Le « Pétard avec feuille de noisetier » : Une exploration des patois d'Auvergne et de leur richesse lexicale

Illustration d'une feuille de noisetier stylisée avec des mots en patois autour

Le concept de « pétard avec feuille de noisetier » n'est pas un phénomène littéral lié à un quelconque explosif fabriqué avec ce végétal. En réalité, cette expression renvoie de manière idiomatique et, il faut l'admettre, quelque peu énigmatique, à la richesse et à la spécificité des patois locaux, notamment ceux que l'on retrouve dans des régions comme l'Auvergne. Elle symbolise la manière dont les langues régionales peuvent créer des images vives et des tournures inattendues, souvent incompréhensibles pour les non-initiés, mais profondément enracinées dans la culture et le vécu des locuteurs. Pour saisir la pleine portée de cette métaphore, il est essentiel de plonger dans l'univers des patois, leurs particularités, et l'importance de leur étude.

La vitalité et la diversité des patois : Un trésor linguistique

Les patois représentent une forme de langage caractérisée par des idiotismes distinctifs, des expressions propres à chaque lieu. Ces idiomes se développent couramment entre les autochtones, créant un mode de communication riche et nuancé. La richesse de ces parlers se manifeste souvent par des variations d'assez faible amplitude d'un village à l'autre, ou même à l'intérieur d'une même vallée. Cette diversité est un objet d'étude bien précieux pour les linguistes, offrant un aperçu fascinant de l'évolution des langues. Cependant, le caractère fragmenté et localisé de ces patois rend l'entreprise de documentation et de conservation franchement irréalisable dans sa globalité. Nous n'en sommes pas là, mais des efforts significatifs ont été déployés pour en recueillir et en analyser des échantillons.

[LA RÉVOLUTION, LE FRANÇAIS ET LE PATOIS PAR BARÈRE, TEXTE] L'HISTOIRE A LA SOURCE.

Les défis de la documentation des patois

L'étude des patois a connu un certain essor, particulièrement dans les derniers siècles médiévaux, mais elle eût été plus fructueuse un siècle plus tôt. La collecte de ces matériaux doit être réalisée scientifiquement, ce qui implique que l'objet d'une monographie ait été observé objectivement et noté exactement, sans intrusion de formes arrangées, archaïques ou étrangères. Il est crucial de documenter le patois tel qu'il se parle en fait, avec sa localisation approximative. Malheureusement, nombre de recueils existants souffrent d'imperfections notoires, certains se contentant d'indiquer qu'il s'agit d'« auvergnat » sans plus de précision, ce qui limite considérablement leur utilité scientifique. Une enquête planifiée, avec des choix de lieux effectués de manière à procurer un type de chaque groupe caractéristique, serait idéale, mais l'on se contente souvent des occasions qui s'offrent.

L'Auvergne : Un berceau de patois et de traditions orales

L'Auvergne, en particulier, a été un terrain fertile pour le développement de nombreux patois. La région, située sur la ligne de partage des langues d'oc et d'oïl, présente des spécificités linguistiques qui mêlent des éléments des deux dialectes. Sa grammaire, comme son vocabulaire, emprunte aux deux. C'est ainsi que dans la conjugaison des verbes, les pronoms sujets n'existent pas, rappelant le latin. De nombreux travaux ont cherché à capturer la subtilité de ces parlers, souvent au travers de lexiques et de glossaires.

L'exemple du Livradois et de la vallée de l'Ance

La vallée de l'Ance, par exemple, a été l'objet d'une attention particulière. Un locuteur natif de cette région, né à Eglisolles en 1871 et parlant patois journellement, a entrepris de noter ces vocables si chers, qu'il rapportait. Il se trouva ainsi avoir réuni la matière d'un glossaire de plus de 6 000 mots, fruit de décennies d'observation et de mémorisation. Cet exemple illustre la passion et le dévouement nécessaires à la préservation de ces langues. Malgré l'intérêt actuel pour les patois, comme en témoigne l'annonce d'un journal local, il peut arriver que le nombre de souscripteurs ne dépasse pas la douzaine, rendant la publication difficile et parfois reléguant le travail dans un tiroir.

Carte linguistique de l'Auvergne montrant la répartition des patois

Les particularités phonétiques et lexicales des patois auvergnats

Les patois d'Auvergne se distinguent par des traits phonétiques et lexicaux spécifiques. Par exemple, la prononciation du "a" sans accent se fait comme en français, tandis que "âu" se prononce en accentuant le "a" et en faisant entendre légèrement le son "o". Le "i" et le "ou" ont la même prononciation qu'en français, tout comme les consonnes en général. Cependant, le "n" a le même son qu'en français, et le "y" se prononce toujours "i" quand il est seul, ou représente un adverbe de lieu. Les voyelles nasales, par contre, ajoutent une complexité phonétique que seule l'écoute et l'immersion permettent de maîtriser.

