La permaculture, dans sa quête d'intégration harmonieuse avec la nature, valorise grandement les éléments multifonctionnels. Un jardin d'eau, ou mare, incarne parfaitement cette philosophie, offrant une multitude de bénéfices écologiques et pratiques au jardinier. Loin d'être un simple ornement, la mare en permaculture est un véritable cœur battant de biodiversité, un régulateur hydrique et un créateur de microclimat. Sa conception et son emplacement sont des décisions stratégiques qui maximisent son intégration dans l'écosystème global du jardin.

Pourquoi intégrer une Mare en Permaculture ?
Les mares et étangs possèdent une valeur exceptionnelle dans le paysage de la permaculture. Ils profitent réellement à l'écosystème et à l'hydrologie d'une zone. Une mare bien conçue et judicieusement placée peut devenir une source inestimable de vie, tout en offrant des solutions pratiques pour la gestion de l'eau. Elle peut servir de réserve d'eau pour l'irrigation, un moyen de régulation thermique grâce à son rôle de tampon, et un habitat privilégié pour une faune diversifiée.
Une Source de Biodiversité Exceptionnelle
Les mares et étangs sont des écosystèmes foisonnants, attirant une faune variée. Ils sont des habitats parfaits pour de nombreuses espèces d'amphibiens, tels que les grenouilles et les tritons, ainsi que pour une myriade d'insectes aquatiques comme les libellules et les dytiques. Les berges végétalisées et les différentes profondeurs créent une mosaïque d'habitats, offrant des niches écologiques variées pour une multitude d'organismes. Les libellules, par exemple, trouvent dans les plantes aquatiques des perchoirs idéaux, tandis que les zones moins profondes et les paliers servent de refuges et de zones de chasse pour divers invertébrés.
Gestion de l'Eau et Hydrologie
Un des rôles cruciaux de la mare en permaculture est sa contribution à la gestion de l'eau. Elle peut être conçue comme une mare d'infiltration, où l'eau est destinée à s'infiltrer lentement dans le sol, rechargeant ainsi les nappes phréatiques. Ce type de mare, souvent comparé à un barrage de castor, permet de ralentir le débit d'eau dans le bassin versant, favorisant l'absorption par le sol. Plusieurs mares d'infiltration judicieusement placées peuvent littéralement recharger et reconstruire l'aquifère souterrain d'une zone.
D'autres conceptions visent à stocker l'eau pour l'irrigation. Les étangs d'irrigation pluviale recueillent l'eau de pluie, qui sera ensuite utilisée pendant la saison de croissance pour abreuver les cultures. Ces bassins doivent être conçus pour minimiser l'évaporation, souvent à l'aide de systèmes de vidange contrôlée comme un tuyau de blocage traversant le mur du barrage ou un siphon. À la fin d'une saison sèche, un étang d'irrigation sera vide, mais son rôle dans l'approvisionnement des cultures sera crucial.
Certaines conceptions intègrent également un rôle de lutte contre les incendies. Ces étangs doivent pouvoir fournir de l'eau rapidement en cas d'urgence, souvent par gravité, nécessitant un positionnement stratégique en hauteur. Dans des zones particulièrement sujettes aux feux de forêt, des étangs de grande taille peuvent même être conçus pour permettre l'atterrissage d'hélicoptères de lutte contre les incendies.
Création d'un Microclimat Bénéfique
La présence d'un point d'eau, surtout dans les régions au climat chaud, peut créer un microclimat bénéfique pour les cultures environnantes. L'évaporation de l'eau a un effet rafraîchissant, aidant à réguler la température locale. Ce microclimat peut également augmenter l'humidité ambiante, ce qui est particulièrement avantageux pour les plantes sensibles à la sécheresse.
Où Situer sa Mare Permaculturelle ?
