Dans l'univers de la permaculture, le sol est bien plus qu'un simple support pour les plantes ; il est la clé de voûte de l'ensemble d'un projet permaculturel. Il est un écosystème vivant, foisonnant de micro-organismes, qui, lorsqu'il est géré de manière appropriée, garantit la santé, la croissance des plantes et la qualité de nos récoltes. Pourtant, dans de nombreux ouvrages sur la permaculture, le sol est souvent négligé, et les conseils sur sa fertilisation peuvent être limités, voire inadaptés. Cet article vise à explorer en profondeur les principes et les techniques de la permaculture pour l'entretien et l'amélioration des sols, en offrant un véritable mode d'emploi de la fertilité.

Comprendre et Analyser Son Sol : La Première Étape
Avant toute intervention, il est indispensable de bien connaître son sol. Est-il acide ou basique ? Sableux ou argileux ? La terre contient-elle de la matière organique ? Quels nutriments le jardin contient-il naturellement ? La compréhension de votre terrain et du climat vous permettra de choisir des méthodes de fertilisation écologiques adaptées.
Les Composantes et la Texture du Sol
Le sol se compose de sables, de limons, d'argiles (minérale qui lui donne sa texture) et d'humus (matières organiques). La texture du sol influence grandement sa capacité à retenir l'eau et les nutriments.
- Sol Sablonneux : Principalement constitué de grosses particules. Les racines des plantes peuvent facilement pénétrer ce type de sol, mais il ne retient pas l'eau ni les nutriments pendant une longue durée. Il est facile à travailler et bien drainé.
- Sol Limoneux : Composé de particules de taille moyenne, il a une bonne capacité à retenir l'eau et les nutriments. Cependant, il peut être facilement érodé ou compacté.
- Sol Argileux : Composé de petites particules. Il a une excellente capacité à retenir l'eau et les nutriments. Toutefois, il devient dur lorsqu'il est sec et fortement compact lorsqu'il est mouillé. Cette terre, souvent qualifiée de "lourde" ou "glaireuse", est difficile à travailler car composée à plus de 40% d’argile, ce qui la rend très humide. Sa structure a tendance à l’acidité.
- Sol Limono-argileux : Un mélange de sable, de limon et d'argile, ce qui en fait le meilleur sol. La terre idéale de tout jardinier est la terre franche : 70 % de sable, 10 % d’argile, 10 % de calcaire et 10 % d’humus.
Pour connaître la nature de votre sol, vous pouvez observer les plantes qui y poussent naturellement ou faire quelques analyses simples.
L'Observation de la Flore Bio-indicatrice
La flore spontanée, dite « bio-indicatrice », vous donne une première idée de la spécificité de votre terre.
- Le pissenlit révèle une bonne richesse organique.
- Le coquelicot démontre un fort contraste hydrique, comme une terre gorgée d’eau en hiver et très sèche l’été, indiquant un sol calcaire ou alcalin.
- Les renoncules ou les boutons d’or poussent grâce à un sol lourd, tassé et acide.
Le Test du Bocal pour Déterminer la Texture
Pour une analyse plus concrète de la texture du sol, le test du bocal est une méthode simple et efficace :
- Remplissez de 10 cm de terre votre bocal transparent avec système de fermeture.
- Remplissez d’eau jusqu’en haut, en laissant un peu d’air.
- Refermez correctement le bocal.
- Remuez fortement pendant 3 minutes.
- Laissez poser pendant 30 minutes.
- Remuez à nouveau pendant 3 minutes.
- Laissez décanter pendant 4 jours, afin que les particules d’argiles (les plus fines) puissent se déposer. Les couches de différentes matières vont se déposer dans l’ordre suivant : eau trouble, argile, limon, sable.
- Calculez le pourcentage qu’occupe chaque matière dans votre bocal.

Le pH du Sol : L'Indicateur d'Acidité ou d'Alcalinité
Le « pH » signifie potentiel Hydrogène, un élément très important pour le sol. Son échelle de 0 à 14 exprime le degré d’acidité (0 à 6.9) ou d’alcalinité (7.1 à 14). Le pH est neutre à 7. Pour les potagers, un pH entre 6.5 et 7.2 est idéal. Chaque plante a une plage de pH préférée, généralement comprise entre 5,5 et 7. Pour calculer le pH de votre jardin, un test de qualité de la terre (bandelette à pH), disponible dans les jardineries, vous servira à mesurer l’acidité ou l’alcalinité de votre sol.
