le travail manuel et mécanique). Le plus près de la maison demande du soin et donc des allers et retours nombreux. Plus on s'éloigne de la maison moins les interventions sont nombreuses et la nature reste « sauvage ».
- Une culture en lasagne ou en butte : L'objectif est de créer un sol vivant et fertile, par couches successives de carbone et d'azote avec des produits situés à proximité qui forment des buttes ou des lasagnes (bois anciens, feuilles, compost, paille, etc.). L'utilisation du recyclage est ici primordiale. Ce sol est peu travaillé, la culture se fait sans labour, sans pesticides, avec peu d'eau : c'est la faune et la flore du sol qui travaillent pour le jardinier !
- Une productivité croissante : La redécouverte de la permaculture lors du dernier choc pétrolier s'explique par la très bonne productivité et la durabilité de ce mode cultural. La diversité des cultures, associée à une forte densité, permet d'atteindre l'autosuffisance alimentaire sur de petites surfaces.
- Un modèle en mosaïque : La permaculture cherche à imiter la nature pour rendre autonomes les écosystèmes agricoles reconstitués. Le site ressemble donc à une mosaïque de petits milieux naturels imbriqués et riches, dont la mare est un des milieux incontournables.
- Revalorisation de zones de ressources biologiques : La permaculture laisse à la nature « sauvage » le plus de place possible. Ces zones de nature servent de zones de ressources biologiques et de refuge.
La gestion de la faune et la résolution des conflits
Il est très difficile pour les scientifiques et chercheurs de définir précisément les services écologiques rendus par la biodiversité. Les oiseaux nous ont pourtant aussi posé problème en picorant nos tomates ou en mangeant nos fruits rouges. C’est pourquoi nous avons disposé des filets spécial oiseaux à l’entrée des serres et sur les petits fruits car nous estimons que c’est à l’homme de s’adapter à la nature et non à la nature de s’adapter à l’homme, car nous faisons partie de la nature.
Autre exemple, le renard n’est généralement pas aimé des éleveurs et comme nous avons des poules nous sommes concernés par ses éventuelles attaques. C’est pourquoi, de la même façon que pour prévenir l’attaque des oiseaux, nous enfermons nos poules la nuit grâce à un système automatique de petite porte coulissante. Le renard a également une action bénéfique sur la régulation des lapins, des campagnols (2 000 par an et par renard !) et des rats qui attaquent fréquemment nos cultures.

Pour que les hérissons continuent de se reproduire dans la ferme, nous leur installons des abris en entassant des fagots de branchages dans le petit bois et dans les recoins peu visités. Le hérisson est un grand prédateur de limaces et ainsi il nous aide à les réguler. De la même façon, nous n’avons pas pour objectif d’éradiquer les limaces, mais seulement de les contrôler afin de maintenir nos cultures saines. Tout est question de mesure et de « faire avec ». Une philosophie que l’on apprend à accepter, afin de laisser sa place à chaque être vivant de son oasis de vie.
Pollinisation et équilibres naturels
Pour la pollinisation de nos plantes, nous avons opté pour le rucher écologique en ruches Warré. Nous ne prélevons que très peu de miel et laissons ainsi plus de chance à l’essaim de rester en forme car sa nourriture est également sa trousse à pharmacie. Or, dans l’apiculture en général on enlève presque tout le stock de miel pour le remplacer par du sucre de betterave de mauvaise qualité.
De la même manière, pour maintenir une population de pollinisateurs sauvages autant menacés par l’agriculture conventionnelle que les domestiques, comme les bourdons, les osmies et autres, nous avons semé de nombreuses plantes et fleurs mellifères. Chaque année nous récupérons une partie des graines de fleurs pour les ressemer au printemps et maintenir la source de nourriture des pollinisateurs qui nous le rendent bien en s’occupant en parallèle de nos fleurs de légumes et de fruits. Grâce à toutes ces techniques, nous constatons que d’année en année les attaques de nuisibles sont de moins en moins lourdes et ont tendance à se réguler toutes seules. Comme l’attaque de pucerons qui va servir de nourriture aux coccinelles ou d’incubateur aux larves de syrphes et ainsi nettoyer la parcelle d’elle-même.
Adaptation au climat et résilience
La démarche d’ajustement au climat actuel ou attendu, ainsi qu’à ses conséquences, est primordiale. Pour les systèmes humains, il s’agit d’atténuer les effets préjudiciables et d’exploiter les effets bénéfiques. Le changement climatique impacte les végétaux et la gestion de l'eau dans nos jardins : comment s'adapter ? Végétalisons ! La végétalisation est l'une des clés pour aménager son territoire et le rendre plus résilient.
Un sol nu est très pauvre en biodiversité. Dès que la terre est couverte, la vie reprend vite ses droits : micro-organismes, champignons, vers de terre, insectes… Ce petit monde travaille pour vous, à condition de ne pas tout bousculer à chaque passage. La grelinette permet de soulever la terre pour l’aérer sans la retourner et ainsi sans détruire les galeries construites par les vers de terre à travers les différentes couches de terre.
Précautions et réglementations
Brûler les déchets à l’air libre, qu’ils soient issus des particuliers, des secteurs agricoles ou du bâtiment, c’est interdit et illégal pour de bonnes raisons ! Sur la faune (insectes pollinisateurs, oiseaux insectivores, mammifères..) comme sur notre santé humaine, les effets des produits phytopharmaceutiques sont avérés et dramatiques. Tous les produits « naturels » ou « bio » ne sont pas inoffensifs : vinaigre, sel, insecticides biologiques, etc., peuvent avoir un impact sur le milieu naturel. D'où l'importance de bien se renseigner avant d'utiliser un produit, même « fait maison », et de respecter les doses prescrites.
Les populations d'oiseaux déclinent de manière très inquiétante. Le saviez-vous ? Détruire ou déplacer les nids d'oiseaux sur le bâti est interdit. C'est aussi valable pour les nids inoccupés : certaines espèces menacées et protégées (rapaces, hirondelles, martinets, moineaux…) réutilisent leur nid d'une année sur l'autre. La taille des haies et l'élagage sont déconseillés entre le 15 mars et le 31 août, période de nidification des oiseaux.

La biodiversité invisible : un allié précieux
Les insectes, pas si différents de nous… Eux aussi préfèrent ne pas vivre entassés ! Historiquement, le « beau jardin » évoque une nature maîtrisée… mais aussi pauvre en vie. Dans un contexte d'effondrement de la biodiversité, les jardins ont un rôle à jouer dans la préservation des espèces végétales et animales : et si aujourd'hui, un « beau jardin », c'était aussi un lieu d'expression de la flore sauvage ?
Les espèces exotiques envahissantes, ou espèces invasives, sont l'une des cinq causes majeures de l'érosion de la biodiversité. Parmi les plantes incriminées, beaucoup ont été initialement introduites dans les parcs et jardins… Prudence, donc, lorsqu'on introduit une nouvelle espèce exotique au jardin !
Sciences participatives et observations
Vous aimez observer la nature ? Les sciences participatives sont un moyen de partager vos observations tout en contribuant à la recherche sur la biodiversité. Notre écosystème planétaire voit son équilibre chamboulé chaque jour, déplorant l'extinction des espèces végétales encore plus rapide que celle des espèces animales. La permaculture nous aide à repenser nos lieux de vie comme des écosystèmes harmonieux et riches