Le massif des Calanques, écrin de biodiversité entre terre et mer, abrite une flore méditerranéenne typique de la garrigue, où la rencontre des influences alpine et méditerranéenne a façonné une diversité biologique unique en France. Au cœur de cette richesse végétale, certaines espèces se distinguent par des caractéristiques bien particulières, comme un feuillage gras, des teintes violettes ou une texture granuleuse. L'identification de ces plantes, bien que parfois complexe, révèle des adaptations fascinantes à un environnement exigeant.

Le Mystère des Feuilles Grasses : Les Succulentes et leurs Adaptations
Les plantes à feuilles grasses, également appelées succulentes, sont des championnes de la survie en milieu aride. Leur capacité à stocker l'eau dans leurs tissus charnus, qu'il s'agisse des feuilles, des tiges ou des racines, leur confère une résilience remarquable face à la sécheresse.
Parmi les succulentes emblématiques, le Kalanchoé se présente comme une plante d'ornement prisée, séduisant par sa facilité de culture. Originaire principalement d’Afrique et de Madagascar, ce genre compte plus d’une centaine d’espèces, offrant une grande variété de fleurs, de feuillages, de formes et de dimensions (de 15 à 350 cm !). Son feuillage succulent, qu'il soit lisse ou velu, est gorgé d’eau, lui permettant de résister aux oublis d’arrosage et faisant de lui un sujet résistant à la chaleur et à la sécheresse. Toutefois, il est important de noter que certaines espèces de kalanchoé peuvent avoir des feuilles toxiques pour les humains et les animaux.
Le Kalanchoé de Blossfeld (Kalanchoe blossfeldiana) est l'espèce la plus populaire, caractérisée par des feuilles vert foncé brillant, arrondies et charnues à bords dentelés, et une floraison abondante de fleurettes tubulaires rouges, oranges, jaunes, blanches ou roses pendant 2 à 3 mois. Une mutation naturelle a donné naissance au Kalanchoe calandiva, dont les fleurs sont bien doubles, offrant une petite rosette à 32 pétales. D'autres variétés fascinantes incluent le Kalanchoé à oreilles d’éléphant (Kalanchoe behariensis), un petit arbre à croissance lente aux feuilles longues et triangulaires, grises ou brun clair, couvertes d’un fin duvet ; le Kalanchoe pumila, un petit kalanchoé à port rampant aux feuilles ovales et dentées, vertes joliment teintées de pruine blanche, fleurissant en fin d’hiver en grappes lâches de fleurettes rose mauve ; le Kalanchoe tubiflora, ou plante chandelier, avec ses feuilles cylindriques et gris vert marquées de brun-rouge ; et le Kalanchoe thyrsiflora, apprécié pour sa silhouette évasée formant une rosette aux larges feuilles arrondies vert pâle teintées de rouge sur les bords, et ses bouquets de fleurettes tubulaires jaunes délicatement parfumées au printemps.

