
Au cœur de la Ria d’Étel, dans le Morbihan, se niche un paysage d'une beauté saisissante : l’îlot de Saint-Cado et sa célèbre maison aux volets bleus. Posée sur le rocher de Nichtarguer, face au pont de pierre, cette petite maison d’ostréiculteur est devenue l'un des sites les plus photographiés de Bretagne, attirant promeneurs, peintres et photographes toute l’année. Elle est un condensé de symboles maritimes et bretons, véritable icône de la région.
La Maison de Nichtarguer : Un Témoin de l'Histoire Ostréicole
Juste à côté de l’île de Saint-Cado, sur un minuscule îlot rocheux d’environ 25 mètres de diamètre à marée haute, se dresse cette fameuse maison aux volets bleus. Son nom breton, Nichtarguer, signifie « la maison de l’huître » (ou « En Istra ar Guer »), un nom évocateur de son histoire et de sa fonction première. Construite vers 1894 (certaines sources mentionnent 1890 ou 1893) par un négociant d’Étel qui exploitait des parcs ostréicoles dans la ria, son rôle était d’abriter le gardien des parcs et sa famille, chargés de surveiller les huîtres.
La maison de Nichtarguer n’est pas qu’un joli cadre pour les cartes postales ; c’est un vestige vivant de l’histoire ostréicole de la région. Jadis, la ria d’Étel était un lieu prospère pour la culture des huîtres, et cette maison avait pour fonction de protéger les parcs ostréicoles des pilleurs et des aléas naturels. Plusieurs familles se sont succédé dans cette demeure, vivant souvent sans eau courante ni électricité, comme en témoigne Berthe Prima, une ancienne résidente des années 1930 et 1940. Les enfants Portanguen, dont Marie-Armelle, y ont également vécu leur enfance dans les années 1950, avant que leurs parents ne construisent une maison au village pour des raisons de commodité. La dernière famille à l'occuper fut la famille Portanguen, qui y est arrivée après-guerre pour être gardiens et a continué à utiliser la maison pour leur entreprise ostréicole.
Depuis les années 1960, la maison est inhabitée, mais elle continue de faire la renommée du Morbihan. Elle est aujourd’hui propriété du Conservatoire du Littoral, après avoir appartenu à l'État, et la mairie de Belz assure son entretien régulier (peinture, petites rénovations). Malgré son état de délabrement actuel, elle demeure un site incontournable de la Bretagne, apparaissant dans d'innombrables peintures et photographies. Sa spécificité réside dans sa porte et ses volets peints en bleu clair, contrastant avec le toit en ardoises recouvertes de lichens, offrant une palette de couleurs si particulières qui attirent tant les artistes.
Saint-Cado : Un Village Entre Légendes et Patrimoine
Reliée à la terre par un pont de pierre d’une centaine de mètres - récemment rénové -, l’île de Saint-Cado se parcourt à pied en 20 minutes à 1h30 selon le rythme. Le sentier côtier fait le tour de l’îlot et offre de jolies vues sur la ria d’Étel, ses parcs ostréicoles, ses petites anses et ses bateaux colorés. Au cœur du hameau, s’élève la jolie chapelle Saint-Cado de style roman du XVIe siècle, entièrement conçue en granit par les moines bénédictins de Sainte-Croix de Quimperlé au XIe siècle. La chapelle, ouverte aux visiteurs, abrite notamment un autel en pierre surnommé « le lit de Saint-Cado ». Selon la tradition, les personnes souffrant de surdité venaient y glisser leur tête dans une cavité pour obtenir la guérison. Au pied de la chapelle, se trouve la fontaine de Saint-Cado datant du XVIIIe siècle, accessible par un chemin de pierres et protégée de la mer par un mur épais. À quelques pas de là, on peut découvrir un calvaire orné de sculptures, don de Joseph Marec, se dressant sur un haut perron.

La légende la plus célèbre du lieu concerne toutefois le pont lui-même. Trop pauvre pour le construire, le moine Cado aurait fait appel au diable, qui bâtit l’ouvrage en une nuit en échange de l’âme du premier être vivant à le traverser. Saint Cado, rusé, accepta mais trompa le diable en faisant passer un chat en premier. Le diable, floué, aurait alors tenté de détruire son ouvrage, laissant une marque de son pied sur le rocher.
Chaque troisième dimanche de septembre, le pardon de Saint-Cado perpétue une tradition pluriséculaire. En Bretagne, les pardons sont des pèlerinages typiques qui donnent lieu à de grandes processions et des festivités religieuses et profanes.
La Ria d’Étel : Un Terroir Ostréicole et un Site Naturel d'Exception
La ria d’Étel est un ancien estuaire envahi par la mer - en breton, une vallée où l’eau salée remonte à chaque marée. Elle forme ainsi une petite baie intérieure parsemée d’îlots, de vasières et de parcs à huîtres, le tout dans un site classé Natura 2000. Les huîtres de la ria sont réputées, offrant une chair charnue et un goût iodé grâce à la proximité de l'océan. De nombreux producteurs proposent des dégustations directement au bord de l'eau.