- Pour une terre acide (manque de calcium), ajoutez du compost de champignon de couche ou réalisez un amendement de calcaire. Apportez 2kg de lithothamme à l’automne et fin d’hiver, mais évitez la chaux car elle élimine les matières organiques.
- Pour une terre calcaire (alcaline), il est plus difficile de l'acidifier.
La Vie du Sol : Un Écosystème Indispensable
Saviez-vous qu'il y a plus de micro-organismes dans une cuillerée à café de sol sain que d'êtres humains sur Terre ? Un sol sain regorge de bactéries, de champignons, de vers de terre, de coléoptères… Ces organismes vivants participent à la formation du sol grâce à leurs processus digestifs. Quel que soit le type de sol, améliorer la vie biologique entraîne automatiquement une amélioration globale du sol. Par exemple, dans un sol sablonneux, la vie biologique favorisera son agrégation, augmentant ainsi sa capacité à retenir l'eau et à préserver les nutriments.
Le Rôle Crucial des Vers de Terre
Les vers de terre sont importants pour plusieurs raisons. Leur fouissage aère le sol et améliore sa structure, ce qui favorise la croissance des plantes. De plus, leurs matières fécales contribuent à la formation d'une structure du sol saine. Les vers de terre dégradent également la matière organique présente, ce qui la rend accessible aux micro-organismes bénéfiques. Ces micro-organismes favorisent à leur tour la production d'humus, qui est essentiel pour la fertilité du sol. Pour améliorer la population de vers de terre dans le sol, il est important de ne pas utiliser de produits chimiques et de maintenir un pH du sol compris entre 5 et 7.
Les Champignons Mycorhiziens et le Réseau Trophique du Sol
Les champignons mycorhiziens, présents sous forme de mycélium, s'étendent dans les premiers centimètres du sol et servent d'interface entre les racines des plantes et les nutriments. Ils transportent les nutriments et l'humidité à la plante hôte, étendant ainsi sa zone d'absorption au-delà de la structure racinaire. Cette relation symbiotique est essentielle pour permettre aux arbres de parvenir à maturité. En permaculture, l'objectif est d'augmenter au maximum le pourcentage de matière organique dans le sol et de fournir des habitats pour une grande diversité d'organismes constituant le réseau trophique du sol.
Les Nutriments Essentiels pour les Végétaux
Sachez que les végétaux demandent trois nutriments principaux :
- L’azote sert à la croissance et au verdissement des feuilles.
- Le phosphore est indispensable à la production de fleurs et fruits.
- Le potassium assure la bonne santé des plantes.
Ainsi, votre engrais écologique doit compenser toute carence de l’un de ces trois éléments.
La vie des sols : le vivant qui travaille pour nous (film entier)
Les Principes Fondamentaux de la Permaculture pour le Sol
La permaculture est une méthode de conception de systèmes agricoles et humains inspirée des écosystèmes naturels. Elle vise à maximiser l’efficacité tout en minimisant les impacts environnementaux, grâce à des pratiques régénératives (compostage, rotation des cultures, polyculture). En favorisant la diversité des espèces et l’autosuffisance, elle cherche à créer des écosystèmes résilients et durables.
Ne Jamais Laisser un Sol Nu
En permaculture, le sol doit toujours être couvert. La nature, en effet, a horreur du vide. Le paillage conserve l’humidité et les nutriments de la terre. Utilisez des matériaux organiques comme la paille, les feuilles mortes, les tontes de gazon ou le compost. Cette couverture limite le tassement et l’érosion des sols et nourrit le sol qui va nourrir la plante.
Ne Jamais Travailler le Sol
En permaculture, le sol est très peu ou pas du tout retourné. On recommande très fortement de ne pas retourner ou labourer le sol sous peine de briser le cercle vertueux de la pédofaune et de bouleverser l'ensemble de cet équilibre vivant. Une autre raison de ne pas labourer est la préservation des réseaux mycéliens (champignons) dans le sol. Aéré, riche et stable, le sol laisse bien circuler l’eau sans pour autant être sensible au ruissellement et à l’érosion et les plantations ont moins besoin d’être arrosées. Cette stabilité limite également le phénomène de battance qui se produit lors des fortes pluies.
Ne Jamais Enterrer la Matière Organique
Sans oxygène, pas de décomposition car la plupart des organismes décomposeurs sont aérobies. Il est donc crucial de déposer la matière organique en surface, pour qu'elle soit transformée par la vie du sol.