L'emplacement d'une mare ou d'un étang est crucial pour maximiser ses bénéfices écologiques et fonctionnels. Un bon placement détermine son efficacité et son intégration dans l'écosystème du jardin. Plusieurs facteurs doivent être pris en compte :
La Topographie du Terrain
La topographie est un critère essentiel. Placer une mare au point haut d'une pente, au sommet d'une colline, permet de stocker l'eau pour un approvisionnement par gravité vers les zones inférieures. Cependant, sans apport d'eau de ruissellement, ces mares doivent être remplies autrement. En descendant la pente, le rapport entre la quantité de sol déplacé et la quantité d'eau stockée augmente à mesure que l'on atteint des zones plus plates. Une zone plane offre la plus grande capacité de stockage d'eau pour le volume de terre déplacé. Néanmoins, plus on est haut dans le paysage, plus le potentiel de déplacement de l'eau par gravité est grand, sans consommation d'énergie. Le choix du positionnement doit donc être soigneusement étudié. Souvent, les meilleurs sols pour la construction d'étangs se trouvent plus bas dans le profil du paysage, ce qui peut influencer la décision.
L'Exposition Solaire
L'exposition solaire est cruciale pour maintenir un équilibre écologique. Un ensoleillement partiel, de 4 à 6 heures de soleil direct par jour, est idéal. Trop de soleil peut entraîner un réchauffement excessif de l'eau en été, favorisant la prolifération d'algues et rendant la mare vulnérable aux aléas climatiques. Inversement, une ombre trop dense, notamment sous les arbres, peut entraîner une chute excessive de feuilles mortes qui, en se décomposant, déséquilibrent l'eau. Dans les climats chauds, un arbuste bas sur la berge peut fournir un ombrage partiel bienvenu.
L'Accès à l'Eau
La mare doit être placée à un endroit où elle peut facilement recevoir l'eau nécessaire pour se remplir. Cela peut être via le ruissellement des eaux de pluie, une connexion à un récupérateur d'eau, ou même une source si disponible. La proximité d'un récupérateur d'eau, par exemple, permet d'assurer un apport régulier et de gérer le surplus.
L'Environnement Végétal et la Faune Locale
L'environnement végétal autour de la mare a un impact sur son bon fonctionnement. Les plantes aquatiques jouent un rôle essentiel dans l'équilibre de l'écosystème de la mare. Il est préférable d'éviter de situer la mare directement sous un arbre ou trop près d'une haie dense, afin de limiter la chute de feuilles et d'éviter l'ombrage excessif.
Une mare doit être un point de rencontre pour la faune locale. Son placement doit tenir compte de son rôle dans l'écosystème global du jardin, idéalement à proximité des zones de culture pour maximiser son impact sur l'irrigation et la régulation thermique.
Dans ou Hors du Canal ?
Le placement d'un étang dans le paysage peut se faire "dans le canal" (là où l'eau coule naturellement) ou "hors du canal".
- Dans le canal : L'avantage est que la zone reçoit déjà de l'eau et peut offrir un rapport efficace entre le sol déplacé et l'eau stockée. Cependant, c'est là que la force de l'eau est concentrée, ce qui pose des défis lors des crues. La structure de retenue d'eau doit être conçue avec un fort déversoir pour gérer les inondations historiques. De plus, de nombreux organismes réglementaires n'apprécient pas les étangs dans le canal car ils peuvent perturber les habitats naturels et le mouvement des poissons.
- Hors du canal : Un étang hors canal est généralement mieux perçu par les régulateurs. Il peut être alimenté par une déviation du canal, des routes, ou le ruissellement de surface. Ces emplacements sont plus stables car ils ne sont pas directement sur la trajectoire des inondations. Cependant, ils peuvent nécessiter plus de mouvement de terre et avoir une efficacité de stockage d'eau moindre.
Comment réussir sa mare naturelle ?
Conception et Construction d'une Mare Permaculturelle
La conception d'une mare est un processus créatif qui peut être adapté à de multiples fonctions. La limite n'est que l'imagination du concepteur.
Dimensions et Profondeur
Tout est possible en termes de dimensions, mais il faut garder à l'esprit que la taille du bassin doit être en rapport avec le reste du jardin. Une mare de 3 à 4 m² suffit déjà pour le bain des oiseaux et quelques invertébrés aquatiques. À partir de 7 m², la surface devient plus intéressante pour les amphibiens et permet une plus grande diversité végétale.
