Verts, croquants, légèrement sucrés… les petits pois sont un délice apprécié par beaucoup. Ces pois - Pisum sativum - font partie de la famille des fabacées, ce sont donc des légumineuses. Mais au-delà de leur saveur et de leur histoire fascinante, la culture des petits pois peut être confrontée à des défis, dont l'un des plus courants et des plus redoutables est l'oïdium. Cette maladie cryptogamique, spécifique aux pois, peut compromettre la vitalité des plants et la qualité de la récolte si elle n'est pas correctement gérée.
Le Petit Pois : Un Voyage Historique et Botanique
L'histoire du petit pois est un récit captivant qui traverse les époques. Cultivés et consommés secs depuis des millénaires, les pois ont fait une apparition remarquée en version “fraîche” à la cour de Versailles, après que Louis XIV en soit tombé raide dingue. Venu d’Italie, ce “caviar” végétal est en fait une version “immature” des pois cassés qui garnissaient les gamelles de la populace de l’époque. La cour n’aimait pas particulièrement les légumes et préférait viandes, poissons ou fruits relevés d’épices exotiques. C'est la reine Catherine de Médicis qui a apporté cette mode de manger des pois frais. À ce stade, les pois sont certes plus fragiles mais bien plus sucrés. Cette coquetterie de manger des petits pois frais s’est ancrée dans nos habitudes alimentaires.
Il existe une grande diversité de pois, allant des petits pois que nous connaissons bien, aux pois cassés, pois chiches, pois carrés, pois asperges, et bien d'autres. Cette diversité témoigne de l'importance de cette légumineuse à travers les cultures et les siècles. À l'heure où nous devons envisager la frugalité énergétique, la résilience alimentaire et nos apports en protéines, il est bon de se questionner sur le ratio énergie nécessaire pour produire et énergie apportée par nos aliments.

Les petits pois ont également eu un sacré impact sur la recherche scientifique. C'est grâce à eux que l'on a pu poser les fondements de la génétique, en observant la manière dont les gènes se transmettent d’une génération de petits pois à une autre, notamment grâce aux travaux de Gregor Mendel.
La Culture du Petit Pois : Du Semis à la Récolte
La réussite d'une culture de petits pois dépend de plusieurs facteurs clés, depuis la phase de la semence jusqu'à la récolte.
Semis et Entretien Initial
Il est primordial de semer les petits pois sur un sol suffisamment ressuyé, c’est-à-dire ni trop humide, ni trop travaillé. La qualité du sol est indispensable si l’on veut obtenir de beaux petits pois à l’arrivée. Pour l’entretien, il n'est pas nécessaire d’arroser, sauf si la terre est particulièrement sèche et qu’il n’a pas plu depuis longtemps. Il est important de vérifier que les tiges des petits pois soient bien ancrées dans le sol. Pensez à vous munir de petites ramettes si ce n’est pas le cas, car les pois, en particulier les variétés grimpantes, ont besoin de soutien pour se développer harmonieusement.
Autrement, le maître mot pour l’entretien est la patience. Il faut également faire attention aux oiseaux ! En effet, eux aussi sont gourmands et ils en profitent pour venir chiper les pois dès qu’ils sortent de leur germe. Des filets de protection peuvent être une solution pour protéger les jeunes pousses.
La Récolte : Un Art de Précision
Pour la récolte, attention, c’est là que tout se joue ! Il ne faut pas les cueillir trop tôt, ni trop tard. Il faut arriver à repérer le bon moment si l’on veut qu’ils soient suffisamment sucrés et frais. Une fois cueillis, l'idéal est de les manger le jour même pour profiter pleinement de leur saveur.
Les Ennemis du Petit Pois
Malheureusement, la culture des petits pois n'est pas exempte de menaces. Les trois pires ennemis du petit pois sont le mildiou, l’oïdium et l’anthracnose. Comprendre ces maladies et savoir comment y faire face est essentiel pour tout jardinier.