Ne Jamais Apporter d'Engrais et Autres Produits Chimiques
Ils déséquilibrent les sols, apportent des nutriments en excès et ceux-ci, non utilisés, sont lessivés et finissent dans les nappes phréatiques. La permaculture favorise les méthodes naturelles pour maintenir la fertilité.
Travailler avec le Vivant et Favoriser la Biodiversité
Travaillez avec les vivants qui pratiquent votre jardin au lieu de les combattre. La biodiversité apporte un équilibre qui va limiter de lui-même la présence des ravageurs. Installez des haies naturelles qui ont un rôle majeur pour la protection de la faune et pour lutter contre l’érosion.
Méthodes Écologiques de Fertilisation en Permaculture
Pour produire de délicieux légumes du jardin, il est indispensable de trouver des méthodes de fertilisation naturelles. Fertiliser son sol en permaculture passe par plusieurs méthodes écologiques, et souvent très économiques.
Les Engrais Verts
Les engrais verts sont des plantes cultivées pour nourrir le sol et améliorer sa structure. Ces plantes fertilisantes ne sont généralement pas consommées et sont à intégrer dans les rotations de culture sur les buttes en jachère.
On identifie trois familles d’engrais verts au potager permaculture :
- Les légumineuses : fixent l’azote de l’air dans le sol (vesce, trèfle, pois, luzerne, mélilot, lupin). Elles ont un même fonctionnement, avec leurs racines plongeant en profondeur pour y chercher les nutriments dont elles ont besoin.
- Les crucifères : recommandés pour les sols sableux et pauvres (moutarde, colza, navette).
- Les graminées : souvent combinées aux légumineuses (seigle, avoine, sarrasin).
Les fonctions des engrais verts sont nombreuses : apport de nutriments dans le sol, amélioration de la perméabilité du sol, régulation du pH, protection du sol en faisant une couverture vivante pendant la culture, puis un paillis après fauchage. Pour cultiver des engrais verts, il faut accepter d’utiliser de l’espace, de l’eau et des nutriments du sol. Mais, si ces fertilisants vivants sont bien choisis, cela vaut largement le coup. Pour une terre argileuse, le semis d’engrais verts s’effectue à la fin de l’été ou au début de l’automne. N’utilisez pas un engrais vert de la même famille botanique que la culture précédant ou suivant votre semis.
Les Préparations Maison : Purins et Décoctions
Les purins et décoctions peuvent être ajoutés dans l’eau d’arrosage du potager écologique. Ils servent à renforcer les plantes, les aider à combattre une attaque d’insecte ou apporter des nutriments aux cultures. Utilisez-les une fois par mois à deux fois par semaine, selon les besoins des légumes au potager.
- Le purin d’ortie : Riche en azote, il stimule la croissance des cultures et renforce les plantes affaiblies. Il permet aussi de prévenir une attaque de pucerons ou d’acariens.
- Le purin de consoude : Un engrais bio extrêmement efficace. Riche en potasse, calcium et azote, ce fertilisant écologique accompagne le développement des plantes et la floraison. Il peut également repousser les parasites.
- La décoction de prêle : S’utilise pour prévenir ou guérir les maladies fongiques. Riche en silice, cet engrais biologique augmente la résistance des végétaux et les protège des maux causés par les champignons (mildiou, tavelure, rouille, etc.).
Ces engrais naturels du potager permaculture se mettent directement dans l’arrosoir. Attention à bien diluer vos potions végétales, à 5 ou 10 % de concentration dans l’eau.
Le Compost : Or Noir du Jardinier Permaculteur
Le compost est une solution bien connue pour fertiliser son potager en permaculture. On peut composter de multiples manières, avec de multiples matériaux organiques. Il est essentiel de bien aérer les végétaux en décomposition, au risque de libérer du méthane.
On peut composter :
- Dans un composteur : La meilleure méthode pour créer de l’humus fertile fait maison.
- En surface : En posant au sol les déchets de cuisine et résidus de culture (peu esthétique mais efficace).
- Sous terre : En créant des buttes de culture et des lasagnes. Ces deux solutions bien connues en permaculture consistent à enterrer plusieurs couches de matière organique sous la zone de culture.