La culture du kalanchoé se fait principalement en pot, préférant une situation lumineuse pour une floraison optimale et de belles colorations des feuillages. Un substrat bien drainé est essentiel, et la plante craint le froid, nécessitant une température minimale de 10 °C. Le rempotage au printemps dans un pot légèrement plus grand que le pot d’origine est recommandé, en utilisant un terreau spécial plantes méditerranéennes ou un terreau pour plantes fleuries mélangé avec ¼ de graviers ou de sable grossier, et en plaçant une couche de drainage de billes d’argile au fond du pot. Le Kalanchoé de Blossfeld peut également être multiplié par semis au printemps, au chaud et à la lumière.
En termes d'entretien, le kalanchoé a des besoins modérés, voire faibles en eau, craignant plus les excès d’humidité que le manque d’eau. Un arrosage une à deux fois tous les 15 jours à la belle saison, doublé pendant la floraison, est généralement suffisant. En hiver, pendant la période de repos végétatif, l'arrosage doit être parcimonieux, juste assez pour que le substrat ne dessèche pas complètement. Un apport d’engrais spécial plantes fleuries une fois par mois de juin à août encourage la floraison. Aucune taille n’est nécessaire, mais le pincement des pousses peut renforcer la végétation.
Des problèmes liés à un mauvais arrosage peuvent survenir, comme le mildiou et le noircissement des feuilles en cas d'humidité excessive, ou le dessèchement et la chute du feuillage en cas de trop de sécheresse. Un kalanchoé de Blossfeld manquant de lumière se reconnaîtra à son feuillage vert pâle et à l'allongement de ses tiges. Les cochenilles peuvent également parasiter le kalanchoé, se repérant à des petites plaques laineuses sur les feuilles ou les racines.
Au-delà des kalanchoés, d'autres plantes succulentes parsèment le paysage méditerranéen. Le Séneçon à feuilles grasses (Senecio leucanthemifolius), par exemple, possède des feuilles succulentes très caractéristiques et colonise les rocailles maritimes. Il fleurit au printemps, dès le mois de février, et est présent en France uniquement sur le littoral des Bouches-du-Rhône et du Var. Ces plantes, avec leurs stratégies de stockage d'eau, illustrent parfaitement l'ingéniosité de la nature face aux contraintes environnementales.
17 01 Les adaptations aux changements climatiques
Des Nuances Violettes et Pourpres dans la Flore des Calanques
La palette de couleurs de la flore des Calanques est riche, et le violet ou le pourpre, souvent associés à la robustesse et à la résilience, se retrouvent chez plusieurs espèces. Ces teintes peuvent signaler la présence de pigments protecteurs contre le soleil intense ou des mécanismes d'attraction pour les pollinisateurs.
Le Géranium pourpre ou Herbe à Robert pourpre (Geranium purpureum ou Geranium robertianum subsp. purpureum) est un exemple de plante présentant cette coloration, fleurissant de mars à juin. Il côtoie d'autres géraniums des Calanques, tels que le Géranium à feuilles molles ou Géranium mou (Geranium molle), le Géranium à feuilles rondes (Geranium Rotundifolium), et le Géranium colombin ou Géranium des colombes ou Pied de pigeon (Geranium colombinum), tous fleurissant également de mars à juin. Le Géranium sanguin (Geranium sanguineum) offre quant à lui une floraison de mai à juin.
Dans la famille des Iridacées, la Romulée de Colonna (Romulea columnae), une plante minuscule, fleurit dans les lieux sablonneux à partir de février. Cette espèce du pourtour méditerranéen est protégée en régions PACA, Basse-Normandie et Roussillon.
Parmi les fleurs remarquables par leur couleur, l'Ophrys à forme d'araignée (Ophrys arachnitiformis = O. exaltata subsp. arachnitiformis) présente un périanthe souvent rose ou blanc, mais parfois vert, avec un labelle en général dépourvu de gibbosités, et une macule simple en "H". L'Ophrys brillant (O. splendida = O. exaltata subsp. splendida) se distingue par un périanthe rose, des pétales bicolores à marges ondulées et une marge du labelle jaune. L'Ophrys de Provence (Ophrys provincialis), endémique de la région, a des fleurs avec un périanthe vert et un labelle rougeâtre avec une macule bordée de blanc, et des pseudo-yeux entourés de blanc. L'Ophrys de Marseille (Ophrys aranifera subsp. massiliensis), une orchidée récemment décrite, enrichit également cette diversité. Ces orchidées, avec leurs fleurs complexes, illustrent l'ingéniosité de la nature pour attirer les pollinisateurs.
Le Grémil pourpre-bleu (Aegonychon purpurocaeruleum) est une autre plante dont les fleurs évoluent du pourpre au bleu. Ses graines, blanches et très dures, ressemblent à des billes de céramique. Cette espèce apprécie les bois clairs et bords de ruisseaux et est largement répandue en Europe Centrale.
Le Limodore à feuilles avortées (Limodorum abortivum), une orchidée spectaculaire, est l'une des premières à fleurir, parfois dès décembre, et est abondante dans les milieux herbeux secs. Avant sa floraison en mai, cette curieuse espèce évoque une grande asperge violette, fréquentant volontiers les sous-bois, en particulier ceux de chênes verts. L'Epipactis à petites feuilles (Epipactis microphylla), la plus petite du genre Epipactis en France, se rencontre souvent en sous-bois de chêne vert. La forme rosea, dépourvue de chlorophylle, est particulièrement rare et doit recourir à des associations avec diverses espèces de champignons (mycorhizes) pour survivre.
La Salicaire à feuilles d'hysope (Lythrum hyssopifolia) arbore de petites fleurs roses, et le Ciste ladanifère (Cistus ladanifer) peut présenter des fleurs blanches avec des macules pourpres, ajoutant des touches de couleur au maquis. La Moutarde giroflée (Coincya monensis subsp. cheiranthos) se distingue par des fleurs d'un jaune pâle contrastant avec le violet du calice.

