L'Impact du Phénomène El Niño sur les Récoltes et l'Économie Mondiale

carte globale El Niño

Le climat dans le monde est affecté par le phénomène El Niño et son pendant La Niña. Ces phénomènes climatiques trouvent leurs origines dans l’anomalie des températures des eaux de surface du Pacifique équatorial. Les océans et les mers sont en première ligne face au changement climatique. En France comme ailleurs, les effets du changement climatique sont visibles : réchauffement des mers et des océans, élévation du niveau de la mer, érosion littorale, multiplication des événements extrêmes. Depuis septembre 2025, Météo-France met progressivement à disposition de nouvelles projections climatiques à l’échelle locale pour les territoires ultramarins sur le portail DRIAS, Les futurs du climat.

Phénomène climatique naturel, El Niño, entraîne des modifications mondiales des vents et des précipitations. L’Organisation météorologique mondiale estime que l’épisode pourrait être particulièrement intense, certains le qualifiant de « Super-El Niño ». L’Organisation météorologique mondiale prédisait, dans une mise à jour publiée le 21 avril, que le phénomène se mettrait progressivement en place entre mai et juillet, et qu’on pouvait dès lors parler d’un phénomène « fort ». El Niño, qu’il soit « super » ou non, pourrait commencer au mois de mai. Ces dernières semaines, les modèles météorologiques ont convergé pour prédire non seulement une année El Niño, mais surtout, un El Niño « fort », voire « très fort ».

Comprendre El Niño et ses Mécanismes

El Niño est un phénomène climatique naturel au cours duquel les eaux de surface de l’océan Pacifique central et oriental connaissent un réchauffement anormal, provoquant des changements dans les conditions météorologiques à travers le monde. En moyenne, il se produit tous les deux à sept ans et dure généralement entre 9 et 12 mois. Le terme El Niño, qui signifie « petit garçon » ou « enfant Jésus » en espagnol, a été utilisé pour la première fois il y a plusieurs siècles par des pêcheurs du Pérou et de l’Équateur pour décrire la température anormalement élevée des eaux - observée juste avant Noël - qui a pour effet de réduire leurs prises.

El Niño et La Niña sont les composantes océaniques du phénomène, tandis que l’oscillation australe en est la composante atmosphérique, d’où l’expression El Niño oscillation australe (ENSO). La surveillance et la prévision des conditions ENSO reposent principalement sur le dépassement, par les anomalies des températures de la mer en surface (calculées par rapport à une période de référence de 30 ans), de seuils prédéfinis dans quatre régions géographiques du Pacifique équatorial. Des anomalies positives au-dessus d’un seuil donné indiquent généralement un épisode El Niño (phase chaude de l’ENSO) entraînant un affaiblissement des vents d’est. Les anomalies négatives sont associées à La Niña (phase froide de l’ENSO) et à un renforcement des vents d’est.

El Niño et La Niña se développent habituellement pendant le printemps et l’été de l’hémisphère Nord pour atteindre leur apogée en hiver. L’oscillation entre la phase chaude de l’ENSO (El Niño) et les conditions neutres ou froides (La Niña) se produit en moyenne tous les trois à cinq ans, dans une fourchette allant de deux à sept ans. Un épisode El Niño peut durer jusqu’à 18 mois et un épisode La Niña jusqu’à trois ans. Le dernier épisode La Niña pluriannuel a débuté en septembre 2020 et s’est prolongé jusqu’au début de l’année 2023.

Le phénomène El Niño/La Niña peut avoir des répercussions considérables sur les régimes climatiques et météorologiques et entraîner une modification des températures et des précipitations dans diverses parties du monde. Il s’agit de la caractéristique dominante de la variabilité climatique à l’échelle interannuelle. Grâce aux progrès scientifiques réalisés en matière de compréhension et de modélisation de ce phénomène, nos compétences en matière de prévision se sont améliorées et il est désormais possible de prévoir l’occurrence du phénomène un à six mois à l’avance, voire davantage, ce qui permet à la société de se préparer aux dangers qui y sont associés, tels que les fortes pluies, les inondations et la sécheresse. Ces prévisions peuvent également permettre de réaliser des centaines de millions de dollars É.-U. d’économies.

