L'idée de transformer nos jardins en refuges nourriciers pour les abeilles et autres pollinisateurs est louable. Pour y parvenir, le choix d'arbustes mellifères, en complément d'autres végétaux, est une stratégie judicieuse. Varier les formes et les périodes de floraison permet de créer des haies et des massifs bourdonnants de vie. Dès le printemps, les abeilles, qu'elles soient domestiques ou sauvages, ont un besoin vital de renouveler leurs réserves de nourriture entamées durant l'hiver et de constituer des provisions pour la saison froide à venir. Même en hiver, les jours de redoux sollicitent certaines abeilles pour aller quérir nectar et pollen. Ainsi, tout au long de l'année, ces travailleuses diligentes dépendent de plantes mellifères variées pour obtenir les minéraux et acides aminés essentiels à leur nutrition, à celle de leurs larves, et au maintien de leur santé. Malheureusement, leurs ressources et la diversité de celles-ci diminuent drastiquement en raison de l'augmentation des surfaces agricoles monoculturales et de l'artificialisation des sols. Les plantes et arbustes mellifères sont donc d'une aide précieuse, particulièrement lorsque leurs floraisons sont échelonnées. Leur présence favorise l'abondance d'insectes pollinisateurs, ce qui, par ricochet, améliore nos récoltes. La biodiversité de nos jardins s'en trouve enrichie, contribuant à leur meilleure santé globale.
L'Essor Inquiétant du Photinia
Dans le paysage horticole actuel, une tendance particulièrement alarmante se dessine : l'invasion des photinias. Quelle que soit la région de France, du village à la campagne, ces arbustes s'implantent massivement. Le Photinia, notamment sa variété P. fraseri ‘Red Robin’, est souvent préconisé pour ses qualités esthétiques : un feuillage persistant aux couleurs changeantes, passant du rouge vif des jeunes pousses au vert foncé des feuilles matures, et des bouquets de fleurs blanches. Cette plante ornementale, originaire d'Asie et d'Amérique, introduite en Europe au XIXe siècle, est réputée pour sa rusticité, résistant au froid jusqu'à -15°C, bien qu'elle nécessite un arrosage régulier en été, surtout lors des périodes de sécheresse. Sa plantation est idéale à l'automne pour un meilleur enracinement, mais possible au printemps ou en été pour les sujets en pot, avec une attention particulière à l'arrosage la première année. La multiplication se fait par bouturage entre août et septembre.

Cependant, cette popularité soulève des questions quant à son réel intérêt écologique et mellifère. Si certains catalogues vantent un parfum léger et agréable, voire des effluves de miel, l'expérience olfactive de certains jardiniers révèle une odeur forte, parfois comparée à des relents de viande avariée. De plus, l'affirmation selon laquelle les photinias seraient particulièrement mellifères suscite le débat.
Photinia et Abeilles : Une Relation Complexe et Controversée
La question de l'attractivité du photinia pour les abeilles est loin d'être résolue et fait l'objet de discussions animées parmi les apiculteurs et les jardiniers. Si certains observent une affluence d'insectes butineurs sur les fleurs de photinia, d'autres, y compris des apiculteurs dont les ruches sont situées à proximité, constatent une absence notable d'abeilles mellifères sur ces mêmes fleurs.
Un témoignage rapporte que, malgré une floraison spectaculaire et une odeur perceptible à plusieurs mètres, aucune abeille n'était présente sur les photinias, même à deux mètres des ruches. Cette observation contraste avec l'idée reçue que les photinias seraient une source de nourriture précieuse pour les abeilles.
D'autres observations suggèrent que les abeilles qui visitent les photinias semblent principalement intéressées par le pollen, et non par le nectar. Il est possible que le nectar, s'il est présent, ne soit pas suffisamment riche ou accessible pour les abeilles mellifères, qui privilégieraient alors d'autres sources de nourriture plus abondantes et plus nutritives lors de leur période de butinage. Cette préférence peut être accentuée lorsque d'autres floraisons plus attractives, comme celles des fruitiers, du pissenlit ou du lierre terrestre, coïncident avec celle du photinia.