Des Textures Granuleuses et Autres Particularités du Feuillage
Au-delà des couleurs et des formes, la texture du feuillage peut également être un indice précieux pour l'identification des plantes. Un aspect granuleuse, velue ou coriace est souvent une adaptation pour réduire la perte d'eau ou se défendre contre les herbivores.
Les plantes des Calanques ont pour point commun d'avoir des feuilles sempervirentes (qui ne tombent pas) et coriaces, une adaptation essentielle pour résister aux étés secs et aux vents marins. Le romarin, par exemple, même s'il est comestible et connu de presque tout le monde, présente dans les Calanques des feuilles bien plus coriaces que celles observées dans d'autres régions.
Parmi les espèces aux textures notables, le Kalanchoé à oreilles d’éléphant (Kalanchoe behariensis) se caractérise par des feuilles très décoratives, grises ou brun clair, couvertes d’un fin duvet. Le Kalanchoe pumila présente des feuilles ovales et dentées, vertes joliment teintées de pruine blanche, donnant un aspect légèrement givré. Le Kalanchoe tubiflora, ou plante chandelier, possède des feuilles cylindriques et gris vert marquées de brun-rouge. Ces particularités texturales ajoutent à la singularité de chaque espèce.
Les genévriers, comme le Genévrier cade (Juniperus oxycedrus) et le Genévrier de Phénicie (Juniperus phoenicea), possèdent des aiguilles pointues et des galbules (baies) qui peuvent avoir un aspect granuleux. Les galbules du Genévrier de Phénicie sont d'ailleurs toxiques.
La Bulliarde de Vaillant (Crassula vaillantii), une curieuse plante naine, pousse dans les replats temporairement inondés et les mares cupulaires. Elle peut fleurir sous l'eau, montrant quatre pétales rouges d'aspect caractéristique, une texture unique pour une plante aquatique temporaire.
L'Euphorbe arborescente (Euphorbia dendroides) forme des buissons ligneux de forme hémisphérique, avec des feuilles adaptées aux falaises et rocailles maritimes. L'Euphorbe dentée (Euphorbia serrata) est reconnaissable à ses feuilles dentées très caractéristiques, tandis que l'Euphorbe characias se distingue par ses fleurs aux glandes sombres. Ces euphorbes présentent des textures variées, des feuilles lisses aux bractées modifiées.
Le Ciste ladanifère (Cistus ladanifer) se distingue par ses longues feuilles étroites et particulièrement gluantes, une texture collante qui pourrait être une défense contre les insectes ou une adaptation pour retenir l'humidité. La résine de cette plante, appelée ladanum, a d'ailleurs été exploitée en parfumerie.
Le Grémil pourpre-bleu (Aegonychon purpurocaeruleum) possède des graines blanches et très dures qui ressemblent à des billes de céramique, donnant une impression granuleuse au toucher.

La Biodiversité des Calanques et les Défis de l'Identification
La région Provence-Alpes-Côte d'Azur, et en particulier les Calanques, est un véritable hotspot de biodiversité. Plus de 70% de la flore indigène de France métropolitaine se rencontre en PACA, grâce à la rencontre des influences alpine et méditerranéenne. Quatre Parcs Nationaux (Port-Cros, Mercantour, Ecrins et Calanques) et six Parcs Régionaux contribuent à préserver cette nature exceptionnelle.
Cependant, l'urbanisation, notamment sur le littoral des Alpes-Maritimes et du Var, a entraîné la raréfaction et la disparition de nombreuses espèces. Des associations comme le Conservatoire d'Espaces Naturels Provence-Alpes-Côte d'Azur (CEN PACA) œuvrent pour la préservation de cette biodiversité.
L'identification des plantes dans un tel environnement peut être un défi, surtout en fin d'été où les fleurs sont rares. Cependant, les avancées technologiques offrent des outils précieux. L'utilisation d'un smartphone avec une application d'identification de plantes simplifie grandement l'exercice. Il suffit de prendre une photo et d'indiquer à l'application de quelle partie il s'agit : feuille, fruit, fleur ou écorce.
L'herbier virtuel de la flore des Calanques constitue une ressource précieuse, offrant des photographies et des informations sur de nombreuses espèces, telles que les Gaillets (Galium divaricatum, Galium corrudifolium, Galium setaceum, Gallium pusillum, Gallium aparine, Galium verticillatum), les Géraniums (Geranium molle, Geranium Rotundifolium, Geranium colombinum, Geranium purpureum, Geranium sanguineum), et les Germandrées (Teucrium fruticans, Teucrium aureum, Teucrium flavum, Teucrium chamaedrys, Teucrium polium). Des espèces comme le Genêt de Lobel (Genista Lobelii) et le Gui du Genévrier (Arceuthobium oxycedri) sont à préserver, figurant dans la liste rouge française des plantes menacées. La Germandrée arbustive (Teucrium fruticans) est même protégée au niveau national.
La diversité des Calanques inclut également des espèces moins évidentes à première vue, comme le Géastre sessile (Geastrum sessile ou Geastrum fimbriatum), un champignon non comestible. La Garance sauvage ou Garance voyageuse (Rubia peregrina) est une autre plante du maquis méditerranéen. Les Gesses (Lathyrus clymenum subsp. articulatus, Lathyrus cicera, Lathyrus sylvestris), les Giroflées (Erysinum Cheiri, Matthiola incana), les Glaïeuls (Gladiolus Italicus) et les Globulaires (Globularia Bisnagarica, Globularia Alypum, Globularia repens) ajoutent à la richesse floristique.

Des plantes toxiques comme la Grande Cigüe ou Cigüe tachetée (Conium maculatum) rappellent l'importance d'une identification précise. Les orchidées, avec environ 120 espèces en région PACA, représentent une famille végétale fascinante, tant par la diversité de leurs formes et couleurs que par leurs stratégies de reproduction étonnantes. L'Orchis géant (Himantoglossum robertianum) en est un exemple spectaculaire.
La flore des Calanques, avec ses plantes grasses, ses nuances violettes et ses textures granuleuses, est un témoignage de l'adaptation et de la résilience du vivant face aux défis de l'environnement méditerranéen. Chaque plante, qu'elle soit commune ou rare, protégée ou non, contribue à la complexité et à la beauté de cet écosystème unique.