Il n’existe pas deux épisodes El Niño/La Niña identiques. Les effets de ce phénomène varient en fonction de l’intensité et de la durée de l’épisode concerné ainsi que de la période de l’année à laquelle il se produit et de son interaction avec d’autres modes de variabilité climatique. Toutes les régions du monde ne sont pas touchées, et même au sein d’une région, les impacts peuvent varier.

D’une manière générale, les épisodes El Niño peuvent se traduire par une augmentation des températures moyennes à la surface du globe, tandis que les épisodes La Niña ont tendance à faire baisser celles-ci. Ainsi, l’épisode El Niño de 1997/98, de forte intensité, a été suivi d’une anomalie La Niña de longue durée, qui s’est manifestée du milieu de l’année 1998 jusqu’au début de l’année 2001, avec des répercussions incontestables sur les températures mondiales. À l’époque, l’année 1998 s’était classée au deuxième rang des années les plus chaudes depuis le début des relevés.

Pour l’instant, il n’existe pas de preuve concluante d’une influence du changement climatique sur la fréquence et l’intensité des épisodes El Niño/La Niña. Cependant, la recherche montre que le dérèglement climatique entraînera lui-même des vagues de chaleur plus fréquentes et intenses, ainsi que des précipitations soudaines et diluviennes provoquant des inondations. L’OMM publie chaque trimestre un bulletin Info-Niño/Niña en collaboration avec l’Institut international de recherche sur le climat et la société (IRI). Ce bulletin se fonde sur les informations fournies par les grands centres qui, dans le monde entier, s’attachent à surveiller et prévoir ce phénomène, ainsi que sur les interprétations consensuelles des experts de l’OMM et de l’IRI. Il inclut les observations des conditions en cours dans le Pacifique équatorial et présente des perspectives consensuelles pour la saison à venir. Par ailleurs, l’OMM publie régulièrement un bulletin saisonnier sur le climat mondial, qui tient compte des influences de tous les autres grands facteurs, tels que l’oscillation nord-atlantique, l’oscillation arctique et le dipôle de l’océan Indien.

Impacts Régionaux d'El Niño sur l'Agriculture et l'Économie

El Niño agit comme un facteur de modulation d’un climat déjà contraint, perturbant les conditions météorologiques partout dans le monde. Les aléas climatiques causés par ce phénomène posent de sérieux risques pour la sécurité alimentaire. En perturbant les régimes des précipitations et des températures, il risque d’entraîner des répercussions considérables sur l’agriculture et les moyens de subsistance des populations rurales. Les agriculteurs, les éleveurs, les pêcheurs et les autres petits producteurs subissent les effets les plus directs et immédiats des perturbations climatiques comme les sécheresses et les inondations.

El Niño 2026 : ce phénomène climatique mondial expliqué

Asie et Pacifique

Le continent asiatique, déjà vulnérable aux canicules, pourrait être durement frappé. El Niño déplace les précipitations traditionnelles, augmentant les risques de sécheresse et d’incendies. « L’anomalie sous-marine que nous observons jusqu’à présent est assez marquée », explique Peter van Rensch, climatologue à l’université Monash en Australie. La situation « ressemble un peu à ce que nous avions observé lors de l’épisode de 1997-1998, qui était probablement le phénomène El Niño le plus intense », a-t-il déclaré à l’AFP. En 1997, il avait provoqué des feux dévastateurs en Indonésie. Aujourd’hui, les autorités craignent les précipitations les plus faibles depuis 30 ans.

Dans certaines régions de l’Asie du Sud-Est, El Niño provoque généralement des précipitations en dessous des normales de saison, notamment au cœur de la mousson, de juin à septembre, dans une grande partie de l’Asie du Sud. Le phénomène peut également entraîner un temps plus sec sur certaines îles du Pacifique, faisant craindre des pénuries alimentaires et d’eau. À l’inverse, en Asie centrale, ce phénomène est souvent associé à des précipitations au-dessus des normales de saison, pouvant déclencher des inondations et des glissements de terrain qui emportent les semences et détruisent les cultures ainsi que le bétail.