Un aperçu du lexique auvergnat : Quand les mots dessinent une culture

Le lexique des patois est un miroir de la vie quotidienne et des mœurs des habitants. Il est rempli de mots décrivant des activités rurales, des éléments naturels et des expressions imagées. Voici quelques exemples tirés de glossaires d'Auvergne, avec leur traduction et, parfois, des précisions de localisation (L. pour Livradois, S.-A. pour Saint-Anthème, V. pour Vinzelles) :

  • Aborder : âbourdà
  • Accroc : âcro ; ibréinéirâ
  • Affermer : cinsà (litt. louer)
  • Aise (n.) : chimple, chimplâ (V.)
  • Âne : âne ; aze (V.)
  • Aplomb : âplhon âplon (V.)
  • Au feu : eü flho ! eü fio (V.)
  • Avare : âvàre ; vâricheu ; sàrâtieü ; sarâ-tiu (S.-A.)
  • Baptême : bâtème
  • Baste ! : avec, in ; insimblhe, ble (V.)
  • Beau-frère : blhâu-fraïre ; biau-
  • Beurrée (n.) : imbeï (V.)
  • Bien (eh !) : eh ! bêche, bissâ ; beïssà (L.)
  • Bêcher : bissâ ; beïssà (L.)
  • Berger : re, bardzeï
  • Bonjour ! : bondzour !
  • Bonne nuit ! : boûnâ neï ! naï (S.-A.) !
  • Bonsoir ! : bon serâ !
  • Borné, ée (sot, sotte) : bournû
  • Boucher (n.) : boûclhà; boûclà (Y.)
  • Boucler : boudzà ; remuda ; boûlegà (SAUV.)
  • Bouger : caï (n.)
  • Bouillie (n.) : (m.) bravo ! brebis, fedâ ; fiai (L.)
  • Caillé (lait) : càssâ ; ipeçà (litt. rompre) (L.)
  • Casser : tsàbrâ ; tcheûvrâ (L.)
  • Chèvre : tour ; ron (n.)
  • Circonférence : coûmunàs (f.)
  • Communaux : condannà (pron.)
  • Condamner : conseiller (n.)
  • Conseiller (n.) : parlà ; se coutardza
  • Converser : artsà (SAU Y.)
  • Coup (donner un) : coûté sannaïre (pron.)
  • Couteau (à saigner) : pé de diàblhe (litt. peau du diable)
  • Coutil : lévâ-nà (litt. levé au nez)
  • Dédaigneux, se : détis (m.)
  • Dettes : de leüs (L.) ; de leïs (L.)
  • Diantre ! : par mâ je ! (litt. par ma joie)
  • De là : igâyà
  • Égayer : tsâle (litt. chaux)
  • Emballer : in ; rì. Ex. nâ moûnâ (litt. une monnaie)
  • En : insoue'rà (litt. enfouir)
  • Ensevelir : ipelssâ (L.)
  • Faillite : banquâroûtâ
  • Faire la cour : boûtà Tiène (litt. mettre Tienne)
  • Faux (n.) : iéculerie
  • Femme : feinnâ (pron.)
  • Hêtre : feneïrâzous (pl.) ; zus de loup
  • Fenaisons : toûneïri ; toûneïre (L.)
  • Foudre : tsâbâ ; gàgnà lâ reboulâ
  • Fin (n.) : flhanélâ ; flânélâ (V.,S.)
  • Finir : icoussu (S.)
  • Flanelle : fourmà
  • Former : fri ; fret (L.)
  • Froid (n.) : gare !
  • Gare ! : guide (n.)
  • Grimace (faire la) : s'igueugnà
  • Ha ! : eïche ; âtïe
  • Ici : joliment !
  • Joliment ! : sâlàdâ. Ex. de sâladas
  • Laitue : bessoûnàs ; nis (S.-A.)
  • Jumelles : (L.C.) ; (L.) ; (L.)
  • Laid, e : laï, dâ ; leïdâré ; moûgne
  • Lui : se ; Ihe
  • Matin (n.) : (L.)
  • Mauve (n.) : coûmode, dâ ; arlheïrâ (litt. héritage)
  • Marmot : tchambrâyâ (litt. chambre d'enfant)
  • Meilleur, e : melhoû (m.)
  • Mélange (avoine et blé) : mimartyre (n.)
  • Même : mêmâ (m.)