Le compost doit contenir des matières azotées, riches en nutriments (toute matière "verte" : feuilles, fruits, tontes de gazon, résidus de récoltes, déchets de cuisine) et carbonées (toute matière "marron" : paille, copeaux de bois, feuilles mortes, branchages secs et cassés) qui donnent de la structure au sol et facilitent l’aération. Pour avoir un équilibre parfait et booster votre compost, intégrez 1/3 de matière azotée et 2/3 de matière carbonée (par exemple, 1 poignée de déchets de cuisine et 2 poignées de paille). Comptez 1 an pour obtenir de l'humus très fertile à mélanger à votre terre pour accueillir vos graines.

Engrais Naturels Insolites
Quatre solutions de fertilisation pour le moins insolites peuvent être utilisées :
- Le sang séché : Très riche en azote, cet engrais facile à utiliser. Épandu à la volée lors de la préparation du sol, puis légèrement enfoui à l’aide d’un croc, il accompagne la croissance des feuilles et favorise leur verdissement.
- L’urine : Contient azote, phosphore et potassium. Elle est considérée comme un engrais équilibré. Engrais naturel et gratuit, l’urine humaine peut servir à arroser les cultures en phase de croissance. Utilisez cet engrais liquide deux à trois fois par an, espacées de deux semaines. Attention à la prise de certains médicaments qui pourraient néanmoins polluer votre sol.
- Le fumier : Utilisé depuis des centaines d’années pour enrichir la terre. Contactez les éleveurs aux alentours pour en trouver à petit prix. Attention à ne pas mettre du fumier frais, il pourrait détruire vos cultures. Demandez du fumier déjà décomposé.
- La corne broyée : Engrais à libération lente. Son action progressive et durable en fait un engrais de choix lors de la plantation ou la préparation du sol en automne. Son emploi est très simple et sans risque de brûlure pour les plantes.
Techniques de Préparation et d'Amélioration du Sol en Permaculture
La préparation du sol en permaculture, c’est tout simplement permettre à celui-ci de vivre sa vie de sol, avec ses spécificités. C’est ne pas le travailler et le laisser couvert en permanence.
Le Paillage (Mulch)
Le paillage est fondamental en permaculture. En couvrant le sol, on protège les micro-organismes et on évite l’érosion. Utilisez des matériaux organiques comme la paille, les feuilles mortes, les tontes de gazon ou le compost. Quel que soit le choix de votre mulch, l’essentiel, si votre terre est argileuse, est de ne la pailler que lorsqu’elle est suffisamment réchauffée (en avril/mai au sud de la Loire, plutôt en juin au nord, selon les années).
Avec un mulch, cette méthode est la plus simple à réaliser et elle demande moins de matières que les suivantes. Elle se réalise sur n’importe quel sol enherbé et permet de lancer un potager facilement. Vous allez préparer une bande en rassemblant sur 20 cm d’épaisseur des matières organiques variées, selon ce dont vous disposez : feuilles mortes, paille, foin, BRF. Ce mulch doit être déposé durant l’hiver, pas trop tôt pour qu’il en reste au début du printemps suffisamment pour tenir l’endroit désherbé. Au moment des plantations et semis, vous pourrez les faire directement dans le sol sous le mulch. Pour le semis sur paillis, il suffit d'écarter le paillis, de griffer la terre sur une profondeur de quelques centimètres à peine, puis de semer à la volée. Vous pouvez couvrir de quelques millimètres de terre mais le mieux est encore d'épandre un peu de paille et de laisser faire la nature.
La Culture sur Buttes
La culture en butte offre un terrain surélevé pour vos cultures, dans lequel la terre se réchauffe rapidement. La butte est bien drainée et les racines y sont très à l’aise. Elle fait gagner de la place par rapport à une planche à plat. Elle est idéale sur un sol très pauvre, très dégradé, caillouteux et superficiel ou encore engorgé d’eau. Par contre elle a tendance à sécher plus vite et demande des arrosages suivis.
Les buttes sont formées principalement par de la terre récupérée ailleurs dans le jardin, et éventuellement de compost ou fumier selon la qualité de la terre. Elles sont recouvertes en permanence, sauf si besoin au printemps où elles peuvent être découvertes pour laisser la terre se réchauffer. Une butte se monte sur une cinquantaine de centimètres avec une largeur d’1 m à 1,20 m. Elle pourra être maintenue par des bordures si les bords sont trop verticaux ou si votre sol est sableux. Si la permaculture est tant associée à la culture sur buttes, c'est parce que cette disposition est bien pratique pour éviter le tassement du sol. En ajoutant constamment du paillis, la terre fait travailler les vers de terre et elle ne se compacte pas.