La profondeur est également un facteur clé. Il est recommandé de prévoir au moins un endroit profond de 80 cm à 1 mètre. Cette profondeur assure un minimum d'eau libre en cas de sécheresse estivale et permet à l'eau de ne pas geler complètement en hiver, offrant un refuge aux organismes aquatiques. Une profondeur suffisante limite également le réchauffement excessif de l'eau en été.
Une zone marécageuse adjacente peut servir à évacuer le trop-plein d'eau, augmentant ainsi la superficie utile du jardin d'eau. Une mare trop petite est plus vulnérable aux aléas climatiques.
Matériaux d'Étanchéité
- Terres argileuses : Seul un jardin doté d'une terre argileuse pourra se passer d'une bâche pour créer son bassin. Dans ce cas, le fond du trou doit être compacté pour assurer l'étanchéité.
- Bâche : Si le terrain n'est pas naturellement imperméable, une bâche est nécessaire. Les options incluent le Liner (plus abordable, durée de vie 10-15 ans) ou l'EPDM (à base de caoutchouc, plus écologique et durable, durée de vie 50 ans). Il est crucial d'ajouter une feutrine sous la bâche pour la protéger des cailloux et des racines. Évitez absolument le PVC, très polluant lors de son élimination.
La formule pour le calcul des dimensions de la bâche nécessaire est :
- Longueur de la bâche = longueur de la mare + 2 fois la plus grande profondeur + 1m (pour les bords et la marge de précaution).
- Largeur de la bâche = largeur de la mare + 2 fois la plus grande profondeur + 1m (pour les bords et la marge de précaution).
Le Substrat et les Berges
Au fond de la mare, un substrat minéral est nécessaire pour masquer la bâche, permettre aux plantes de s'enraciner et aux animaux de se cacher. Il est conseillé de varier sa structure (argile, sable, gravier, cailloux) pour répondre aux besoins des différents invertébrés aquatiques.
Les berges doivent être aménagées avec soin. Évitez trop de sable et de gravier sur les bords, car ils favorisent l'évaporation par capillarité et ont tendance à glisser. Préférez l'argile et quelques grosses pierres plates. L'aménagement de berges en pentes douces et abruptes, ainsi que la création de paliers, diversifie le profil de la mare et crée des habitats variés. Une pente douce sur une partie du bassin facilite l'accès des animaux à l'eau.
Les Différents Types de Mares
La conception d'une mare peut répondre à des besoins spécifiques :
- Mare d'infiltration : Conçue pour que l'eau s'infiltre dans le sol, rechargeant les nappes phréatiques. Le sol n'est pas compacté, favorisant le mouvement de l'eau souterraine.
- Étang d'irrigation pluviale : Stocke l'eau de pluie pour l'irrigation des cultures. Doit être étanche pour conserver l'eau.
- Étang de loisirs : Conçu pour la baignade et les activités récréatives, il doit rester plein pendant la saison chaude et avoir des pentes douces pour un accès facile et sécurisé.
- Étang de lutte contre les incendies : Doit rester plein et permettre une libération rapide de l'eau, idéalement par gravité, pour alimenter des systèmes de lutte contre le feu.
- Étang d'habitat : Conçu avec des profondeurs et des bords variés pour créer de nombreuses niches écologiques et attirer la faune. Il devrait avoir des fluctuations saisonnières naturelles du niveau de l'eau.
- Étang d'aquaculture : Un environnement plus contrôlé pour l'élevage de poissons, avec une gestion de l'entrée et de la sortie d'eau facilitant la récolte.
Il est important de noter qu'un étang peut remplir plusieurs fonctions simultanément. Par exemple, un étang d'habitat peut également être une mare d'infiltration, profitant à l'hydrologie tout en hébergeant de la vie. Cependant, certaines combinaisons sont à éviter, comme un étang de lutte contre les incendies qui serait également un étang d'irrigation, car ce dernier sera vidé pendant la saison sèche. La permaculture encourage à maximiser les usages et les rendements de chaque élément.