En Australie, l’actuel El Niño plonge le pays dans une sévère sécheresse qui pénalise les cultures de blé dont la récolte est prévue en fin d’année. Les conséquences devraient être lourdes avec un recul de 37 % de la production. Le constat est le même pour le colza, avec des rendements en forte baisse. Dans certaines régions d’Asie, El Niño pourrait provoquer d’intenses précipitations et des inondations, ce qui pourrait impacter des secteurs comme celui des récoltes de riz dans le sud de la Chine, selon Haneea Isaad, spécialiste du financement de l’énergie à l’IEEFA (Institute for Energy Economics and Financial Analysis).

Les sécheresses qu’El Niño peut provoquer dans certaines parties de la région, représentent également une menace pour les pays très dépendants de l’hydroélectricité, a souligné Dinita Setyawati, analyste au sein du groupe de réflexion Ember. « La plupart des pays de l’Asean recourent largement à l’hydroélectricité », a-t-elle averti, soulignant que les pays du Mékong, le Népal et certaines régions de Malaisie étaient particulièrement vulnérables. Ces risques ont été mis en évidence en 2022, lorsqu’une vague de chaleur en Chine a entraîné une chute de plus de 50 % de la production hydroélectrique dans le Sichuan, provoquant des pénuries d’électricité qui ont touché aussi bien les ménages que l’industrie.

Ces alertes surviennent alors que l’Asie craint des pénuries de carburant et de fertilisants transitant par le détroit d'Ormuz. L’Iran a fermé cette voie navigable stratégique depuis que les États-Unis et Israël ont lancé des attaques contre le pays le 28 février, perturbant ainsi l’approvisionnement mondial en carburant. La hausse des températures mettra à rude épreuve des réseaux électriques déjà fragiles, prévient Haneea Isaad. « Pour les pays fortement dépendants du détroit d'Ormuz pour leurs livraisons de pétrole et de gaz, la tension sur l’offre entraînera un rationnement accru du carburant, une gestion de la demande et une réduction des activités économiques, […] ce qui affectera la croissance globale du PIB », a-t-elle déclaré.

Afrique

impact El Niño Afrique

De manière générale, El Niño a provoqué des précipitations au-dessus des normales de saison entre octobre et décembre dans la Corne de l’Afrique. Cela peut entraîner des inondations et des glissements de terrain affectant l’agriculture et augmentant le risque de maladies. Entre juillet et septembre, des précipitations en dessous des normales de saison sont observées dans certaines zones unimodales de l’ouest de l’Afrique de l’Est (ouest de l’Éthiopie, ouest du Kenya, Soudan et Soudan du Sud).

Dans la majeure partie de l’Afrique australe, une baisse des précipitations attribuée à El Niño a été observée entre novembre et mars ces dernières années, coïncidant avec la principale campagne agricole. Cette situation risque de compromettre les perspectives de récoltes et la productivité de l’élevage et d’aggraver la situation dans les pays confrontés à des problèmes d’approvisionnement alimentaire et ayant un taux élevé d’insécurité alimentaire.

En Afrique de l’Ouest et au Sahel, El Niño a historiquement généré des précipitations en dessous des normales de saison entre juillet et septembre, coïncidant avec la principale campagne agricole. Cela pourrait aggraver la situation dans les pays confrontés à des difficultés d’approvisionnement alimentaire et accroître leur dépendance aux importations dans un contexte de prix alimentaires mondiaux élevés.

Amérique latine et Caraïbes

En Argentine, les effets d’El Niño sont tout autres. El Niño s’accompagne de précipitations qui sont bénéfiques aux cultures, notamment au blé, dont la production est attendue en net progrès par rapport à la campagne 2022-2023 (+24 %). Ces pluies devraient également profiter au soja et permettre à l’Argentine de renouer avec des productions supérieures à 40 Mt (21,8 Mt en 2022-2023).

Dans le nord de l’Amérique du Sud, El Niño entraîne des précipitations en dessous des normales de saison entre juin et mai. En Amérique centrale, notamment dans le corridor sec, El Niño est associé à des conditions sèches entre juin et décembre, qui affecteraient la fin de la saison « primera » ainsi que le déroulement de la saison « postrera » entre septembre et décembre. La saison « primera » constitue la principale campagne du maïs et, plus largement, la principale campagne agricole dans la majorité des pays de la région.