Le Potager en Lasagnes
Les lasagnes, comme leur nom l’indique, sont composées de couches de matériaux variés. Elles permettent de s’affranchir de la qualité du sol (il est même possible grâce aux lasagnes de cultiver sur un sol artificialisé !) et permettent de recycler la plupart des matières organiques que vous pouvez récolter tout au long de l’année. Vous pourrez y installer sans problèmes tous les légumes d’été, même les plus gourmands d’entre eux. La culture en lasagne limite la corvée de désherbage car les adventices cachées sous terre ne la traverseront pas, quant aux graines d’annuelles, elles seront faciles à supprimer dans ce terrain très souple.
Le principe est d’alterner des couches sèches, apparentées au brun du compost (matières carbonées : cartons, branchages, feuilles sèches, paille), et des couches vertes qui sont les matières azotées (fumiers, déchets verts, déchets de tonte, déchets de cuisine, compost). Les couches inférieures seront composées des matériaux les plus gros, qui s’affinent au fur et à mesure où on arrive en haut de la lasagne. Une lasagne est étroite, comme toute “planche” en permaculture : elle doit faciliter l’accès aux plantations pour leur entretien et les récoltes. La longueur par contre est libre ! La lasagne se monte au début du printemps, en mars avril. Vous pouvez commencer à stocker vos matières dès l’automne pour vous faciliter la tâche.
La Méthode BREF (Bois Raméal Entassé Foulé)
Cette méthode utilise les tailles d’arbustes persistants (laurier du Caucase, éléagnus, houx, arbousier, chêne vert…) réalisées en hiver. Installez-les sur une bande enherbée que vous souhaitez cultiver de façon à ce qu’elles recouvrent totalement le sol. Les branchages vont priver la végétation de lumière et l’étouffer. Celle-ci, en se décomposant, va alimenter le sol. Les feuilles de ces persistants vont elles aussi participer à la vie du sol en s’y dégradant. Celui-ci va de ce fait s’ameublir.
Une autre variante, avec moins de manipulation mais qui prend plus de temps : au printemps, conservez toutes vos tailles d’arbustes et d’arbres à feuilles persistantes ou caduques (pas de tronçons de plus de 3 cm de diamètre) et installez-les sur la bande à préparer. Recouvrez-les avec des tontes d’herbe, du foin ou autres déchets verts riches en azote, en couche d’au moins 5 cm d’épaisseur. Au printemps suivant, le sol sera noir et meuble, prêt à recevoir les plantations ! L’astuce en plus : marchez dessus aussi souvent que possible pour casser les rameaux, c’est de là que vient le nom de BREF : Bois Raméal Entassé Foulé.
La Succession Écologique et les Forêts Nourricières
La succession écologique est un processus de changement de la composition des espèces au fil du temps. Dans nos régions tempérées, la succession écologique vise généralement à former une forêt. La succession primaire commence à partir de roches non altérées et se décompose en quatre phases : pionnière, écesis, invasion et stabilisation. Les premiers organismes pionniers, comme les lichens, se fixent sur les roches et contribuent à leur décomposition en sol. Les plantes herbacées se développent rapidement, favorisant l'établissement du sol. Ensuite, des arbustes et des arbres pionniers se développent, entraînant une accélération de la création du sol. La succession secondaire commence après un événement qui interrompt le développement de la zone, comme un incendie ou une coupe à blanc.
Les sols forestiers sont dominés par les champignons, tandis que les sols des prairies présentent une répartition équilibrée entre champignons et bactéries. Avec le temps, la plupart des écosystèmes évoluent vers une structure similaire à celle des forêts. Dans une forêt, la matière organique provenant des feuilles, des brindilles, des branches et des plantes en décomposition tombe sur le sol, où elle est décomposée en humus riche par des champignons et d'autres organismes.
Créer une Forêt Nourricière à Partir de Zéro
Si vous partez de zéro, voici les activités de construction de sol sur lesquelles vous devriez vous concentrer pour transformer une terre nue en forêt nourricière :
- Avant la plantation, préparez le sol en utilisant des cultures de couverture et du paillis ligneux pendant une année. Cela permet de construire la matière organique, de corriger les déséquilibres de fertilité et de favoriser le développement fongique. Utilisez autant de biomasse que possible pour améliorer le sol, car les arbres fruitiers préfèrent généralement un sol de bonne qualité.