L'Oïdium du Pois : Une Maladie Spécifique à Identifier
L’oïdium est une maladie fréquente qui peut affecter considérablement les rendements des petits pois. Vous avez remarqué un dépôt blanc poudreux sur les feuilles de vos petits pois ? Il s'agit probablement de l'oïdium, un champignon qui affaiblit les plantes et réduit la qualité des récoltes.

Symptômes et Dégâts
L’oïdium peut être présent sur tous les organes de la plante : tiges, stipules, gousses et feuilles. Cependant, sa présence la plus significative est sur les feuilles sur lesquelles de petites taches blanches et poudreuses apparaissent. Les feuilles âgées sont touchées en premier. En cas de fortes attaques, ces taches apparaissent sur les deux faces des feuilles. Ce feutrage blanc poudreux est reconnaissable et permet de distinguer l'oïdium d'autres affections.
En cas d’attaque précoce sur semis tardif, les plantes touchées n’atteignent pas leur développement normal, le rendement peut alors être affecté de manière significative. Si l’attaque est tardive, la maturité de la plante se trouve retardée et la récolte devient difficile. Au stade ultime, le feuillage peut se dessécher complètement, entraînant une perte totale de la récolte.
L'Agent Pathogène et son Cycle de Vie
L’oïdium du pois est dû au champignon Erysiphe polygoni f. sp. Pisi, spécifique à la culture de cette plante. C'est l'un des seuls oïdiums à s'attaquer à tout le feuillage, contrairement à d'autres qui ne touchent que les feuilles les plus anciennes. Le champignon a besoin de températures chaudes pour se développer, avec un temps sec le jour et une forte humidité au cours de la nuit. C’est en général entre avril et octobre qu’il peut contaminer les petits pois, bien que les cultures tardives soient plus exposées. Dans les conditions optimales, la contamination a lieu en moins d’une heure et la feuille est entièrement colonisée dans un délai de 6 jours, ce qui souligne la rapidité de sa propagation.
Au cours de l’été, le champignon produit des cléistothèces, organes capables de supporter les basses températures. Il va ainsi se conserver pendant l’hiver dans les débris végétaux et les hôtes secondaires, tels que les vesces, les lupins, le séneçon et le laiteron, qui sont des plantes sauvages servant de réservoir au champignon. Lorsque les conditions sont optimales (temps chaud entre 16 et 28°C et sec le jour, avec une forte hygrométrie au sol la nuit), le champignon va se propager par ses ascospores qui se multiplient sur les plantes secondaires et les débris végétaux.
Une fois sur les pois, les spores vont émettre un haustorium (suçoir) qui va percer la cuticule de la feuille et pénétrer les cellules. Le mycélium va ainsi se multiplier à la surface des feuilles et former de nouvelles chaînes conidiennes (conidies assurant la multiplication asexuée du champignon) qui vont se disperser par le vent. Lorsque les conditions deviennent défavorables, le champignon va émettre des périthèces pour assurer sa conservation jusqu'à la saison suivante. Certaines publications signalent ce champignon comme transmissible par la semence, de manière exceptionnelle. La persistance des spores dans le sol ou leur transport par l'air rend la maladie difficile à éradiquer complètement.
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Diagnostic Différentiel et Comestibilité des Pois Atteints
Il est essentiel de bien identifier l'oïdium pour appliquer le traitement adéquat. Ne pas confondre avec le mildiou, qui présente des taches jaunes en face supérieure des feuilles et un duvet gris violacé à la face inférieure. Le feutrage blanc poudreux est l'indicateur clé de l'oïdium.
Les Pois Atteints sont-ils Comestibles ?
L’Oïdium des Fabacées, Erysiphe polygoni f.sp pisi, comme la plupart des Oïdiums, est un champignon qui demeure totalement externe, à la paroi des gousses en l’occurrence. Pour se nourrir, il émet des suçoirs dans le parenchyme, mais n’affecte pas les grains qui demeurent parfaitement comestibles et non toxiques. C'est une information rassurante pour les jardiniers qui voient leurs plants touchés. Toutefois, la comestibilité pourrait être remise en cause s’il y avait une surinfection par un autre pathogène opportuniste ; champignon Botrytis ou bactérie Erwinia par exemple. Il est donc important de surveiller l'apparition de symptômes secondaires qui pourraient indiquer une complication.