Europe et France

En France métropolitaine, l’effet direct d’un épisode El Niño reste limité. Les liens entre Pacifique tropical et climat européen sont faibles et variables, ce qui rend les projections peu robustes à ce stade. Selon les configurations atmosphériques, les scénarios oscillent entre conditions plus chaudes et sèches ou séquences plus perturbées. Pour les systèmes de culture, l’enjeu se situe dans cette variabilité. Les cultures de printemps et d’été peuvent être exposées à un assèchement plus rapide des sols si les séquences chaudes dominent. À l’inverse, un régime plus perturbé modifie les conditions d’implantation et la pression sanitaire. Le rendement du blé reste dépendant des conditions de fin de cycle, tandis que le maïs réagit fortement aux contraintes hydriques estivales. L’incertitude tient aussi à la faible valeur des analogues historiques pour la France. Un même épisode El Niño peut produire des effets opposés selon les régions du globe, ce qui limite les transpositions directes. Enfin, l’impact ne se limite pas au climat local. Les anomalies observées dans les grandes régions de production peuvent influencer les marchés et les équilibres d’approvisionnement. Un épisode d’El Niño est attendu à partir de l’été 2026, avec un maximum possible en fin d’année selon Météo-France. L’Organisation météorologique mondiale indique que le système ENSO évolue actuellement vers des conditions neutres, avec une probabilité croissante d’un épisode El Niño dans les mois suivants.

Défis et Stratégies d'Adaptation pour l'Agriculture

Un climat plus chaud et plus sec va également créer des risques nouveaux pour l’agriculture, déjà sous pressions face à la montée des coûts des fertilisants et de l’énergie nécessaires aux engins agricoles. « Si les prix des récoltes n’augmentent pas suffisamment pour compenser la hausse des coûts des intrants et du transport, les marges des producteurs s’amenuiseront, ce qui augmentera le risque d’une réduction des apports d’engrais et d’une baisse des rendements », a averti BMI, une filiale de la société d’études Fitch Solutions. « Cela aggraverait l’inflation des prix alimentaires et accentuerait l’insécurité alimentaire, en particulier sur les marchés dépendants des importations et vulnérables aux aléas climatiques. »

Les risques climatiques provoqués par El Niño représentent une menace élevée pour la sécurité alimentaire. En perturbant les régimes de précipitations et de températures, il peut avoir de lourdes conséquences sur l’agriculture et les moyens de subsistance en milieu rural. Les agriculteurs, les éleveurs, les pêcheurs et les autres petits producteurs subissent les effets les plus directs et immédiats des perturbations climatiques comme les sécheresses et les inondations. Les actions préventives efficaces doivent donc se concentrer sur la prévention des dégâts et des pertes de cultures, de bétail, de terres productives, de ressources en eau et d’infrastructures afin de protéger l’alimentation à sa source. Cela permet non seulement de préserver l’approvisionnement alimentaire local, mais aussi d’atténuer des effets plus larges sur les communautés, les économies locales et les besoins d’aide humanitaire.

À l’échelle globale, les impacts d’El Niño sur la production de céréales et d’oléagineux est à modérer. En effet, la production de blé de l’Argentine et de l’Australie représente moins de 5 % de la production mondiale et pour ce qui concerne le soja argentin, il ne pèse que 10 % de celle-ci. Néanmoins, les opérateurs réagissent fortement aux annonces sur les prévisions de récolte. La campagne de récolte 2023-2024 pourrait souffrir d’une forte variabilité et hétérogénéité sur les marchés en raison d’un phénomène El Nino en force.

infographie adaptation agricole

Face à ces menaces, les experts préconisent aux pays de la région de renforcer la résilience de leurs systèmes énergétiques en diversifiant et en verdissant leurs réseaux. « Le solaire et l’éolien, couplés à des batteries, offrent une infrastructure plus résiliente qu’une infrastructure fossile centralisée », a déclaré Dinita Setyawati, analyste au sein du groupe de réflexion Ember. Étant donné qu’El Niño peut, dans de nombreux cas, être prévu plusieurs mois à l’avance, qu’il apparaît progressivement et suit un schéma régulier, il est possible de mettre en place des actions préventives et de préparer des réponses d’urgence bien en amont.

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