- Ajoutez du compost, des copeaux de bois à feuilles caduques et d'autres matières ligneuses aux cultures d'engrais vert. Le bois ligneux favorise le développement fongique et contribue à la formation de la couche de litière où les champignons décomposent les matières organiques. Le paillage avec des copeaux de bois et de matières végétales ligneuses sur le sol favorisent la prospérité des mycorhizes, qui fournissent une nutrition équilibrée aux arbres pour résister aux maladies.
- Exploitez la capacité des plantes fixatrices d'azote et d'autres plantes comme la consoude à extraire efficacement les nutriments du sous-sol. Ces plantes contribuent à établir un cycle efficace des éléments nutritifs, similaire à celui d'une forêt, ce qui maximise la fertilité pour la croissance des autres plantes. Les fixateurs d'azote libèrent les nutriments qu'ils ont prélevés dans le sol ou dans l'air, et leur simple chute de feuilles sur le sol améliore la fertilité.
L'objectif poursuivi vise à augmenter au maximum le pourcentage de matière organique dans le sol et à fournir des habitats pour une grande diversité d'organismes constituant le réseau trophique du sol.

Le Drainage et la Structure du Sol
Le drainage est important car il joue un rôle essentiel dans la régulation de l'humidité du sol. Un bon drainage permet de maintenir un équilibre adéquat entre l'eau et l'air dans le sol, ce qui est crucial pour la croissance des plantes.
Pourquoi le Drainage du Sol est Important
- Disponibilité d'oxygène : Un mauvais drainage peut entraîner une accumulation d'eau dans le sol, ce qui limite la disponibilité d'oxygène pour les racines des plantes. Les racines ont besoin d'oxygène pour respirer et effectuer les processus métaboliques nécessaires à leur croissance et à leur développement.
- Érosion du sol : Un drainage excessif, ou ruissellement, peut entraîner une perte de sol et de nutriments par érosion.
- Répartition de l'eau : Un bon drainage permet une répartition uniforme de l'eau dans le sol. Cela évite les poches d'eau stagnante qui peuvent favoriser le développement de maladies des plantes, comme la pourriture des racines. Une répartition uniforme de l'eau permet également aux racines d'accéder à l'humidité de manière constante, ce qui est essentiel pour une croissance saine des plantes.
Améliorer le Drainage du Sol
- Ajouter de la matière organique : L'ajout de matière organique, telle que du compost ou du fumier bien décomposé, améliore la structure du sol et favorise un meilleur drainage, quel que soit le type de texture du sol. La matière organique agit comme une éponge, en absorbant l'excès d'eau et en créant des canaux qui permettent à l'eau de s'écouler plus facilement à travers le sol. Il est recommandé d'ajouter environ 5 cm de compost ou de fumier chaque année pour améliorer le drainage.
- Utiliser du paillis : Le paillage régulier peut aider à améliorer le drainage du sol en réduisant l'évaporation de l'eau et en limitant le ruissellement. Le paillis naturel, tel que l'herbe coupée, le paillis artificiel comme le carton ou un paillis vivant comme le trèfle rouge, peut être appliqué sur la surface du sol.
Les Structures de Sol Idéales
Il existe différents types de structures de sols :
- La structure particulaire : Caractéristique des sols majoritairement sableux, elle ne permet pas au sol de retenir l’eau et les nutriments essentiels aux plantes.
- La structure compacte : Caractéristique des sols majoritairement argileux, une structure compacte rend le sol saturé en eau, imperméable à l’air, ce qui crée un milieu asphyxiant pour les plantes et ne permet pas le développement de la vie aérobie qui est la plus importante dans la création de fertilité.
- La structure grumeleuse : C’est la structure idéale, caractéristique d’un sol où sables et limons sont liés entre eux par l’argile et forment des agrégats permettant d’avoir un sol à la fois perméable à l’eau et à l’air pouvant retenir les nutriments et accueillir une belle activité biologique, base d’un sol fertile et vivant.
La vie des sols : le vivant qui travaille pour nous (film entier)
Les Outils et Pratiques Respectueuses du Sol
En permaculture, on cherche à minimiser le travail du sol pour protéger la pédofaune et le complexe argilo-humique. Pour certaines cultures, comme celles qui ne supportent pas le paillis ou les grandes parcelles de légumes, il faudra aider le processus par un petit décompactage en début de saison. Sur les petites surfaces, le travail se limitera à casser la croûte de terre avant d'y semer une culture. Un outil à main suffit.