  • Mie de pain : moûloû (m.)
  • Mois : mi ; meï (L.)
  • Mort (n.) : moule (n.)
  • Moule (n.) : mousse (n.)
  • Moyen (n.) : mure (n.)
  • Natif, ve : vingu, dâ, de vé…
  • Nouvelle (n.) : noyer (n.)
  • Ordinaire (n.) : outre (n.)
  • Page (n.) : pain mi-blanc, tsàrien (litt. charron)
  • Pantalon : brâyàs (pl. ) ; yis ( S. - A. )
  • Parti (n.) : partie (n.)
  • Pas (n.) : passe-tin
  • Passe-temps : Pater (n.)
  • Pater (n.) : permis (n.)
  • Permis (n.) : personne (n.)
  • Personne (n.) : petit (n.)
  • Petit (n.) : petite (n.)
  • Peu (n.) : plan (n.)
  • Plane (n.) : plhàquâ ; plàquâ (V.)
  • Plaque : plat (n.)
  • Plat (n.) : poêle (n.)
  • Poêle (n.) : politique (n.)
  • Politique (n.) : éclairer
  • Pouf ! : pourquoi ?
  • Pourquoi ? : pousse (n.)
  • Pousse (n.) : poussée (n.)
  • Poussée (n.) : pousseïrou, zâ
  • Poussiéreux, se : poussin, poule, etc.
  • Poussin : pouvoir (n.)
  • Pouvoir (n.) : (S.-A.)
  • Pré à côté de la maison : eûtsâ
  • Propos (à) : â
  • Punaise (n.) : (f.), câuqui (pl. ) ; câuqui ; câuquà (pl.)
  • Qu'est-ce ? : qu'y a-t-il ? qu'acoueî ?
  • Qui ? : qui est-ce ?
  • Quoi ? : que par l'expression en catimini
  • Rangée (n.) : rase (rigole d'irrigation) (n.)
  • Rase (rigole d'irrigation) (n.) : réduit (n.)
  • Réduit (n.) : religieux (n.)
  • Religieux (n.) : religieuse (n.)
  • Religieuse (n.) : reprise (n.)
  • Reprise (n.) : restant (n.)
  • Restant (n.) : revenu (n.)
  • Revenu (n.) : revoir (au) !
  • Revoir (au) ! : roi, ri ; rei (L.)
  • Roi : ronde (n.)
  • Ronde (n.) : rôti (n.)
  • Rôti (n.) : soûnàlhâ (litt. sonnaille)
  • Roupie : sa (adj.)
  • Sa (adj.) : (pron.)
  • Salamandre : coûflhâ-blheii (litt. gonfle-bœuf)
  • Sauvage (n.) : savoir si…
  • Saliver : crâtsà ; icupi (SAUV.)
  • Savoir si… : (pronon.)
  • Seconde (n.) : saucisse, seiicissâ; seuchissâ (S.)
  • Saucisse : (S.-A.) ; cheünes (pl.) (L.)
  • Signature : chinnâturâ (pron.)
  • Signe : chinne (pron.)
  • Signer : chinnà (pron.)
  • Somme (n.) : somme (n.)
  • Son : sa (adj.) (devant une voyelle),
  • Souvenir (n.) : sortie (n.)
  • Sortie (n.) : sou, seii ; sâu (S.-A.)
  • Ta (adj.) : tâloû ; râbilhoû (litt. queue de rat)
  • Talon : tâte (n.)
  • Ténèbres : Tenébris '(í. (L.)
  • Tort (n.) : tri ; trëi (L.)
  • Trois : trieulàyâ ; riâ (S.)
  • Tuilerie : par une voyelle ; ex. ex.
  • Vase (n.) : veilleuse (n.)
  • Veilleuse (n.) : vieilloûnaïre
  • Vielleur : violette (n.)
  • Violette (n.) : vive !
  • Vive ! : vire ; veïre (L.)
  • Voir : vrai, e, vrai (m.)
  • Vrai, e : vue (n.)
  • Vue (n.) : y (adv. de lieu), lé, y. Ex. I.

Cette liste n'est qu'un échantillon de la richesse lexicale des patois auvergnats, reflétant les activités agricoles, les relations sociales et les croyances populaires. Le mot coûflhâ-blheii, par exemple, littéralement « gonfle-bœuf », pour désigner une salamandre, est significatif de l'imaginaire local.