Végétation et Faune : L'Équilibre d'une Mare Naturelle
L'intégration de plantes et la gestion de la faune sont essentielles pour l'équilibre d'une mare permaculturelle.
Les Plantes Indispensables
Plusieurs types de plantes contribuent à la santé et à la vitalité de la mare :
- Plantes oxygénantes : Elles vivent sous l'eau et jouent un rôle crucial dans l'oxygénation de l'eau. Les myriophylles, les élodées ou les lentilles d'eau en sont des exemples.
- Plantes émergentes (ou épuratrices) : Avec leurs racines, elles absorbent les nutriments présents dans l'eau, contribuant ainsi à sa purification. L'acore calamus, le cresson de fontaine (Nasturtium officinalis) et l'épiaires des marais (Stachys palustris) sont de bons exemples. L'iris des marais est également un incontournable.
- Nénuphars et plantes flottantes : Les nénuphars, avec leur feuillage à la surface de l'eau, limitent le réchauffement excessif. Les plantes flottantes, comme la jacinthe d'eau, agissent de manière similaire.
Il est important de planter dans des paniers aquatiques pour contrôler leur croissance et faciliter l'épuration. Les plantes oxygénantes et les nénuphars aiment la profondeur, tandis que la plupart des plantes émergentes préfèrent des eaux peu profondes (15-20 cm d'eau au-dessus de leurs racines).
La Faune : Prédateurs Naturels et Équilibre
Une mare bien conçue attire naturellement une faune qui régule les populations d'insectes, y compris les moustiques. Les larves de libellules, les gyrins, les dytiques sont des prédateurs efficaces des larves de moustiques. Il ne faut donc pas s'inquiéter outre mesure de la présence de moustiques, car leur prolifération est généralement temporaire et régulée par l'arrivée de ces prédateurs. Des bactéries naturelles (Bacillus thuringiensis israelensis) peuvent être utilisées en dernier recours pour cibler spécifiquement les larves de moustiques.
Il est fortement déconseillé d'introduire des poissons rouges ou des tortues de Floride. Les poissons troublent l'eau en remuant la vase et leurs excréments favorisent le développement d'algues. De plus, ils sont des prédateurs de batraciens et de leurs pontes. Les tortues sont également des prédateurs voraces.
Un pic d'algues peut survenir au printemps et en été. Il ne faut jamais utiliser de produits chimiques pour s'en débarrasser. L'équilibre se rétablira naturellement avec le développement de la faune.
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Entretien d'une Mare Permaculturelle
L'entretien d'une mare est indispensable pour maintenir son harmonie, mais il ne doit pas être excessif.
Quand et Comment Entretenir ?
Il faut éviter les grands nettoyages de printemps et d'automne, qui perturbent la faune venue se réfugier. La période idéale pour l'entretien est la fin du printemps ou l'été.
L'entretien consiste principalement à :
- Diviser les plantes : Lorsque les plantes aquatiques deviennent trop envahissantes, il faut en limiter la progression pour éviter qu'elles n'étouffent le bassin. Cela peut se faire en coupant une partie des racines ou en retirant des paniers entiers.
- Retirer une partie du dépôt du fond : Il ne faut pas tout retirer, car la flore microbienne présente est essentielle à l'équilibre de l'eau. Un curage partiel tous les deux ans environ permet d'enlever les excès de vase et de matières organiques accumulées.
Gestion des Algues
L'apparition d'algues est normale, surtout au printemps et en été. L'équilibre se rétablit avec le développement des plantes aquatiques et de la faune qui s'en nourrit. Il est crucial de ne pas utiliser de produits chimiques.
L'Importance de l'Eau
Il faut accepter les variations du niveau d'eau, notamment en été lorsque les pluies se font rares. L'ajout d'eau trop froide peut perturber l'équilibre de la vie aquatique.
La conception d'une mare en permaculture est une démarche gratifiante qui enrichit le jardin d'un point d'eau vivant et fonctionnel. En suivant ces principes, on crée un écosystème autosuffisant qui profite à la fois au jardinier et à la biodiversité locale.
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