La Grelinette : L'Outil Idéal
La grelinette est l'outil le plus adapté pour décompacter sans retourner le sol et respecter les vers de terre. Elle permet d'ameublir la terre sans trop perturber la vie du sol.
Les Arbres et leur Rôle dans la Fertilité du Sol
Il est intéressant de travailler avec l’arbre, plante pérenne qui nécessite peu d’entretien et fournit une grande quantité de matières organiques. Son système de racine permet de stabiliser le sol et d’aller chercher en profondeur les minéraux et autres nutriments que les feuilles resteront généreusement à votre terre. Les forêts nourricières intègrent souvent des arbres et des arbustes fixateurs d'azote. Ces espèces pionnières s'établissent rapidement et améliorent les conditions du sol et de l'environnement, préparant ainsi le terrain pour la croissance d'autres arbres.
La Permaculture : Une Philosophie Globale
La permaculture est un principe global de culture qui se base entre autres sur l’écologie naturelle. Le but affiché est une agriculture durable, qui respecte le sol et ce qui y vit tout autant que celui qui y travaille. Elle est peu énergivore, autant en terme de travail que de l’utilisation d’énergies non renouvelables.
Origines et Éthique de la Permaculture
C’est un agriculteur japonais qui a inspiré la théorie de la permaculture. Masanobu Fukuoka était un microbiologiste, chercheur en pathologies des végétaux, qui a tourné le dos à l’agriculture dite scientifique et productiviste (basée sur les engrais, les pesticides et le travail du sol) pour pratiquer une “agriculture naturelle”. Dans sa ferme, il a fait des recherches pour minimiser autant que possible le travail de l’homme et réunifier celui-ci avec la terre qui le nourrit.
La théorie de la permaculture a été pensée dans les années 1970 par deux australiens, Bill Mollison et David Holmgren d’après les travaux de Masanobu Fukuoka, mais pas seulement. Ils se sont aussi basées sur des travaux écologiques, d’aménagement, mais toujours dans le but de lutter contre l’agriculture intensive qui abîme voire détruit les sols. La permaculture est plus “active” que l’agriculture naturelle prônée par le japonais. Pour autant, elle inclut elle aussi des principes philosophiques et éthiques. La permaculture a également une portée holistique, globale, dans le sens où elle vise à la création de sociétés humaines durables via la création par chacun de son propre environnement (production de nourriture, d’énergie, d’habitat…) durable et autonome mais connecté aux autres.
Le terme de “permaculture” a pour origine la “permanent agriculture” dont parle le premier Cyril G. Hopkins, un agronome américain. On y réalise généralement des cultures biologiques car sans intrants chimiques et avec un mot d’ordre : la “soutenabilité énergétique”. On y utilise le moins possible d’énergies non renouvelables, et le moins possible d’énergie de travail. On va y imiter les écosystèmes naturels qui sont considérés comme plus efficaces que les systèmes humains. La forêt est l’un des principaux modèles, qui a donné naissance à l’agroforesterie. L’humus que l’on y trouve en quantité est le graal du permaculteur.
Diversité et Résilience des Écosystèmes
La permaculture se montre l’opposé des monocultures intensives. On y multiplie les espèces végétales pour conserver une bonne diversité. Un large choix de variétés de la même espèce permet également des récoltes étalées dans le temps. La permaculture accorde beaucoup de place aux plantes potagères pérennes ou perpétuelles : elles se multiplient seules, ne demandant pas de travail au jardinier durant des années une fois qu’elles sont plantées. La conservation d’une zone sauvage est elle aussi le gage d’une biodiversité importante. Les végétaux sont rarement installés en lignes par genre, ils sont plutôt mêlés pour utiliser au mieux les associations de plantes et limiter la circulation des organismes pathogènes. On y utilise les animaux d’élevage qui vont contribuer au système : poules, canards, chevaux, moutons… Les poules par exemple se nourrissent de limaces, de chenilles, limitent la pousse des adventices, fournissent du guano qui nourrit le sol, donnent des œufs.
Le terme “design” est souvent associé à la permaculture. Cette désignation s’explique par le réel rôle de créateur d’un espace que peut avoir le permaculteur, de la conception originale à la réalisation, puis à la maintenance du projet et à sa réévaluation si besoin.
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