Image d'un glossaire de patois auvergnat ouvert

Proverbes et expressions populaires : La sagesse des patois

Au-delà du vocabulaire, les patois sont de véritables réservoirs de sagesse populaire, transmise à travers des proverbes et des expressions imagées. Ces tournures révèlent l'esprit et les mœurs des habitants, offrant une image vive à la pensée.

  • « Une pierre dans le jardin du sexe féminin ne font jamais un homme riche. » (Les bavardages des femmes ne mènent à rien de profitable.)
  • « Une femme, pas plus que la toile, ne doit s'acheter à la chandelle. » (Il faut bien inspecter une femme avant de l'épouser, tout comme un tissu.)
  • « Sec font point de soupe. » (Les gens avares ou sans ressources ne sont pas généreux.)
  • « Tomber de la poêle dans le feu. » (Aller de mal en pis.)
  • « Mieux vaut péter en compagnie que crever seul. » (Mieux vaut partager ses difficultés, même les plus triviales.)
  • « Morte la bête, mort le venin. » (La cause du problème disparue, le problème disparaît aussi.)
  • « Tout fait ventre, pourvu que çà y entre. » (On mange de tout quand on a faim.)
  • « Qui plaide tout seul a toujours raison. » (Il est facile de se convaincre quand on est seul à juger.)
  • « Les pierres ne roulent que sur les rochers. » (Les opportunités se présentent aux personnes déjà établies ou influentes.)
  • « Comme tu feras, tu trouveras. » (On récolte ce que l'on sème.)
  • « Il ne faut pas se tuer pour vivre plus longtemps. » (Il ne faut pas s'épuiser inutilement.)
  • « Mal se chauffe qui se brûle. » (Celui qui prend des risques inconsidérés finit par en souffrir.)
  • « La branche du pin en a l'odeur. » (Les enfants héritent des qualités ou des défauts de leurs parents.)
  • « Il vaut mieux aller au moulin que chez le médecin. » (Mieux vaut prévenir que guérir, et une bonne alimentation est essentielle.)
  • « Il ne faut jamais péter plus haut que sort derrière. » (Il ne faut pas vivre au-dessus de ses moyens.)
  • « Fainéant pour manger, fainéant pour travailler. » (La paresse est une caractéristique générale de l'individu.)
  • « Si vous voulez apprivoiser le loup, mariez-le. » (Pour contrôler une personne difficile, engagez-vous avec elle.)
  • « Femme qui aime à dormir ne fait pas de bonne soupe. » (Une femme paresseuse n'est pas une bonne ménagère.)
  • « Où il y a un agneau, il y a un genêt. » (Chaque chose a son complément ou sa place naturelle.)

Ces maximes sont des reflets de l'ingéniosité et du bon sens populaire, ancrés dans les réalités de la vie rurale.

[LA RÉVOLUTION, LE FRANÇAIS ET LE PATOIS PAR BARÈRE, TEXTE] L'HISTOIRE A LA SOURCE.

L'héritage des patois : Une richesse à préserver

La lenteur de l'échange externe et de la civilisation tend à dissocier et à supplanter les patois. La génération présente assiste à un curieux spectacle : à peu leur originalité, pour prendre une teinte uniforme. Mais, comme le disait un observateur avisé, « la France sera bientôt le pays le plus ennuyeux du globe ! » si elle perd cette diversité. La conservation des patois n'est pas qu'une affaire de vocabulaire, elle est une question d'union des cœurs et de lien avec notre passé national.

Les patois, comme celui de Chilhac ou de Vinzelles, correspondent à la langue qui était parlée par la moyenne des habitants vers 1880, offrant une fenêtre sur un mode de vie et une pensée d'antan. Des personnalités comme Frédéric Mistral, avec son « Trésor du félibrige », ont œuvré à la documentation de ces langues, conscientes de leur valeur inestimable pour les études de linguistique. Des érudits comme M. l'abbé Chataing, né à Eglisolles, ont consacré leur vie à la collecte et à la systématisation de ces vocables.

L'étude des patois, bien qu'irréalisable dans sa complétude, est une contribution intéressante. Elle permet de mieux comprendre l'évolution du français du moyen-âge et de saisir les nuances régionales qui ont forgé notre langue. Les travaux de M. Rousselot sur la phonétique des patois gallo-romans montrent l'importance de l'approche scientifique pour rationaliser la graphie et influencer efficacement la prononciation courante. Les patois, avec leurs expressions uniques comme le « pétard avec feuille de noisetier », ne sont pas de simples reliques du passé, mais des témoignages vivants d'une culture et d'une histoire régionales.

Ancien livre de grammaire ou de dictionnaire de patois

tags: #petard #avec #feuille #de #noisetier