Depuis Saint-Cado, plusieurs sentiers côtiers permettent de longer ses rives, offrant une diversité de paysages bretons, entre plages de sable, marais et petits îlots. À vélo, Saint-Cado constitue également un bon point de départ pour rejoindre le port d’Étel ou les plages des environs. Le Port d’Étel, ancien port sardinier, garde les traces de son passé maritime. Le pont Lorois, seul passage entre les rives nord et sud de la ria, se trouve à quelques minutes en voiture et offre un panorama saisissant sur l’estuaire. Côté patrimoine, la commune de Belz compte de nombreux mégalithes, dont le dolmen de Roh Clour et l’allée couverte du Moulin des Oies. Le Moulin de Kercado, situé à quelques kilomètres, est un moulin à marée, vestige de l’ingéniosité bretonne.
Les Charmeurs Spots Photo et Astuces de Visite
Le spot photo le plus prisé de la maison aux volets bleus est sans conteste à marée haute et par temps calme, lorsque le reflet de la maison dans l’eau offre le plus beau cliché. Il est conseillé de s'installer sur le pont de pierre ou sur le quai face à l’îlot. Le coucher de soleil est le moment le plus magique pour admirer la maison aux volets bleus, dégageant une magie particulière lorsque le soleil couchant se reflète sur les eaux de la ria. En été, il est recommandé d'arriver tôt le matin ou en soirée pour éviter l’affluence.
L’îlot est accessible toute l’année, en accès libre et gratuit. Un parking gratuit est disponible à proximité du pont de Saint-Cado, mais il peut être vite complet en haute saison. Des places supplémentaires existent le long de la route et à la Pointe du Perche. Le terrain est plat et accessible aux poussettes sur le sentier côtier. Des restaurants et bars sont ouverts en saison sur la place et face à l’îlot de Nichtarguer.
L'incontournable maison aux volets bleus|TF1 INFO
Au-delà de Saint-Cado : Autres Maisons Emblématiques et Personnalités Amoureuses de la Bretagne
La maison de Nichtarguer à Saint-Cado n'est pas la seule demeure emblématique de la Bretagne. La région regorge de ces petites perles architecturales, souvent chargées d'histoire et liées à des personnalités.
Dans le nord-Finistère, au bord de l'Aber Benoît, là où l’eau serpente entre massifs d’hortensias, l’ancien manoir breton de Jane Birkin se détache. L’actrice s'y est réfugiée pendant trente ans, posant ses valises à quelques encablures de Lannilis dans les années 1990. Elle confiait d'ailleurs à France 3 que « le pays des Abers était (sa) destinée ». Elle y voyait un lien avec son père, qui avait effectué des missions de sauvetage dans la région pendant la guerre.

Liliane Bettencourt, quant à elle, est restée fidèle tout au long de sa vie à sa maison bretonne, aussi appelée « maison de la Pointe », à Ploubazlanec, dans les Côtes d'Armor. Construite dans les années 1920 par son père, Eugène Schueller, fondateur de l’empire cosmétique, cette demeure vaste, cernée d’un parc arboré, embrasse la mer et offre une vue panoramique sur l’île de Bréhat. Liliane Bettencourt et son époux y recevaient leurs amis, dont le couple Pompidou.
Au large des côtes de Carantec, au cœur de la baie de Morlaix, l’île de Louët abrite une maison unique : la demeure du gardien du phare, édifiée en 1857. Difficilement accessible, elle est aujourd’hui louable pour de courts séjours, offrant l’occasion de devenir gardien de phare le temps d’une ou deux nuits. Après trois ans de travaux, cette petite maison a été rénovée pour accueillir le public dans un confort modeste mais charmant, avec électricité depuis le continent, mais sans eau chaude dans la douche.
Ces exemples illustrent la diversité et la richesse du patrimoine immobilier breton, souvent lié à des paysages maritimes exceptionnels et à des histoires singulières. La région autour de Saint-Cado, entre la ria d’Étel, les alignements de Carnac et la baie de Quiberon, regorge de sites à explorer, chacun avec son charme et ses mystères.
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