Stratégies de Lutte Contre l'Oïdium : Prévention et Traitement
Pour lutter efficacement contre l'oïdium du petit pois, une approche combinant prévention et intervention rapide est la plus judicieuse. "Quels sont les traitements pour lutter contre l'oïdium du petit pois ?" est une question que se posent de nombreux jardiniers.
Prévention : Les Bonnes Pratiques Culturales
De nombreuses mesures préventives peuvent être mises en place pour éviter l'apparition et la propagation de l'oïdium.
- Choix des variétés : Il est conseillé de choisir des variétés résistantes ou tolérantes à l'oïdium, notamment si les épisodes favorables à la maladie sont courants dans votre région ou si vous avez déjà eu des attaques les années précédentes.
- Rotation des cultures : Pratiquez la rotation des cultures après avoir eu des plants contaminés. Cela permet d'éviter que le champignon, qui peut être présent dans le sol ou les débris végétaux, ne retrouve son hôte principal.
- Densité de plantation : Au moment du semis, écartez bien les graines pour que les pieds adultes se touchent le moins possible. D’une part, pour limiter la contamination d’un pied à l’autre, d’autre part pour que l’air circule bien entre les feuilles et que le soleil puisse contribuer à maintenir un microclimat sec autour de chaque pied. Une bonne aération est cruciale, car la présence d’eau sur les feuilles est indispensable au champignon pour contaminer le plant.
- Arrosage adapté : Les arrosages doivent se faire au pied et sans toucher le feuillage, de préférence le matin pour limiter l’humidité nocturne qui plaît au champignon. Évitez les arrosages par aspersion par temps couvert ; n’arroser que par temps ensoleillé et toujours le matin.
- Fertilisation équilibrée : Évitez les fertilisations trop azotées, car cet élément dope le développement du feuillage et les jeunes feuilles tendres sont plus vulnérables à l'oïdium.
- Gestion des résidus végétaux : En fin de culture, retirez méthodiquement et détruisez tous les résidus de culture malade. Le champignon hiverne dans les débris végétaux, les éliminer réduit donc la source d'inoculum pour la saison suivante. Si l'on n'est pas sûr de la bonne montée en température de son compost, il est déconseillé d'y mettre des déchets touchés par une maladie. Les spores de champignons sont transportées par l'air ou sont présentes dans le sol. Certains jardiniers optent pour l'ensachage des plants malades dans des sacs poubelles épais pour éviter la dispersion des spores.
- Contrôle des hôtes secondaires : Éliminez certaines plantes sauvages qui servent de réservoir au champignon (ex : séneçon, laiteron) autour de vos pieds de petits pois.
- Paillage : Le paillage peut jouer un rôle, car l'absence de paillage peut favoriser l'oïdium. Il est donc important de considérer le type de paillage utilisé.
- Traitements préventifs : Pulvérisez du soufre en prévention sur vos plants dès le début du printemps, car il est efficace s'il est utilisé au tout début de la contagion. Des pulvérisations régulières d'une macération de prêle durant les périodes favorables peuvent également doper les défenses de la plante.
Traitement Curatif : Agir Dès les Premiers Symptômes
Dès les premiers symptômes, une intervention rapide est nécessaire pour limiter la propagation de l'oïdium sur vos petits pois.
- Élimination des parties infectées : Retirez les premières feuilles atteintes et autres organes malades pour éviter, ou du moins ralentir, la propagation de l’oïdium. En cas d'attaque sévère, certains jardiniers ont pris la décision d'arracher des plants entiers, même si cela peut être une mesure drastique.
- Pulvérisations :
- Macération de prêle : Réalisez régulièrement des pulvérisations d’une macération de prêle durant les périodes favorables.
- Bicarbonate de soude : Le bicarbonate de soude est également un fongicide efficace contre ce champignon pathogène. Vous le pulvériserez sur les feuilles à raison de 5 g par litre d’eau (ajouter du liquide vaisselle permet que le mélange tienne mieux sur les feuilles) dès les premiers symptômes.