Il est également avancé que les abeilles pourraient ne butiner qu'un seul type de fleur à la fois, et que la présence limitée de photinias dans un jardin pourrait expliquer le manque d'intérêt des abeilles, qui privilégieraient des masses florales plus importantes et diversifiées.
Cependant, certaines sources affirment que le photinia, notamment le Photinia ‘Red select’, offre une floraison printanière appréciée des abeilles et autres insectes pollinisateurs. Ces fleurs blanches, bien que discrètes par rapport au feuillage coloré, attireraient les pollinisateurs, contribuant ainsi à la biodiversité du jardin. Il est mentionné que les petites fleurs blanches du Photinia ‘Red select’ ajoutent une touche de légèreté et d'élégance, et que les pollinisateurs, comme les abeilles et les papillons, sont souvent attirés par ces fleurs, faisant de cette plante un atout pour la biodiversité.
Cette divergence d'opinions souligne la complexité de la relation entre le photinia et les abeilles. Il est possible que l'attractivité mellifère varie en fonction des variétés spécifiques de photinia, des conditions environnementales locales, de la disponibilité d'autres ressources florales, et des besoins spécifiques des colonies d'abeilles à un moment donné.
L'Importance Cruciale de la Biodiversité Florale
Au-delà du cas spécifique du photinia, il est fondamental de rappeler l'importance capitale de la diversité végétale pour la survie et la prospérité des populations d'abeilles et autres pollinisateurs. Les abeilles ont besoin d'un apport constant et varié de nectar et de pollen tout au long de l'année pour assurer leur subsistance, le développement de la colonie et la production de miel.
De nombreuses plantes sont reconnues pour leur intérêt mellifère exceptionnel. Parmi elles, on peut citer :
- Les arbres fruitiers : Le Prunus serrulata (cerisier du Japon), le Prunus (cerisier), le Cydonia oblonga (cognassier), le Pyrus calleryana (poirier de Chine), le Prunus domestica (prunier domestique), le Prunus avium (merisier), le Prunus cerasifera (prunier d'ornement) et le Pyrus communis (poirier commun) sont d'excellentes sources de nectar et de pollen au printemps.
- Les arbustes : Le Salix aurita (saule), le Buddleia globosa, le Cornus sanguinea (cornouiller sanguin), le Viburnum opulus (viorne obier), le Rubus fruticosus (ronce), l'Abelia chinensis, le Berberis vulgaris (berbéris commun), l'Amelanchier canadensis, le Lonicera nitida (chèvrefeuille à feuilles de buis), le Cotoneaster franchetii, le Deutzia gracilis, le Ribes sanguineum (grosellier à fleurs), le Cytisus scoparius (genêt à balais), le Pyracantha (buisson ardent), le Rosa canina (églantier), le Robinia pseudoacacia (robinier ou acacia), le Syringa vulgaris (lilac), le Euonymus fortunei (fusain), le Ceanothus impressus (céanothe), le Viburnum lantana (viorne lantane), le Vitaceae (vigne vierge), le Vitex agnus-castus (gattilier), l'Elaeagnus ebbingei (éléagnus), le Caryopteris x clandonensis, l'Eriobotrya japonica (néflier du Japon), le Viburnum tinus (laurier tin), l'Abeliophyllum distichum (forsythia blanc de Corée), et le Cornus mas (cornouiller mâle) offrent une floraison étalée sur une grande partie de l'année.
- Les plantes herbacées : La Saponaria ocymoides (saponaire des rochers), le Phyteuma nigrum (raiponce noire), le Lamium galeobdolon (lamier doré), la Stellaria holostea (stellaire holostée), la Veronica chamaedrys (véronique petit-chêne), le Ranunculus ficaria (ficiaire fausse renoncule), le Centranthus ruber (centranthe rouge), l'Ajuga reptans (bugle rampante), le Knautia arvensis (scabieuse des champs), le Muscari, la Vicia sativa (vesce commune), l'Allium giganteum (ail d'ornement), la Tulipa (tulipe), l'Euphorbia myrsinites (euphorbe myosotis), le Ranunculus arvensis (bouton d'or des champs), le Geranium sylvaticum (géranium des bois), le Puschkinia scilloides, l'Asphodeline lutea (bâton de Jacob), le Crocus, le Geranium macrorrhizum, la Potentilla verna (potentille printanière), le Plantago lanceolata (plantain lancéolé), l'Hydrangea anomala (hortensia grimpant), le Rosmarinus officinalis (romarin), le Leucanthemum vulgare (marguerite), le Thymus vulgaris (thym), l'Alliaria petiolata (alliaire officinale), le Glechoma hederacea (lierre terrestre), le Sinapis arvensis (moutarde des champs), le Bistorta officinalis (renouée bistorte), la Tulipa kaufmanniana, l'Alyssum saxatile (alysson saxatile), le Brassica napus (colza), le Symphytum tuberosum (consuéde tubéreuse), et le Rheum rhabarbarum (rhubarbe) constituent une base solide pour un jardin favorable aux abeilles.

L'initiation à l'apiculture, la création de ruchers et la récolte de miel sont des activités qui dépendent directement de la santé des populations d'abeilles et de la disponibilité des ressources florales. Des éléments comme les supports pour cadres Dadant, les blouses d'apiculteur, ou encore les feuilles de cire d'abeille sont des outils indispensables pour ceux qui s'engagent dans cette voie.
Le Photinia : Un Choix Paisible ou un Désastre Écologique ?
Face à la prolifération des photinias, certains experts s'interrogent sur la pertinence de leur utilisation massive dans les aménagements paysagers. L'argument selon lequel une haie monospécifique, même composée de plantes persistantes et colorées, ne suffit pas à soutenir la biodiversité est fondamental. La véritable richesse réside dans le mélange des espèces, qui attirent une plus grande variété d'oiseaux et d'insectes. Le photinia, souvent planté en longues rangées uniformes, peut ainsi être considéré comme le "thuyas du XXIe siècle", une alternative esthétiquement discutable et écologiquement limitée.
Deux-Sèvres : des haies pour recréer de la biodiversité
Il est essentiel de considérer l'impact à long terme de nos choix de plantation. Si le photinia peut offrir une certaine attractivité visuelle et, potentiellement, une source de nourriture limitée pour certains pollinisateurs, son rôle dans un écosystème sain est discutable, surtout lorsqu'il supplante des espèces végétales plus bénéfiques. La recherche de plantes mellifères diversifiées, avec des périodes de floraison échelonnées, demeure la stratégie la plus efficace pour soutenir les populations d'abeilles et garantir la vitalité de nos jardins et de notre environnement. La question de savoir si le Photinia vulgaris est réellement mellifère ou non reste ouverte, mais l'accent doit être mis sur la création d'un environnement riche et varié pour nos précieux pollinisateurs. Le Photinia ‘Red select’, bien que loué pour son feuillage, doit être évalué non seulement pour son esthétique, mais aussi pour son apport réel à la faune locale. Il est crucial de privilégier des espèces qui offrent un bénéfice tangible aux abeilles, comme le romarin, le thym, la lavande, ou encore les arbres fruitiers anciens, dont la valeur mellifère est avérée et leur contribution à la biodiversité indéniable.