- Soufre : Appliquez un produit à base de soufre qui est lui aussi efficace contre cet oïdium s’il est utilisé au tout début de la contagion.
- Conditions de pulvérisation : Tous les traitements pour l'oïdium du petit pois qui sont à pulvériser sont à réaliser par temps gris ou en fin de journée pour éviter de brûler le feuillage.
Des pratiques comme le traitement préventif régulier, plutôt que la seule observation des symptômes, peuvent changer les habitudes et renforcer la résilience des cultures. Les voisins qui ont peu d'oïdium sont souvent ceux qui traitent à la bouillie bordelaise préventivement et qui, dès que l'oïdium apparaît, coupent les parties atteintes. Ils ont en général beaucoup d'aération dans leur potager. La disposition des lieux, notamment dans des régions comme le Limousin où la pluie est abondante et les variations de température importantes (soleil chaud, pieds dans l'eau, puis froid pouvant aller jusqu'à -15°C en été), peut favoriser la conservation des spores. Il est crucial d'adapter les techniques aux conditions météorologiques locales.
Autres Maladies Cryptogamiques du Petit Pois
Malheureusement, les petits pois sont susceptibles d’être contaminés par d’autres types de champignons, dont les effets peuvent d’ailleurs parfois ressembler à ceux de l’oïdium. Voici les plus courants.
L’Anthracnose
Le champignon (en réalité ils sont 3) qui provoque cette maladie est favorisé par des températures de 15 à 20°C et par une humidité importante. Sa présence entraîne des taches brunes à violacées sur la base des tiges ainsi que sur les feuilles, les fleurs et les gousses. Sur ces derniers organes, ces taches sont bordées d’une marge claire. La contamination par l'anthracnose progresse du bas vers le haut. Ces taches sur les feuilles évoluent en nécroses, affaiblissant considérablement la plante. Vous protégerez vos pieds de petits pois en semant ceux-ci tardivement et en laissant de l’espace entre chaque plant, favorisant ainsi la circulation de l'air.
Le Botrytis (Pourriture Grise)
Le Botrytis se développe dans les mêmes conditions humides et douces que l’anthracnose et forme des taches de pourriture grise sur les fleurs principalement. Les feuilles et les gousses déjà présentes peuvent être touchées lorsque les pétales des fleurs malades chutent. Les gousses montrent alors une pourriture brune puis finissent par se dessécher, rendant la récolte inutilisable. Une végétation généreuse et dense est très attractive pour ce champignon. Pour limiter son apparition, sélectionnez des variétés de petits pois grimpants, dont le feuillage sera moins dense que les variétés naines, et limitez les apports en azote. Lorsque les conditions se prêtent au développement du champignon, appliquez du soufre en prévention, dès le départ de la floraison. Et si vous voyez que les fleurs sont malades, protégez les gousses à l’aide d’un fongicide naturel, du lait par exemple, ou du bicarbonate de soude.
Le Mildiou
Le mildiou aime les températures en dessous de 18°C et un temps gris et très humide. Cette maladie entraîne la formation de taches de nécroses claires sur l’endroit des feuilles, qui correspondent sur l’envers à des taches feutrées d’abord blanchâtres puis violacées. Supprimer les feuilles atteintes est la seule chose à faire pour limiter l’impact de cette maladie, mais elle n’est généralement pas très virulente sur les petits pois.
La Rouille
Contrairement à un grand nombre de champignons, la rouille du pois aime les temps chauds et secs. Elle se manifeste par la formation sur les deux faces des feuilles de taches en relief brunes à orangées. Celles situées sur l’envers peuvent être très grosses et montrer une teinte plus sombre, presque noire. La rouille peut affaiblir les plants et réduire la photosynthèse, impactant ainsi le rendement.
En combinant des mesures préventives telles que le choix de variétés résistantes, une bonne rotation des cultures et un arrosage adapté, et en utilisant des traitements biologiques en cas de besoin, vous pourrez limiter la propagation de ces maladies et assurer une récolte abondante de petits pois sains.
